ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Interview   

Manigance vers une nouvelle ère


Coup de tonnerre chez Manigance : Didier Delsaux, membre fondateur de la formation, chanteur et parolier emblématique, jette l’éponge alors que le nouvel album vient tout juste de sortir. Plus surprenant encore, le choix du groupe de le remplacer par une femme, encore inconnue du public, Carine Pinto. Mais en échangeant avec François Merle, les tenants et aboutissants de ce changement et des choix de chacun deviennent beaucoup plus clairs.

Nous avons donc discuté avec le guitariste pour répondre à toutes ces questions que sans doute les fans se posent et entrevoir ce que l’avenir de Manigance peut nous réserver dans ce nouveau chapitre qui s’ouvre. Mais pas que, puisque les Palois ont un disque à défendre : Machine Nation. Un sixième album qui a en parti mûri sur scène et accueille les retrouvailles entre François et son ancien collègue batteur des années Killers Patrick Soria. Un album encore une fois bourré de mélodies (mais pas que) qui porte un regard lucide sur l’état de notre société.

« C’est sûr que même pour moi c’est très compliqué d’un point de vue humain, car j’ai beaucoup travaillé avec Didier [Delsaux], mais nous restons de très bons amis. C’est aussi un bon ami de la remplaçante Carine [Pinto]. C’est donc quelque chose qui se passe entre copains et c’est un passage de flambeau. »

Radio Metal : On a appris il y a quelques jours le départ de votre chanteur Didier Delsaux. C’est une véritable page qui se tourne. Peux-tu nous raconter les dessous de cette décision ?

François Merle (guitare) : Déjà, par rapport au groupe, c’est quelque chose qui se décide de façon très amicale. Ce n’est pas du tout une séparation sur une engueulade ou quoi que ce soit. Le vrai sujet de départ, ce sont les difficultés de Didier avec l’âge – je m’excuse pour lui à l’avance – de tenir plusieurs concerts à la suite. Ça nous est déjà arrivé à Vouziers d’avoir un gros problème là-dessus où il avait perdu sa voix en ayant joué la veille. Ça c’est la première raison. La deuxième raison, c’est que ça fait un petit moment que d’un point de vue humain, il souhaitait un peu se désengager, il était moins motivé par toutes ces aventures musicales. Ce n’était pas le fait d’enregistrer des albums, pas d’être entre nous, mais plutôt le fait de s’éloigner de chez lui, ça aussi ça posait problème. Donc quand nous avons fait l’album, nous étions dans un état d’esprit normal, nous partagions ça avec lui mais ça ne prenait pas plus d’importance que ça. Du moment où nous avons eu la tournée avec Myrath, étant donné les quelques concerts où il a eu des difficultés, nous avons commencé vraiment à réfléchir avec lui sur comment nous pouvions envisager l’avenir. Nous lui avons laissé le temps de prendre sa décision, il nous en a parlé mais nous ne voulions pas forcer les choses. Nous voulions qu’il réfléchisse mais sa décision personnelle, c’est celle d’aujourd’hui, c’est-à-dire de ne pas faire la tournée et finalement de se désengager de la suite de l’histoire. Pour être honnête, je viens d’échanger avec lui pas plus tard qu’hier, c’est sûr que même pour moi c’est très compliqué d’un point de vue humain, car j’ai beaucoup travaillé avec Didier, mais nous restons de très bons amis. C’est aussi un bon ami de la remplaçante Carine. C’est donc quelque chose qui se passe entre copains et c’est un passage de flambeau. Je ne sais pas comment ça se passe dans les autres groupes mais là, c’est quelque chose qui humainement se passe bien.

Ce n’est donc pas qu’une question de soucis de voix…

C’est le problème essentiel de Didier par rapport à la tournée : « Qu’est-ce que je fais si au bout de la quatrième date je n’y arrive plus ? » Et aujourd’hui, si tu veux, la démarche de prendre un coach vocal pour gérer le truc, d’aller au-delà, de faire des efforts un peu plus professionnels pour justement gérer cette tournée, qui est quand même plutôt dans le cadre professionnel, il ne se le sent pas. Donc ça va avec. Le déclencheur c’est quand même le fait qu’aujourd’hui, au niveau de la voix, il est capable de faire un ou deux concerts et puis de tout espacer, et lui cette grosse tournée le refroidi un peu. Surtout qu’humainement, il n’était quand même pas au taquet de son engagement par rapport à être le leader du groupe. C’est les deux. Si tu veux, nous gardons l’essentiel du problème quand nous l’annonçons. Si nous faisions beaucoup plus de concerts et qu’il gérait beaucoup mieux sa voix, je pense que nous n’en serions pas là, dit autrement.

Cette question s’était déjà posée par le passé ?

Elle ne s’est pas posée, non. Mais je te dis, ce qui a déclenché tout ça, vraiment, c’est cette tournée. Nous n’avons jamais eu une tournée comme ça. Parce qu’aujourd’hui, nous n’aurions pas cette tournée qui a déclenché tout ça, je pense que bon an mal an, sans trop de dates, son engagement si nous étions restés sur des trucs assez standards avec quelques dates autour de chez nous, ça aurait pu durer encore un peu. Mais là, nous avançons et la vie fait qu’il y a des décisions à prendre. Pour nous, cette tournée de Myrath est essentielle pour le développement du groupe.

Du coup ça explique un peu la chronologie des choses. Car ce qui a pu surprendre, c’est que ce départ intervient tout juste au moment où le nouvel album sort. Donc on pouvait se poser la question si le groupe n’avait pas pu anticiper…

Pas suffisamment tôt pour aborder l’album avec quelqu’un d’autre. S’il avait fallu anticiper assez tôt pour que ça soit… Mais non, parce que quand nous étions en train de composer, nous n’étions pas dans cet esprit-là. Donc du moment où nous avons avancé et eu cette opportunité, nous lui avons laissé le temps. Parce que je n’y croyais pas. Honnêtement, je ne croyais pas qu’il allait lâcher l’affaire. Je ne croyais pas que cette problématique de voix allait… Donc nous avons fait des concerts derrière, nous lui avons dit : « Tu vois, finalement, ça se passe bien, tu n’as pas de problème, ça peut bien se passer. Il faut que tu te reposes, que tu vois avec un coach, etc. » pour essayer d’avancer. Mais bon, après, c’est lui qui prend la décision. Il est là le truc. Nous avons fait ce que nous avions à faire, nous avons discuté, parlé des fans, il a conscience de tout ça. Mais c’est une décision qui n’appartient qu’à l’homme. C’est un très bon ami, je respecte son choix, c’est tout. Et par rapport aux fans, le message c’est : Carine, c’est le bon choix, c’est la vraie fan… Elle vient du milieu des fans. Nous n’avons pas été cherché quelqu’un, genre une super chanteuse étrangère parce qu’il fallait avoir… Non, c’est quelqu’un qui vient des fans et qui adore le groupe.

Carine apparaît d’ailleurs sur l’album sur la chanson « Face Contre Terre ». Aujourd’hui on voit cette chanson un peu autrement, ça fait un peu passage de témoin, alors que j’imagine que ce n’était pas l’état d’esprit à l’époque.

Non, ce n’était pas l’état d’esprit. Mais avant le mastering, donc il n’y a pas longtemps, et quand la décision commençait à mûrir, j’ai dit que ce serait quand même bien, si la suite des événements se passe comme on est en train de le voir, que les gens puissent écouter Carine avant, plutôt que d’arriver à Paris et qu’ils découvrent tous la voix du jour au lendemain. C’était aussi un peu voulu. Nous nous sommes dit que si jamais Didier évoluait, ça resterait un duo, comme ça avait été annoncé au départ, et si ça n’allait pas, ça permettait déjà de l’appréhender.

« Je pense qu’il faut d’abord se roder en live. Parce qu’il faut quand même écrire cette page-là mais direct derrière, même dans le tour bus, je serais déjà en train de composer [rires]. »

D’après le communiqué, Carine était depuis très longtemps dans l’entourage du groupe. Du coup, peux-tu nous parler de l’histoire entre elle et le groupe ?

Carine, c’est une longue histoire avec son mari qui nous suit aussi. Ce sont des amis qui habitent à Toulouse et nous ont connus à notre premier concert que nous avons fait avec Angra à Montauban, ça devait être dans les années 2000. Nous avions tout juste sorti l’album Signe De Vie. Ils sont venus nous voir à notre concert à Montauban parce que Stratovarius à l’époque n’avait pas pu faire cette date et on nous avait proposé d’ouvrir pour Angra. Tout de suite ils ont adhéré au groupe et nous sommes restés très proches. Ensuite ils se sont rapprochés de nous, ils nous ont beaucoup aidés sur plein de choses et sont rentrés dans l’équipe qui tourne quand nous partons, et Carine s’occupait de tout ce qui était merch et tout ça. Et puis ce sont des amis, tu sais, nous travaillons un peu à l’ancienne, nous sommes tous des potes, nous nous voyons fréquemment. Elle est restée là-dedans, elle est fan de metal, elle va à plein de concerts avec son mari, elle est fan de Steel Panther et plein de trucs. Donc elle est complètement dans le milieu qui nous entoure.

Je n’avais pas trop idée de ça, mais il y a deux ans, nous nous sommes retrouvés ensemble à une soirée, nous faisions des reprises de morceaux en acoustique, elle a chanté et là, je me suis dit « merde, putain, t’envoies Carine quand même ! » J’étais surpris ! Du coup, j’ai gardé ça en tête. Et puis quand ça s’est présenté, j’ai réfléchi à comment faire par rapport à Didier, je me suis dit que si nous prenions un mec, on sera toujours dans la comparaison, et en France en plus, je ne voyais pas très bien qui. Du coup, nous avons un peu opté pour la même solution que Nightmare, c’est-à-dire carrément changer du tout au tout, c’est-à-dire prendre une voix féminine parce qu’au moins là, il y aura un vrai changement. Et dans ce cadre-là, la première avec qui je voulais essayer, c’était elle.

Remplacer une voix masculine par une voix féminine peut paraître osé voire risqué. Et tu parles de Nightmare et c’est vrai que c’est l’exemple qui vient tout de suite à l’esprit. Est-ce que ça vous a inspiré ou au moins rassuré dans ce choix ?

Pas inspiré mais peut-être un peu rassuré. J’adore Jo [Amore] et c’est un très bon pote, il a joué avec moi il n’y a pas longtemps, et je me suis dit, sans même regarder combien ils ont vendu d’albums ou si ça a plus ou moins marché, que finalement, une voix aussi charismatique que la sienne pouvait être remplacée par une voix de femme et qu’avec Didier, c’est quand même un peu le même modèle. C’est une voix très, très particulière. Si je demandais à un chanteur de le remplacer, il n’y arriverait pas, et puis tu es limité en France. Si encore nous avions chanté en Anglais… C’est comme Adagio, ils ont essayé plein de chanteurs au fur et à mesure des albums, bon, c’est un truc, mais nous, nous chansons en français. Donc des mecs qui ont envie de chanter en français, qui veulent adhérer à notre équipe, qui ne sont pas loin de chez nous… Ca réduit ! Je me suis dit que Carine, c’était la solution. Et oui, ça m’a inspiré, dans le sens où je me suis dit « mais pourquoi eux s’ils l’ont fait ça ne marcherait pas pour nous aussi ? » Après, ce n’est pas ça qui m’a fait décider. Ce qui m’a fait décider, c’est que je l’ai faite chanter, elle a bossé, elle est venue chanter et je me suis dit « oui, il y a le potentiel. On va travailler. »

Vous attendez quoi de cette collaboration avec Carine et de ce nouveau chapitre qui s’ouvre ?

Il y a plusieurs niveaux de choses. D’abord, humainement parlant, je pense que nous allons avoir un petit ballon d’oxygène, parce que Didier, comme je te disais tout à l’heure, sur les grands déplacements, c’était compliqué, et le vivre à l’intérieur, c’est plus compliqué que vu de l’extérieur. Donc tout ça sera plus facile, toutes les relations, l’organisation pour être bien dans sa tête. Après, ce que nous nous disions avec Bruno [Ramos], qui compose avec moi, c’est que nous allons pouvoir exploiter de nouvelles mélodies, de nouveaux horizons musicaux, car finalement nous avions peut-être fait le tour avec Didier. Sans vouloir dire qu’avec Didier nous avions fait le tour de la question, mais je pense que, du coup, nous allons peut-être pouvoir aller chercher d’autres inspirations avec cette voix-là. En tout cas, c’est ce que nous pensons avec Bruno. Et le troisième volet, c’est que Didier n’était pas du tout prêt pour faire des versions en anglais alors qu’elle, je pense que oui. Nous avons quand même une forte demande à l’étranger pour que nous puissions sortir certains de nos morceaux en version anglaise. Ca, pour le coup, je pense que c’est aussi quelque chose sur laquelle nous allons travailler.

Il y avait donc aussi peut-être un petit besoin de renouvellement, en parallèle, dans le groupe et là, c’était l’occasion à saisir ?

Ouais, c’est ça. Mais honnêtement, ce n’est pas du tout calculé. Nous avons toujours essayé de travailler avec Didier sur les trucs et Didier a quand même une super facilité à créer de belles choses. Dans le cadre d’Indiegogo, nous avions proposé de faire des morceaux à la demande, et nous avons fait un morceau pour un couple dont l’enfant est décédé, enfin, c’est une histoire un peu triste, mais il a fait un super truc ! Qui n’est pas du tout triste et qui a donné beaucoup d’émotion à tout ça. Didier, nous l’avons dit, il risque de participer quand même à l’interne à de nouvelles compositions ou en aidant Carine. Nous ne nous sommes pas dit « non, Didier, c’est trop vieux, il faut arrêter. » Ce n’était pas dans notre état d’esprit. Mais aujourd’hui, en tout cas, nous essayons de profiter au moins de cette opportunité.

« Nous nous sommes dit que ce serait bien de jouer les chansons, un peu comme nous faisions au tout début du groupe, avant que l’album sorte, de manière à ce que nous les vivions un peu plus […]. C’était basique, un peu un retour aux sources. »

C’est une nouveauté et quand il y a de la nouveauté, on a envie de faire de nouvelles choses avec. Ça ne vous donne pas envie de retourner direct en studio pour voir ce que ça peut donner au niveau créatif, ou bien penses-tu que c’est important d’abord de se roder en live ?

Oui, je pense qu’il faut d’abord se roder en live. Parce qu’il faut quand même écrire cette page-là mais direct derrière, même dans le tour bus, je serais déjà en train de composer [rires]. Je serais déjà avec la gratte, en plus nous aurons du temps, donc au bout de quatre ou cinq dates, nous allons commencer à faire des trucs dans le bus, à se chercher des mélodies, etc. Mais là, aujourd’hui, la tâche est énorme. Nous y allons donc étape par étape pour arriver sur cette tournée au top, ça c’est la priorité, et après, effectivement, quand nous aurons démarré, nous nous mettrons sur des compos.

Est-ce que tu penses, du coup, que ça pourrait accélérer la cadence du groupe ? Car depuis l’Ombre Et La Lumière, les albums sont assez espacés.

Je pense, oui. De toute façon, le temps passe vite, mais oui, effectivement, avec des gens disponibles et à cent pour cent sur le sujet, ça va accélérer. Après, ça va déprendre aussi de la façon dont nous allons aboutir sur nos chansons. Nous avions des certitudes quand nous composions avec Didier, nous n’avions même pas besoin d’entendre la mélodie que nous savions à peu près si ça allait fonctionner ou pas. Là, nous allons partir un peu plus dans l’inconnu, mais ça peut aller très vite aussi. On verra comment ça va se passer. Tu sais, c’est la difficulté du français aussi : t’es obligé de revenir plusieurs fois sur une composition avant qu’elle sorte, beaucoup plus qu’en anglais. Donc l’inspiration de Didier sur les textes, la façon dont il composait, parfois ça prenait un peu de temps. Là on verra avec elle. Aussi, elle n’a jamais écrit de texte. Bon, après, je ne suis pas inquiet pour ça, mais je pense que du coup, elle aura plein de choses à dire, très vite. Alors que Didier, quand tu as fait cent compos, tu en as dit quand même des choses ! [Rires]

Didier était là depuis le début, c’était la voix et le visage de Manigance, ses textes aussi marquaient l’identité du groupe. N’y a-t-il pas un peu une angoisse chez les fans en ce moment ?

Oui, on voit un peu de tout. On voit à la fois des gens qui disent : « C’est dommage, je ne comprends pas pourquoi. » Il y en a qui sont même un peu plus violents. Et puis il y a ceux qui sont posés et qui disent : « Moi, je n’ai jamais pu aimer Manigance. Aujourd’hui, je pense que je vais aimer parce que la voix de Didier était trop lisse et une voix de femme ça sera top. » Bref, on voit un peu de tout. Je prends tout ça avec du recul. Je me dis que de toute façon, il faut que nous jouions, il faut que le groupe avance comme ça. Je vais sortir ma phrase fétiche : c’est que de la musique ! [Rires] Il n’y a pas mort d’hommes, ce n’est que de la musique, nous sommes des gens motivés, nous sommes proches de notre public. Les gens qui veulent vraiment dire que ce n’est pas bien, qu’est-ce que tu veux ? Je ne vais pas les forcer à dire que c’est bien. Mais ce que je veux qu’ils comprennent, c’est que nous respectons tous les fans et qu’aujourd’hui, la décision du groupe n’est pas une décision égoïste. Le groupe a vingt ans, à un moment, il y a un chanteur qui est un peu fatigué, qui ne se sent plus de mener la barque et la grande aventure, donc nous, nous rebondissons là-dessus et nous essayons de faire au mieux.

On va maintenant parler de l’album. Machine Nation est le premier album avec le batteur Patrick Soria. Tout comme toi, c’est un ex-Killer. Ca faisait longtemps que vous n’aviez pas joué ensemble, donc comment se sont passé les retrouvailles ?

Patrick, c’est un copain de longue date. J’ai toujours été en contact avec lui. Quand Daniel [Pouylau] était parti à l’époque, je lui avais déjà proposé de rentrer dans le groupe, mais il avait un projet de groupe de reprise, il n’était pas dispo, je ne le sentais pas. Donc là, au nouveau changement de batteur avec le départ de Guillaume Rodriguez, je lui ait reproposé. A ce moment-là, il sortait un peu du côté reprises et il voulait absolument composer, il m’a dit : « Ecoute, je ne vais pas te dire non deux fois. » Mais il me dit : « Le problème, c’est que ça fait un petit moment que je ne joue plus ce genre de musique. » Donc j’ai pris ma gratte et je suis parti chez lui. Nous avons joué ensemble dans son studio et je lui ai dit : « T’inquiètes, tu vas bosser, ça va prendre un peu de temps pour que tu reprennes toutes les parties, c’est sûr, mais j’ai confiance. » Et humainement, j’avais aussi beaucoup confiance en lui, sur le fait que s’il allait dire oui, il allait faire ce qu’il faut. Voilà comment ça s’est passé. J’étais le seul à le connaître et à lui faire une grande confiance, j’ai dit à Bruno, à Jean [Lahargue], à Didier, etc. : « On va essayer. C’est sûr qu’au début, il y aura un peu de boulot à faire. » Et puis ça s’est bien passé. Il s’est complètement investi dans le groupe. Aujourd’hui, il est à fond. Après, c’est aussi un super mec. Ça fait partie de ce que je te disais : nous sommes une grande famille, il faut que nous nous entendions tous. Nous aimions bien nous voir, en fait.

Le fait que vous ayez eu une histoire musicale commune, même si c’était il y a longtemps, est-ce que ça a permis de faciliter l’alchimie ?

Oui parce que nous nous connaissons. Nous avons joué ensemble, mais bon, c’était il y a très longtemps, il y a vingt-cinq ans. Donc l’alchimie, c’est plus que nous nous faisons confiance et quand nous avons envie de faire un truc, nous nous le disons car nous nous connaissons depuis longtemps. Et nous savons que nous sommes tous les deux motivés par les mêmes choses. Nous nous téléphonons assez fréquemment pour des décisions autour du groupe, et c’est un mec qui, avec tout le boulot autour du groupe, m’aide beaucoup. C’est ça aussi qui fait que tu peux arriver à réussir, lorsque tout le monde rame dans le même sens, et tout le monde a conscience du boulot qu’il faut faire. Pour le coup, il a tellement ramé quand il était avec les groupes de reprises, que maintenant que nous nous retrouvons ensemble, c’est un peu fusionnel, nous avons envie de la même chose et d’avancer ensemble.

« Le chantier du début, c’est quelques riffs et surtout une mélodie, un truc qui amène un refrain […]. Après, le reste, ça se construit comme un gros lego autour de tout ça. »

Quatre ans se sont écoulés depuis Volte-Face. Pour autant vous n’avez pas arrêté de tourner tout en composant de nouvelles chansons. Vous aviez d’ailleurs déjà dévoilé certains titres en live dès 2016. J’ai donc l’impression que la conception de cet album s’est pas mal étalée.

Il y a eu trois éléments qui ont fait que nous avons décalé la sortie de l’album. Le premier est que nous avons changé de batteur – on vient d’en parler -, donc ça a pris du temps et ça décalé à peu près de trois à quatre fois notre planning initial, pour arriver à se remettre en jambe et à tourner normalement. Le deuxième truc est que nous avions décidé sur cet album d’aller plus loin que ce que nous faisions d’habitude et de s’y prendre un peu différemment. C’est-à-dire éviter de sortir l’album, de se poser des questions après sur la vidéo, la tournée, et de passer finalement à côté de la promo. C’est là que nous avons décidé de faire la campagne Indiegogo qui nous a permis de faire du financement autour de nos projets. Ça aussi, ça a pris du temps, car ce sont des choses que nous n’avions jamais fait, il a fallu que les gens adhèrent, qu’ils suivent le truc. Et le dernier truc, c’est que la tournée de Myrath était en mars. Normalement, nous devions sortir l’album fin 2017 et nous avons été obligés de décaler la sortie pour être dans une logique d’album-tournée. Au début, nous voulions le sortir en septembre 2017 et la maison de disques nous a fait calmer le truc en disant : « Non, attendez pour le sortir, que la tournée de Myrath ne soit pas trop loin. » C’est aussi ça qui a fait que nous avons pris un peu plus de temps.

Et la conception en soi s’est passée comment ?

Tu sais, nous avons notre studio, donc nous faisons tout ici. Nous avons une méthode de travail qui est assez cool. Nous composons, nous utilisons beaucoup des systèmes de sample de batterie, etc. pour faire les premières maquettes. Nous avons presque fini l’ensemble des compos au moment où Patrick, le nouveau batteur, est arrivé, donc aux alentours de mi-2016, tout était à peu près prêt, à quelques détails près, comme les solos, etc. mais les mélodies étaient là. Après, là où nous prenons un peu trop de temps à mon sens aujourd’hui, c’est sur la production finale de l’album, car nous faisons ça à l’ancienne. Nous ne sommes pas trop à faire recaler les trucs avec Pro Tools, etc. J’aime bien avoir de belles parties de batterie bien enregistrées, donc nous prenons du temps pour bien faire les choses. Et effectivement, ça nous prend plus de temps que la majorité des groupes, mais parce que aussi, je m’occupe de la prod… Nous pourrions être meilleurs sur ça, c’est sûr.

Le fait que vous ayez composé des chansons tout en continuant de tourner, que vous ayez joué des morceaux en live bien avant de les mettre en boite, est-ce que ça a joué sur la musique ? Bruno disait d’ailleurs que les morceaux étaient calculés pour la scène.

Bien sûr parce que, à un moment, nous nous retrouvions souvent pour faire des albums sans jamais les avoir joué ensemble avant de commencer à tourner. Nous les faisons chacun de son côté, après chaque musicien s’y mettait, nous les répétions un peu, mais nous ne les avions jamais joué avant de tourner. Donc là, nous nous sommes dit que ce serait bien de jouer les chansons, un peu comme nous faisions au tout début du groupe, avant que l’album sorte, de manière à ce que nous les vivions un peu plus, que nous les connaissions, et ça nous permet de les sélectionner. C’était basique, un peu un retour aux sources : tu fais une compo, tu la joues et tu verras si c’est bien ou pas. Mais nous n’avons pas modifié les chansons en fonction de ça. Ça s’est plutôt bien passé, nous étions plutôt sûrs de notre coup. Je pense que c’est une expérience à renouveler. C’est-à-dire qu’aujourd’hui, nous sommes capables de jouer de nouvelles chansons qui ont déjà été testé sur scène depuis un moment, donc nous sommes plus à l’aise avec ça. Il n’y a pas plus de calcul. Après, oui, effectivement, il y a des morceaux qui sont plus taillés pour la scène. Donc c’est ceux-là que nous avons sélectionnés, c’est sûr.

Une chose essentielle à la musique de Manigance – et c’est toujours aussi vrai avec Machine Nation -, c’est son sens de la mélodie, de l’accroche. Est-ce que c’est ça le point de départ d’une chanson de Manigance ?

Oui, c’est ça. Aujourd’hui, nous avons une façon de composer qui est basée sur la mélodie de chant et le couplet, le refrain, et souvent quand les compos sont à peu près calées, nous en restons là. C’est-à-dire que le chantier du début, c’est quelques riffs et surtout une mélodie, un truc qui amène un refrain, et quand nous avons cette idée en tête, voilà, c’est que c’est là. Après, le reste, ça se construit comme un gros lego autour de tout ça. Des fois, les morceaux sont très simples à la base, nous n’essayons pas d’aller chercher des choses très compliquées. Nous essayons surtout de trouver la suite d’accords et la mélodie qui fait que tu as quelque chose à dire. Une chanson, c’est très, très simple des fois. Et effectivement, nous construisons les choses autour de ça. C’est notre truc depuis le début. Donc au départ, c’est en yaourt, pas les vrais mots, mais nous regardons si le chant va bien à cette tonalité, si la mélodie évolue bien, si aussi avec un peu de recul ce n’est pas quelque chose que nous avons déjà fait, car tu as vite fait de faire des choses que t’as déjà faites dans d’autres morceaux. Donc nous essayons d’être créatifs, d’être à l’écoute de ce qui se fait à côté, mais en gardant notre truc, c’est-à-dire une bonne mélodie placée sur des accords.

Le chant est vraiment inclus dans cette démarche, donc.

Complètement.

Car souvent, dans le metal, les groupes composent la musique et après le chanteur se débrouille pour placer une ligne de chant dessus.

En français, ce n’est pas possible. Je voudrais voir qui peut faire ça en français. C’est très compliqué. Dans le truc en anglais, tu peux construire ton style comme ça, en partant dans tous les sens, et puis en se rapprochant d’un truc… Je dirais que nous sommes plutôt dans un style de composition classique pop rock. Après, c’est notre style de jeu qui affirme notre côté metal. Mais, souvent, quand je compose avec le chanteur – et ça sera pareil avec Carine -, c’est avec la guitare sèche. On prend la guitare, on tapote les riffs, mais on est plutôt dans les tonalités, dans les changements d’accords, on cherche la mélodie, le placement, « est-ce que je pars avant, est-ce que je pars après ? Est-ce que je mets tant de mots ? Comment je fais pour décrocher sur la transition ? Je vais où sur le refrain ? Est-ce que tout ça a du sens ? » Une fois que tout le monde est d’accord, « ouais, j’aime bien la chanter, ça passe bien entre les accords, » on y va. Après, tout le monde sait qu’il peut bosser tranquille.

« L’idée du titre Machine Nation, c’est de dire qu’au final, tout ça, c’est une grosse machine qui fait qu’il faut que ça avance et que tout fonctionne, et est-ce qu’on ne perd pas le côté humain dans tout ça ? »

Dans le terme Machine Nation, ou « Machination » comme la chanson, il y a cette notion de manipulation, ce qui renvoie aussi au nom du groupe, cette idée de manœuvre secrète. Or on retrouve justement le nom du groupe dans la chanson « Ennemi ». Ça a l’air d’être un vrai fil rouge dans cet album. Bref, te sens-tu manipulé au quotidien ?

Non [rires]. Ce que je voudrais faire passer, c’est que ce n’est pas du tout une chanson sur la théorie du complot ou ce genre de choses. C’est plus sur le côté… Alors, « manipulé », on est tous un peu manipulé dans ce qu’on fait, c’est que – je vais faire le vieux con – quand on discute avec les jeunes, ils sont souvent contre tout, ils ne croient pas aux choses qui se passe, ils sont un peu dans la théorie du complot. Je dis qu’on est tous un peu manipulés : quand tu achètes des clopes, tu es manipulé, on te fait croire que mais tu continues d’acheter des clopes. Là l’idée, c’est de parler d’un système qui aujourd’hui, quand on regarde ce qu’il se passe avec les élections, comment ça s’est passé, les gens qui refoulent un peu tout ce qui se fait au niveau des grosses décisions, qui ne s’y retrouvent pas, parce que c’est un peu la mondialisation… C’est un peu une image des gens qui repoussent la mondialisation, qui sont contre les choses qui se passent et qu’ils n’ont pas décidé. Donc l’idée du titre Machine Nation, c’est de dire qu’au final, tout ça, c’est une grosse machine qui fait qu’il faut que ça avance et que tout fonctionne, et est-ce qu’on ne perd pas le côté humain dans tout ça ? C’est une petite réflexion autour de ces idées-là.

Et donc, le morceau « Machination », nous avons joué un peu là-dessus, parce qu’effectivement, à la base, le nom de l’album était Machination. Et Manigance et Machination, comme tu l’as très bien dit, c’est un peu le même thème et je trouvais qu’il fallait aller un peu plus loin, c’est ce que je viens de t’expliquer en fait. Donc nous avons rebondi là-dessus. Et en plus, ça permet d’avoir un nom qui sonnait bien en anglais. Pour le coup, les mecs qui achètent l’album à l’étranger pensent que nous chantons en anglais. Il y a un peu de tout ça. Mais ça se construit au fur et à mesure. Ce qui est sûr, c’est que dans l’album, nous abordons des thèmes actuels, effectivement sur la manipulation, plutôt de l’information et des médias. Le premier morceau qui s’appelle « Face Contre Terre », c’est plutôt la manipulation de la peur, on est toujours à avoir peur de tout, de son voisin, des flics, d’un tas de trucs, on a tous peur de quelque chose, ça devient un vrai business, la peur. Ce sont des sujets comme ça, pris dans l’actualité, dans les choses qui nous entoure.

Au-delà de l’idée de manipulation, quand on regarde le titre de l’album, Machine Nation, il y a cette idée de machine, et il y a cette espèce de Terminator à l’intérieur de la terre sur la pochette qui évoque un monde froid et métallique. Tu viens un peu de le dire, mais as-tu le sentiment que le monde se déshumanise ?

Exactement. C’est cette idée-là qui ressort et que tu ressens quand on traite les grosses décisions, tu te dis que de toute façon, ce qui est important est que nous soyons plus performants, que tout avance, etc. Et en même temps, tu vois tous ces mouvements humains qui disent que non, il faut qu’on soit plus ensemble, qu’on échange des choses. Tu as une espèce d’économie parallèle qui se monte pour que les gens vivent bien, pour qu’on soit en dehors des règles et que pour autant on arrive tous à vivre normalement. Des fois, tu te demandes pourquoi les états n’arrivent pas à changer un peu la façon de faire les choses. C’est ce côté un peu machine, le super-humain qui fait tout mais qui fait tout exploser, finalement.

Au niveau vocal, on retrouve sur plusieurs chansons des growls, particulièrement mis en avant sur « Avec Des Si » et « Exutoire »…

Ca y était un petit peu sur l’album précédent déjà. Mais c’est parce que Jean, notre clavier, est un ancien chanteur de death metal. Et comme nous aimons bien ne pas se freiner à quoi que ce soit… Ça peut être un défaut, finalement, parce que tu vas trouver des chansons qui sont dans un peu tous les genres. Mais c’est comme ça que nous nous inspirons, nous n’avons pas de frein dans notre façon de faire les choses. Nous aimons bien exploiter le potentiel de tous les musiciens du groupe, et Jean, il a ce truc. Et moi, j’écoute aussi d’autres trucs, j’aime bien In Flames, j’ai bien des groupes de metal moderne où il y a des voix à la fois très mélodiques et des voix un peu growlées, donc nous exploitons ça. Je pense que ça amène un côté un peu moderne. Alors, ça peut en choquer certains. Mais ça fait partie des choses que nous faisons qui sortent un peu de ce que font les autres. En même temps, juste avant, nous allons faire une ballade en acoustique au piano.

On peut effectivement se poser la question si ça ne peut pas rebuter une partie de votre public qui n’est pas forcément porté sur l’extrême…

En tant qu’artiste, je remets dans mes disques la façon dont j’évolue musicalement. Et personnellement, comme je t’ai dit, il y a des groupes que je n’écoutais pas et que j’écoute maintenant. Donc on évolue et je pense que tous les mecs du groupe, c’est pareil. Même Didier avait tendance à pousser Jean dans ce genre de chose. Nous aimons bien. Par contre, pour le coup, ce n’est pas le truc du groupe. Ça fait partie des choses que nous aimons bien faire en concert aussi mais ce n’est pas la marque de fabrique du groupe. Si d’un point de vue marketing, ou je ne sais quoi, c’est une connerie, je ne sais pas te dire. Nous trouvons que ça nous va bien dans certains contextes de certaines chansons. Il y en a d’autres où nous n’allons pas nous amuser à le faire. Sur « Machination » il y a des voix bien graves, par contre sur une chanson comme « Nouvelle Ère » qui est très mélodique, nous n’allons pas nous amuser à mettre des voix comme ça.

« Aujourd’hui, nous avons beaucoup de chansons, et se dire que nous n’allons pas essayer de faire des versions anglaises de nos morceaux alors qu’il y a de la demande, c’est une connerie. Il faut donc que nous y réfléchissions sérieusement. »

Tu en parlais tout à l’heure : vous allez tourner avec Myrath. C’est votre première vraie tournée Européenne. Après vingt ans de carrière, Manigance étant aujourd’hui un groupe bien installé dans le paysage metal français, pourquoi ça a pris autant de temps d’en arriver là ?

Ce sont tout simplement des problèmes de budget et d’opportunité. Même si on est bien installés – nous ne sommes pas les seuls -, pour en arriver à décrocher une tournée comme ça, il faut connaître des gens, il faut que des gens croient en toi. Là, ça s’est passé assez simplement, via Kévin [Codfert] qui est le producteur de Myrath, qui est un gars que j’ai connu avec la tournée d’Adagio, donc nous sommes restés assez copains. J’ai contacté Kévin, et dans ce milieu-là, tout se fait par du contact. Nous ne sommes pas aujourd’hui suffisamment connus et nous ne rapportons pas assez d’argent pour avoir dix promoteurs qui nous appelle au téléphone en disant « eh les mecs, je vous veux sur cinquante dates. » Aujourd’hui, c’est plutôt nous qui cherchons des opportunités, et celle-là, nous ne l’avions pas encore eu. Nous en avons eu avec Adagio à une époque, nous en avons eu aussi avec Freedom Call.

Après, je te dirais, honnêtement, que ce qu’il se passe aussi, c’est que le marché du disque s’étant cassé la gueule, les investissements des maisons de disque ne sont plus les mêmes. A une époque, les maisons de disques étaient prêtes à investir lourdement sur des groupes qui étaient en train de monter ou qui étaient à un certain stade. Aujourd’hui, c’est beaucoup plus compliqué, donc nous avons moins de propositions. J’en ai moi-même été très déçu après la tournée avec Adagio, parce que nous étions à l’époque avec NTS et nous nous étions dits que ce n’était qu’un début de ce que nous allions pouvoir faire, et puis nous avons vite été refroidis quand NTS s’est arrêté et que nous avons constaté que les maisons de disques avaient pris très cher. Pour le coup, les budgets se sont un peu déplacés pour les groupes pour qu’ils se démerdent, et les mecs dans les maisons de disque, pour arriver à vivre, ils n’allaient plus mettre beaucoup d’argent sur la table pour faire des tournées. La réalité est là, toute simple.

C’est quoi vos attentes aujourd’hui par rapport à cette tournée ?

D’abord, le fait de tourner avec Myrath nous permet d’être avec des gens assez ouverts d’esprit dans les concerts. Pour le coup, comme nous chantons en français, c’est ce qu’il nous faut. Donc nous allons essayer de vendre notre style et notre façon de faire les chansons à des gens qui, à mon avis, ont les oreilles assez ouvertes. Ce que nous souhaitons est de pouvoir se faire connaître, pouvoir jouer à l’étranger et faire plus que ce que nous avons fait pendant des années sur notre territoire. Nous investissons un peu sur l’avenir.

Tu parlais du fait que le titre Machine Nation marche aussi bien en français qu’en anglais, comme quoi c’était un avantage pour s’exporter. Aujourd’hui, quelle est la place du groupe sur la scène internationale ?

Les gens nous connaissent de nom, parce que ça fait longtemps que nous sommes là, ils en ont entendu parler, mais nous faisons plutôt partie des petits groupes français. Nous ne sommes pas du tout dans la grosse division des groupes français. Donc je dirais qu’on nous écoute d’une oreille mais pas assez attentive [petits rires], selon moi. Nous avons notamment du mal à décrocher des festivals à l’étranger, parce qu’aussi nous chantons en français et que les festivals allemands restent toujours avec beaucoup de groupes qui chantent en anglais.

On a quand même l’impression qu’au niveau langues, ça se diversifie pas mal en ce moment. Un groupe comme Sólstafir à l’air de bien marcher en chantant en islandais, Moonspell a fait un album en portugais qui a été bien accueilli, sans parler de beaucoup de groupes scandinaves qui chantent dans leur langue…

C’est quelque chose qui monte. Mais si tu regardes en France, il y a Trust. Donc si tu parles de Trust et de Sortilège… On nous a souvent associé à Sortilège. Donc il y a Trust et un peu Sortilège, et après, le reste c’est tout de l’anglais. Gojira c’est de l’anglais… Je te parle des gros, ce qui ressort. Mais c’est vrai qu’aujourd’hui, on ne peut pas dire qu’à l’étranger on nous connaisse pour des groupes qui ont chanté en français, à part Trust. Donc oui, il y a des choses à faire. Il faut juste que les gens nous écoutent. Après, qu’ils soient séduits, c’est une chose, mais au moins qu’ils aient déjà l’opportunité de nous écouter.

Plus tôt, tu disais qu’avec Carine ça vous ouvrait une porte pour du chant en anglais. Est-ce que vous avez cette ambition aujourd’hui d’accélérer un peu les choses à l’international ?

J’anticipe un peu par rapport à ce que nous allons voir ensemble avec le groupe mais je pense que oui. Je pense qu’aujourd’hui, nous avons beaucoup de chansons, et se dire que nous n’allons pas essayer de faire des versions anglaises de nos morceaux alors qu’il y a de la demande, c’est une connerie. Il faut donc que nous y réfléchissions sérieusement. Surtout si Carine arrive à être à l’aise avec ça. Le problème est que Didier ne l’était pas. Comme beaucoup de groupes, un chanteur qui n’a pas un bon accent, c’est compliqué d’aller revendiquer de chanter en anglais. Si Carine se sent à l’aise et qu’elle a envie, je pense qu’il faut que nous le fassions.

Interview réalisée par téléphone le 14 février 2018 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Nicolas Gricourt.
Photos : Edith Ibergaray (2), Pierre Vignacq (1, 3, 5, 6) & Christian Pinto (7)

Page Facebook officielle de Manigance : www.facebook.com/Manigance-366384643187.

Acheter l’album Machine Nation.



Laisser un commentaire

  • Arrow
    Arrow
    The Night Flight Orchestra @ Lyon
    Slider
  • 1/3