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Live Report   

MAGMA AU TRANSBORDEUR DE VILLEURBANNE


Artistes : MagmaBuridane
Lieu : Lyon (France)
Salle : Le Transbordeur
Date : 29-04-2009
Public : 800 personnes environ

L’atmosphère de la soirée change de nos habituels concerts métallurgistes. Très peu de treillis, très peu de perfettos cloutés, très peu de vestes en jean criblées de “Burzum” (ça fait True), de “Slayer” (ça facilite les rapports) et de “Manowar” (l’auto-dérision, ça fait accueillant). Rien qui ne manifeste notre folklore, nos us et coutumes.

Le choix vestimentaire est plutôt de l’ordre de la veste Valentino en coton bio (ça fait True), le polo Pierre Cardin avec noté sur l’étiquette “Tissu de chanvre issu du commerce équitable” (ça facilite les rapports), et bien-sûr, l’étiquette GRD sur la Randge Rover Discovery 3 (ça fait accueillant).

La première partie aura également de quoi surprendre, nous nous attendions à Kramus, vous savez ce multi-instrumentiste, Marcus Linon, et son projet en hommage à Christian Vander. D’ailleurs Vander avait lui-même dédié Magma à un homme, un grand du jazz expérimental qui n’est autre que John Coltrane.

Avec ce flambeau passé de main en main, on aurait l’impression que le destin fait bien les choses. Eh bien ce soir, mademoiselle Fortuna est capricieuse et Marcus ne jouera pas. C’est un simple duo, répondant au doux nom de Buridane , qui remplacera le folk rock de Kramus. Voila donc un tandem acoustique loin des fioritures et du wagnérisme de la pop contemporaine.

Une musique épurée, intimiste, et qui n’est pas sans rappeler le folk écorché vif d’Anthony And The Johnsons, voire l’onirisme du suédois Jay Jay Johanson. Avec ceci, on pourrait ajouter une foule d’épithètes en pagaille: doux, rêveur, sensible, neuneu, nostalgique, candide, dépouillé, modeste, chiant, délicat, émouvant.


Buridane: tout en douceur…

En tout cas, la voix cristalline de la chanteuse blonde péroxidée, un timbre très proche d’Émilie Simon, excite autant la curiosité des uns que l’aversion des autres. Du coup, c’est un perpétuel déplacement des corps et de l’attention que l’on observe au sein du public. Ce climat, certes totalement prosaïque, n’est toutefois pas stérile: il dévoile même une terrible morale sur l’ensemble de la soirée, du public et de ses moeurs.

Nous évoquerons cette métaphore plus tard. Pour l’instant, la troupe de Christian Vander s’installe sur la scène du Transbordeur. Le public réagit presque avec hystérie lors de l’arrivée du batteur charismatique. D’ailleurs, nous entendons de nos jours bien souvent ce dernier qualificatif, peut-être un signe des temps… Quoiqu’il en soit, ses pupilles enflammées, sa voix bouillonnante et sa carrure monolithique impressionnent.

Nos huit musiciens partent en douceur, tels une envolée féerique à la Danny Elfmann. “Féerique”, voila un adjectif qui décrit assez bien la voix de Stella Vander. Sa taille fine et sa chevelure dorée font de plus en plus penser à Lisa Gerrard (ou peut-être est-ce l’inverse ?). En tout cas, elle et Isabelle Feuillebois, sa collègue choriste, se font discrètes, car c’est Hervé Aknin, le troisième chanteur, qui prend les rennes pour l’instant. Son chant saccadé se fait incantatoire et gagne en puissance tout au long de ce premier morceau.


Magma ira plus haut que ces montagnes de douleur…

Par ailleurs, cette introduction, qui durera plus de 10 minutes n’a, comme nous le signale Stella, pour l’instant aucun titre… et n’est pas encore “finie”. Eh oui, chez Magma, le “work in progress” est chose commune. En effet, Vander ne désire-t-il pas toujours autant réaliser la suite inachevée de l’ album Kohntarkosz? “Emehnteht-Rê”, telle est son nom.

Ce premier titre est un petit révélateur du Magma de ce soir: plutôt tourné vers l’éthérée que vers la roche en fusion. Nous aurons donc bien plus de liturgies enchanteresses que de rites caverneux, bien plus des danses tourbillonnantes que de fureurs volcaniques. L’ambiance est certes moins primale, moins volcanique, mais elle n’en est pas moins trépidante. Et pour tout dire, l’ennui ne pointera que lors de ce (trop) long solo de synthé exécuté par Bruno Ruder.

Le clou de la soirée, ce ne sera pas les cultes “Kobaia” et “Mekanïk Destruktïw Kommandöh”, mais la voix de Vander à elle seule. Tantôt une puissance de ténor, tantôt une diction de convulsif absolument bluffante. C’est toujours un plaisir de voir ce vieux jazzman extatique à l’?uvre, même s’il part moins en transe qu’autrefois (eh oui, qui a oublié le cri janovien?).


Un frappeur de cymbale…

Magma est, quand on y pense, un paradoxe en soi: obscure en France, cette formation est des plus (re)connues à l’étranger. Voilà une chose dure à comprendre: pourquoi ne gagne-t-elle pas la reconnaissance qui lui est dûe dans notre pays? Pourquoi ne cherche-t-on pas à dévoiler les quelques secrets de ce nouvel orphisme, quitte à casser ce caractère ésotérique qui contribue aussi au charme de Magma ? Notre public serait-il donc encore plus sectaire, et ce malgré sa bonhomie happy flower apparente?

Pour finir, parlons donc de ce public qui, lors du set de Buridane, marchaient çà et là, rentraient, sortaient, sans trop savoir où il allait. Comment ne pas faire une métaphore de ce public qui bat sans cesse le pavé sans jouir dessus? On peut y voir la magnifique et sordide errance de nos âmes post-hippies.

Le voila le peuple élu! Le peuple de la fin des 60’s auto-proclamé libre! On les imaginait volontiers libertaires, et leurs chairs sèches, et leurs coeurs arides fleurent bon de nos jours le néo-puritanisme. Voila qui coupera court à tout désir de rebellion. Ils ont échoué: alors à quoi bon se révolter nous aussi? À quoi bon agir? Et le désert avance…

Fin des 60’s: on y voyait la révolte qui voulait changer le monde en se posant contre la génération nazifiée, qui, par ailleurs, voulait aussi changer le monde. Et les voilà qui errent, nos médecins “alternatifs”, nos créateurs avides de nouveauté comme de “in”, nos sages syncrétiques prêts à fusionner grossièrement un peu de Nirvana par ci, un peu de crucifixion par là.

Les voilà qui attendent Magma comme l’heure de la révélation, le moment où ils pourront quitter la Terre pour Eurodisney, avec un peu de pillules rouges, un peu de Las Vegas Parano. Ils voulaient l’éternelle liberté, mais la nécessité du temps les a rappelés à l’ordre. Alors voici Magma, l’ultime échappatoire.

« Vous avez bien compris: nous ne voulons rien faire pour cette terre corrompue, alors fuyons vers le monde Kobaien! Ne pouvant apprécier les choses ici-bas, ne pouvant comprendre les amis de la Terre, il nous faut fuir vers un nouvel arrière-monde, car je crois que là-bas, je pourrais naturellement me sentir épanoui. À mort les bonnes manières hypocrites! À mort le langage qui trompe sans cesse! À mort la culture!

Moi aussi je veux sortir de tous ces échanges fourbes, je veux un monde plus beau, plus juste, plus libre. Oui! Moi aussi je veux sacrifier la culture et ses turpitudes sur l’autel de la sincérité et de l’innocente nature. En sortant de la salle, je me rue dans un parc, où l’herbe est soigneusement tondue, les arbres adroitement disposés.

“Ah te voici, nature!” Je me mets alors à quatre pattes pour brouter et jouir de ma liberté de ruminant. Une lumière verte et vacillante éclaire mon visage, je tourne alors mes yeux vers ce panneau clinquant. Mon attention captivée, je peux lire: “exit”.

Français, encore un effort si vous voulez être kobaiens… « 



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