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Interview   

Marduk : les secrets de Viktoria


La Seconde Guerre mondiale, plus de soixante-dix ans après, s’il a été largement exploité en littérature et en films, reste un sujet un peu « touchy » en musique et en particulier dans le metal où des soupçons, justifiés ou pas, planent sur certains groupes. Slayer s’y s’est cassé les dents avec son « hit » Angel Of Death à la sortie de Reign In Blood en 1986, avant que la communauté, avec les années, les ait lavés de tout soupçon. Les Suédois black metalleux de Marduk, eux, avec leurs références récurrentes notamment au Troisième Reich, n’y échappent toujours pas.

Mais Morgan Håkansson, guitariste et tête pensante du combo, s’en fiche. En amoureux de l’histoire, fasciné par les guerres, et la Seconde Guerre Mondiale en particulier, va même jusqu’à proposer avec Viktoria un second album d’affilée conceptualisé autour de ce thème. Un album à l’imagerie austère, au contenu primitif mais dynamique, dont nous discutons avec lui ci-après (suite de notre échange publié il y a quelque semaines), même s’il se montre pudique quand il s’agit de partager son point de vue et ses analyses sur l’histoire et l’actualité… L’occasion tout de même pour lui de répondre aux accusations dont le groupe a encore récemment fait l’objet, mais également, parmi d’autres sujets, révéler les liens unissant Marduk à la musique classique.

« Même si les gens ont aujourd’hui facilement accès à la connaissance sur tout, ils sont plus stupides qu’ils n’ont jamais été ! Toute cette génération Facebook idiote qui, dès que quelque chose se passe quelque part dans le monde, brandissent un genre de drapeau sur leur page Facebook, ‘priez pour ci’, ‘priez pour ça’. Ça n’aide en rien, vous savez ! »

Radio Metal : Une chose qui est frappante avec Viktoria est que vous avez pris une direction musicale plus brute et primitive, presque punk parfois, d’autant plus que l’album est très court, seulement 32 minutes, et très direct. Avez-vous voulu revenir aux bases sur cet album ?

Morgan Håkansson (guitare) : Je ne sais pas ! Lorsque nous travaillons sur la musique, nous ne nous posons pas vraiment pour nous dire que ça doit être fait de manière spécifique, ou qu’il faut essayer quelque chose de nouveau. Ça n’a jamais été notre truc. Il s’agit de faire avec ce qui nous vient naturellement et cette fois, c’est ça qui en est ressorti ! Nous laissons l’énergie se déverser et nous emmener là où elle nous emmène. C’est important de travailler sur la musique et les paroles comme un seul morceau en étant un reflet fort de notre esprit. C’est à ça que je pense généralement, et ensuite, si c’est primitif ou s’il y a un million de sons dans une chanson, ça n’a pas d’importance tant que le feeling est là. Si tu dis que c’est un peu plus simpliste, primitif ou peu importe, en fait ça ne fait que capturer le moment, notre état d’esprit aujourd’hui. Ouais, je pense que nous voulions avoir un impact fort mais, encore une fois, nous ne réfléchissons pas à ce qui devrait être sur l’album, comment ça doit sonner ou la longueur du disque. Je pense que quand le format CD est arrivé, les gens ont fait des albums de plus en plus longs. Mais moi, je m’en fous royalement si l’album fait 54 ou 28 minutes, ça ne m’intéresse absolument pas. C’est ce qui est dans l’album qui compte vraiment, c’est l’impact et l’histoire de l’album, et le thème, la musique et les paroles qui fonctionnent ensemble et créé l’unité. Je n’ai même pas vu quel temps d’écoute il faisait avant qu’il soit terminé.

Pour autant, si on compare Viktoria à Panzer Division Marduk, qui est l’un de vos classiques, c’est bien plus dynamique, allant de la très rapide et corrosive « Equestrian Bloodlust » à la plus lente et menaçante « Tiger I » à « Narva » et ses mélodies conquérantes. Est-ce que le fait d’avoir une bonne dynamique est quelque chose dont vous vous souciez aujourd’hui ?

Non, pas vraiment. Je n’ai strictement aucune préoccupation lorsque nous faisons un album. Nous y allons et mettons en place le thème et l’histoire que nous avons, et le résultat est ce qu’il est ! Je dirais que ce sont les histoires qui créent la dynamique. Aussi, par exemple, je pense que notre façon de travailler sur les derniers albums a fait qu’ils sont plus dynamiques parce que nous mettons moins de guitares, au lieu d’avoir un tapis de six guitares ou je ne sais quoi.

On peut entendre des enfants chanter sur la chanson d’ouverture « Werwolf ». Comment ça s’est fait ?

De manière très simple, en fait : nous avons eu l’idée de ce chœur et nous avons fait venir trois jeunes filles pour le faire ! Car nous voulions ce chœur de trois ou quatre jeunes filles, donc pas de problème, nous l’avons arrangé. C’est la fille d’une amie de ma femme et deux autres enfants. Vraiment, c’est basique, il n’y a pas d’histoire particulière là-derrière, mais ça fonctionnait très bien avec le thème de la chanson. Ça parle des derniers combats de la Seconde Guerre Mondiale du côté allemand, lorsque les enfants étaient très impliqués dans la guerre, la guerre totale, avec des gamins qui étaient envoyés sur les champs de bataille. Il y a donc un petit symbole par rapport à ça.

Le thème de l’album est justement basé sur la Seconde Guerre Mondiale, encore une fois a-t-on envie de dire. Mais quelle était votre idée cette fois ?

Oui, toutes les chansons sont liées à la Seconde Guerre Mondiale, et le charme de cet album est que tout le monde peut se poser, l’écouter et écouter les paroles, et se faire sa propre idée des vraies histoires derrière ça. Je pense que c’est un livre ouvert pour que les gens découvrent de quoi ça traite. C’est un peu comme une peinture allégorique du passé. Il faut voir le sens qu’il y a derrière. Mais lorsque nous avons commencé à travailler sur la musique de cet album, à assembler les choses, nous avions trois concepts différents en tête. L’un était lié à la Seconde Guerre Mondiale, ensuite j’avais l’idée de faire un album, disons, spirituel dans la grande tradition du black metal, et ensuite nous avions un autre thème historique complètement différent. Mais le thème sur la Seconde Guerre Mondiale était déjà là en suspens depuis l’album Frontschwein; c’était le thème que j’avais le plus mûri, et nous avions plein de paroles que nous n’avions pas utilisé pour Frontschwein, donc ça a paru naturel de faire d’abord ce thème, tandis que les deux autres seraient développés un peu plus pour les enregistrements futurs – je n’en dirais pas plus à leur sujet car on est encore des années avant qu’ils soient enregistrés, et les choses peuvent encore changer, donc j’aimerais les garder pour moi en attendant. Donc Viktoria est un album complet sur la Seconde Guerre Mondiale, c’est vraiment comme la suite de Frontschwein, avec plus ou moins la même attitude et le même concept au niveau des textes, tandis que musicalement, je dirais que c’est un tout autre voyage.

Tu as dit plus tôt que « c’est important de travailler sur la musique et les paroles comme un seul morceau. » A quel point les deux s’entremêlent dans le processus ?

Généralement, je dirais que la base des paroles est écrite en même temps que la musique, et ensuite on voit et essaye de… pas les corriger mais laisser les bouts se mettre en place comme il faut, et voir lequel doit être sur quelle chanson, et les travailler conjointement avec les arrangements. Toutes les chansons ont cet entrelacement fort entre la musique et les paroles sur la plupart de nos albums, car ils fonctionnent tous comme ça. Nous essayons d’obtenir un reflet authentique de l’esprit. Je veux que la musique soit reflétée dans les textes et les textes reflétés dans la musique. Donc nous mettons beaucoup d’énergie là-dedans. Nous devons faire que ça colle vraiment à chaque chanson afin de peindre une vision parfaite dans notre esprit par rapport à ce dont elle parle. C’est quelque chose, je crois, que nous avons toujours fait. Les textes et la musique ont le même niveau d’importance, parce que trop de groupes, je trouve, surtout aujourd’hui, quand on lit leurs paroles, on dirait qu’ils ont fait la musique et ensuite se sont contentés d’ajouter quelque chose dessus pour chanter. C’est un sentiment que j’ai avec de nombreux groupes ; pas de réflexion, pas de grand thème, il n’y a aucune âme.

« Les gens sont trop facilement offensés par tout ce qu’on peut penser. Donc je garde pour moi ce que je crois et pense. C’est une chose que j’ai apprise. […] C’est pour ça que je ne vais même pas sur Facebook ou Instagram, car ça ne m’intéresse pas de partager quoi que ce soit avec quiconque. […] Ma musique est la seule chose que j’offre aux gens, le reste je le garde pour moi. »

L’album s’appelle Viktora et j’ai lu des gens qui y voyaient une référence à la chanson Nazi « Sieg Heil Viktoria »…

Ça c’est étrange ! [Petits rires] Car ça n’a rien à voir avec ça. Je veux dire que Viktoria, c’est la victoire. C’est un terme romain qui a déjà été utilisé par les Romains, évidemment, pour exprimer la victoire. C’est juste un titre fort. Nous voulions un titre simple et fort. Car la victoire est quelque chose que tout le monde s’efforce d’atteindre, à chaque bataille, chaque homme, et au final, il n’y a qu’une chose ou une seule personne qui est victorieuse et la victoire, c’est la mort. Donc ça n’a rien à voir avec une quelconque vieille chanson. C’est quelque chose de complètement différent.

Est-ce que ce terme, Viktoria, pourrait aussi s’appliquer au groupe ? Vois-tu cet album et peut-être votre histoire en tant que groupe comme une victoire ?

C’est comme ça que je le vois également, car nous faisons ça depuis vingt-huit ans en étant victorieux. Donc je pense que c’est un titre fort, un symbole très fort, primitif, rentre-dedans, exactement comme ce que nous représentons.

D’où te vient cette fascination pour la Seconde Guerre Mondiale et la guerre en général ?

Je ne sais pas ! Certains aiment collectionner les timbres, d’autres aiment lire au sujet de la guerre. Je veux dire que ce n’est pas quelque chose que je trouve très étrange ou différent. J’ai cet intérêt depuis de nombreuses années. J’étais le genre de gamin à construire des maquettes. J’ai toujours lu à ce sujet, donc je ne trouve pas ça du tout controversé. Je m’intéresse a énormément de conflits qui se sont produit dans l’histoire humane. J’aime beaucoup l’Empire Romain, la Guerre de Trente Ans, la Grande Guerre du Nord, je lis beaucoup au sujet des guerres anglaises, etc. Il y a tant d’aspects historiques que je trouve fascinants. Et bien sûr, on peut se demander pourquoi on chante uniquement à propos de la Seconde Guerre Mondiale. C’est simple : c’est parce que c’est quelque chose, dans le processus créatif, que je trouve vraiment fascinant pour écrire des chansons, et je ne pense pas que tant de personnes l’on fait. Ils chantent à propos de beaucoup de sujets mais pas celui-là, car certaines personnes trouvent que c’est offensant ou je ne sais quoi. Je m’en fiche. Il s’agit d’écrire au sujet de quelque chose qui s’est produit comme ça s’est produit, de réfléchir sur des événements historiques. Il n’y a pas de message caché. Nous nous mettons simplement dans la situation ou nous écrivons à propos de certains événements historiques.

D’un autre côté, est-ce que le contexte présent du monde t’inspire d’une quelconque façon ?

Ça ne m’inspire pas pour écrire de la musique mais, évidemment, je me tiens quand même informé sur ce qu’il se passe dans le monde. Même si je n’en ai pas vraiment envie, je suis quand même du genre à toujours lire les infos, regarder des documentaires, je ne peux pas m’en empêcher, mais ce n’est rien, vraiment, pour le moment, qui m’inspire à écrire de la musique, je dirais.

Mais puisque tu t’intéresses tellement à l’histoire, vois-tu ce qui se passe aujourd’hui sous un jour différent ou penses-tu en avoir une meilleure compréhension grâce à ça ?

Bien sûr. Si tu lis l’histoire, tout est entrelacé durant tant de siècles et des centaines d’années. Donc bien sûr que les événements historiques et politiques se reflètent les uns les autres. C’est pour ça que les gens devraient lire davantage l’histoire, car alors on apprend pourquoi les choses se passent comme elles se passent ; tu n’es pas planté là : « Comment est-ce que ça peut arriver ? » Si tu remontes l’histoire, tu vois pourquoi on a les frontières qu’on a, pourquoi les choses se sont passées comme elles se sont passées. C’est comme ça. Les gens devraient lire afin d’avoir la connaissance de base. Même si les gens ont aujourd’hui facilement accès à la connaissance sur tout, ils sont plus stupides qu’ils n’ont jamais été ! Toute cette génération Facebook idiote qui, dès que quelque chose se passe quelque part dans le monde, brandissent un genre de drapeau sur leur page Facebook, « priez pour ci », « priez pour ça ». Ça n’aide en rien, vous savez ! Et tout le monde veut se sentir important afin d’appartenir à quelque chose, mais c’est juste ridicule. J’essaye de me tenir à l’écart de tout ceci.

Et comment analyses-tu personnellement le monde et ce qu’il se passe de nos jours à la lumière de l’histoire ?

J’analyse beaucoup de choses mais je garde ça pour moi parce que les gens sont trop facilement offensés par tout ce qu’on peut penser. Donc je garde pour moi ce que je crois et pense. C’est une chose que j’ai apprise.

Tu veux dire que tu as peur de dévoiler ce que tu penses ?

Non mais j’aime bien garder les choses pour moi. Je ne prêche pas pour ci ou pour ça. Ça ne m’intéresse pas vraiment qu’on parle de mon point de vue sur des sujets actuels. Je garde ça pour moi. Je n’ai pas envie de partager quoi que ce soit. C’est pour ça que je ne vais même pas sur Facebook ou Instagram, car ça ne m’intéresse pas de partager quoi que ce soit avec quiconque. J’aime faire les choses que je fais, et je les fais pour moi. J’aime pêcher, j’aime chasser, j’aime aller dans la nature sauvage, mais je n’aime pas partager ça avec qui que ce soit. Ma musique est la seule chose que j’offre aux gens, le reste je le garde pour moi.

« C’est bizarre comme on ne peut pas chanter à propos de certains événements historiques mais par contre, on peut chanter à propos de tuer chaque chrétien dans le monde sans aucun problème ! »

L’album sort le 22 juin et certains fans ont immédiatement fait le rapprochement avec l’Opération Barbarossa en 1941. Qu’est-ce que tu penses de tes fans qui analysent les moindres détails et faits vous concernant ?

Ca symbolise que certaines personnes ont lu quelque chose, quoi qu’il en soit. Donc c’est flatteur. Mais je suis désolé de dire que ça n’a rien à voir avec ça [petits rires], car si ça n’avait tenu qu’à moi, l’album serait déjà sorti ! Car je voulais qu’il sorte plus tôt mais la situation aujourd’hui avec les labels est qu’on presse à temps et on sort ça simultanément partout dans le monde. Donc à partir du moment où ils reçoivent les masters, ça prend environs trois mois, et je voulais qu’il sorte juste avant la tournée. Donc c’est Century Media qui fixe cette date ; c’est de leur fait. Mais bien sûr, c’est une étrange coïncidence lorsque j’y pense, mais ça n’était pas prévu [petits rires], ce n’était pas mon choix. Même si ça aurait été une drôle d’idée…

Il y a récemment eu une controverse au sujet de deux membres du groupe qui auraient supposément acheté de la propagande Nazi dans une boutique en ligne du Nordic Resistance Movement, ce que vous avez fermement réfuté dans un communiqué…

Ouais, c’est vraiment un truc bizarre. Quelqu’un sort des fichiers de son chapeau qui sont censé provenir de 2015/16 et balance des noms… Je leur ai demandé et je leur fait confiance pour ne pas avoir fait quoi que ce soit. Et s’ils l’avaient fait, ça les regarderaient eux personnellement, mais en l’occurrence ils ne l’ont pas fait. C’est ça aussi le truc, en parlant d’internet aujourd’hui : on peut répandre n’importe quelle rumeur qu’on veut et elle gagne énormément en puissance sans qu’il y ait la moindre vérité derrière. Je peux me poser et rédiger une liste, dire n’importe quoi, et l’envoyer, et les gens prendraient ça pour argent comptant ! C’est ce qui est agaçant avec la technologie aujourd’hui, il n’y a aucune recherche qui est effectuée, on peut sortir tout ce qu’on veut sans que ce soit corroboré par des fait ou la vérité. On a déjà été témoins de ce genre de choses, donc je m’en fiche un peu, mais évidemment les idiots sont agaçants.

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que le groupe a eu à faire à de telles accusations. D’un autre côté, avec toutes les références au Troisième Reich que vous avez pu avoir dans vos visuels et votre musique, comprends-tu la confusion de certaines personnes ?

C’est un peu étrange parce que si tu fais des choses sur ce thème, tout le monde te demande : « Est-ce que tu soutiens ? » Non, ça n’a rien à voir avec ce que je soutiens ! Si j’avais fait un album sur l’Empire Romain, est-ce que quelqu’un me demanderait si je le soutiens ? Ce serait une question stupide. Tout dans l’histoire est ancré dans une époque et généralement ça ne revient jamais. Tout fait son temps. Le Troisième Reich a fait son temps. On pourrait voir ça avec fascination ou en faire de la musique, on peut en faire des films. Je veux dire que c’est juste un autre événement historique pour moi. Donc non, je ne comprends pas vraiment la confusion, parce que les gens ont envie de mettre les choses… S’ils prenaient ça simplement pour ce que c’est, il n’y aurait aucun problème, mais les gens ont un problème et ils veulent créer des problèmes avec tout et n’importe quoi. Si j’avais fait un film, ça n’aurait posé souci à personne, mais lorsque tu en fais de la musique, tout d’un coup c’est un problème ! Et les problèmes des autres ne sont pas mon problème. En tant qu’artiste j’écrirais toujours au sujet des choses qui m’inspirent à écrire. Autrement je pourrais faire quelque chose de complètement différent.

Dans votre communiqué, vous avez précisé que plusieurs médias examinaient chaque fibre de l’histoire de Marduk dans le but de trouver des preuves étayant des allégations afin de salir votre nom. Comment gères-tu cela ? N’as-tu jamais envisagé de saisir la justice pour combattre ceci et poursuivre ces gens ?

Quoi qu’il arrive, je ne crois pas tellement dans le système légal. Simplement, généralement, je ne m’en occupe pas du tout. Je continue à faire ce en quoi je crois. Je continue à avancer et assurer dans ce que je fais, et je m’occupe de mes propres affaires. Ce n’est généralement qu’une tempête dans un verre d’eau parce que les gens veulent créer des problèmes. Mais ce sont des gens qui n’ont pas de vie ! Ils ont trop de temps à perdre.

Est-ce que tu comprends qu’un groupe comme Slayer s’en sorte mieux maintenant avec leurs références à la Seconde Guerre Mondiale que Marduk ?

Je ne sais pas. C’est et c’était un grand groupe. Et je suppose qu’ils ont eu leur lot de problèmes à l’époque. Mais ça a toujours été mieux pour eux de continuer à faire ce en quoi ils croient et ne pas s’en soucier non plus. Je veux dire qu’en tant qu’artiste, il faut maintenir sa position et continuer à faire ce qu’on fait. Je ne peux pas laisser les magazines et médias me dire « oh, tu ne peux pas chanter à propos de tel ou tel sujet. » C’est bizarre comme on ne peut pas chanter à propos de certains événements historiques mais par contre, on peut chanter à propos de tuer chaque chrétien dans le monde sans aucun problème ! C’est une idée assez étrange si tu y réfléchis sous cet angle.

L’illustration de Viktoria est très minimaliste et austère. On dirait une illustration pour un obscur groupe allemand d’industriel ou un poster de propagande. Ca ne ressemble à rien de ce que vous avez fait par le passé.

C’est l’atmosphère que nous voulions, parce que tous les… Bon, pas tous, mais les albums que nous avons fait avant avaient des illustrations plus chargées, ce qui n’est pas un problème en soit, mais parfois on a envie de faire une illustration plus austère et traditionnelle, et nous trouvons que ça va très bien avec cet album, que ce soit plus dans la thématique de la propagande. Froid et fortement symbolique, comme l’album. Certaines personnes étaient déçues, mais pour ma part, je vois tellement de pochettes d’albums qui ne sont qu’un gros bordel de choses combinées, photoshopées ici et là. Pour moi, c’est une pochette d’album austère qui reflète l’esprit du groupe et de la musique. C’est parfait pour cet album ! Et c’est probablement une pochette dont on se souviendrait plus que plein d’autres sur lesquelles c’est le foutoir.

« Certaines chansons, par exemple dans Those Of The Unlight, quand je lis les paroles que je n’avais pas lues depuis des années, je vois en elles des choses et je ne sais pas ce que je pensais à l’époque, mais ça me parle toujours beaucoup aujourd’hui. »

Ca va bien avec le côté primitif de la musique…

Je trouve aussi ! C’est fait pour fonctionner main dans la main, comme je l’ai dit plus tôt : la musique, les paroles, le thème, l’illustration, tout doit être une force unie.

Ce qui peut surprendre les gens aussi est qu’il n’y a même pas un logo ou le nom de Marduk dessus…

Pourquoi ne pas tout bazarder ? Pour moi, ça marche parfaitement de faire quelque chose de différent. Je ne peux pas dire de quoi aura l’air le prochain album, mais celui-ci c’est à ça qu’il ressemble, peu importe ce que les gens pensent, ça ne changera rien. Ça signifie beaucoup pour nous.

Qui est représenté sur l’illustration ?

C’est un vieux poster. Je pense que ça vient sans doute de la Première Guerre Mondiale. Nous aimons simplement l’austérité du visage et sa froideur fonctionne très bien pour le thème. Nous l’avons un peu travaillé, bien sûr, mais c’est un vieux… Je ne devrais pas trop en dire pour laisser les gens prendre le temps de chercher par eux-mêmes dans le futur.

C’est le chanteur Mortuus qui a conçu l’illustration. Est-ce une déclaration que Viktoria soit à cent pour cent, dans tous les aspects, un produit de Marduk ?

D’une certaine façon, oui, car nous sommes vraiment un groupe DIY, il semblerait. Mais c’est comme ça depuis les quelques dernières années ; Mortuus s’est occupé du livret des cinq derniers albums. Et comme je l’ai dit avant : nous travaillons avec la musique, nous travaillons avec les paroles, nous travaillons avec les idées, et nous savons comment nous voulons que ce soit, donc c’est plus facile de le faire nous-même que de dire à quelqu’un d’autre de capter nos pensées. Pour nous c’est la meilleure façon de faire. C’est ce en quoi je crois, parce que je vois plein de groupes qui font de la musique, écrivent des paroles, et laissent quelqu’un d’autre se charger du livret, imaginer un artwork, ils se contentent d’acheter une illustration faite par un artiste qui n’a rien à voir avec l’album. Alors que nous, il y a un sens à tout. Les gens peuvent faire ce qu’ils veulent mais pour nous, c’est important d’obtenir un reflet authentique de ce que nous voulons véhiculer.

En dehors des thèmes sur la Seconde Guerre Mondiable, vous avez également eu par le passé des thèmes anti-chrétiens. Mais en fait, tu as révélé que « Consider The Birds » du groupe chrétien Wovenhand était l’un de tes morceaux préférés de tous les temps…

Oui, effectivement ! Mais quoi qu’il en soit, ça ne change pas ce que je pense. Ça reste de la musique très sombre et il faut être une âme très sombre pour écrire une telle musique. Et j’apprécie mieux les premiers albums que les plus récents, mais ça reste bon. Pour moi, c’est de la musique, peu importe ce que c’est. Tant que c’est puissant… J’aime plein de musiques classiques et ce sont souvent aussi des Chrétiens. Ils ne se rendent probablement pas compte qu’il sont des âmes sombres pour pouvoir créer de la musique comme ça, et de toute façon, ça ne change en aucun cas mon point de vue sur le christianisme.

Mais est-ce que ça veut dire malgré tout qu’il y a des nuances dans ton antichristianisme, que ce n’est pas aussi extrême que ce que les gens peuvent penser ?

Je pense qu’à sa façon, il est probablement tout aussi extrême que lorsque j’étais plus jeune, mais j’ai vieilli, je vois différentes façons de l’attaquer, si je puis dire, ou de travailler à s’en débarrasser. On agit différemment quand on voit les choses avec plus de clarté. Mais ça reste l’ennemi numéro un. Je pense que c’est quelque chose qui a été raconté à travers tous nos albums. Ce que j’aime vraiment divulguer de ma personnalité est sur les albums et je défends toujours toutes les choses que nous avons chantées. Parfois je peux même ressortir et lire tous les textes de chansons et voir comme ça me parle autrement aujourd’hui, et ça m’inspire toujours. Certaines chansons, par exemple dans Those Of The Unlight, quand je lis les paroles que je n’avais pas lues depuis des années, je vois en elles des choses et je ne sais pas ce que je pensais à l’époque, mais ça me parle toujours beaucoup aujourd’hui. Donc tout est connecté d’une façon ou d’une autre avec le futur.

Tu as dit que tu aimes « plein de musiques classiques », et je sais notamment que tu apprécies beaucoup Händel ou encore Wagner. Quelle influence la musique classique a-t-elle eue sur Marduk ?

Je pense que sur certaines parties je vois plus de musique classique… Je veux dire que sur chaque album nous avons volé une partie de musique classique et l’avons utilisée, mais peu de gens s’en sont rendu compte. Et je ne devrais pas les mentionner parce que c’est aux gens de les découvrir. Mais je crois que nous avons adapté au moins une partie sur chaque album provenant d’un compositeur classique. Pour moi, c’est la musique ultime. C’est bien plus inspirant que le rock traditionnel. Je pense que je vois plus de thèmes et d’idées classiques dans le black metal que dans le rock normal. C’est quelque chose qui peint de puissants tableaux dans ma tête. Je n’écoute pas seulement les grands compositeurs, j’écoute aussi beaucoup de musique médiévale, de musique de l’ère baroque, de la Renaissance Anglaise… Il y a plein d’époques dans la musique classique que j’adore. Parce que j’adore les images que ça créé dans ma tête ! Et étant un fana d’histoire, quand on écoute ça, ça créé une super atmosphère lorsque, par exemple, on lit certaines choses.

Dirais-tu donc que le black metal est plus proche de la musique classique qu’on pourrait penser ?

Pour certains groupes, oui. Mais lorsque je parle de black metal, je parle d’environ dix ou douze groupes que j’apprécie vraiment. Je ne peux pas parler pour le reste. Je veux dire que je n’aime pas tous les groupes, ce qui est évident, car si on remonte aux années 90, il n’existait peut-être que douze ou treize groupes, il y avait quelques norvégiens, quelques suédois, deux ou trois américains, un ou deux grecs, et d’une certaine façon, nous nous connaissions tous. Ensuite tout a explosé, et bien sûr aujourd’hui il y a énormément de groupes. On en revient toujours au même mot : j’aime ceux qui me semblent authentiques. Mais pour répondre à ta question : oui.

Interview réalisée par téléphone le 24 avril 2018 par Nicolas Gricourt.
Transcription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Jens Rydén.

Site officiel de Marduk : marduk.nu.

Acheter l’album Viktoria.



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