ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Chronique   

Maïeutiste – Maïeutiste


Maïeutiste - MaïeutisteS’il y a bien un point commun chez les groupes signés par Les Acteurs de l’Ombre, c’est leur grande cohérence conceptuelle, que l’on retrouve tant chez Regarde Les Hommes Tomber ou Déluge que chez The Great Old Ones. C’est aussi le cas de Maïeutiste, qui sort son premier album cette année sur le label. Le groupe, par son nom comme par le titre de sa démo sortie en 2008, Socratic Black Metal, impose en effet son propos d’entrée de jeu : prenant à rebours le consensus – conscient ou pas, légitime ou pas – nietzschéen du black metal, le groupe s’attelle à la métaphysique occidentale en s’intéressant non pas à sa fin, mais à ses sources, qui nourrissent une musique complexe toute en clair-obscur. C’est que de l’eau a coulé sous les ponts depuis Socratic Black Metal : au cours de la longue gestation de l’album, le groupe a eu le temps d’expérimenter avec sa matière et de peaufiner sa technique. Même s’il est emmené par un compositeur unique, Keithan, il conjugue les apports de six musiciens, de nombreux instruments et de lieux parfois inhabituels (certains passages ont été enregistrés dans des caves ou des forêts), le tout mis en forme par une production brute, organique, presque artisanale. C’est ce processus d’exploration que donne à voir, dans sa variété, l’album, qui comme un manifeste, semble marquer la véritable naissance du groupe.

Pour Socrate, celui qu’on pourrait en effet nommer le « maïeutiste » est celui qui, par ses questionnements, permet à son interlocuteur d’accoucher de ses propres connaissances, de ce qu’il ignore qu’il sait. Le concept, loin d’être simplement plaquée sur une musique qui lui préexiste, tient lieu chez Maïeutiste d’origine et d’objectif du propos. On pourrait l’analyser dans les paroles, le chercher dans l’œuvre aux interprétations multiples qui figure sur la pochette de l’album, mais ce sont surtout ses manifestations dans la musique qui nous intéressent. En effet, ce qui frappe l’auditeur lorsqu’il découvre les 76 minutes (!) de Maïeutiste pour la première fois, c’est sa richesse, sa variété presque chatoyante, bref, son absence de dogmatisme, toujours rafraîchissante dans le black metal. Car si le groupe puise largement dans toutes les formes du style, des plus brutales au plus mélodiques, des plus traditionnelles aux plus modernes, de Darkthrone à Deathspell Omega en passant par Dissection, sa musique est irriguée d’influences aussi diverses que le doom, le thrash, le jazz, la folk, la musique religieuse ou le rock.

Le résultat, remarquablement fluide, évoque moins une juxtaposition de styles que les différentes facettes d’une pierre taillée – ou d’un praxinoscope. Entre l’introduction et la mise à mort de Socrate, si la forme se métamorphose, l’atmosphère quant à elle reste cohérente et maintient une certaine homogénéité au sein de cette œuvre protéiforme. Sombre, presque lunatique, elle cherche moins à inspirer l’horreur, comme c’est souvent le cas du metal extrême, que l’inconfort et l’inquiétude. Les passages acoustiques par exemple ne sont jamais de vraies accalmies mais maintiennent la tension avant des reprises ravageuses, comme la fin de « Purgatoire » par exemple, qui ouvre sur le début explosif de « The Fall ». L’interlude d’ « Absolution » et son saxophone jazzy évoquent l’inquiétante étrangeté des films de David Lynch et ne sont pas plus rassurants que le death-thrash inspiré de Slayer qui les précède. Bref, peu à peu, le groupe perd l’auditeur dans les méandres de l’album comme dans un labyrinthe de miroirs, et le pousse ainsi à chercher sa propre voie (voix ?) dans le matériau très riche que le sextet met à sa disposition. Pas d’interprétations figées, pas de conclusions, pas de dogmes, mais une œuvre foisonnante et des morceaux ambivalents où l’ambiguïté n’est jamais vraiment résolue. On se souvient qu’avant de proposer de la rébellion en kit, le black metal poursuivait des idéaux de chemins de traverse, de routes à contre-courant, d’une certaine indépendance d’esprit et de libre pensée… Ainsi loin d’abâtardir le genre en le métissant avec des styles et des penseurs a priori éloignés, Maïeutiste lui apporte du sang frais et du grain à moudre.

Ecouter l’album :

Regarder les clips de « Lifeless Visions », « The Fall » et « Absolution » :

Album Maïeutiste, sorti le 19 septembre 2015 chez Les Acteurs de l’Ombre Productions.



Laisser un commentaire

  • Arrow
    Arrow
    Hellfest - Warzone - Jour 3
    Slider
  • 1/3