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Interview   

Machine Head essuie le noir


On a connu Robb Flynn plus loquace que dans l’entretien qui suit. Mais peut-être qu’Unto The Locust, le nouvel album de Machine Head dans les bacs le 26 septembre, se passe tout simplement de commentaires. Il faut dire qu’il s’agit d’une vraie réussite et que la musique parle d’elle-même. Avec cet album, Machine Head a essentiellement fait le bon choix : Unto The Locust n’est pas un second The Blackening. L’album de 2007 était en effet un énorme succès pour le groupe, certains ayant été jusqu’à le comparer au Master Of Puppets d’Hetfield & Co.

Comment surpasser une œuvre qu’une majorité élève au rang de chef d’œuvre ? Comment combler les attentes lorsque celles-ci sont inatteignables ? La réponse, Machine Head nous la donne en partie : éviter de copier la formule afin de limiter les points de comparaison. Alors bien sûr, certains éléments sont comparables, la patte du groupe est toujours bien présente mais, même si le frontman semble éliminer une quelconque intention, Unto The Locust gagne en richesse d’atmosphères là où il perd la complexité des structures de son aîné. De même, ce nouvel album dévoile un Robb Flynn plus aventureux que jamais avec sa voix, développant des contrastes rarement égalés dans sa discographie.

Il est maintenant temps d’en parler avec Robb dans le court entretien qui suit.

« Si tu écoutes Burn My Eyes, en particulier la chanson « Old », ce sont des couplets très agressifs avec un refrain mélodique. […] Nous avons défini le metal moderne. »

Radio Metal : The Blackening est sorti il y a quatre ans, donc est-ce que ces quatre ans étaient ce dont le groupe avait vraiment besoin afin de promouvoir The Blackening et de faire cet album ? Car quatre ans, cela commence à faire long et les fans attendaient la suite avec impatience.

Robb Flynn (chant/guitare) : On a tourné pendant trois de ces années mais c’est comme ça que ça s’est passé. Il n’y avait pas de grande stratégie et au bout du compte ça s’est juste fait comme ça. On était tous prêt à remballer après un an et demi, puis il y a eu la tournée Mayhem, la tournée Slipknot, la tournée Metallica, et ça a tout relancé à nouveau donc on a continué. Des opportunités géniales, des choses qui ne se présentent qu’une fois dans une vie, des rêves de gosses réalisés, on est venus à Paris et en France plusieurs fois et on a ainsi pu faire découvrir notre musique à plein de monde.

Votre nouvel album Unto The Locust a été enregistré au studio Jingletown de Green Day. Qu’est-ce qui vous a attirés vers ce studio en particulier ? Car la musique de Green Day semble vraiment différente de ce que fait Machine Head.

Ils ont juste un studio vraiment cool et de classe mondiale. Il a une atmosphère sympa tu sais, pas très formel mais avec du très bon matériel. Du très bon matériel analogique. Et il était dans l’est d’Oakland. Oui, l’ambiance était vraiment sympa.

Pour la troisième fois de suite, tu as produit l’album par toi-même. Penses-tu être le seul à dire comment la musique est censée sonner ?

Tu sais, on a utilisé des producteurs à gros noms par le passé, comme Ross Robinson ou Johnny K. J’ai appris des tas de choses d’eux et c’était génial de bosser en leur compagnie. Mais, généralement, ces mecs ont leur propre son et ils le collent sur le groupe avec lequel ils travaillent. Et on n’aimait pas trop ça. On n’aimait pas se retrouver soudainement avec un son différent à cause du producteur avec qui on travaillait. Donc plus par nécessité qu’autre chose, j’ai fait l’album Through The Ashes Of Empires (2004) et tout le monde était content du résultat. Puis j’ai fait The Blackening (2007) et tout le monde était content du résultat également donc les mecs m’ont demandé de le faire à nouveau. Et c’est ce que j’ai fait. Je pense qu’ils ont confiance en ma vision, jusqu’au bout.

Avec l’énorme succès qu’a eu The Blackening, on se serait attendu à ce qu’Unto The Locust soit dans le même style mais ce n’est pas le cas. Vous avez pris une autre direction musicale. Est-ce important pour vous de ne pas vous répéter et d’explorer de nouvelles choses ?

Oui, c’est très important. On ne voulait clairement pas faire The Blackening 2. Les six derniers mois de tournée pour cet album, tout ce qu’on entendait tous les jours et à chaque interview, c’était « Comment allez-vous faire mieux que The Blackening ? ». Tu sais, c’était un moment génial et énorme, on est plus gros que jamais. Un des plus gros groupes de metal dans le monde. Pour nous, il s’agissait d’un challenge, d’écrire un album qui permettrait à The Blackening d’être ce qu’il est et qui permettrait à notre nouvel album de ne pas rester dans l’ombre de The Blackening. Donc on a vraiment eu un challenge, on s’est poussé en tant que musiciens et en tant qu’artistes. Et on trouve qu’on a réussi à faire un super album qui ne sonne pas comme The Blackening mais qui sonne comme Machine Head.

« On ne voulait clairement pas faire The Blackening 2. […] Pour nous, il s’agissait d’un challenge, d’écrire un album qui permettrait à The Blackening d’être ce qu’il est. »

Malgré tout, est-ce que le succès qu’a eu The Blackening, et votre expérience en le faisant, a eu un impact d’une façon ou d’une autre sur votre façon de faire Unto the Locust ?

Pas vraiment, c’est quelque chose qu’on a vécu et qu’on a apprécié et lorsqu’on est rentré pour écrire c’était… Tu sais, je pense qu’au moment où on est rentré pour composer, après avoir fait trois ans de tournées et 385 concerts, c’était vraiment un soulagement d’en avoir fini avec The Blackening. On est resté longtemps dans cet instant avec The Blackening, et c’était génial, mais quand on était enfin en train d’écrire c’était « Ouais ! On va de l’avant, ça déchire ! C’est génial ! On est prêt à faire face à l’avenir ! ».

Dans cet album il y a de plus grands contrastes dans ton chant que tout ce que vous avez fait auparavant. Les voix saturées sont plus agressives que jamais et ton chant mélodique n’a jamais été aussi mélodique par le passé. Peut-on dire que tu cherchais plus de challenge dans ton chant cette fois ?

Ouais, clairement. On cherchait tous plus de challenge avec tout. Tout le monde dans le groupe voulait se surpasser. En particulier vu le succès incroyable du dernier album, on sentait vraiment qu’on voulait tout monter d’un cran et amener notre musique au niveau supérieur.

Tu as récemment commencé à prendre des cours de chant avec celui qui a travaillé avec Mick Jagger et Lady Gaga, pourquoi l’avoir choisi lui en particulier ?

(Rires) Mick Jagger, pas Lady Gaga ! J’ai récemment commencé à travailler beaucoup avec Melissa Cross. Mais je fais aussi des exercices d’échauffements vocaux depuis 14 ans qui sont élaborés par Don Lawrence. Un ami m’a donné ce CD d’échauffements qu’il avait fait avec Don. Donc ça fait 14 ans que j’entends la voix de ce mec et je n’ai jamais su à quoi il ressemblait. Je ne l’ai jamais rencontré donc ça me semblait approprié d’aller le voir enfin.

Tu as aussi commencé à prendre des cours de guitare classique. Tu as déclaré que c’était parce que tu voulais à nouveau te sentir comme un débutant et ne pas être dans une situation confortable. Penses-tu que le confort tue la créativité ?

Ouais… peut être, probablement. Je ne suis pas sûr. Tu peux toujours trouver de l’inspiration, il faut juste aller la chercher. C’était plutôt parce que je n’avais pas envie de prendre de mauvaises habitudes. J’avais commencé à écrire des parties classiques, je n’en n’étais pas vraiment satisfait mais je savais que je n’utilisais pas les bonnes techniques ni les bonnes positions. Donc avant de prendre de mauvaises habitudes, j’ai décidé d’aller prendre des cours et de me débarrasser de ces mauvaises habitudes le plus tôt possible !

« Je pense qu’au moment où on est rentrés pour composer, après avoir fait trois ans de tournées et 385 concerts, c’était vraiment un soulagement d’en avoir fini avec The Blackening […] c’était « Ouais ! On va de l’avant, ça déchire ! C’est génial ! On est prêt à faire face à l’avenir ! ».

La complexité de The Blackening était clairement dans les structures des morceaux. Unto The Locust est plus riche et a plus d’atmosphères. Est-ce un aspect que vous vouliez explorer, les atmosphères musicales et les textures ?

(Longue hésitation) Je ne sais pas… Tu sais, quand on écrit, c’est d’une façon très « Beavis et Butt-Head ». Du genre « Hey, essaie ça, t’en penses quoi ? – Non – Et ça, ça donne quoi ? – Cool ! (il imite le rire caractéristique de Beavis) » tu sais, on n’est pas en train d’essayer de faire quelque chose de particulier, on se contente de créer et de voir ce que ça donne. On laisse la musique nous porter où elle nous porte. Tu peux essayer de planifier la façon dont tu veux sonner mais au bout du compte il faut juste se laisser emporter par la musique.

Le titre « Who We Ware » est clairement un des morceaux qui se démarque avec son chœur d’enfants. Etait-ce facile de les discipliner afin qu’ils enregistrent leurs parties vocales ?!

(Rires) Ce n’était pas trop difficile, ils ont fini par y arriver. Ça leur a pris un bout de temps et c’était un peu le chaos par moment. Ce sont mes deux fils, celui de Phil (Demmel, guitare), et les deux filles de Juan (Urteaga), notre ingénieur, qui sont présents. C’était cool. On voulait que ça sonne un peu cru, pas comme un chœur mais comme des enfants qui chantent à l’école. C’est une mélodie très triste mais la chanson est un « va te faire foutre ! » plein de défi et sans chercher à se faire excuser. Ca dit qu’on est comme ça et que je suis comme ça.

Comme évoqué précédemment, l’album est très porté sur les contrastes au niveau du chant, or c’est une caractéristique de nombreux groupes de la scène métal moderne, est-ce une scène que tu suis ?

Nous avons été les pionniers de tout ça. On était le premier groupe à le faire et beaucoup d’artistes nous ont copiés. On fait juste notre truc. Si tu écoutes Burn My Eyes, en particulier la chanson « Old », ce sont des couplets très agressifs avec un refrain mélodique. Donc c’était bien avant les autres groupes. On a vu il y a un bout de temps que beaucoup de combos commençaient à copier ce qu’on faisait, commençaient à utiliser les mêmes amplis, à s’accorder en drop comme nous, et utilisaient cette formule. Et on avait déjà quelques étapes d’avance afin de rester toujours devant. C’est toujours le cas : nous avons défini le metal moderne.

Interview par téléphone réalisée le 23 août 2011
Transcription et traduction réalisées par Stan

Site Machine Head : www.machinehead1.com



Laisser un commentaire

  • Je suis d’accord avec Metal’o Phil/RM .
    Flynn est le mieux placé pour tenir ses propos,.Ses albums, le succés, parlent pour lui également.
    Il est simplement réaliste.Il peut être fier de ce qu’il a accompli avec MACHINE HEAD.

    [Reply]

    Samael

    Machine Head n’a pas a rougir de son succès amplement mérité et qui à même mis trop de temps à venir coté US. Seulement je ne vois pas vraiment en quoi MH à « défini le métal moderne ». Dans ce rôle là je vois plutot Pantera dont beaucoup de groupes dit  » mordernes » se revendiquent.

  • machine head est un excellent groupe que beaucoup de groupes ont tenté » de copier. Par contre, je n’aime pas du tout the burning red et supercharger. Un des plus grand groupes de metal du monde, c’est un fait et pour la définition du metal moderne, c’est vrai, mais seulement en partie.

    [Reply]

  • Hâte, hâte, hâte ! rien d’autre à dire.

    Modestie ou pas cet album va tout casser, un nouveau souffle dans le genre.

    [Reply]

  • « Nous avons défini le Metal moderne »
    ça je ne crois pas non… leur musique n’a pas grand chose à voir avec ce qui sort maintenant, ça sonne beaucoup plus old school que n’importe quel groupe sorti ces 10 dernières années

    par contre, si l’album sonne vraiment atmosphérique comme vous le dites, je vais peut-être commencer à aimer ce groupe avec leur dernier album
    ça pique ma curiosité!

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    Spaceman

    Attention, je n’ai jamais parlé d’album « atmosphérique » au sens « calme et éthéré » – ce qui est d’ailleurs un abus de langage puisque une atmosphère sonore n’est pas forcément calme – mais bien de richesses d’atmosphères. Car, que l’on ne s’y trompe pas, cet album envoi du bois.

  • Si vous l’avez connu plus loquace, moi je l’ai connu plus modeste l’ami Robb : « on est plus gros que jamais. Un des plus gros groupes de metal dans le monde. » « nous avons défini le metal moderne » …

    [Reply]

    Metal'o Phil/RM

    En même temps « on est plus gros que jamais », c’est un fait. « Un des plus gros groupes de metal dans le monde », c’est un fait aussi. « Nous avons défini le metal moderne », c’est en grande partie vrai également. Qu’y a-t-il de mal à en avoir conscience. Si c’est une vérité, seul Rob Flynn n’a pas le droit de le dire car « ça fait prétentieux » ?

  • « Nous avons défini le Metal moderne. » La modestie ne l’étouffe pas c’est sur! Mais je pense que cet album sera une tuerie!

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