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Interview   

Mantar : une symphonie de destruction


Comme quoi, même une brute sait mettre de l’eau dans son vin : Mantar qui, en deux albums, a fait sa réputation sur une musique primitive, instinctive et rageuse revient avec The Modern Art Of Setting Ablaze, un album un brin plus réfléchi, accrocheur et mélodique. On peut y voir la conséquence du tube « Era Borealis » qui, depuis sa sortie, enflamme les concerts de Mantar ; tube qui, à l’origine, enthousiasmait peu Hanno Klänhardt, chanteur-guitariste du combo, et qui a failli ne pas apparaître sur le second album Ode To The Flame.

Toutefois, pas d’inquiétude : Mantar ne s’est pas mis à la pop pour autant, très loin de là, et conserve toute sa fureur et sa fascination pour la destruction. La bande son d’un monde moderne pas si moderne, d’une humanité incapable d’apprendre de ses erreurs, de peuples se faisant encore et toujours bernés… « La musique doit être inconfortable », nous dit Hanno, qui qualifie par ailleurs les concerts qu’il donne avec son compère batteur Erinç Sakarya de « rituel » et « catharsis hypnotique ». Toujours avec passion (on l’imagine parfois en train de postillonner dernière son téléphone en appuyant ses propos) et franc parler, Hanno discute de ce troisième album illustré par une oeuvre au passé sombre oublié, mais aussi de son aversion pour les leaders, de la beauté de la destruction, de funérailles et… de riffs, tout simplement.

« Les gens ont besoin de penser par eux-mêmes au lieu de laisser ça à un ‘leader’. C’est ça qui est vraiment dangereux. C’est pour ça, en l’occurrence, que nous ne publions pas nos textes, parce que je n’ai pas envie que les gens agissent en fonction de mes paroles. »

Radio Metal : Votre nouvel album s’intitule The Modern Art Of Setting Ablaze, et la dernière fois qu’on t’a parlé, tu nous as dit que « les seules choses que font les hommes, c’est détruire tout pour de bon et ne rien laisser derrière eux, si ce n’est des cendres. » Est-ce ce à quoi tu fais référence avec ce titre, les tendances destructrices de l’homme à l’âge moderne ?

Hanno Klänhardt (voix & guitare) : Oui, ça fait référence à l’époque à laquelle nous vivons. C’est comme une affirmation concernant notre société actuelle. The Modern Art Of Setting Ablaze décrit l’état d’esprit actuel des gens, le fait que même en 2018, les gens sont prêts à accepter le feu dans leur tête ; ça parle du feu dans les têtes des gens allumé par un tiers. Ça parle de manipulation. Ça parle des humains qui, putain, refusent d’apprendre de leurs propres erreurs, de l’histoire qui se répète. Quand on voit ce qui se passe en Europe, y compris en France et en Allemagne, ainsi que dans d’autres parties du monde, aux Etats-Unis, les gens se font à nouveau avoir pas de faux leaders et faux prophètes, et ils refusent de penser par eux-mêmes. La stupidité des hommes est une source infinie d’inspiration. Donc ouais, The Modern Art Of Setting Ablaze est… Tu sais, tout fonctionne ensemble, le premier, le second et le troisième album, ils sont chacun basés sur celui qui le précède. Evidemment, tout ce que j’ai dit la dernière fois qu’on s’est parlé à propos du second album est toujours valable, le nouvel album est basé là-dessus. Je suis toujours stupéfait par comment les gens… Je ne juge pas, je ne fais que pointer du doigt certaines situations que je vois dans la vie de tous les jours, parce que je reste sans voix face à la stupidité des hommes. Je n’arrive pas à croire que les gens refusent d’apprendre de leurs erreurs, et donc voilà d’où vient le titre. C’est un petit peu cynique aussi, parce que, bien sûr, ce n’est pas un art moderne. Ce putain d’art est aussi vieux que l’humanité. Il y a dix mille ans, cinq cents ans, quatre-vingt ans… En Allemagne, par exemple, les gens se refont berner par les mêmes putains de mensonges et manipulations, ça n’en finit pas.

J’imagine que votre premier single, « Age Of The Absurd », résume tout…

Ouais, effectivement ! Nous l’avons utilisé comme premier single parce qu’il met en avant les motivations de l’album, autant au niveau musique que textes. Il représente bien l’album, je trouve.

Est-ce que tu qualifierais cet album de politique ? Car la bio promo y voit plus une fascination morbide…

Ce n’est pas forcément politique, parce que je ne nous considère pas comme un groupe politisé. Nous n’offrons aucune sorte de solution ou de meilleure idée, quelle qu’elle soit. C’est vraiment juste que j’observe, j’apprends et je raconte. Mais je n’ai pas envie de balancer des phrases et offrir aux gens des slogans auxquels adhérer, ou je ne sais quelle règle. Ce n’est pas mon intention, nous travaillons à différents niveaux. D’autres groupes devraient s’occuper de faire ça : « Ouais, hey faites ceci, le monde s’en portera mieux et ainsi de suite, bla bla bla. » Pour ma part, c’est plus je vois et je rapporte. Je chante au sujet de ce que je vois avec ma propre mentalité là-dessus. J’exprime ce que je ressens à ce sujet, mais je ne juge pas. Ça fait une énorme différence, selon moi. Ça ne m’intéresse pas du tout de… Car je suis contre toute sorte de leader ou autre. Je veux dire que je ne fais pas confiance aux gens lorsqu’ils se regroupent, car alors ils sont putain de dangereux et engendrent de l’hystérie de masse. Je ne suis pas anti-démocratique ou quoi, c’est juste que je ne crois pas au fait de suivre aveuglément une personnalité, quelle qu’elle soit, sans réfléchir par soi-même. Il pourrait ne rien y avoir de mal à sympathiser avec une certaine idée, mais les gens ont besoin de penser par eux-mêmes au lieu de laisser ça à un « leader ». C’est ça qui est vraiment dangereux. C’est pour ça, en l’occurrence, que nous ne publions pas nos textes, parce que je n’ai pas envie que les gens agissent en fonction de mes paroles de quelque manière que ce soit. Je veux que les gens apprennent et pensent par eux-mêmes, et si je dis « hey, je veux que vous pensiez tous ce que je pense, » c’est radicalement l’opposé. Et tout ce que je fais c’est peindre un tableau de ce qui se passe dans le monde, sans dire que c’est bien ou mal. C’est ça qui en fait plus une fascination morbide, car je n’offre ni solution, ni meilleure idée, ni approche différente.

La dernière fois, tu nous as dit que pour toi, « ce n’est pas tant une question de chanson que de plaisir et de beauté de cette rage destructrice dans laquelle nous sommes lorsque nous jouons ; nous célébrons vraiment cette violence, ce moment violent. » Mais au final, le monde n’est-il pas suffisamment violent ? Qu’est-ce qui justifie d’ajouter de la violence avec la musique, selon toi ? Y a-t-il une violence positive et une autre négative ?

Ouais, il se peut que « violence » soit le mauvais terme, mais ce que j’apprécie quand même… Peut-être qu’on devrait se débarrasser du mot « violence » parce que les gens associent la violence à, par exemple, si je vais dans la rue et que je pète la gueule à des gens ; ce genre de violence ne m’intéresse pas. Donc oublions le mot « violence » et utilisons plutôt « puissance » ou « énergie ». « Energie », c’est même mieux, et oui, il y une énergie positive et une énergie négative. Même si notre musique est sombre, très forte, et tout est dur et lourd, ça, pour moi, ça reste quelque chose de très, très positif et constructif, car c’est une sorte de rituel, un genre de catharsis hypnotique. Même lorsque les gens pleurent, par exemple, on aurait tendance à associer les larmes à quelque chose de négatif, mais ce n’est pas toujours vrai ; parfois les larmes représentent la joie ou la satisfaction, ou, surtout, une sorte de libération. Je trouve que c’est positif. Et non, je n’ai pas envie d’amener plus de violence, dans le sens de violence physique, dans ce monde, ce n’est pas ce que je veux dire, mais ce que nous faisons est assurément quelque chose de créatif et je veux apporter de l’énergie, car j’ai de l’énergie à évacuer, et je dois amener de la puissance, parce que nous sommes dans une sorte de rage destructrice. Lorsque je dis « destructrice », ça ne veut pas forcément dire que je veux tout bousiller, mais il y a une certaine magie et beauté, selon moi, dans cet acte, effectivement, conséquemment violent de jouer en concert, et jouer aussi dur et lourd, et jouer la musique que nous faisons, et pour moi, c’est quelque chose de positif.

« Lorsque je trouvais un vieil instrument électronique usé, je prenais un marteau et je l’explosais ! Parce que ça m’offrait un certain sentiment de satisfaction. Je ne vois pas ça comme étant destructeur ou négatif, mais pour moi, voir comment les choses se désagrègent est tout aussi puissant que de voir comment les choses s’assemblent. »

Je ne sais pas si j’ai dit ça l’autre fois mais la façon dont je veux précisément présenter ça, est que oui, il y a une certaine beauté si quelqu’un peint un tableau, et après deux jours de travail, on voit ce magnifique paysage, c’est fascinant tellement c’est beau, mais aussi, pour moi, il y a une profonde beauté lorsqu’on balance une bouteille contre un mur et on voit tous les éclats de verre voler dans tous les sens et dans le fait de voir comment les choses se désassemblent plutôt que l’inverse. C’est très facile de créer des choses de façon à construire ensemble, mais même étant gamin, j’aimais toujours… Lorsque je trouvais un vieil instrument électronique usé ou peu importe, je prenais un marteau et je l’explosais ! Parce que ça m’offrait un certain sentiment de satisfaction. Je ne vois pas ça comme étant destructeur ou négatif, mais pour moi, voir comment les choses se désagrègent est tout aussi puissant que de voir comment les choses s’assemblent.

Lorsqu’on te voit en live, tu sembles être dans un genre de transe, tu es vraiment enragé. Qu’est-ce qui se passe dans ta tête dans ces moments ?

Pas grand-chose, pour être honnête. Et il faut que ce soit comme ça. Je suis très focalisé sur moi-même et Erinç, le batteur, et nous sommes tous les deux très concentrés et perdus dans ce rituel, ou ce moment. C’est aussi pourquoi je ne suis pas face aux gens quand je joue, parce que je ne veux pas être distrait, je veux me perdre dans cette hypnose, dans mon propre monde pendant soixante minutes. C’est très important pour moi parce que c’est seulement ainsi que je peux me laisser aller et vraiment péter un plomb. C’est presque comme quand les gens font une danse de la pluie, ou une danse rituelle afin de contrôler la météo ou être en lien avec les dieux, comme n’importe quel gars d’un peuple ancien ou je ne sais quoi. Ça paraît un peu bizarre mais c’est grosso-modo ce que je fais, je rentre en contact avec un autre niveau de moi-même.

Comment faisais-tu avant d’avoir un groupe pour relâcher la pression sur scène ?

Disons-le ainsi : ça aide beaucoup d’avoir le groupe. Je ne sais pas comment je faisais. Peut-être que ce n’était pas tellement un besoin que j’éprouvais, ce n’est pas comme si j’avais constamment besoin de cette catharsis afin de relâcher la pression, comme tu l’as dit. Mais j’apprécie ça, et en conséquence, avoir ce groupe est d’un grand bénéfice dans ma vie, car maintenant j’ai l’occasion, la chance d’évacuer cette énergie. Quand tu dis « relâcher la pression », ça peut aussi donner l’impression que j’ai besoin de me débarrasser de quelque chose de négatif en moi. Ce n’est pas vrai, c’est la beauté de la destruction, c’est ce rituel destructif qui m’éclaire et me met dans un autre état d’esprit pendant soixante minutes. Ce n’est rien dont je dois me débarrasser, c’est plus quelque chose que je célèbre et apprécie dans cet instant précis, exactement comme manger ou baiser ou peu importe.

L’illustration représente une œuvre d’art en or. Est-ce ainsi que tu perçois ton propre art, ta musique, comme de l’or sculpté ?

Ça semble un peu pathétique mais je trouve que l’illustration a l’air majestueuse, et très belle et fière, d’une certaine façon. Oui, c’est quelque chose que j’aime ; je suppose que ça fonctionne très bien avec le titre de l’album : The Modern Art Of Setting Ablaze avec un morceau de métal doré et cet étrange gars combattant à l’épée un monstre à trois têtes, un dragon. Ça fonctionne bien, surtout si on considère les textes de l’album dont je t’ai parlé et que j’ai expliqué au début. Je pense qu’aucune autre œuvre d’art n’était capable de souligner et signaler mon intention. C’est aussi une œuvre d’art qui se trouve dans notre ville d’origine, Brême, en Allemagne, et elle est là depuis que nous sommes enfants, depuis les années trente. Elle a été accrochée pour le putain de Troisième Reich, et c’était ça, sa raison d’être, elle a une histoire très, très sombre. Ça me rappelle les temps modernes, parce que les gens se font encore berner par des leaders, et ils se cachent derrière les foules, derrière la haine des foules, et tout est manipulation. Voilà pourquoi ça en fait un très bon rappel comme quoi les gens sont putains de faibles. L’histoire se répète, c’est un rappel constant de l’échec. Et oui, ce serait facile de choisir une pile de corps humains et la mettre sur la pochette, ou une nonne qui se baise elle-même avec une croix ou je ne sais quoi, mais c’est trop unidimensionnel, trop bas de gamme pour mon sens de l’esthétique. J’aime ça, c’est silencieux et il y a une certaine fierté qui en ressort. Peut-être que c’est caractéristique de Mantar, mais ça fonctionnait très bien avec cette illustration particulière pour aller avec la musique, c’est ce que j’ai pensé. Nous avions plein d’autres idées d’illustrations qui auraient été bien plus faciles, mais celle-ci est ce qui fonctionne le mieux avec mon idée.

« Je ne suis pas face aux gens quand je joue, parce que je ne veux pas être distrait, je veux me perdre dans cette hypnose, dans mon propre monde pendant soixante minutes. C’est très important pour moi parce que c’est seulement ainsi que je peux me laisser aller et vraiment péter un plomb. »

Qui est l’auteur de cette œuvre ?

Il s’appelle Bernhard Hoetger. Ça s’appelle le Lichtbringer, ce qui signifie le porteur de lumière, et c’est une histoire assez sombre parce qu’il a fait cette œuvre durant le Troisième Reich afin de flatter le régime Nazi, mais ils l’ont détesté et l’ont viré du parti. Mais le plus important est que cette œuvre est toujours suspendue dans cette ville, à Brême, notre ville, depuis quatre-vingt ans sans la moindre pancarte. Il n’y a aucun commentaire avec, personne n’explique aux gens, jusqu’à présent, quelles étaient les opinions ou intentions réelles de cette œuvre d’art. Et ça me rappelle les temps modernes que nous vivons aujourd’hui-même, car les gens se refont avoir par le même genre de leaders. Et j’ai pensé : « Hey, mec… Comment c’est possible ? » Lorsque la Guerre Mondiale était finie, les gens affirmaient : « Hey, c’est un ange qui combat un genre de mauvais esprit, » mais ce n’est pas vrai, il y a un sens complètement différent derrière. Et j’ai pensé que c’était important de refaire connaître cette œuvre afin de rappeler aux gens qu’ils sont tout aussi stupides qu’il y a quatre-vingt ans, et il y a deux cents et cinq cents ans. L’histoire se répète parce que les gens sont bêtes. Les gens sont putain de stupides, point barre. Une personne peut être un être humain intelligent, mais il suffit d’en rassembler deux ou trois et ça devient déjà une satanée foule débile et hystérique. Et je ne fais pas confiance aux gens.

Tu as déclaré que cette fois vous avez « laissé tomber les conneries » et avez voulu faire des « chansons de trois ou quatre minutes. » La dernière fois, tu nous as dit que pour les albums précédents vous n’aviez rien planifié, les choses se sont faites plus par accident. Est-ce que ça signifie que cette fois-ci, vous vous êtes attelés à cet album en ayant un plan en tête ?

Oui, absolument. Je me suis bien plus investi dans la composition cette fois, car aussi le processus de composition a beaucoup changé. Je vis aux Etats-Unis depuis quelques années maintenant, et Erinç est toujours en Allemagne. Nous avions besoin de cette distance, après tant d’années à constamment tourner et travailler ensemble, afin de maintenir la créativité. En tant qu’artiste, on a besoin d’espace pour respirer, en tout cas pour moi. J’ai donc apporté toute la musique moi-même cette fois, et puis j’ai eu bien plus de temps pour ça. Je trouve que c’est la meilleure musique que nous ayons jamais eue et afin de pouvoir parvenir à ce résultat, j’avais besoin d’être seul, en tout cas pour une partie du processus. J’étais posé chez moi en Floride avec ma guitare et aucune pression, aucune deadline quelle qu’elle soit, et j’ai juste travaillé sur la musique autrement, avec une approche différente, parce que pour les albums avant celui-ci, nous nous retrouvions simplement à la salle de répétition et nous commencions à jammer, puis nous conservions les trucs que nous aimions et en faisions des chansons. Cette fois, j’ai accumulé un tas de musique, un paquet de riffs, et j’ai présenté ça à Erinç plus tôt cette année, afin de faire des chansons sur la base de ce que j’ai composé, des riffs que j’ai écrit pendant un an.

Donc, le changement global dans la composition a évidemment aussi changé les chansons, car j’y ai mis bien plus de réflexion. Je pense que la composition s’est améliorée et, oui, peut-être que c’était davantage planifié. Car, comme tu l’as dit, je voulais uniquement me concentrer sur nos forces, sur les choses dans lesquelles nous sommes bons et je voulais laisser tomber toutes les conneries. Tu sais, c’est le troisième album. Je ne voulais pas faire un bon album de death metal, de black metal, de doom, de peu-importe-comment-tu-veux-appeler-ça ; je voulais faire le meilleur album de Mantar possible. Comme c’est le troisième album, c’était le moment de se concentrer sur nos forces et les exploiter de la meilleure des manières possibles, et je crois que nous y sommes parvenus car je trouve les chansons très accrocheuses, directes, mais tout aussi heavy que les trucs précédents.

La chanson « Era Borealis » est vraiment devenue votre tube. Est-ce que cette chanson, avec son côté direct et accrocheur, a eu un impact sur la direction de cet album ?

Oui et non. Evidemment, j’ai toujours essayé d’éviter de me copier moi-même. En conséquence, je n’ai pas essayé d’écrire une autre « Era Borealis ». Pour être tout à fait honnête, « Era Borealis », j’étais très hésitant à la mettre sur le second album. C’était ce que je préférais le moins, parce que je trouvais qu’elle était trop accrocheuse ou trop simple. Mais plus nous la jouions durant les deux dernières années, plus je réalisais que ce que j’aime vraiment est… Tu sais, j’ai grandi en écoutant AC/DC, Thin Lizzy, Motörhead, peu importe, le classic rock, et j’ai compris que c’était en fait ça la musique que je voulais jouer. Bien sûr, ma musique est bien plus heavy, parce que j’ai un style différent, mais je m’intéresse aux chansons, aux bonnes chansons. J’adore ça, personnellement, mais je n’apprécie pas jouer des ambiances black metal de huit minutes, ça ne m’intéresse pas. J’ai envie d’écrire des chansons qui fonctionnent et restent en tête. Et donc oui, peut-être que ça a influencé notre composition pour le troisième album, mais aussi, le simple fait d’être tout seul au lieu que nous jammions ensemble. C’est simplement différent. Je pense que c’est une bonne mais aussi nécessaire étape pour avancer, parce qu’il faut aussi s’assurer de s’améliorer et de ne pas se plagier soi-même. C’est une autre chose : ça aurait été très facile de faire exactement le même album que nous avons fait avec Death By Burning ou Ode To The Flame, mais bien sûr, nous voulions amener ça plus loin. C’est pourquoi nous n’avons pas enregistré en Allemagne mais en Floride, et avec un ingénieur différent cette fois, afin de montrer aux gens que nous nous développons en tant que groupe.

« Si ton riff et le rythme ne sont pas suffisamment solides, alors tu commences à mette des solos de six minutes, alors tu dois commencer à mettre des intros et outros extravagantes parce que tu essayes de dissimuler le fait que tu n’as pas de chanson, que la chanson est nulle, que peut-être même tout ton groupe est nul. »

On dirait que vous avez mis davantage l’accent sur l’atmosphère et même les mélodies…

Oui, les mélodies sont meilleures et plus accrocheuses, je pense. Mais je ne peux pas vraiment expliquer pourquoi c’est comme ça, je ne sais pas. Peut-être est-ce à cause de la musique que j’ai écoutée durant les douze derniers mois, c’est-à-dire beaucoup de metal classique et ce genre de truc. Je crois que j’écoute plus de metal que j’en écoutais avant, et donc peut-être que ça m’a poussé à être assez mélodique, je ne sais pas.

As-tu écouté ces albums de metal classiques exprès, afin de comprendre d’où venait leur côté classique et t’imprégner de la façon dont ils étaient faits ?

Absolument pas. Je ne ferais jamais ça parce que ça mènerait au risque de copier un autre groupe et nous échouerions. Nous ne pourrions jamais copier un autre groupe. Nous n’en avons même pas les capacités. Jusqu’à présent, nous ne savons pas comment jouer la moindre reprise. La seule chose qui soit inspirante est le fait d’écouter de la musique nouvelle et différente. Mais je n’essaye pas de copier d’autres groupes. Pas parce que je n’ai pas d’estime pour d’autres groupe, car j’en ai, mais je sais que nous échouerions complètement et nous nous ridiculiserions complètement. Bien sûr, j’écoute de la musique tout comme tu en écoutes, mais je ne l’écoute pas pour m’inspirer à écrire ma musique. Non, je ne fais pas ça.

As-tu le sentiment qu’il manquait à certaines de vos chansons passées ce que ces nouvelles chansons ont ? Est-ce qu’elles étaient peut-être un peu trop instinctives ?

Je pense que ce côté instinctif est très important parce qu’un premier album doit être instinctif. Il faut qu’il soit brut, primitif, etc. Je pense qu’une partie de ce premier album est du metal classique, et c’est pourquoi nous en jouons encore beaucoup en live, mais il y a une autre partie où on peut se dire « c’est super mais je ne referais plus ça aujourd’hui, » parce que c’est un peu ennuyeux ou pas forcément ennuyeux mais d’autres groupes font ça aussi. Par conséquent, nous essayons de comprendre quelles sont nos véritables forces, dans quoi nous sommes les meilleurs, et nous nous concentrons uniquement là-dessus, et le reste nous le bazardons.

Tu as déclaré que « les riffs sont la seule devise forte pour Mantar. » As-tu l’impression que c’est quelque chose que les groupes ont tendance à parfois oublier, en essayant d’être complexes, symphoniques, etc. ?

Ouais, je le crois. Les gens essayent d’être prog ou ils essayent d’être super méga intéressants, et tu écoutes les riffs et tu ne sais même pas où ils commencent et où ils finissent. Il faut penser Thin Lizzy, AC/DC, The Ramones, Slayer, etc. : un bon riff, simple et donc solide. C’est une chose. Même si nous avons des mélodies, et des qui restent en tête, je pense que les trucs sur lesquels nous travaillons sont très simples. Les rythmes de batterie sont simples, le riffing est simple ; c’est bien parce que c’est unique et j’y investi beaucoup d’efforts, mais j’essaye toujours de faire en sorte que tout reste simple : la composition, la production, tout. Parce que si tu travailles avec trop de gimmicks et tu essayes de te cacher derrière ces gimmicks, plus personne ne voit la chanson. Une chanson devrait fonctionner dès les vingt ou trente premières secondes et t’attraper par les couilles. Si on est à fond dans la musique progressive ou le math rock, peut-être que c’est différent, mais je ne connais rien de ces musiques et je m’en fiche. J’aime la musique brute et primitive faite par des gens primitifs pour des hommes primitifs, et femmes bien sûr [petits rires].

Tu nous avais dit que « être limité, c’est une bénédiction. » Penses-tu qu’en étant seulement deux dans le groupe, ça vous force à être à la fois créatif et à aller à l’essentiel ?

Absolument, parce qu’il n’y a pas de basse, il n’y a pas de seconde guitare, il n’y a pas de claviers, pas de second chanteur ou quoi que ce soit. Donc notre arsenal, pour ainsi dire, est très limité. Il faut être super créatif afin de faire des chansons qui ne sont pas ennuyeuses et sont ultra heavy avec juste une guitare et une batterie. C’est très, très difficile mais si ça fonctionne, alors c’est généralement du putain d’or en barre. C’est pour ça que j’aime voir le riff comme une devise forte, parce que s’il y a un bon riff, une bonne mélodie accrocheuse et un bon rythme, on n’a rien besoin de plus pour créer de la bonne musique rock n’ roll. C’est tout ce dont on a besoin. Et si ton riff et le rythme ne sont pas suffisamment solides, alors tu commences à mette des solos de six minutes, alors tu dois commencer à mettre des intros et outros extravagantes parce que tu essayes de dissimuler le fait que tu n’as pas de chanson, que la chanson est nulle, que peut-être même tout ton groupe est nul. C’est ça le truc. Tu peux prendre Erinç et moi et nous mettre sur un kit de batterie pour enfant et une guitare acoustique, ça sonnerait carrément horrible, mais on pourrait quand même voir la chanson et l’intention derrière ce que nous jouons à ce moment précis.

« Je suis certain que tôt ou tard viendra quelque chose qui choquera à nouveau les gens. Mais je ne sais pas si c’est une bonne chose, parce qu’il faudra probablement que ce soit quelque chose de super taré [petits rires]. »

Tu as dit qu’il n’y a pas de claviers, mais n’est-ce pas un orgue qu’on entend dans les chansons « Obey The Obscene » et « The Funeral » ?

C’est tout fait par la guitare, nous n’utilisons pas de clavier. Je suis un gros geek au niveau matos, j’ai plein de pédales et je sais quoi faire afin d’obtenir un certain son, ce genre de choses. Ouais, c’est ce que je fais, j’essaye de créer de nouveaux sons excitants. C’est un peu comme le gars de Rage Against The Machine, ils font aussi tout à la guitare. Mais ouais, c’est très important pour moi de faire ça, j’aime ça, surtout sur « Obey The Obscene », on dirait un foutue fantôme ou je ne sais quoi, mais c’est tout fait à la guitare.

Tu as aussi dis que tu aimais « lorsque la musique est dangereuse. » Mais qu’est-ce qu’une musique dangereuse ? Je veux dire, penses-tu qu’il soit encore possible d’être perçu comme dangereux, musicalement, comme certains groupes étaient perçus dans les années soixante et soixante-dix ?

Quand je dis « dangereux », je ne parle pas de façon politique. Lorsque je dis « la musique doit être dangereuse », je veux dire que la musique doit être inconfortable. Elle doit avoir le pouvoir de causer l’inconfort. En l’occurrence, beaucoup de gens se plaignent que Mantar joue trop fort, et alors je dis : « D’accord, alors rentrez chez vous. Rien à battre ! » C’est ce que je fais parce que je veux vous tester. Aussi je veux vous malmener, parce que je veux en faire un événement que vous n’oublierez pas. Je ne veux pas vous mettre à l’aise, ni avec la musique, ni avec les textes, ni avec une quelconque putain d’image ou autre. Je fais ça afin de créer un moment très intense qui impliquera tout le monde : moi en tant que musicien et vous en tant que public. C’est ce que je veux dire par « dangereux ». Mec, je me souviens quand j’étais gamin et que j’ai été à mon premier concert punk, mon gars, j’ai chié dans mon froc parce que j’avais peur de ces gens ! Et c’était complètement dingue mais j’adorais ça, il y avait quelque chose là-dedans que j’aimais énormément, le fait que ce n’est pas comme aller dehors et jouer au foot avec ses amis, que c’était un autre niveau, que c’était un niveau différent de folie.

Tu te souviens de ton premier concert ? Tu te souviens du sentiment que ça t’a procuré, quand tu as vu le groupe pour la première fois, c’était trop fort et les gens dans le pit volaient et te percutaient de plein fouet, et tu ne savais même pas comment gérer toute la situation parce que tu n’étais pas prêt pour les pogos et ce genre de choses ? C’est de ça dont je parle au sujet du danger. Je ne joue pas de la foutue pop dans le but de divertir les gens ou… J’adore divertir les gens, mais pour les distraire de leur journée merdique au boulot, non. C’est pour ça que j’attends de tous ceux qui viennent à un concert de Mantar de prêter attention, ou que leur esprit, leurs oreilles et leurs yeux soient ouverts et qu’ils nous suivent dans ce rituel, quel qu’il soit, dans cet acte violent. Et je vois les gens être très, très positifs, stimulés et motivés. Habituellement, après un concert de Mantar, personne n’est négatif, tout le monde est très positif et est genre : « Hey, on a vécu ça ensemble, et il y avait beaucoup d’action et c’était fort, » mais tout le monde se sent bien.

Mais ne penses-tu pas que les gens sont de plus en plus habitués à tout type d’extrêmes aujourd’hui, et qu’ils ne sont plus aussi effrayés que les gens l’étaient quand, disons, Alice Cooper a débarqué ?

Je vois ce que tu veux dire. Non, je pense que ce n’est plus aussi facile. Mais d’un autre côté, je suis certain que tôt ou tard viendra quelque chose qui choquera à nouveau les gens. Mais je ne sais pas si c’est une bonne chose, parce qu’il faudra probablement que ce soit quelque chose de super taré [petits rires].

L’album se termine sur « The Funeral ». Qu’est-ce que vous enterrez à la fin de cet album ?

Eh bien, l’intro s’appelle « The Knowing ». J’aime simplement l’idée d’avoir une guitare acoustique et le fait qu’on sache que quelque chose va se passer mais on ne sait pas exactement quoi. Je n’enterre rien, je fais juste une fin en bonne et due forme pour l’album. Je n’aime pas quand les albums se finissent de façon vraiment ennuyeuse, avec un fade out. Alors qu’après « The Funeral », c’est fini ! Il n’y a rien de plus à dire, il n’y a pas de piste cachée, aucune outro. C’est la dernière chanson et on n’a rien besoin de dire de plus. C’est pourquoi, en l’occurrence, en live, nous ne jouons jamais de rappel. Nous ne retournons jamais sur scène parce que je pense que les groupes doivent dire tout ce qu’ils ont à dire pendant qu’ils sont sur scène, et cette idée de revenir… Je ne suis pas un grand fan de ce procédé.

Comment verrais-tu tes propres funérailles ?

Mes propres funérailles ? Mec ! Je ne sais pas. J’espère personnellement que les gens célèbreront le fait que j’aimais vivre, et qu’ils ne seront pas triste que je sois mort. Parce que je veux qu’ils soient heureux que j’ai vécu et pas triste que je sois mort. C’est la seule chose que je demande et j’espère que ce ne sera pas un truc calme, j’espère qu’ils lèveront leur verre et joueront de la musique forte et puis seront rassemblés et riront ensemble, et se prendront dans les bras, et célèbreront l’amour et la vie au lieu d’avoir peur de la mort. La mort fait partie de la vie, tout comme la naissance. C’est naturel.

Dans la chanson, tu dis que le « temps est un cancer ». Tu as du mal avec le temps qui passe ?

Oui et non. Personnellement, étant gamin et encore étant adulte, j’ai toujours eu du mal à me relaxer, car j’ai toujours peur de louper quelque chose ou de ne pas être suffisamment productif et ce genre de chose. C’est en fait le plus grand défi que j’affronte dans ma vie, c’est-à-dire apprendre à me poser et me relaxer. Autrement, ouais, le temps est un cancer, on ne peut pas gagner contre lui. A la minute où on naît, il y a cette tumeur qu’on appelle le temps, et elle finira par te foutre en l’air, peu importe ce que tu fais, parce que le temps est patient alors que les humains ne le sont pas.

Interview réalisée par téléphone le 25 juillet 2018 par Nicolas Gricourt.
Transcription : Raphaëlle Pérez & Nicolas Gricourt
Traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Christoph Eisenmenger & Nicolas Gricourt.

Site officiel de Mantar : mantarband.com

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