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Interview   

Macabre : l’humour qui tue


Si le nom du groupe trompe assez peu sur les thématiques abordées par Macabre, le moins qu’on puisse dire est que le trio est un cas à part, inclassable, dans la grande famille du metal. Si on avait pu le ranger dans la case « grind/death » fut un temps, leur nouvel album Carnival Of Killers entérine le fait que l’art de Macabre ne s’encombre en réalité pas vraiment de règle, notamment avec des approches vocales assez diverses.

Mais ce n’est pas tout, puisque sous couvert d’humour, Macabre s’est donné pour mission de raconter les histoires des plus grands tueurs en série et meurtriers de masse de l’histoire. Chose que Lance Lencioni alias Corporate Death, chanteur et guitariste de la formation, ne prend pas à la légère, puisque non seulement il étudie son sujet, mais a également eu l’occasion d’assister au procès de Jeffrey Dahmer en 1992 et de rencontrer John Wayne Gacy, alias le clown tueur, dont une peinture lui a inspiré cet album et sa pochette. Pour en savoir plus sur cette bête curieuse qui sévit depuis maintenant trente-cinq ans, tout ayant la fâcheuse habitude de prendre son temps entre les disques, nous nous sommes entretenus ci-après avec le frontman.

« Il y a peut-être quinze ans, j’étais à fond dans le karaoké. […] J’ai appris une centaine de chansons, je faisais de tout, des Beatles à Johnny Cash, Elvis Presley et bien d’autres. Je pense que c’est une part importante de ma formation vocale. »

Radio Metal : Carnival Of Killers est le premier album de Macabre en neuf ans, du coup qu’est-ce Macabre a fait durant tout ce temps ?

Corporate Death (chant & guitare) : Pas grand-chose. Nous n’avons pas beaucoup tourné. Nous avons tourné en Europe il y a environ trois ans et nous avons fait quelques festivals. Cette année, tous les festivals ont été annulés. Nous étions censés en faire cet été, donc ça a été décalé à l’année prochaine. Avec un peu de chance, ça aura lieu l’été prochain, donc nous pourrons commencer à tourner à la fin du printemps ou au début de l’été. Ça a été une mauvaise année pour tout le monde, surtout pour les groupes.

Vous avez souvent pris votre temps entre les albums : huit ans entre Murder Metal et Grim Scary Tales, sept entre Sinister Laughter et Dahmer, etc. Ces écarts sont-ils nécessaires pour ne pas tomber dans une routine ?

C’est un peu la manière dont nous avons toujours procédé. Je compose quand je me sens de composer. Je n’essaye jamais de me forcer à faire un album tous les deux ou trois ans. J’ai travaillé sur Carnival Of Killers au fil des années. J’avais des chansons de côté datant de l’époque Grim Scary Tales. J’ai fini certaines chansons et certains textes juste avant d’aller enregistrer cet album. Cet album a été écrit au cours des dix dernières années.

L’idée de ce « carnaval de tueurs » est clairement reflétée dans la musique, avec cette approche humoriste tordue et l’introduction qui pose tout de suite l’ambiance. Est-ce que ça faisait dès le départ partie de votre état d’esprit en abordant ce nouvel album ?

Je pense, oui. Nous avons toujours fait ce genre de mélodie dans notre musique : joyeuse et démentielle à la fois, avec des paroles vraiment dingues par-dessus. C’est notre marque de fabrique quand j’écris la musique. L’idée de l’album est en fait venue d’une penture que j’ai de John Wayne Gacy (un tueur en série surnommé le « clown tueur » qui, lorsqu’il était en prison, passait une grande partie de son temps à peindre, avant son exécution le 10 mai 1994, NDLR). Je correspondais avec Gacy au début des années 90 et il m’envoyait des peintures. J’ai la meilleure peinture de clown qu’il ait jamais faite, c’est une peinture unique en son genre qu’il a faite pour moi. On le voit en train de sauter sur un bâton sauteur avec un cirque en fond et quelques pancartes par-ci par-là. C’est ça qui m’a donné l’idée, j’étais là : « Ce serait un concept sympa pour un album ! » J’ai juste essayé de composer en m’inspirant de cette peinture de Gacy que j’ai en ma possession.

Carnival Of Killers représente une avancée importante dans la diversification de ton chant. Peux-tu nous en dire plus sur ton parcours en tant que chanteur ?

J’ai toujours chanté depuis que je suis tout petit. Aussi longtemps que je me souvienne, j’ai toujours chanté en même temps que la radio. J’ai grandi dans les années 60 et 70, donc avec les tubes de l’époque, j’ai toujours chanté en chœur dessus. Je pense que ça déteint un peu sur la musique que je compose. J’ai un petit peu étudié l’opéra une fois ; je fais quelques trucs opératiques sur le nouvel album. A un moment donné, il y a peut-être quinze ans, j’étais à fond dans le karaoké. J’achetais différents CD et je chantais dessus chez moi avec un microphone pour essayer de maîtriser parfaitement les chansons, faire comme le chanteur, et ensuite j’allais chanter dans des bars-karaokés. J’ai appris une centaine de chansons, je faisais de tout, des Beatles à Johnny Cash, Elvis Presley et bien d’autres. Je pense que c’est une part importante de ma formation vocale.

J’aime la variété vocale et essayer de ne pas toujours sonner pareil, j’essaye de faire différents styles vocaux. Je m’ennuie quand je chante toujours avec la même voix. Je pense qu’on peut aussi entendre que j’ai essayé de faire différents styles vocaux sur les albums précédents, mais j’ai vraiment essayé de pousser ça plus loin sur ce nouvel album et de mettre en valeur mon chant. Cette fois, je me suis un peu plus intéressé au chant clair, que j’ai mélangé au chant heavy. J’ai fait tout le chant sur ce nouvel album ; mon ami [Charles Lescewicz alias Nefarious] a fait quelques chœurs mais pas beaucoup. J’ai fait presque tout le chant sur l’intégralité de l’album parce le bassiste vit dans un Etat différent. Il est venu ici apprendre les chansons mais je n’ai pas vraiment eu le temps de travailler avec lui sur le chant, donc il a dit : « D’accord, tu t’en occupes et tu pourras m’apprendre certaines parties plus tard. » J’étais très content du chant et j’ai vraiment essayé de me concentrer là-dessus sur cet album. J’ai envie à l’avenir de continuer à progresser sur le chant et d’aller encore plus loin que ce que j’ai fait sur cet album.

« Je ne cautionne pas ces gars, je ne dis pas qu’ils sont bons. Je les remets à leur place et je dis que ce sont des personnes mauvaises et malfaisantes. […] C’est un peu un avertissement pour les gens, pour qu’ils fassent attention et ne laissent pas leurs enfants errer avec un étranger, car le monde devient sans arrêt plus fou et il existe un tas de gars comme ça. »

Comme tu voulais mettre l’accent sur le chant, tu as choisi de l’enregistrer avec Tomek Spirala du Studio H34. Est-ce que Tomek a une approche particulière de l’enregistrement du chant ?

J’ai beaucoup appris de Tomek. C’est un très bon ingénieur. Il m’a poussé à multiplier les couches de chant. Il me faisait chanter quelque chose deux ou trois fois pour chaque morceau, en essayant d’être synchro. Ensuite, il utilisait ces chants stratifiés dans la musique quand ça le branchait. Il y avait une piste où je chantais, puis deux ou trois autres où je chantais un couplet différent. J’ai obtenu plein de sonorités vocales sur cet album grâce à lui et à son style d’enregistrement. Il m’a vraiment donné envie de pousser mon chant sur cet album.

La chanson « Warte Warte » est un remake d’une chanson allemande des années 50 et est entièrement chantée en allemand. Quelle est ta relation à la chanson originale et comment as-tu abordé cette revisite ?

Quand nous avons commencé le groupe Macabre, j’ai expliqué à un oncle à moi qui est allemand que nous allions chanter à propos de tueurs en série et il m’a dit qu’il existait une chanson allemande intitulée « Warte Warte Nur Ein Weilchen » sur Fritz Haarmann. Je n’avais jamais réussi à la trouver parce que c’est un vieux tube allemand des années 50. J’ai donc écrit mes propres chansons sur Fritz Haarmann : « Fritz Haarmann The Butcher » et « Fritz Harmann Der Metzger » sur l’album Murder Metal. Puis je l’ai trouvée sur mon smartphone – je n’en avais pas avant. J’ai trouvé ce vieux type allemand habillé en clown qui chantait une version karaoké de la chanson, avec un nez rouge, déguisé avec un chapeau et qui avait l’air ridicule. Il chantait sur une version karaoké et ça sonnait vraiment sympa, donc je me suis dit qu’il fallait absolument que je fasse la version originale que je voulais faire depuis tant d’années. Je me suis calqué sur ce que j’ai entendu de ce vieux type qui chantait sur YouTube. J’ai fait ça avec mon propre style vocal, donc ça sonnait un petit peu différent de ce qu’il faisait, mais c’est là que j’ai eu l’idée de base. J’ai utilisé les paroles qu’il chantait dans la vidéo et je me suis fait aider par un ami allemand de Chicago pour prononcer comme il faut les mots, car je ne parle presque pas allemand. Il m’a tout traduit, j’ai dû écouter toutes les prononciations de mon ami, car je voulais faire ça bien, histoire que les Allemands puissent comprendre ce que je chantais et de ne pas avoir l’air d’un imbécile. C’était l’une des chansons les plus dures de l’album pour le chant à cause de la langue allemande.

Dans la plus pure tradition de Macabre, Carnival Of Killers raconte des histoires sur divers tueurs. Qu’y a-t-il de si fascinant chez les tueurs pour toi ?

N’importe qui – même une vieille dame – qui prend un journal sur lequel, en une, ça parle de « tueur cannibale » peut se dire : « J’ai envie de lire la suite et voir ce qui s’est passé. » Ce sur quoi nous chantons, c’est le mauvais côté de l’être humain. Ça a toujours été le cas, c’est le côté malfaisant de l’histoire. Si vous vous intéressez vraiment à mes paroles, je ne cautionne pas ces gars, je ne dis pas qu’ils sont bons. Je les remets à leur place et je dis que ce sont des personnes mauvaises et malfaisantes. Evidemment, il y a quelque chose qui cloche mentalement chez ces mecs. Peut-être que certains d’entre eux ont tué par avidité ou pour l’argent mais ces gars qui tuent pour le plaisir et pour torturer les gens, c’est le côté sombre de l’être humain. Des gens étudient ces gars et essayent de rentrer dans leur tête pour comprendre pourquoi ils ont fait ce qu’ils ont fait, mais chaque cas est individuel et ils sont tous différents. Je pense qu’il y a quelque chose à en retirer, c’est un peu un avertissement pour les gens, pour qu’ils fassent attention et ne laissent pas leurs enfants errer avec un étranger, car le monde devient sans arrêt plus fou et il existe un tas de gars comme ça. En tout cas, ce n’est pas vraiment quelque chose que j’ai planifié. C’est juste que j’ai lu à propos de ces mecs quand j’étais plus jeune et des années plus tard, j’ai dit : « On pourrait faire une chanson sur ce gars ou ce gars », chose que nous avons faite. Puis, sur Sinister Slaughter, nous nous sommes dit que nous devrions aller à fond dans le thème des tueurs en série et être le premier groupe à chanter exclusivement sur les meurtriers, donc c’est arrivé comme ça.

Te mets-tu dans la peau de ces meurtriers quand tu écris des chansons sur eux ? Et est-ce que ça requiert beaucoup de recherche de ta part ?

J’avais pour habitude de lire tout le temps plein de bouquins, et maintenant j’ai un smartphone, donc c’est beaucoup plus facile. Je n’avais pas la technologie par le passé. Ceci est le premier album pour lequel j’ai fait mes recherches en utilisant un smartphone. Il m’arrive effectivement que je me mette dans la peau d’un tueur et ce sont les chansons où j’incarne le tueur qui chante à la première personne, comme le premier morceau de cet album qui s’appelle « Your Window Is Open ». Je l’ai fait sur d’autres chansons aussi, où je suis le tueur qui chante ce qu’il compte faire. La plupart des choses que nous écrivons, c’est un peu comme un article de journal, ça raconte grosso modo l’histoire dans la chanson ; j’appelle ça de la narration créative. Tout est factuel, toutes les paroles sont totalement factuelles. J’essaye d’aborder ça sous des angles différents mais, comme je l’ai dit, je ne cautionne jamais ces gars, nous disons toujours qu’ils sont mauvais. Si tu lis mes textes, je ne dis pas que ce sont de bonnes personnes.

« Il n’y a pas de règle dans la composition musicale, c’est ma manière de voir les choses. »

Combien de meurtriers condamnés as-tu personnellement rencontrés ?

Je n’en ai rencontré qu’un seul, c’était John Wayne Gacy. Il venait de notre coin, je recevais des peintures de lui par courrier, comme un ami également en Floride. Ce dernier collectionne les œuvres de tueurs en série et il correspond avec un tas de tueurs en série. Il est allé rencontrer Gacy et m’a montré des photos en prison avec lui. Je lui ai demandé : « Comment tu fais ça ? J’aimerais aussi le faire. » Il m’a répondu : « Tu n’as qu’à lui écrire et lui dire. » Gacy a commencé à m’appeler et je suis allé lui rendre visite trois fois. C’était une expérience qu’on ne vit qu’une fois dans sa vie, je ne le referai probablement pas. Je ne suis pas le genre de gars à vouloir rencontrer tous ces tueurs, mais là c’était à cinq heures de route, je me suis dit que j’aimerais être au moins une fois dans la même pièce qu’un de ces gars pour vraiment lui parler et voir à quoi il ressemble. Je suis aussi allé au procès de Dahmer. Je n’ai pas eu l’occasion de le rencontrer mais j’étais à trois mètres de lui. C’est de là que vient l’album Dahmer, avec tous les trucs dans les médias sur lui, il était super populaire… J’ai pris un stylo et un bloc-notes et j’ai commencé à écrire certaines des chansons, juste là dans la salle d’audience, comme « Trial » et certaines autres chansons.

Quel a été le pire tueur en série, selon toi ?

Albert Fish était probablement le pire parmi ceux sur lesquels nous avons écrit. Nous avons une nouvelle chanson sur lui sur ce nouvel album, ça s’appelle « Slaughter House ».

Nous avons eu un échange dernièrement avec Dez Fafara de Devildriver, et il a été très critique sur ce qu’il appelle le « murder porn », se demandant pourquoi on était aussi obsédé par les meurtres, les slashers, etc. Est-ce que tu tombes parfois sur des gens qui, justement, sont choqués par un groupe qui fait de la musique amusante en parlant de tueurs en série et de meurtriers de masse ?

Ça m’est peut-être arrivé quelques fois, mais la plupart des gens avec qui je parle sont des fans du groupe. Il n’y a pas de règle quand on écrit de la musique. Je considère ça comme une forme d’art. Encore une fois, j’appelle ça de la narration créative. Je ne fais que raconter des histoires sur ces gars. Comme je l’ai dit, c’est la part malfaisante de l’histoire. Il n’y a pas de règle dans l’art, ceci est juste quelque chose que j’ai choisi de faire. Quand nous avons démarré Macabre, nous ne chantions pas exclusivement à propos des tueurs mais à un moment donné, j’ai dit : « Soyons le groupe qui le fait. » C’est quelque chose qui s’est fait tout seul, je ne l’avais pas anticipé. Personnellement, je ne m’intéresse pas trop aux slashers. Evidemment, il y en a des vieux qui ont un peu inspiré certaines de nos musiques, comme Massacre A La Tronçonneuse et Le Silence Des Agneaux, mais ils étaient basés sur l’histoire de gars qui ont existé. Je ne suis pas l’un de ces mecs qui aiment regarder des slashers. Je ne comprends pas vraiment les gens qui ne veulent regarder rien d’autre que des slashers, constamment. J’imagine que c’est leur préférence personnelle mais je n’aime pas tout le temps en regarder.

Un autre groupe est connu pour écrire au sujet de tueurs en série et meurtriers de masse : Church Of Misery. Même si leur style de musique est très différent et vient d’ailleurs géographiquement, est-ce que vous vous retrouvez chez eux ?

Je crois avoir entendu quelques chansons à eux. Je ne connais pas super bien leur musique et leurs paroles. Des gens ont essayé de monter une tournée avec nous et Church Of Misery mais ça n’a jamais abouti. Il faudra que j’écoute un peu plus. Il y a d’autres groupes comme nous mais il n’y en a pas beaucoup qui chantent exclusivement à propos de tueurs. Je sais qu’il y a plein de groupes qui ont fait des chansons sur des tueurs mais je crois que nous étions les premiers à le faire à plein temps. Je suis sûr qu’il y en aura plus à l’avenir !

La pochette est conçue dans le style de Où Est Charlie ?, mais ce qui est drôle, c’est qu’on peut facilement passer à côté de tous les éléments violents si on n’y prête pas trop attention… Est-ce l’idée de votre musique justement, le fait d’avoir différents niveaux d’écoute de Macabre ?

Je voulais que la pochette ressemble à cette peinture de John Wayne Gacy que j’avais, intitulée Pogo Circus. Ensuite, j’ai eu l’idée de mettre tous les tueurs de l’album dans le carnaval et faire que ce soit sanglant et violent. Mais en effet, si tu regardes rapidement, tu ne le remarques pas, jusqu’à ce que tu regardes bien. Je voulais juste faire quelque chose d’intéressant. J’ai eu cette idée et j’ai travaillé avec un ami australien qui est un artiste tatoueur. Il peut faire n’importe quel style de peinture, y compris du Léonard de Vinci, il est très doué. Nous avons travaillé par le biais de nos smartphones pendant deux mois. Il m’envoyait les tueurs un par un et je lui demandais de changer ou déplacer des choses. Il s’appelle Laz Gein. Il travaille aussi sur commande pour les gens, je suis sûr que d’autres groupes aimeraient découvrir son art. Il fait des pochettes pour les groupes si on lui demande.

« Ca apporte un côté plus fou quand on chante ces paroles vraiment barjos avec de jolies parties de chant. Ça sonne encore plus fou et plus dément, un peu comme l’esprit de ces tueurs. »

Vous avez décidé de revenir chez Nuclear Blast pour cet album. En fait, vous êtes passés par plein de maisons de disques dans votre carrière et avez même sorti une majorité d’albums sur votre propre Decomposed Records. Penses-tu que les labels ont eu du mal à gérer Macabre ?

Je ne pense pas. Nous avons eu d’autres offres pour cet album, dont nous avons pesé le pour et le contre, nous n’avons pas pris de décision hâtive. Nuclear Blast nous a fait une bonne offre, ces gars sont le plus gros label metal au monde aujourd’hui. Nous sommes contents d’avoir attendu et de n’avoir rien sorti sur un autre label. Ces gars sont des pros, c’est très sympa de travailler avec eux. Je pense qu’ils exposeront mieux notre musique que n’importe quel label en aurait été capable, ils vont vraiment nous promouvoir et faire en sorte que les gens nous entendent, même ceux qui ne nous ont jamais écoutés avant. Nous n’avons généralement aucun problème à travailler avec des labels. Nous avons enregistré nous-mêmes tous nos albums passés et nous avons accordé des droits d’exploitation pour cinq ans à des labels de manière à ce que nous conservions la propriété des albums. Maintenant, avec ce nouvel album qui sort chez Nuclear Blast, ils vont aussi ressortir tous nos anciens albums, ce qui est plutôt cool.

Macabre a plus ou moins débuté en tant que groupe de death metal/grindcore, mais vous avez évolué au point où c’est devenu difficile de définir le style de Macabre. Comment décrirais-tu l’évolution du groupe et ce qui l’a motivée ?

Quand nous avons commencé Macabre en 1985, à ce moment-là, il n’y avait pas beaucoup de groupes extrêmes. C’est là que la vraie musique extrême a commencé à arriver. Sur nos premiers morceaux, nous essayions de voir jusqu’où nous pouvions aller dans la vitesse et l’extrême, mais tout en balançant quelques mélodies joyeuses dans le tas. Puis au fil du temps, nous avons simplement essayé d’apporter plus de variété. Je suppose que nous avons appelé ça du murder metal sur cet album que nous avons fait [en 2003], mais si je devais vraiment qualifier ce que c’est, j’appellerais ça de la murder music. Je pense pouvoir aller dans n’importe quelle direction que je veux, musicalement parlant et avec le chant, tant que je chante des histoires sur des tueurs. Evidemment, je ne vais pas me mettre à faire une chanson de rap ou de dance, mais je pense que nous pouvons prendre la direction que nous voulons. On ne peut pas nous ranger dans une seule catégorie, genre le death metal ou le grindcore. Nous faisons un peu de tout dans notre musique. Il n’y a pas de règle dans la composition musicale, c’est ma manière de voir les choses.

Macabre joue sur un sens de l’humour morbide qui est reflété dans les paroles mais aussi dans la musique. Nous avons eu cette discussion avec le groupe français Mörglbl qui compose de la musique instrumentale marrante. D’après eux, la vitesse et la technicité sont des éléments clés pour faire de la musique marrante. Es-tu d’accord ?

Pas forcément pour notre musique, mais ça en fait quand même partie. Mon genre musical préféré, c’est la musique classique – Bach est mon préféré. C’est évidemment très technique. Quand j’écris, j’essaye de faire des choses mémorables, quelque chose qui peut être parfois technique, mais j’aime écrire des choses qui restent en tête, qu’on peut fredonner en travaillant, des chansons dont on peut se souvenir. C’est ce sur quoi j’ai toujours essayé de me concentrer, mais j’aime bien balancer des parties techniques aussi. Je pense aussi que ça apporte un côté plus fou quand on chante ces paroles vraiment barjos avec de jolies parties de chant. Ça sonne encore plus fou et plus dément, un peu comme l’esprit de ces tueurs. Je trouve que ça apporte un truc, ça fait plus fou quand il y a de jolies mélodies.

Macabre n’a pas changé une seule fois de line-up durant ces trente-cinq ans : qu’est-ce qui maintient cette unité ?

Nous nous connaissons depuis longtemps. Nous avons en fait commencé à jouer ensemble vers 1981-1982. Nous avions un chanteur, nous l’avons viré en 1985 et j’ai commencé à chanter. Nous sommes amis depuis un bon moment. Je pense que l’un des secrets est que nous ne sommes que trois gars dans le groupe. Quand on commence à avoir quatre ou cinq gars dans un groupe, on se retrouve avec plus de conflits de personnalités. Des disputes peuvent éclater, les groupes se séparent plus facilement… Mais nous avons eu nos disputes aussi, crois-moi. L’autre chose est qu’aucun de nous ne s’est marié ou n’a eu d’enfant, même si nous avons parfois été à deux doigts. Je pense que c’est une autre chose qui nous aide à rester unis dans le groupe. A partir du moment où on a une famille, c’est dur de commencer à tourner avec un groupe, surtout si on garde un boulot normal en plus. Ce sont les deux facteurs clés : nous ne sommes que trois gars et nous ne nous sommes jamais mariés et n’avons jamais fondé de famille.

Interview réalisée par téléphone le 7 novembre 2020 par Nicolas Gricourt.
Fiche de questions : Philippe Sliwa & Nicolas Gricourt.
Retranscription : Emilie Bardalou.
Traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel de Macabre : murdermetal.com

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