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Chronique   

Mantar – Grungetown Hooligans II


La carrière de Mantar s’accélère à une vitesse fulgurante. En à peine six années depuis Death By Burning (2014), les Allemands ont réussi à faire leur trou grâce à un rythme de production effréné : trois albums, un EP et un album live. Si en 2014 les musiciens n’envisageaient pas réellement de faire de la musique leur principale occupation, son audience continue de les convaincre. Mantar se trouve ainsi confronté à la routine du groupe qui fonctionne, enchaînement mécanique de concerts et de trajets en minibus. Un quotidien qui aurait de quoi le dégoûter de sa pratique pour peu que Mantar ne trouve pas d’échappatoire ou de quoi briser la routine. Grungetown Hooligans II joue précisément ce rôle (la légende voudrait qu’ils aient supprimé la première version par erreur, d’où le « II » dans le titre). Il n’a pas d’autre prétention qu’un rôle récréatif, revisitant les titres marquants qui ont influencé Mantar (principalement des groupes rock des années 90 menés par des femmes) en dehors des sempiternels classiques.

Mantar a vu sa notoriété s’accroître au sein de la scène metal sans vraiment se revendiquer comme tel. C’est ce que Grungetown Hooligans II met en avant. Le groupe est nourri de la musique des années 90, que ce soit les dernières heures du grunge ou la scène rock underground. Tout ce qui comptait pour Erinç Sakarya et Hanno Klänhardt était de trouver une forme de sincérité dans la musique heavy, une absence de compromission. Grungetown Hooligans II présente ainsi des compositions de L7, Sonic Youth, The Jesus Lizzard, Mazzy Star, Babes In Toyland, Mudhoney et 7 Year Bitch. « The Bomb » de L7 ouvre frontalement l’opus et dévoile l’un des ingrédients miracles de Mantar qui confère un réel intérêt à son exercice de reprise : le chant de Hanno. Si l’intention de Mantar respecte l’original de 1994, le timbre gras et crasseux sied parfaitement à cette revisite. « The Bomb » est toujours aussi rentre-dedans et possède la même verve que sa première version. « Puss » prend davantage des allures de dépoussiérage. La lourdeur des guitares et la frappe plombée d’Erinç donnent un nouveau souffle de vie au morceau et soulignent les accroches mélodiques qui ont participé au succès de The Jesus Lizzard. Surtout, Mantar cultive l’aspect galvanisant du titre. La reprise de « 100% » de Sonic Youth produit le même effet : la palette sonore de Mantar est une véritable cure de jouvence. Le duo appréhende parfaitement les morceaux en ne dénaturant pas ce qui fait leur cachet, à l’instar de ce groove de l’outro de « 100% ».

Grungetown Hooligans II n’est pas qu’une collection de reprises bien exécutée profitant de la production contemporaine – et pourtant très DIY – de Mantar. Les musiciens ont introduit quelques subtilités, à l’image du traitement de la voix d’Hanno sur le rock plombé de « Ghost Highway » de Mazzy Star. L’interprétation du frontman est loin du timbre doux d’Hope Sandoval et donne l’impression d’avoir multiplié les couches de chant tant il sonne « monstrueux » en comparaison. Le jeu d’interprétation du duo atteint des sommets sur le « Can I Run » de L7 qui vient se rapprocher davantage du territoire d’un Paradise Lost des jours heureux (presque une antithèse), en particulier dans la manière dont le solo a été travaillé. Ce « Can I Run » version doom-gothique prouve qu’un changement de registre est un recours trop peu utilisé pour l’exercice délicat des reprises. Le « Bruise Violet » de Babes In Toyland voit ses aspects les plus « sales » accentués. À nouveau, Hanno intensifie l’agressivité de Kat Bjelland et se rapproche d’un timbre inspiré du black. Le punk-grunge de « Knot » de 7 Year Bitch profite du même traitement. Seul « Who You Drivin’ Now » de Mudhoney tire le moins de bénéfice de sa reprise, en étant la plus proche de son original. Toujours est-il que Mantar a fait preuve de pertinence en sélectionnant ses morceaux, un peu comme s’il savait à l’avance ce qui allait fonctionner avec son identité… Un réflexe parfois trop vite occulté par d’autres groupes. Une influence bien digérée ne se prête pas forcément à une bonne reprise, il faut prendre en compte sa propre identité sonore. Mantar évite cet écueil avec brio.

Les Allemands ont compris la futilité de reprendre des monuments du rock qui ont inspiré tout le monde et qui sont connus sur le bout des doigts. Surtout, le fait de revisiter des vieux titres chantés, pour la plupart, par des figures féminines est très astucieux. La revisite d’Hanno suscite ainsi la curiosité et apporte un réel intérêt. La qualité du songwriting original se conjugue parfaitement avec le vocabulaire musclé de Mantar et prouve que réaliser un album de reprises peut s’avérer une excellente idée. Mantar réalise l’équilibre parfait entre respect et hommage à l’original et réinterprétation sonore. Grungetown Hooligans II est de fait aussi efficace et bestial qu’intelligent.

Clip vidéo de la chanson « 100% » :

Clip vidéo de la chanson « Ghost Highway » :

Album Grungetown Hooligans II, sortie le 26 juin 2020 via MantaRecordings / Brutal Panda Records. Disponible à l’achat ici



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