ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Interview   

La magie de Sorcerer


Il n’y a pas de doute, la carrière de Sorcerer est désormais bel est bien lancée et dessine actuellement une trajectoire ascensionnelle remarquable. Il était temps ! Oui, car malgré un premier album, In The Shadow Of The Inverted Cross (2015) sorti il y a à peine cinq ans, Sorcerer a été fondé… en 1988 ! La carrière des Suédois est pour le moins atypique mais à bien y regarder, elle était nécessaire. Sorcerer devait se séparer en 1992, après deux démos, pour que le bassiste et gardien du son de Sorcerer Johnny Hagel et le chanteur Anders Engberg vivent d’autres expériences musicales et étoffent leur savoir-faire, pendant qu’une fan base amoureuse des deux premières démos se développait dans l’underground. Nécessaire aussi pour, quand le groupe a enfin été rappelé à la scène en 2010, trouver les bons musiciens qui sauraient à la fois respecter l’héritage de Sorcerer et le propulser plus loin.

Aujourd’hui, Sorcerer sort son troisième album, Lamenting Of The Innocent, construit sur les bases du déjà classique The Crowing Of The Fire King (2017), tout en étendant ses horizons. Nous avons joint Anders Engberg mais aussi le guitariste-compositeur Kristian Niemann – tous les deux des ex-Therion, entre autres – pour nous parler de cet album, de sa thématique conceptuelle et de la trajectoire artistique et de carrière du groupe, revenant sur les mouvements de line-up et levant le voile sur les « mystères » de son histoire.

« Nous voulions tous sonner un peu plus moderne et propre, et peut-être aller un peu plus vers le metal que le doom. Selon moi, c’est ce que nous faisons avec le dernier album Lamenting Of The Innocent, nous mettons vraiment un pied dans la scène metal. »

Radio Metal : Tout d’abord, clarifions les choses niveau line-up : votre nouvel album, Lamenting Of The Innocent, est le premier avec Justin Biggs à la basse. Cependant, il semblerait que Johnny Hagel soit toujours considéré comme faisant partie du groupe. Du coup, quel est le statut de Johnny ?

Kristian Niemann (guitare) : Johnny est une sorte de membre fantôme, pour ainsi dire. Il est totalement impliqué dans la composition, il a écrit les chansons « Deliverance » et « Where Spirits Die » sur cet album. Il est très impliqué dans le côté business, à traiter avec la maison de disques, à gérer la promotion, à trouver des idées pour toutes sortes de produits. Il est hyper-impliqué !

Anders Engberg (chant) : On peut aussi dire que c’est le porteur du son originel de Sorcerer. Même s’il y a de nouvelles influences, ce qu’il compose, ce sont les chansons de Sorcerer les plus authentiques. Elles nous renvoient là d’où nous venons. Il n’avait aucune intention de quitter le groupe, mais il s’est mis en retrait des concerts et des tournées car ça ne l’intéressait pas tellement. Autrement, comme Kristian l’a dit, il est profondément impliqué avec nous et le groupe et il continuera à l’être dans le futur.

Etait-ce important pour Justin, qui a donc remplacé Johnny en live, d’être également impliqué dans l’album ?

Kristian : Nous voulions avoir un membre vraiment actif. Nous ne voulions pas intégrer quelqu’un juste pour endosser le rôle de bassiste. Nous voulions quelqu’un qui pouvait contribuer de toutes les manières possibles, y compris au niveau composition. Il s’avère que Justin écrit également des paroles et fait un peu de growl. Je trouve qu’il est arrivé et s’est très bien intégré.

Anders : Johnny est un super bassiste live, mais Justin a apporté autre chose au groupe. A chaque album, nous essayons de faire quelque chose de nouveau et ça s’entend vraiment sur Lamenting Of The Innocent. Les nouveaux membres ont beaucoup contribué au son de cet album.

Kristian : C’est pareil pour Ricky, son jeu de batterie est une part essentielle de notre son aujourd’hui. Il a un jeu très technique, il est capable de jouer tous les plans dont on peut rêver, mais c’est aussi un batteur très groovy. Il peut jouer les deux styles, ce qui est très rare. Nous voulions vraiment utiliser ses forces dans ces domaines.

C’est d’ailleurs un autre fait notable à propos du line-up : le retour du batteur Richard Evensand juste après que vous ayez enregistré The Crowning Of The Fire King. Richard avait déjà fait un passage dans le groupe au début des années 90 et a enregistré la démo The Inquisition, mais ceci est son premier album avec Sorcerer. Comment son retour s’est-il passé et comment c’était de retrouver un si ancien membre du groupe ?

Anders : Il était dans la périphérie du groupe depuis que nous nous sommes reformés. Il était censé faire quelques concerts en 2010, je crois, je ne me souviens plus exactement quand, mais ça ne s’est pas passé comme nous le voulions et nous avons uni nos forces avec un autre batteur. Nous avons fait notre premier album en cours de route et ensuite nous avons enregistré The Crowning Of The Fire King avec un batteur de session, Lars Sköld, qui joue dans différents groupes, dont Tiamat. C’était son boulot, nous n’avions pas de batteur à ce moment-là et Ricky est arrivé.

Kristian : J’ai toujours été en contact avec lui. Il a vécu longtemps en Australie et il est revenu. J’ai toujours voulu jouer avec lui, car c’est un de mes batteurs préférés en Suède. J’adore son style de jeu. Même quand nous avions l’autre batteur dans le groupe… C’était un super batteur mais il avait un style très différent de Ricky. Quand nous nous sommes séparés avec lui, je me suis dit que ce serait cool que Ricky revienne, parce que c’est un extraordinaire batteur et il a aussi une histoire avec le groupe. C’était cool pour nous ainsi que pour les fans d’avoir ce lien, surtout maintenant que Johnny n’est plus dans le groupe. C’est pas mal d’avoir non seulement Anders mais aussi Ricky dont l’histoire avec le groupe remonte à loin. Autrement ce serait presque Anders et des musiciens de reprise [rires].

Anders : The Anders Engberg Big Band! [Rires]

A propos de ce nouvel album, Lamenting Of The Innocent, vous avez déclaré que vous vouliez « capturer le même feeling que The Crowning Of The Fire King tout en apportant quelque chose de nouveau ». Voyez-vous The Crowning Of The Fire King comme un jalon spécial ou une référence pour Sorcerer ?

Kristian : Oui. Quand nous l’avons fait, The Crowning Of The Fire King était clairement un Jalon important. C’était un pas en avant et un pas de côté. Le son était assez différent d’In The Shadow Of The Inverted Cross, qui avait une batterie lourde et ample et des guitares assez maigres. Avec The Crowning Of The Fire King, les guitares ont eu une plus grosse part du gâteau, pour ainsi dire. Lamenting Of The Innocent est une combinaison des deux, je dirais.

Anders : C’est ma réponse dans chaque interview. Je trouve que c’est une excellente manière de décrire l’album parce que, comme Kristian l’a dit, sur le premier album, nous voulions être dans un vieux style, avec un côté analogique. Nous voulions faire le lien avec les anciennes démos et ne pas trop nous en éloigner, même si ça représentait un gros progrès par rapport aux démos, évidemment, car nous étions jeunes à l’époque. Tous les musiciens aujourd’hui sont très bons et nous pouvons écrire des chansons que nous n’étions pas capables d’écrire à l’époque. C’était très important pour nous d’établir un pont, et ensuite l’étape suivante qui s’est naturellement imposée, c’était The Crowning Of The Fire King. Je pense que nous voulions tous sonner un peu plus moderne et propre, et peut-être aller un peu plus vers le metal que le doom. Selon moi, c’est ce que nous faisons avec le dernier album Lamenting Of The Innocent, nous mettons vraiment un pied dans la scène metal.

« J’ai beaucoup de mal à être inspiré par de vieux albums que j’ai entendus un million de fois. Ça ne m’inspire pas d’entendre des vieilles musiques d’Iron Maiden. J’adore mais il n’y a rien de nouveau là-dedans pour moi. J’ai besoin d’entendre de nouvelles choses pour pouvoir écrire de nouvelles choses. »

Vous avez aussi dit que cette fois vous vouliez que votre son progresse dans toutes les directions, et ne pas être limités dans ce que vous faites. Avez-vous eu l’impression de vous limiter sur les albums passés ?

Kristian : Pas consciemment. C’est simplement ainsi que nous composions à l’époque de nos deux précédents albums. Cette fois, je pense que nous avons tous ressenti le besoin de changer quelque chose et d’aller plus loin. Nous ne pouvions pas réécrire le même album. C’est une progression naturelle, le fait d’essayer de pousser notre son dans toutes les directions. Heureusement, nous ressentons tous un peu la même chose, ce n’est pas comme si quelqu’un voulait aller dans une direction et un autre dans une autre direction. Il y a une très bonne alchimie. Nous avons une idée relativement claire de la direction que nous prenons et nous y allons tous ensemble, ce qui facilite beaucoup les choses.

Anders : Si tu écoutes In The Shadow Of The Inverted Cross, le style de composition est plus ou moins le même, c’est juste l’approche des chansons qui a un petit peu changé. Nous y avons apporté de nouvelles choses, des blast beats à la batterie, du growl et quelques petites parties progressives. Mais si tu écoutes la composition, c’est presque la même sur tous les albums.

Il est clair que cet album étend vos horizons avec une chanson comme « The Hammer Of Witches » qui est assez rapide, pas très doom, alors que le morceau éponyme qui suit est une pure chanson doom, très lente. C’était donc votre idée en vous mettant sur cet album : renforcer la dynamique de la musique de Sorcerer ?

Kristian : Nous voulons qu’il y ait une grande diversité de chansons. Je n’ai pas envie que nous ayons juste dix chansons très lentes. C’était une bonne chose d’avoir une chanson comme « The Hammer Of The Witches » et une ballade comme « Deliverance ». Ça fait que le disque est plus divertissant à écouter et ça crée une expérience plus agréable, à mon avis.

Anders : Nous avons écrit quatorze chansons durant ce processus. C’est démocratique lorsque nous choisissons les chansons mais il faut aussi que nous utilisions notre cerveau. Nous discutons beaucoup de la dynamique de l’album, surtout pour celui-là, car nous avons décidé dès le début que nous voulions faire un disque conceptuel. Le tempo et la structure des chansons sont encore plus importants à cet égard.

Diriez-vous qu’un tel album reflète mieux non seulement ce qu’est Sorcerer mais aussi tout le spectre de vos affinités et goûts personnels en matière de musique ?

C’est difficile à dire. Nous avons des goûts musicaux très différents, nous couvrons tout le spectre. J’aime tout, du jazz à l’opéra. Donc pas forcément, mais je pense que d’une certaine manière, la musique qu’on écoute déteint sur nous. Pour certaines personnes, comme Kristian par exemple, la musique contemporaine a un plus gros impact, alors que moi, j’ai tendance à regarder derrière plutôt que devant. C’est une combinaison.

Kristian : Je suis d’accord. Je pense que peut-être Anders et Peter [Hallgren] sont ceux qui écoutent majoritairement des vieux trucs, alors que Justin et moi cherchons toujours de nouvelles choses. J’ai beaucoup de mal à être inspiré par de vieux albums que j’ai entendus un million de fois. Ça ne m’inspire pas d’entendre des vieilles musiques d’Iron Maiden. J’adore mais il n’y a rien de nouveau là-dedans pour moi. J’ai besoin d’entendre de nouvelles choses pour pouvoir écrire de nouvelles choses, d’entendre de nouveaux grooves, de nouveaux riffs. C’est naturel. Nous avons la chance d’avoir cette combinaison de gens dans le groupe aujourd’hui, ça fonctionne très bien.

Anders : La musique que nous écrivons, c’est du Sorcerer. Evidemment, Kristian, moi et tout le monde, nous avons travaillé sur différentes combinaisons de styles musicaux et dans d’autres groupes. Donc nous avons aussi ça en tête. Nous avons tant d’années de pratique derrière nous, à faire tant de choses, que lorsque nous nous réunissons dans Sorcerer, nous savons ce que c’est. Ce n’est pas comme si nous nous disions qu’il faut que nous écrivions une chanson de Sorcerer, mais nous nous mettons naturellement dans cet état d’esprit. Nous n’éprouvons aucune difficulté, nous savons ce que nous voulons présenter au public.

Dans Sorcerer, vous avez effectivement tous fait partie de groupes divers et variés : Anders, tu as fait partie de Twilight, un groupe de power metal progressif, Kristian tu as fait partie de Therion, un groupe plus symphonique/lyrique, mais également Demonoid avec Richard, un groupe plus orienté death metal, et Richard a également fait un passage chez Chimaira, un groupe de metal très moderne, pour ne nommer que ceux-là. Pensez-vous que la richesse de vos expériences a influencé Sorcerer ou l’a aidé à se démarquer ?

Kristian : Bien sûr. Comme Anders l’a dit, chacun apporte ses propres influences et expériences dans le groupe. A chaque fois qu’on se retrouve dans une situation, on apprend de cette situation. Quand on a l’opportunité d’être créatif, comme nous le sommes aujourd’hui dans Sorcerer, tout ce que l’on porte avec soi ressort, d’une manière ou d’une autre. On peut mettre en pratique tout ce qu’on apprend. Ensuite, évidemment, ça passe au travers du filtre des autres membres et de différentes manières. Mais pour répondre : absolument, oui !

Anders : Quand on écrit une chanson, on ne pense pas trop à comment la musique sonne. Souvent, j’arrive après que les chansons aient été écrites et nous ne pensons pas à la structure de la chanson, il faut surtout se focaliser sur la recherche des bonnes accroches et mélodies. Nous arrangeons ensuite les chansons et les idées que nous trouvons. Tout le monde est content de la tournure que prennent les chansons, c’est un processus fantastique sans gros problème. Nous visons tous le même objectif.

Kristian : Le principal défi, c’est parfois ce vieux dicton : « Tue tes chéris. » Tu apportes quelques riffs ou une structure de chanson et ensuite il peut arriver que ça soit modifié. Quelque chose que tu pensais être un refrain devient un point ou autre chose. Ce qui est important, c’est d’être ouverts d’esprit et de ne pas tomber amoureux de nos parties et de notre manière de présenter la chanson, car ça va changer au cours du processus. C’est une chose très importante à garder en tête.

« Je suis athée, je ne crois en rien, excepté ma propre force ; je crois pouvoir transmettre mon énergie positive aux gens qui m’entourent. »

Est-ce cette multitude d’expériences passées, et ce que vous avez appris avec tous ces groupes, qui vous permet aussi aujourd’hui d’autoproduire vos albums et d’obtenir un son d’une telle qualité ?

Je dirais que oui.

Anders : Nous avons effectivement énormément d’expérience. J’ai passé les trente dernières années, à participer à des albums et à être en studio pour différents projets, tout comme Kristian. On apprend énormément de choses au passage. Nous n’avons pas fini, mais j’ai l’impression que nous savons exactement ce que nous voulons. Certains dans le groupe ont un avis plus tranché sur la manière dont la grosse caisse doit sonner, d’autres ont un avis plus tranché sur la manière dont le chant doit sonner et nous parvenons à contenter tout le monde. Impliquer un producteur extérieur serait inutile, nous démolirions probablement ses opinions [rires].

Le growl est un tout nouvel élément présent sur Lamenting Of The Innocent. Comment avez-vous eu l’idée d’ajouter ça à votre palette musicale ?

Kristian : Pour cette partie spécifique – je parle de la chanson « Lamenting Of The Innocent », mais il y a aussi un peu de growl sur « The Hammer Of Witches » –, qui est un pont vers le second refrain, je me suis dit qu’il devait vraiment y avoir du chant dessus. Si je me souviens bien, Anders était un peu réticent à l’idée d’écrire quelque chose pour cette partie et alors je me suis souvenu que nous avions Justin et qu’il était capable de growler. Quand nous faisons des concerts, il fait un genre de growl sur « Exorcise The Demon » et j’ai pensé que cette partie, vu qu’elle est un peu agressive, elle irait très bien avec ça. J’ai suggéré l’idée et tout le monde a aimé.

Anders : Exactement. Je suis incapable de faire du growl mais j’aime bien le style. Je ne dirais pas que j’apprécierais tout un album comme ça, mais pour ajouter un peu de piment c’est très sympa. Il y a des groupes qui mélangent le growl et le chant clair et ça me va, mais écouter tout un album avec que du growl, ce n’est pas mon truc. Dans ce cas, nous avons essayé de repousser un peu les limites que nous avions établies et nous voulions essayer de faire quelque chose de spécial avec ce troisième album. Du coup, c’était parfait. C’était un nouvel élément pour Sorcerer qui apportait une touche sympa.

Conny Welén est un contributeur extérieur qui a joué du clavier et coécrit des textes sur les trois albums de Sorcerer. Comment travaillez-vous avec lui sur ces aspects ?

C’est mon meilleur ami. J’ai été son témoin de mariage. Nous avons travaillé en studio bien avant que nous ne reformions Sorcerer et j’ai fait plein d’albums avec lui. J’ai été un chanteur de studio pendant de nombreuses années après avoir quitté Lion’s Share, j’ai été dans Therion pendant un temps, j’étais un genre de mercenaire, et dans ce cadre nous avons longtemps travaillé ensemble. Il est très doué et a une excellente compréhension de la musique. Il joue de tous les instruments et il est très bon techniquement avec les logiciels. Il a aussi une bonne oreille pour les chœurs. Ça a commencé quand il m’a produit sur des projets que j’ai enregistrés et ensuite, quand nous nous sommes mis à faire le premier album de Sorcerer, c’était naturel pour moi de l’impliquer. Je sais que nous ne sommes pas obligés de parler, nous savons exactement ce que nous voulons dans une chanson. J’ai dit ça aux gars et ils étaient curieux de voir ce qu’il se passerait. In The Shadow Of The Inverted Cross est un très bon album et il a eu une grosse influence dessus, de même pour les deux autres. Il a donc écrit certaines paroles et même quelques parties.

Comment se fait-il qu’il n’ait pas intégré Sorcerer à plein temps ?

Ça ne l’intéresse pas [rires]. Il aime bien fonctionner comme ça, ça n’a jamais été un souci. Il a plein d’enfants, il en est à un autre stade de sa vie aujourd’hui. Il adore faire de la musique, c’est sa passion. Je sais que ça ne l’intéresse pas d’être dans un groupe, même s’il a des projets à lui. Il a joué par le passé de la basse dans un groupe de thrash metal qui s’appelle Merrzow et il a aussi joué dans Hexenhaus. Il a ça en lui, mais maintenant qu’il est plus vieux, pour ainsi dire, il s’est mis en retrait de tout ça et il est très content de son rôle dans ce groupe.

L’album a une fois de plus été mixé et masterisé par Ronnie Björnström. Vous avez déclaré que, tout comme Conny, il est un élément clé du son de Sorcerer aujourd’hui. Qu’est-ce qui fait de lui un ingénieur de mix et de mastering aussi spécial pour Sorcerer ?

Kristian : C’est un mec très talentueux. Il travaille très vite, il est super sympa. Il a tout ce que nous recherchons. Il a le son, il sait comment rapidement obtenir des résultats et il peut vraiment entrer dans les détails. Il y a beaucoup de détails dans la musique de Sorcerer, plein de guitare, plein de chant, il y a un tas de trucs partout. Ça peut être difficile d’équilibrer tout ça, mais ça ne lui a jamais posé de problème. Je suis stupéfié par la densité de nos productions, quand j’entends toutes les petites parties, et il n’y a jamais eu de raison pour que nous le remplacions ou critiquions son travail. Il a toujours assuré et je suis sûr qu’il se chargera également du prochain album.

Anders : Il fait un peu partie du son du groupe aujourd’hui. Cette relation que nous avons avec lui dure depuis longtemps maintenant, il sait exactement ce que je recherche dans le son de ma voix. Kristian est celui qui parle le plus avec Ronnie parce que c’est celui qui a la vision la plus claire de la direction que nous prenons. Ça ne pose aucun problème avec le reste du groupe, nous ne pouvons pas être cinq à constamment appeler Ronnie. Ronnie produit le mix avec l’aide de Kristian et ensuite, généralement, nous peaufinons ensemble. Cette fois, nous l’avons fait dans son studio chez lui, avec mes ajustements personnels et ceux de Kristian, et ça sonne merveilleusement bien. Comme Kristian l’a dit, il va être avec nous pendant encore un bon moment, je pense. Il ne pourra pas s’échapper ! [Rires]

Le titre de l’album, Lamenting Of The Innocent, est une référence à l’Inquisition et aux chasses aux sorcières, mais l’album s’attarde surtout sur l’aspect condition humaine. Comment avez-vous abordé ceci et quels messages avez-vous essayé de véhiculer avec cette thématique ?

J’ai répondu plusieurs fois à cette question et je remarque qu’à chaque fois je réponds différemment [petits rires]. Je crois que les premières paroles que j’ai écrites étaient pour la chanson « The Hammer Of Witches », ensuite j’ai demandé aux gars si ça nous intéressait de faire un genre d’album conceptuel basé là-dessus. Ce n’est pas nouveau, ça a déjà été fait, mais je voulais le faire autrement. Je ne voulais pas faire un concept chronologique, je voulais faire des chansons indépendantes tournant autour de ce concept. L’idée du bien contre le mal m’a toujours intéressé. La religion, en général, est la meilleure dans le domaine. Ils essayent toujours de projeter le bien contre le mal. Cette époque des chasses et bûchers aux sorcières est très intéressante, car en ce temps, les gens n’étaient pas du tout éclairés, ils étaient souvent dans de petits villages isolés et l’Eglise avait un énorme pouvoir sur ces pauvres gens. Elle représentait vraiment le mal par l’oppression, d’une certaine façon. Je suis athée, je ne crois en rien, excepté ma propre force ; je crois pouvoir transmettre mon énergie positive aux gens qui m’entourent. C’est intéressant de voir que les gens peuvent se focaliser sur des choses aussi abstraites. C’est à multiples facettes, je ne peux pas juste dire une seule chose ou l’expliquer, mais j’ai toujours été intéressé par le combat entre le bien et le mal. C’est intéressant mais aussi raccord avec le genre de musique que nous faisons. Ça ne marcherait pas si nous chantions au sujet de la politique ou quelque chose comme ça. Non seulement ça ne collerait pas, mais en plus, quoi qu’il arrive, je ne le ferais pas. Ça ne m’a jamais intéressé d’écrire ce type de parole. J’essaye toujours d’utiliser mon imagination.

« Je me fiche de savoir si les gens croient en Dieu ou en Mahomet, c’est comme ils veulent, mais je trouve ça étrange que l’on passe autant de temps à agir en fonction d’un livre que quelqu’un a écrit il y a des milliers d’années, que ça affecte autant leur vie. Je trouve que c’est une perte de temps. »

Dresses-tu des parallèles entre ce que les gens ont vécu en ces temps obscurs et ce que certaines personnes vivent aujourd’hui ?

Oui. Enfin, l’oppression existe toujours. Il y a des religions importantes et il y a encore des gens illettrés, des gens qui n’ont pas internet. Ça va de plus en plus disparaître et bientôt les gens seront connectés partout, y compris dans la jungle amazonienne, je pense. Avec ça vient le savoir et avec le savoir vient l’éveil intellectuel. Je me fiche de savoir si les gens croient en Dieu ou en Mahomet, c’est comme ils veulent, mais je trouve ça étrange que l’on passe autant de temps à agir en fonction d’un livre que quelqu’un a écrit il y a des milliers d’années, que ça affecte autant leur vie. Je trouve que c’est une perte de temps. Mais je trouve aussi que c’est intéressant.

Qui sont les soi-disant sorcières d’aujourd’hui, d’après toi ?

Je ne sais pas, mais les prêtres sont les politiciens. Regarde Trump, il est fou ! [Petits rires] J’ai en tête trois ou quatre gars qui font vraiment très peur aujourd’hui et qui sont peut-être les chasseurs de sorcières de notre époque. Mais je ne pense pas qu’on puisse vraiment transposer ça aujourd’hui, c’est quelque chose qui appartient au passé. Avant, les gens n’étaient pas éclairés, le monde était plus petit, les villes n’étaient pas aussi grandes. Le pouvoir de l’Eglise sur les gens était énorme à l’époque, ils avaient de l’argent et des soldats, ils pouvaient faire tout ce qu’ils voulaient.

Trouves-tu que c’est important, surtout en tant qu’athée, de rappeler les atrocités contre des innocents dont l’Eglise s’est rendue coupable par le passé ?

Je trouve ça mal que plein de gens aient souffert à cause de l’idiocratie, comme avec Hitler et Mao Zedong, des gens qui ont infligé de la douleur à d’autres gens parce qu’ils voulaient gagner quelque chose. Je comprends qu’il peut y avoir des conflits… Si tu vois un voisin qui s’achète une jolie voiture alors que tu n‘as pas d’argent, peut-être qu’à un moment donné ça t’énervera. Tu croiras peut-être que tu y as droit aussi, que le monde n’est pas juste. Les atrocités et la rancœur m’énervent. Je n’aime pas ça.

Vois-tu un lien entre cet album et votre seconde démo qui s’appelait The Inquisition, et donc se rapportait en partie aux thèmes de cet album ?

C’est ma façon d’écrire. J’écris à propos du diable, des bûchers, des Vikings, ce genre de chose. C’est le style de Sorcerer ! [Petits rires] Il ne faut pas prendre mes textes trop au sérieux. Je ne me considère pas comme un poète ou je ne sais quoi. Je trouve que ça colle à la musique. En fait, il y a une chanson sur l’album précédent, « Unbearable Sorrow », qui est un peu différente. Elle parle de perdre une personne qui nous est chère. C’est une chanson qui se détache, mais autrement, ça parle surtout de fantastique, de sorcières et de Vikings.

Kristian : Je viens de recevoir cette photo de Ricky (il montre la photo, NDLR). Il a des affaires qui ont été rapatriées d’Australie, c’était là depuis des années et il m’a envoyé cette photo de la cassette de The Inquisition, il l’a retrouvée dans ses affaires ! [Rires]

Anders : C’est une rareté ! Si tu veux l’acheter, ça coûte environ cinquante euros !

Krisitian : Oui, je lui ai dit : « C’est ton épargne retraite ! » [Rires]

Avec cette thématique, vous explorez une variété d’émotions, du mal aveugle des chasseurs de sorcières, au désespoir d’une femme en attente de son bûcher, à la soif de revanche. Diriez-vous que ça renvoie à la variété des émotions que transmet la musique ?

Anders : Je l’espère, c’est vraiment toute l’idée [rires]. On n’aurait pas pu écrire sur « Deliverance » : « Chassez-les et tuez-les », ça n’aurait pas convenu à la musique. C’est une chanson plus contemplative, avec un regard objectif, qui se questionne : « Pourquoi on est là ? Est-ce qu’on n’aurait pas pu mieux faire ? Etc. » C’est de toute façon ce que je fais quand j’écoute une chanson et que je n’ai pas encore de mélodie. Je suis la direction de l’atmosphère que nous sommes en train de créer. L’émotion et le fait de créer une atmosphère dans chaque chanson, c’est très important dans Sorcerer. « Lamenting Of The Innocent » est une énorme chanson épique, on ne peut pas écrire : « Je vais chez le dentiste », ça ne marcherait pas ! [Rires]

Est-ce que les paroles nourrissent la musique et vice versa ?

Pour être honnête, je connais plein de paroles par cœur, mais je ne les ai jamais analysées. Je ne sais pas de quoi parlent les chansons de Dio et d’Iron Maiden, je trouve juste qu’elles sonnent bien [petits rires]. Pour moi, ce n’est pas important. Les gens sont accros aux chanteurs-compositeurs comme Bob Dylan ou je ne sais qui. Je n’ai jamais aimé ces gars. Je trouve qu’il ne sait pas chanter, je n’aime pas les chansons qu’il a écrites, ça ne m’a jamais intéressé de lire ses poèmes ou paroles, ce n’est pas mon truc.

Kristian : Je suis un peu comme Anders, je ne prête pas vraiment attention aux paroles, à moins qu’elles soient vraiment merdiques. Si les paroles sont nulles, alors ça me dérange et je ne peux probablement pas écouter la chanson. Mais si les paroles sont sympas, alors ça me va. Après, il y a évidemment les groupes comme Iron Maiden dont les chansons sont presque des leçons d’histoire, ils poussent vraiment les sujets, comme lorsqu’ils ont écrit sur « The Rime Of The Ancient Mariner » basé sur les écris de Samuel Taylor Coleridge. Pour moi, les paroles ne sont qu’un moyen pour le chanteur de sortir les mélodies et avoir quelque chose à chanter. Ce n’est pas une fin en soi pour moi non plus, désolé [petits rires].

Anders : Je suis d’accord. Evidemment, Kristian et tous les autres gars ont un avis sur les textes. Kristian parfois me dit que je devrais plutôt utiliser un autre mot, par exemple. Nous collaborons de cette manière, c’est cool et ça ne me pose aucun problème. Pour nous, il est plus important de créer une atmosphère mystique. Si tu écoutes les plus grosses chansons comme « The Crowning Of The Fire King » et « Lamenting Of The Innocent », je nous vois comme un groupe d’arènes. C’est tellement énorme. C’est ce que nous essayons de créer, ce côté imposant.

« Les gens sont accros aux chanteurs-compositeurs comme Bob Dylan ou je ne sais qui. Je n’ai jamais aimé ces gars. Je trouve qu’il ne sait pas chanter, je n’aime pas les chansons qu’il a écrites, ça ne m’a jamais intéressé de lire ses poèmes ou paroles, ce n’est pas mon truc. »

Il est clair que votre musique est épique mais il y aussi un gros côté dramatique : c’est ça le heavy metal pour vous, le fait d’exacerber les émotions, et en particulier les émotions sombres ?

Je suis totalement d’accord. C’est exactement ça pour nous. Peut-être que Pantera ou Gojira ont d’autres messages, genre « je veux vous éclater la tête », je ne sais pas. Mais c’est exactement comme tu l’as dit, tu peux l’écrire dans l’interview [petits rires].

Y a-t-il un côté cathartique là-derrière pour vous en tant que musiciens mais aussi auditeurs, ou bien considérez-vous ceci plus comme une forme d’évasion ?

Wow, elles sont dures tes questions ! Tu es bon !

Kristian : C’est juste marrant ! Jouer du heavy metal est le truc le plus amusant qui soit. Je n’ai jamais analysé plus que ça le processus. C’est juste que j’adore jouer et j’adore écouter de la musique. C’est ce que je fais et c’est ce que j’ai fait durant les trente dernières années, ça fait simplement partie de moi. Parfois on peut vivre des trucs vraiment émouvants, et on joue quelque chose et ça devient une libération émotionnelle. Quand nous faisons des concerts, parfois durant certaines parties ou chansons, quand nous avons une vraie connexion avec le public et que tout est comme il faut, ça donne la chair de poule, ça passe à un autre niveau. Ce n’est pas que de la musique qui sort des enceintes, ça connecte vraiment les gens. C’est probablement ce que je préfère dans le fait d’être dans un groupe et de jouer de la musique. Cette connexion qui t’élève à un autre niveau peut être très puissante, c’est certain.

Anders : J’ai un exemple que je donne généralement aux journalistes quand ils me questionnent sur ma musique. Je peux écrire en dix minutes un texte qui ne signifie rien pour moi. Mais quand je rencontre un fan qui a écouté cette chanson et dit que j’ai véritablement changé sa vie avec ces paroles, c’est genre, ouah ! Ces paroles ne signifient rien pour moi, mais pour cet auditeur, elles disent tout. C’est étrange, mon intention n’était pas de sauver une vie mais apparemment c’est ce qui s’est passé. La musique, c’est magique. Ça nous touche tous très profondément. Je ne pourrais pas m’imaginer sans musique.

Anders, depuis que tu es de retour avec Sorcerer, on peut entendre des similarités dans ton timbre et certaines de tes lignes de chant avec ceux de l’ex-chanteur de Black Sabbath Tony Martin. Ce qui est drôle, c’est qu’en préparant cette interview, j’ai découvert que tu as apparemment joué du clavier et fait des chœurs en live pour lui en 2016. Est-ce une coïncidence ou Tony Martin a-t-il été une inspiration pour toi, vocalement ?

Je n’ai pas vraiment joué du clavier, c’est un malentendu, mais j’ai joué avec le groupe qui a invité Tony à faire des choses et j’ai été choriste pour lui. La voix de Tony aujourd’hui n’est pas ce qu’elle a été, donc il avait besoin de quelqu’un qui se chargerait de toutes les notes aiguës et c’était moi. Il m’a d’ailleurs appelé sur scène, sur « The Shining », donc nous avons fait un duo, c’était vraiment sympa. C’était un des meilleurs moments de ma vie parce qu’il a été une grande influence pour moi et je suis content d’entendre que tu trouves que j’ai une ressemblance avec lui. Je pense avoir créé mon propre son, mais il est clair qu’il y a un peu de Tony Martin, surtout dans ma manière d’employer les mots et de faire mes phrasés, peut-être plus que dans le son de ma voix.

Kristian : J’entends ou vois aussi souvent ça dans les interviews. Mais je dois dire qu’Anders a une voix complètement différente. Il est clair qu’il a son propre truc.

Adners : Mais c’est inévitable, je pense. On emprunte tous à quelqu’un quand on trouve que c’est bien.

De façon générale, qui ont été tes références en tant que chanteur ?

Il y en a tellement, mais je peux en mentionner quelques-uns : Geoff Tate, Rob Halford, Glenn Hughes, Tony Martin, Eric Adams, tellement de grands chanteurs… Historiquement, je trouve qu’il y avait de meilleurs chanteurs avant qu’il n’y en a aujourd’hui. Il y a un Suédois qui s’appelle Tobias Jansson et qui joue dans un groupe baptisé Saffire, c’est un groupe de hard rock suédois. Ce gars sait vraiment chanter ! Il est plus jeune que moi et c’est quelqu’un que j’admire niveau performance. Autrement, je n’ai que de vieux héros comme références [petits rires].

Même question pour toi, Kristian : qui t’a donné envie de jouer de la guitare ?

Kristian : Au départ, c’était Metallica. J’ai vu une vidéo de « For Whom The Bell Tolls » enregistré lors d’un festival en 1985, quand Cliff [Burton] était encore dans le groupe. C’est vraiment ce qui m’a poussé à me mettre à la guitare. Ensuite, c’était Yngwie Malmsteen, Uli Jon Roth – une énorme influence –, Michael Schenker, Paul Gilbert, John Petrucci, Joe Satriani, Steve Vai, Allan Holdsworth… Même aujourd’hui, il y a d’excellents musiciens qui m’inspirent, comme Brandon Ellis de The Black Dahlia Murder, Marco Sfogli qui est italien et joue avec James LaBrie. Il y a une myriade de super musiciens. Contrairement à Anders, je ne dis pas que les anciens sont meilleurs. Evidemment, il y a des légendes, mais il y a aussi de très bons guitaristes qui apparaissent aujourd’hui, ce qui est cool.

Quand on entend votre musique – même si c’est peut-être un peu moins vrai sur cet album –, il y a un groupe qui vient immédiatement à l’esprit : Candlemass, surtout par rapport à certains riffs qui auraient pu venir de Leif Edling. Et je suis sûr que ce n’est pas une coïncidence si Johan Längqvist de Candlemass est en invité sur la chanson « Deliverance ». Vous sentez-vous proches de ce groupe et de Leif Edling en tant que maître des riffs ?

Anders : Sorcerer a été fondé dans le sillage de Candlemass. Nous avons même utilisé le style vieux anglais dans notre logo. Nous étions très influencés par ce groupe, c’est un euphémisme. J’ai également grandi avec Johan Längqvist, j’ai joué dans le groupe de son petit frère, je l’ai toujours admiré, sa manière de chanter, son style, sa manière de transmettre les mots, sa manière de bouger. J’aime tout chez ce gars. C’est aussi un mec très sympa. Nous étions très influencés et je pense qu’on peut profondément l’entendre sur les deux démos que nous avons faites. Nous avions un son très similaire à celui de Candlemass, même si ma voix était déjà peut-être plus dans quelque chose de mélodique. Généralement, Candlemass faisait le truc à la Black Sabbath et chantait sur les notes. Ça ne m’a jamais intéressé de chanter sur les accords et de suivre les accords, comme sur « Paranoid » ou « Iron Man », ce n’est pas mon style. J’ai envie de créer quelque chose par-dessus la musique pour que ça soit plus intéressant. Je pense que c’est ce qui nous a démarqués au début. Autrement, aujourd’hui, nous n’écoutons pas tant que ça Candlemass. Quand les gens entendent que nous jouons des chansons heavy et lentes, ils font tout de suite le rapprochement avec Candlemass, Solitude Aeturnus ou d’autres groupes de doom épique. Je pense qu’aujourd’hui, nous allons dans notre propre direction.

« Pour nous, il est plus important de créer une atmosphère mystique. Si tu écoutes les plus grosses chansons comme ‘The Crowning Of The Fire King’ et ‘Lamenting Of The Innocent’, je nous vois comme un groupe d’arènes. »

Kristian : Tout comme Anders, j’ai grandi avec Candlemass. Ils étaient et sont toujours absolument l’un de mes groupes préférés. Leif est un génie absolu de la composition, c’est probablement le meilleur compositeur en Suède, surtout dans le metal. Il y aura toujours un peu de cette influence. Quand on pense à des riffs heavy, Candlemass vient immédiatement en tête, car ils ont écrit tellement de bons riffs et continuent encore à le faire. C’est dur d’échapper à cette influence, mais je pense que nous essayons vraiment d’amener d’autres influences et nous mélangeons tout ça. Même s’il y a un riff à la Candlemass quelque part, la partie suivante dans la chanson n’aura probablement pas de riffs à la Candlemass, ce sera autre chose. Nous essayons de ne pas trop mettre nos influences en évidence.

Sorcerer a commencé quelques années après Candlemass. En tant que groupes de doom épique originaire de Stockholm, Sorcerer et Candlemass étaient-ils en contact à la fin des années 80, début 90 ?

Anders : Non. Je vivais dans une ville qui s’appelle Jakobsberg où nous avions une salle de répétition, Johan et son petit frère vivaient là-bas aussi. Mais quand j’ai commencé à très bien connaître Johan, il n’était déjà plus dans Candlemass. Il avait ses propres groupes de pop rock et nous répétions dans le même endroit. Les autres gars de Candlemass vivaient assez loin, ils sont d’Upplands Väsby, le même coin que les gars d’Europe et qu’Yngwie Malmsteen. Du coup, nous ne nous sommes jamais vraiment fréquentés.

Comment en êtes-vous venus à inviter Johan à chanter sur « Deliverance » ?

Comme je l’ai dit, je le connais depuis plus de trente ans. Je suis toujours en contact avec son petit frère, Joakim, qui s’est marié en 2019. Johan était présent au mariage, évidemment. Ça faisait quelques années que nous ne nous étions pas vus, donc nous nous sommes pris dans les bras, nous avons ri et nous avons bu quelques bières ensemble. Je crois que nous avions déjà la chanson « Deliverance » à ce moment-là. Quand Conny et moi avons créé les mélodies, je trouvais que nous avions besoin de faire ça avec quelqu’un. Quand j’ai vu Johan au mariage, j’ai su qu’il fallait qu’il chante sur cette chanson. Je lui ai demandé et il a tout de suite accepté. Il est également présent dans le clip que nous avons tourné pour cette chanson. Tout s’est parfaitement goupillé. Il y a un côté symbolique : nous avons flirté avec notre héritage en faisant intervenir Johan. C’est aussi promotionnel. Ça n’aurait pas été pareil si nous avions invité un inconnu. Quand tu invites des gens, tu veux quelque chose qui élève, pas le contraire. Evidemment, personne n’a été contre.

La formation originelle de Sorcerer remonte à 1988, mais ce n’est pas avant 2015 que vous avez sorti votre premier album, In The Shadow Of The Inverted Cross, et il y a eu une longue période entre 1992 et 2010 où le groupe n’était pas du tout actif. Ça fait une carrière assez inhabituelle… Pouvez-vous nous éclairer là-dessus ? Pourquoi le groupe s’est-il séparé en 1992 avant même de sortir le moindre album ?

En 1992, il y a eu une crise dans le heavy metal à cause de l’arrivée du grunge. Les gens ont commencé à se tourner vers d’autres types de musique, ils voulaient uniquement des chemises à carreaux et des jeans, pas de longs cheveux – j’ai de la chance pour ça ! – et ça a beaucoup changé. Dans le groupe Sorcerer, nous ne tournions pas vraiment, nous n’avions fait que quelques concerts… Et tout d’un coup, tu te retrouves à parler à d’autres gens. Johnny a rencontré Johan [Edlund], le chanteur de Tiamat, et il a voulu s’impliquer dans ce groupe. J’ai rencontré des gars et j’ai voulu jouer de la musique plus heavy metal et progressive. Donc nous nous sommes séparés. Johnny Hagel et moi sommes restés amis, nous l’étions déjà avant Sorcerer et avons toujours été en contact, y compris quand nous ne jouions pas ensemble.

Kristian : Ensuite, en 2010, Johnny a reçu un appel d’Oliver [Weinsheimer] du Hammer Of Doom Festival et a demandé à Johnny de reformer Sorcerer parce qu’Oliver était un grand fan des vieilles démos. Johnny s’est dit que c’était une bonne idée et a appelé Anders, mais il a dit : « Carrément pas, ce serait une très mauvaise idée ! » Il a raccroché et je crois que cinq minutes plus tard, Anders y avait réfléchi et a dit que ce serait sympa, finalement.

Anders : J’avais une condition. Je ne voulais pas que les autres gars y prennent part, car c’étaient de très mauvais musiciens. Je ne sais même pas s’ils ont refait de la musique après. J’ai dit à Johnny d’oublier les autres gars et de prendre de très bons musiciens, de répéter plusieurs fois, d’y aller, de déchirer et de boire un coup. Pour moi, c’était naturel de contacter Kristian parce que nous avons joué ensemble dans Therion pendant plusieurs années et je savais qu’il savait jouer. Kristian a amené Ola Englund. Je connaissais un batteur que nous avons contacté, et c’était tout.

Kristian : Nous avons fait ce concert et nous en avons fait un autre en Grèce, à Athènes, quelques mois plus tard. Les deux concerts étaient fantastiques, en termes de retour du public. Nous y avons été sans en attendre quoi que ce soit, en tout cas pour ma part. Nous avons été au Hammer Of Doom et tout le monde a chanté avec nous et connaissait probablement mieux les paroles qu’Anders.

Anders : [Petits rires] C’était fantastique, plein d’émotion. Nous nous sommes regardés sur scène et nous nous sommes demandé ce qui était en train de se passer, car les gens hurlaient les paroles.

Kristian : C’était irréel. Nous avons fait la même chose quelques mois plus tard et les gens ont eu la même réaction. Après le concert, nous étions en coulisse, nous nous sommes regardés et nous nous sommes demandé si nous devions essayer d’enregistrer quelque chose, de mettre quelque chose en place.

Anders : Nous savions que Johnny avait plein d’idées. L’effort n’était pas énorme. Nous avions plein de points de départ pour des chansons. Ça a fait qu’il était facile pour Kristian de convertir les idées de Johnny en véritables chansons.

« Je peux écrire en dix minutes un texte qui ne signifie rien pour moi. Mais quand je rencontre un fan qui a écouté cette chanson et dit que j’ai véritablement changé sa vie avec ces paroles, c’est genre, ouah ! Ces paroles ne signifient rien pour moi, mais pour cet auditeur, elles disent tout. C’est étrange, mon intention n’était pas de sauver une vie mais apparemment c’est ce qui s’est passé. La musique, c’est magique. »

Comme vous l’avez dit, c’était Oliver Weinsheimer du Hammer Of Doom Festival qui a contacté Johnny. Etiez-vous surpris que quelqu’un n’ait ne serait-ce que quelque chose à faire d’un groupe qui avait existé si peu de temps et n’avait sorti que deux démos des décennies auparavant ?

En fait, nous savions qu’il y avait un truc qui se passait dans l’underground, mais nous ne savions pas que c’était aussi important. Je croyais que ça allait s’estomper. Nous avions vendu des milliers de cassettes à ce stade, que nous avions envoyées par courrier traditionnel aux gens partout dans le monde. Ils nous envoyaient de l’argent dans une enveloppe, nous emballions les cassettes et les renvoyions, c’était dingue. Nous savions donc que nous avions des fans. Tu peux aller sur Discogs, voir les vieilles démos, John Perez a aussi fait un CD en 1995, donc nous savions qu’il y avait un intérêt. Mais je n’aurais jamais imaginé que nous serions assis là aujourd’hui, à parler d’un troisième album. C’est fou la tournure qu’ont prise les choses. Fou, mais en bien !

Kristian, tu as tout de suite été impliqué dans la composition, mais comment as-tu abordé ton rôle dans un groupe ayant déjà une histoire qui remontait à la fin des années 80, début 90 ?

Kristian : Comme l’a dit Anders, quand nous avons écrit The Shadow Of The Inverted Cross, Johnny avait déjà la plupart des idées. Il était clairement à la barre. J’ai apporté quelques parties ici et là, peut-être quelques parties de solo et de petites choses, mais la majorité des chansons étaient des idées de Johnny. Il dirigeait tout le projet et je l’aidais simplement à enregistrer ces idées et à ajouter de petites parties. Ensuite, quand The Crowning Of The Fire King est arrivé, tout le monde pouvait contribuer. Nous avons chacun écrit séparément, comme nous le faisons aujourd’hui. Je me pose dans mon studio chez moi, j’écris un paquet de riffs, je les assemble dans des chansons et je les envoie à Anders et Conny. Peter fait la même chose.

Anders : Ça a fait une grosse différence, car Peter n’a pas participé au premier album. Son style de composition a un petit peu changé notre manière de sonner aujourd’hui, car il a une façon particulière de composer de la musique, qui convient à Sorcerer, mais qui n’était pas là sur le premier album.

Kristian : Pas à la composition, effectivement. Je pense que j’écris plus comme Johnny. Peter, comme Anders l’a dit, a un autre style de composition, ça sonne assez différemment. C’est ainsi que nous travaillons maintenant. En général, Johnny envoie à Peter et moi des esquisses très grossières de chanson et ensuite, nous l’aidons à les étoffer et à les réaliser. Nous sommes un peu la seconde étape, ensuite nous envoyons ça à Anders et Conny.

Anders : Et nous foutons le bazar et bousillons tout [rires]. Non, je blague.

Kristian : C’est un processus que nous avons vraiment perfectionné, d’une certaine façon. Anders et moi en avons discuté, nous disant qu’il faudrait bousculer un peu tout ça pour le prochain album, faire les choses différemment. Reste à déterminer comment faire.

Anders : Il faut constamment que nous progressions. Il y a un besoin dans le groupe de passer des paliers, d’une certaine manière. Ça ne sera pas extrême, on reconnaîtra le son, mais après toutes ces années, il faut nourrir notre curiosité et nous amuser. Comment le faire ? On ne peut pas changer le style d’écriture, mais on peut changer d’autres trucs dans la composition, et ainsi de suite.

Kristian : C’est un énorme défi, en fait. On reste dans le metal, on ne va pas se mettre à écrire un album de country ou de jazz. On a quand même ces sortes de limites qu’il faut prendre en compte. On peut les repousser un petit peu, chose que nous essayons de faire, mais quand même, il faut que ça sonne comme Sorcerer. C’est un défi, mais un défi amusant. Il faut que ce soit amusant, c’est le principal. Si on ne s’amuse plus, si on a l’impression que c’est du travail ou qu’on n’a plus envie de le faire, il faut tout arrêter.

Anders : Chaque chanson que nous décidons d’enregistrer en démo est excellente. Nous avions quatorze chansons, nous allions au départ en choisir huit mais nous ne sommes pas arrivés à nous mettre d’accord, donc nous en avons choisi neuf. Il y a aussi un titre bonus, donc dix chansons ont été enregistrées sur ces quatorze chansons. Les quatre chansons restantes ne sont pas mauvaises, ce sont de super chansons, mais on ne peut pas faire un album de deux heures.

J’imagine que ce sera pour un EP ou le prochain album ?

Probablement pour le prochain album, mais nous ne savons pas. Nous allons écrire de nouvelles chansons de toutes façon, donc peut-être que nous allons prendre des parties dans telle chanson, etc. On verra.

Avez-vous l’intention un jour de faire de vrais enregistrements studio des premières démos avec le Sorcerer actuel ?

Nous en avons parlé mais nous avons décidé de ne pas y toucher. Pour certaines personnes, des chansons comme « Born With Fear » sont sacrées et vraiment emblématiques. Je pense que ce serait une mauvaise idée. Il y a des groupes qui ont fait quinze fois la même chanson. Je ne sais pas combien de versions il existe d’« Empty Rooms » de Gary Moore, par exemple. Nous ne sommes pas tellement fans de ça. Je préférerais faire une reprise d’une vieille chanson ou un genre de collaboration avec un autre groupe.

Kristian : Certains groupes font ça, ils enregistrent des anciennes chansons et je ne vois absolument aucun intérêt de faire ça. Il y a une nouvelle production et un meilleur son, mais il n’y a pas la même magie que l’original. Peu importe à quel point l’original est mauvais, les gens ont un lien émotionnel et c’est impossible de rivaliser avec ça.

Alors peut-être ressortir ces démos ?

Anders : C’est un sujet dont nous avons discuté et nous verrons ce que nous pouvons faire. Les enregistrements sont encore en bonne condition, donc peut-être que nous ferons quelque chose. Rien n’a encore été décidé, mais nous en avons parlé.

« J’ai grandi avec Johan Längqvist [de Candlemass], j’ai joué dans le groupe de son petit frère, je l’ai toujours admiré, sa manière de chanter, son style, sa manière de transmettre les mots, sa manière de bouger. J’aime tout chez ce gars. »

Vous avez tous les deux fait partie de Therion, d’une manière ou d’une autre. Kristian en tant que membre à part entière du groupe pendant neuf ans, réalisant cinq albums avec eux, et Anders en tant que chanteur live pendant environ deux ans. Que retenez-vous de vos expériences respectives dans ce groupe ?

Kristian : Pour moi, c’était une expérience fantastique. C’était ma première et seule expérience de tournée où j’ai dormi dans un bus nightliner pendant un mois et vu le monde entier. Je suis immensément reconnaissant d’avoir eu cette chance. Il n’y a rien d’autre à dire. Je suis content d’avoir pu faire ça.

Anders : Je dirais pareil. Pour moi, avoir eu l’opportunité de jouer trois cents ou quatre cents concerts durant ces années et de vivre ensemble dans des nightliners, c’était vivre le rêve rock n’ roll pour de vrai. Quand j’ai rejoint le groupe, c’était ma première fois, à parcourir l’Amérique du Sud et l’Europe, encore et encore, à chanter devant d’énormes publics… En 2001, nous avons été têtes d’affiche du Wacken, il y avait soixante mille personnes dans le public, c’était irréel. Nous aimerions y aller avec Sorcerer mais nous n’avons pas sorti suffisamment d’albums. Nous y irons quand nous aurons soixante-dix ans, je pense [rires]. C’était une super expérience, même si ce n’était pas mon genre de musique. J’adorais les gars dans le groupe et c’était une merveilleuse période de ma vie.

Kristian, pourquoi as-tu mis fin à ta collaboration avec Therion ?

Kristian : Nous avons fait l’album Gothic Kabbalah, que nous avons trouvé super. Le son était plus dur, moins lyrique et plus progressif. Johan [Niemann], Petter [Karlsson] – le batteur à l’époque – et moi aimions beaucoup la direction que nous prenions, mais Christofer [Johnsson] a voulu aller dans une autre direction. Il voulait sonner plus années 70, avoir moins de distorsion sur les guitares et un autre feeling. Pas de problème, c’est son groupe et nous pouvions toujours contribuer, mais au bout du compte, c’est lui qui prend les décisions et c’est ainsi que ça doit se passer parce qu’il a construit ce groupe depuis le début. Nous trouvions que ce serait plus juste si nous quittions le groupe plutôt que de continuer, d’être mécontents et de le faire pour l’argent. Ça aurait été injuste pour tout le monde. Donc nous avons décidé de partir, c’était mieux. Je suis toujours ami avec lui, pas de rancœur.

Kristian, tu as joué dans Therion et Demonoid avec ton petit frère Johan. Vous semblez assez proches tous les deux : comment décrirais-tu votre relation, en tant que frères, fans de metal et musiciens ?

En tant que frère, je l’aime à mort. En tant que musicien, je n’ai pas souvent l’occasion de jouer avec lui, malheureusement. C’est l’un de mes bassistes préférés au monde. Nous avons exactement la même vision de la musique. C’est mon frère mais parfois les frères peuvent être différents, or nous sommes très semblables. Nous avons plus ou moins les mêmes goûts musicaux, ainsi qu’en matière de son de basse et de guitare. Je sais que nous ne sommes pas obligés de parler lorsqu’il s’agit de musique. Enfin, aujourd’hui, c’est différent, ça fait longtemps qu’il est dans Evergrey et ça fait longtemps que moi-même je fais ça, donc peut-être qu’il faudrait que nous parlions de la musique si nous rejouions ensemble. Mais bref, c’est un super musicien.

Anders : Je me souviens que nous avions joué des chansons de Dream Thearer lors de balances avec lui, c’était cool !

Kristian : En tant que fans de metal, nous avons grandi ensemble. Il écoutait ce que je ramenais à la maison. Parfois il ramenait des albums à la maison que je n’avais pas entendus et il me les faisait écouter. Je n’aurais pas pu rêver d’une meilleure relation que celle que j’ai avec lui.

Anders, il se trouve que je t’ai découvert pour la première fois sur l’album Eye For An Eye de Twilight. Finn Zierler, qui a ensuite continué avec Beyond Twilight et puis son projet Zierler, est le genre de musicien qu’on peut qualifier de génie. As-tu eu des contacts avec lui au fil des années ?

Anders : Malheureusement, non. C’était une chouette expérience. Je suis allé au Danemark sans avoir entendu la musique. Nous avions fait une démo avant ça, mais pour l’album Eye For An Eye, je suis allé au Danemark, au Jailhouse Studio, où Tommy Hansen avait mixé Red Hot And Heavy de Pretty Maids, il a fait des albums extraordinaires. Nous avons logé chez lui. Nous avons répété une chanson le premier jour et sommes allés au studio pour l’enregistrer, ensuite nous avons répété la chanson suivante l’après-midi et sommes allés au studio le lendemain, et ainsi de suite. C’était un projet très spécial pour moi et un processus d’enregistrement très étrange. Tommy me bousculait constamment, si bien que nous avons fini par nous hurler dessus. C’est le producteur et le principal responsable du son et des arrangements des chansons. Finn, évidemment, a écrit la plupart des chansons, mais Tommy Hansen était quelqu’un de très intéressant avec qui travailler. Il était très en avance sur son temps avec les samplings et d’autres choses. C’était une expérience fantastique. Je suis très content de cet album, il est super et relativement varié. Je l’adore.

Comment se fait-il que ce groupe n’ait pas été plus loin que le second album The Edge ?

Il est allé plus loin, mais il s’appelait Beyond Twilight et Jørn Lande a rejoint le groupe. Donc ils ont continué, mais sans moi. Cet album est sorti en 1992 et le premier album de Lion’s Share est sorti en 1994. Je commençais avec Lion’s Share à ce moment-là, j’étais juste un chanteur de session.

On peut entendre dire que Finn est un gars un peu spécial…

C’est un dictateur [rires]. Il sait ce qu’il veut. C’est comme dans Therion, il y a un gars qui dirige et il faut suivre ou partir. Je ne peux pas dire que je le connais, car je ne l’ai pas vu depuis 1993 ou 1994, mais il est aussi un peu timide, très intellectuel et intelligent. Il a beaucoup de points communs avec Christofer, en fait, ce sont les mêmes genres de têtes pensantes.

Interview réalisée par téléphone le 14 mai 2020 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Emilie Bardalou.
Traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Jon Alexandersson (2, 4, 8, 9) & Marieke Verschuren (1, 3, 6, 7).

Site officiel de Sorcerer : www.sorcererdoom.com.

Acheter l’album Lamenting Of The Innocent.



Laisser un commentaire

  • Arrow
    Arrow
    Slipknot @ Lyon
    Slider
  • 1/3