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Interview   

Machine Head retrouve sa couronne


Après une période faite de bas – un Catharsis mal reçu par une partie des fans, suivi du départ de Phil Demmel et Dave McClain – mais aussi de hauts – des shows qui en imposent toujours et une tournée des vingt-cinq ans du classique Burn My Eyes –, fort d’un nouveau line-up, Machine Head était attendu au tournant. Si quatre années nous séparent de Catharsis, le groupe n’a pour autant pas été avare en musique en délivrant régulièrement des singles indépendants. C’est justement l’un de ceux-là, « My Hands Are Empty », qui a donné la direction pour Of Kingdom And Crown, un nouvel album conceptuel dans les paroles, cinématographique dans certaines ambiances, sans oublier la brutalité thrash qui a fait la réputation de Machine Head en premier lieu. Un album qui ouvre les perspectives autant qu’il se recentre sur les forces du groupe.

C’est donc pour parler de ce dixième méfait que nous avons interrogé le maître à penser du groupe d’origine californienne (mais désormais international, avec un guitariste polonais et un batteur anglais – qui n’a pas participé à l’album, Navene Koperweis ayant été embauché pour les sessions). Il décrit pour nous à la fois ce tournant conceptuel et son processus créatif qui, de son propre aveu, est loin d’émaner d’une vision claire et génère beaucoup de déchets…

« Il y avait une simplicité dans Burn My Eyes qui m’a clairement inspiré lorsque j’ai composé ce nouvel album. Certains riffs avaient parfois un côté très Neandertal et simples comme un coup de matraque, mais tellement heavy. »

Radio Metal : Il semblerait que votre précédent album, Catharsis, marquait une période difficile pour Machine Head : l’album a divisé les fans et deux membres ont quitté le groupe peu de temps après sa sortie. Avec le recul, quel est ton sentiment là-dessus ?

Robb Flynn (chant & guitare) : Je suis fier de chaque album que j’ai sorti. Nous ne l’aurions pas sorti si nous n’en étions pas fiers. La tournée s’est super bien passée, ça a été un grand succès. Les chansons passaient extraordinairement bien en live. Si je voulais trouver des défauts à Catharsis, je le pourrais, tout comme je pourrais trouver des défauts à The Blackening ou Burn My Eyes ; je vois des défauts dans tous les albums que j’ai sortis. Mais nous sommes passés à autre chose et nous voilà aujourd’hui, avec Of Kingdom And Crown.

Entre-temps, vous avez célébré les vingt-cinq ans de Burn My Eyes avec Logan Mader et Chris Kontos. Ayant replongé dans ce classique de Machine Head, as-tu utilisé ça comme une inspiration pour la nouvelle musique ou, au moins, pour recentrer un peu plus le groupe sur ses forces ?

D’une certaine façon. La musique reste assez différente de Burn My Eyes et je crois que je ne pourrais jamais enregistrer un nouvel album comme Burn My Eyes – en tout cas certainement pas du point de vue des paroles – mais il y avait une simplicité dans Burn My Eyes qui m’a clairement inspiré lorsque j’ai composé ce nouvel album. Certains riffs avaient parfois un côté très Neandertal et simples comme un coup de matraque, mais tellement heavy. La chose en particulier vers laquelle ça m’a ramené, plus que tout, c’est que lorsque j’ai composé Burn My Eyes, la musique en soi était très compliquée, très rapide, par moments très étrange et un peu à la Neurosis, et je me souviens m’être dit : « J’ai vraiment envie que le chant soit très simple et très facile à comprendre. Je ne veux pas qu’il y ait beaucoup de mots. » Si c’est une partie thrash, bien sûr, il peut y avoir un million de mots, mais la plupart du temps, je voulais que ce soit très simple, et je retirais constamment des mots dans les paroles, juste pour simplifier et faire que ça passe mieux. J’ai beaucoup fait ça aussi dans ce nouvel album. J’ai adopté le même processus. Je savais que la musique était encore plus compliquée par moments que dans Burn My Eyes et je voulais des mélodies vocales très simples, des accroches très simples, et me concentrer à fond sur le placement des rimes. J’écoute beaucoup de hip-hop et là où les rimes tombent, c’est souvent ce qui fait que les accroches sonnent mieux, sans tout le temps avoir la rime à la fin, mais parfois au milieu, de petits trucs cool comme ça qui créent un bon flow.

Jared et Vogg ont tous les deux contribué avec des idées, des chansons et des riffs. Comment décrirais-tu la dynamique créative du groupe cette fois ?

La pandémie a déconcerté tout le monde. Je pense que ça a rendu le processus d’écriture étrange pour n’importe quel groupe, le nôtre y compris. Jared et moi vivons dans le même coin, ceci dit, donc nous avons pu souvent nous réunir et créer ici, rien que tous les deux. Jared a écrit des paroles et a apporté de supers riffs ; j’écrivais des riffs et je les envoyais à Vogg en disant : « Eh, je ne sais pas quoi faire après ça. Termine ce riff. » Il me renvoyait un riff par e-mail et j’étais là : « Oh merde, ça déchire ! » Des idées comme ça qui ont amené à des trucs vraiment cool. Nous avons trouvé le moyen de contourner la pandémie.

En décrivant la direction musicale, tu as dit que Of Kingdom And Crown était semblable à Through The Ashes Of Empires et The Blackening, et il se trouve que vous avez en partie enregistré aux Sharkbite Studios où ces deux albums ont été enregistrés. Comment comparerais-tu l’état d’esprit dans lequel tu étais avec Of Kingdom And Crown et celui de ces deux anciens albums ?

Soit dit en passant, ce n’est pas moi qui ai dit ça à l’origine, c’est Monte Conner ! C’était cool de revenir dans ce studio de temps en temps, ça faisait remonter certains souvenirs, mais une bonne partie a aussi été enregistrée ici – c’est mon studio que tu vois là. J’ai enregistré le chant, genre, juste ici [rires]. J’installais mon micro de chant, mon ordinateur portable, et c’était parti. Nous n’essayions pas de capturer quoi que ce soit. J’ai encore le sentiment que cet album va de l’avant. Je n’ai pas du tout l’impression qu’il nous représente en train de retourner à nos racines. C’est vraiment une progression. C’est un album très cinématographique. C’est un album vraiment colossal et féroce. Je pense que ce qui le démarque de tous les autres albums de Machine Head, c’est le concept, ce que nous n’avions jamais fait vraiment avant. Le concept de l’album est très fort. Ça se passe en gros dans un désert futuriste où le ciel est tout le temps rouge cramoisi et il tourne autour de deux personnages. Le premier est Ares, qui perd l’amour de sa vie, Amethyst, et se lance dans une fureur meurtrière contre les gens qui l’ont tué. Le second est Eros, qui perd sa mère à la suite d’une overdose de drogue et dans sa descente infernale dans la dépression, il se radicalise auprès d’un leader charismatique et se lance dans sa propre fureur meurtrière. C’est l’une des personnes qui ont tué Amethyst. Les paroles de l’album détaillent donc comment leurs vies sont entremêlées. Le morceau d’ouverture, « Slaughter The Martyr », qui est une longue chanson épique de dix minutes, raconte en gros l’histoire des origines du premier personnage. Il vient de perdre l’amour de sa vie, il est dans une rage meurtrière venimeuse. Ça semblait être l’endroit parfait pour commencer cet album très cinématographique.

« La musique, ce n’est pas une chaîne de montage. On ne peut pas écrire tout le temps, toute la journée, de super riffs. La plupart des riffs qu’on compose sont nuls et personne ne les entendra. »

Comme tu l’as dit, c’est un album concept très ambitieux. L’as-tu conçu comme tel dès le départ ou l’approche conceptuelle a-t-elle pris forme au fil du processus ?

Ça faisait un moment que je voulais faire un concept album, mais je n’ai jamais vraiment su où je devais emmener un tel album et j’ai probablement abandonné l’idée pendant un temps. Avec celui-ci, le concept est venu assez tôt et je me suis dit… La musique arrive toujours en premier. Pour moi, les riffs sont toujours ce qui vient en premier. Il faut que je chante ce que les riffs me dictent, mais une fois que nous avons eu la chanson… Car nous avions sorti une série de singles indépendants. Nous avons sorti neuf singles depuis Catharsis, mais une fois que nous avons eu « My Hands Are Empty », c’est là que je me suis dit : « Oh, ouah ! C’est vraiment différent. C’est vraiment unique pour Machine Head. » Je me souviens avoir dit à Jared : « Si on peut construire un album autour de cette chanson, on pourrait obtenir quelque chose d’assez spécial, car c’est très différent pour nous. » Ça a établi un standard de référence.

Tu as décrit le concept, et ça a presque l’air d’une tragédie grecque moderne, mais il se trouve que ça a été vaguement inspiré par la série d’anime japonais L’Attaque Des Titans…

Il y a une petite confusion à ce sujet. Ça ne parle pas de L’Attaque Des Titans, mais c’en est inspiré dans le sens où quand j’ai commencé à écrire le concept, l’arc narratif était très américain. C’était le bon, le méchant, et le bon gagne à la fin. A l’époque, je n’arrivais pas à m’y identifier et à rentrer dedans. Je suis un fana d’anime de la vieille école. J’étais dingue d’anime quand j’étais plus jeune. J’allais à des conventions. J’étais fou de ça. Je regardais Macross, Akira, Robotech et Space Battleship Yamato, j’étais à fond. Au cours de la pandémie, mes enfants ont tous les deux commencé à regarder des anime, un peu par hasard. J’étais là : « Oh, ouah ! » Je suis allé dans leur chambre pour voir si tout allait bien : « Eh, comment ça va ? » et je les ai vus regarder cet anime. C’était brutal, un truc de malade ! J’étais là : « Oh mon Dieu, c’est génial ! Regardons ça ensemble. J’adore ! » Nous avons donc commencé à regarder la série en famille. C’est une très longue série, mais à un moment donné, l’arc narratif devient : selon vous, qui est le bon et qui est le méchant ? Il n’y a pas de bon. Il n’y a pas de méchant. Les deux parties croient faire le bien, mais les deux commettent des atrocités et font du mal. Cet aspect m’a beaucoup inspiré. J’étais là : « Oh, ouah, je pourrais faire ça avec mon histoire. » Donc dès que j’ai commencé à regarder le concept sous cet angle, ça a vraiment ouvert l’histoire et la direction que je pourrais prendre. J’ai écrit neuf albums sous le prisme de ma vie, de ma vision de la société et des choses que j’ai vécues. Cette fois, ce n’est pas un reflet du présent, vu que c’est une histoire qui se déroule dans le futur, et le fait d’écrire au travers des yeux de ce personnage et de ces expériences imaginaires, et ensuite écrire au travers des yeux de cet autre personnage, et le fait d’essayer d’équilibrer tout ça, c’était génial. D’un point de vue créatif, c’était très inspirant. Je pouvais être beaucoup plus brutal et triste, je pouvais faire beaucoup plus de choses. Ça a fini par devenir une période très inspirante.

T’identifies-tu personnellement à l’un de ces personnages d’une façon ou d’une autre ?

C’était la partie la plus dure en écrivant ce concept. Le grand défi était que je ne pouvais pas me contenter de lire les paroles sur une feuille. Je ne pouvais pas me contenter de chanter l’histoire. Il fallait que je trouve le moyen de m’identifier à celle-ci. Les deux choses auxquelles ça se résumait était l’idée de meurtre – qui ne peut pas s’identifier à ça ? [Rires] – et l’amour, notamment la perte de l’amour. Quand j’ai fait le lien avec ça, c’est un peu là que ça a pris une autre dimension pour moi.

Quelles sont tes références en termes de concept albums ?

Aussi loin que je me souvienne, le premier concept album que j’ai écouté était The Wall de Pink Floyd. C’était un album extraordinaire. Je m’en suis très légèrement inspiré. On y trouve ces sortes de transitions cinématographiques, on entend des hélicoptères au-dessus de notre tête et des dialogues, ça ficelait le tout. J’adore cet album, j’adore le film. Il y a ensuite clairement Operation: Mindcrime de Queensrÿche, l’un de mes préférés de tous les temps. J’adore cet album. Une histoire et un concept fantastiques. Pour les temps modernes, je rajouterais aussi The Black Parade de My Chemical Romance. Je trouve que c’est un concept album génial.

« Avec la très faible capacité de concentration des gens aujourd’hui, à l’époque des chansons de deux minutes et demie, mon intro fait trois minutes ! [Rires] Il est donc possible que dans deux ans je dise : ‘C’était l’idée la plus débile de tous les temps.' »

On dirait que Jared prend une plus grande place et brille vocalement sur des chansons comme « Become The Firestorm » ou « My Hands Are Empty », ou sur l’introduction très émotionnelle de l’album. Penses-tu que ça a aidé à l’éloquence du concept d’avoir cette voix supplémentaire ?

Oh oui. Jared est génial. Ça fait maintenant dix ans qu’il fait partie du groupe. Lui et moi avons ce truc magique… Quand nous nous posons tous les deux, l’harmonisation est extraordinaire. Ce qui est cool, c’est que nous avions les Electric Happy Hours, un live stream hebdomadaire que nous avons commencé à faire au début de la pandémie, d’abord en acoustique. Nous avons commencé à apprendre un tas de chansons acoustiques qui sortent de notre registre habituel, des choses comme Fleetwood Mac, Stevie Nicks… Après avoir fait toute une variété de chansons, nous étions capables de lire dans les pensées de l’autre. Je savais quelle harmonie il allait faire, il savait quelle harmonie j’allais faire. Nous continuions toutes les semaines de travailler sur l’album, car c’est mon studio, nous pouvons aller ici, et il était là : « Eh, pourquoi est-ce qu’on n’essaye pas ce truc à la Fleetwood Mac qu’on a fait dans telle partie de telle chanson pour le mettre ici ? » « Oh putain, c’est trop bien ! » Des petits trucs comme ça. Ça l’a vraiment mis en valeur, avec de super harmonisations entre nous deux. Evidemment, il prend le lead dans « My Hands Are Empty », comme tu l’as mentionné. Donc oui, c’est génial de l’avoir. Ça réduit ma charge [rires].

Machine Head pourrait-il devenir un groupe à deux chanteurs ?

En fait, nous le sommes déjà un peu ! Nous l’avons toujours été en un sens, car nous avons toujours eu au moins deux personnes qui chantent.

Tu as déclaré : « Parfois, quand on écrit de la musique, c’est comme se retrouver perdu dans une pièce noire, on ne sait pas trop où on va, mais la moitié de l’aventure consiste à essayer de trouver son chemin. » Est-ce que ça t’arrive souvent de ne pas avoir une vision très claire ? Est-ce ce qui s’est passé avec cet album ? Car le résultat semble très bien pensé au final…

Oui, et merci. Beaucoup de gens disent que ceci est le meilleur album que nous ayons fait. Une interview sur deux, quelqu’un est là : « Mec, c’est le meilleur putain de truc que tu aies jamais fait », ce qui est génial. C’est extraordinaire d’entendre ça et oui, c’est ainsi que ça se passe. Il s’agit juste de mettre un pas devant l’autre et de voir où la musique, l’univers et les paroles nous emmènent. La musique est juste une photographie des gens à un instant donné. Un album est une photographie de quatre ou cinq, ou neuf personnes à un instant donné. Cet album a capturé un moment assez incroyable, durant une période assez folle aussi [petits rires]. On était dans les cendres d’une époque de dingue et ensuite la pandémie est arrivée, et c’est parti en vrille.

C’est drôle, parce qu’on entend souvent des artistes raconter qu’ils avaient cette grande vision pour leur album…

Je n’y crois pas. Je pense que ce sont des conneries. Je pense que c’est ce qu’ils disent après coup, genre : « Oh, j’ai toujours eu une vision de ce que ça allait devenir ! » Non, tu n’as rien eu du tout ! Personne ne sait. On commence juste à composer, c’est tout ce qu’on fait. Et la raison pour laquelle je dis que ce sont des conneries, c’est parce que la musique, ce n’est pas une chaîne de montage. On ne peut pas écrire tout le temps, toute la journée, de super riffs. La plupart des riffs qu’on compose sont nuls et personne ne les entendra. J’ai écrit quatre-vingts pour cent de musique en plus qui ne s’est pas retrouvée sur cet album parce que c’était merdique et personne n’a besoin d’entendre ça. Souvent, c’est juste les astres qui nous sont favorables et c’est la bonne convergence de circonstances. J’ai clairement l’impression que la pandémie a aidé, d’une certaine façon. Nous avons ralenti et nous avons pu nous connecter à la musique différemment. J’ai vraiment le sentiment que les Electic Happy Hours ont aidé, la tournée Burn My Eyes a aidé, le fait de ne plus tourner… Parfois, les gens écrivent leur meilleure musique quand ils sont seuls, et c’est dur d’être seul quand on est constamment sur la route, on n’est jamais seul, on est toujours entouré par du monde. On ne peut pas être seul pour faire de la musique, alors que parfois, c’est ce qu’il faut.

Les artistes doivent de plus en plus tourner à cause de la façon dont l’industrie fonctionne aujourd’hui. Trouves-tu que ce soit une entrave à la créativité ?

Pour moi, ça l’est. Je ne compose pas beaucoup sur la route. Ça peut m’arriver occasionnellement. J’ai écrit « My Hands Are Empty » [avec Logan Mader] sur la route, par exemple. Mais globalement, la majorité de n’importe quel album est composée quand je suis à la maison. Je ne peux tout simplement pas me concentrer, la route c’est un tout autre environnement. Tu es en transit, tu joues tous les soirs, tu t’échauffes, tu te prépares, etc. Ça n’a rien à voir avec la créativité.

« Je me réveille presque toutes les nuits vers deux ou trois heures du matin, donc je suis là : ‘Eh merde, autant me lever et écrire.’ Je dirais que quatre-vingt-dix pour cent de l’album a été écrit à trois heures du matin. Ça vaut pour pratiquement tous les albums de Machine Head. »

Rien que le fait de démarrer l’album sur l’imposant « Slaughter The Matyr » de dix minutes, un peu comme « Clenching The Fists Of Dissent » sur The Blackening, est assez ambitieux, avec sa longue intro dramatique. Quel genre de déclaration est-ce pour toi ?

Il y a plusieurs déclarations derrière ça. Comme je l’ai dit, c’est l’histoire des origines du personnage. Je trouvais vraiment que pour l’intrigue, c’était important de commencer ici. On se retrouve avec cette intro inattendue, très cinématographique. Personne ne s’y attend et j’adore ça. J’adore l’idée de surprendre les attentes des gens. Je pense que c’était important. Cette chanson ne pouvait pas aller au milieu de l’album [rires]. Mais c’est drôle, car nous avons fait des making of de l’album il y a probablement six mois, et il y a une vidéo où je suis en train d’enregistrer ce morceau. Je suis là : « Je ne sais pas ce que c’est. Je ne sais pas où on va le mettre » [rires]. A l’époque, je ne savais pas où se placerait cette chanson. Je disais : « Peut-être que c’est la fin de l’album. Je ne sais pas. » A mesure que ça prenait forme, je savais que cette chanson avait quelque chose de spécial. Je me souviens avoir écrit l’intro et le refrain le même matin. La majorité de l’album a été composée vers trois heures du matin. Je me réveille toujours en pleine de nuit et j’écris des paroles ou je fais je ne sais pas quoi. J’ai donc écrit ça et ensuite je l’ai chanté le lendemain, et j’étais là : « Oh mon Dieu, ça tue ! » Je savais que ça déchirait, je pouvais le sentir. Mais je ne savais pas quoi faire avec les couplets. Je ne savais pas non plus quoi faire avec les ponts. J’étais totalement : « Je ne sais pas de quoi parle cette chanson », mais je savais que si je pouvais unir le concept dans cette chanson, tout le reste se mettrait en place, car je sentais qu’il y avait quelque chose de spécial là-dedans. Finalement, ça s’est mis en place et le seul endroit où ce morceau avait sa place, c’était en ouverture d’album.

Il est probable que la plupart des groupes l’auraient mis à la fin de l’album, car généralement, les longues chansons épiques sont à la fin…

Oui, tu as raison. Et tu sais, ce pourrait être la mauvaise décision. Pose-moi la question dans deux ans, je serais peut-être là : « Merde, on aurait dû le mettre à la fin de l’album » [rires]. Avec la très faible capacité de concentration des gens aujourd’hui, à l’époque des chansons de deux minutes et demie, mon intro fait trois minutes ! [Rires] Il est donc possible que je dise : « C’était l’idée la plus débile de tous les temps », mais je trouve que ça va bien avec l’histoire. Pour moi, l’histoire était plus importante. C’est un album au sens classique du terme. C’est quelque chose qu’on écoute du début à la fin. Bien sûr, on peut mettre les chansons dans des playlists si on veut, mais ceci est toute une œuvre d’art.

Trois heures du matin, est-ce là que tu te sens le plus créatif ?

Je ne sais pas si c’est là que je me sens le plus créatif, mais c’est là que j’ai la plus grande tranquillité d’esprit, car mes enfants et ma femme sont au lit [rires]. Je suis de toute façon réveillé, car je me réveille presque toutes les nuits vers deux ou trois heures du matin, donc je suis là : « Eh merde, autant me lever et écrire. » Mais oui, je dirais que quatre-vingt-dix pour cent de l’album a été écrit à trois heures du matin. Sache que ça ne vaut pas que pour cet album. Ça vaut pour pratiquement tous les albums de Machine Head. Certainement la majorité de The Blackening a également été écrite à trois heures du matin.

Même quand tu étais plus jeune ?

Probablement pas Burn My Eyes, mais plus tard, oui. Je dirais qu’à partir, environ, de Supercharger et Through The Ashes Of Empires, j’ai vraiment commencé à me lever et à écrire des paroles en pleine nuit.

Tu l’as mentionné : en 2019 et 2020, vous avez sorti pas mal de singles indépendants. De nombreux groupes ont commencé à faire ça aussi, surtout pendant la pandémie. Penses-tu que ça pourrait devenir une norme à l’avenir ?

Nous avons commencé à sortir des singles indépendants en 2016 et j’y croyais déjà fermement à l’époque. Surtout parce que Machine Head prend pas mal de temps pour faire des albums, trois ans, parfois quatre, il nous fallait trouver un moyen de sortir de la musique. Avec le streaming et tout, j’adore l’idée d’enregistrer une chanson aujourd’hui et qu’elle puisse sortir demain. C’est fou. Il n’y a jamais vraiment eu une époque comme celle-ci dans l’histoire et j’adore ça. Je trouve que les musiciens devraient utiliser ça au maximum, car ça permet de constamment alimenter les fans avec de la musique et d’entretenir l’excitation des gens pour la musique que tu fais.

Interview réalisée par téléphone le 2 août 2022 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Travis Shinn & Paul Harries.

Site officiel de Machine Head : www.machinehead1.com

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