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Chronique   

Marduk – Viktoria


Presque 30 ans que les suédois de Marduk entretiennent leur statut de référence du black metal, avec un art de la composition réputé pour ses accès de brutalité, mais qui a démontré qu’il savait aussi se faire dynamique, notamment dans les albums de l’ère post-Legion. Leur quatorzième opus studio, Viktoria, s’inscrit dans cette lignée en reprenant à nouveau (et malgré le lot de critiques habituel) la thématique du précédent album Frontschwein (2015), à savoir la Seconde Guerre Mondiale. Néanmoins, à l’instar de la pochette épurée de l’album, Marduk semble avoir fait un effort de concision : Viktoria et ses trente-deux minutes illustre un black traditionnel et direct, vivant, qui renvoie plus explicitement à ses racines punk.

Viktoria est un album sans artifices : pochette noire et blanche, austère, avec un visage lugubre et le titre de l’album. Marduk se sent même assez confortable pour ne pas y faire figurer son nom. À la sobriété de l’artwork s’ajoute une production sans ornements une nouvelle fois œuvre du groupe lui-même au Endarker Studio du bassiste Devo, qui cherche à se rapprocher le plus près possible de son rendu live, en témoigne la présence de seulement deux pistes de guitare sur les titres de Viktoria et d’un son de batterie volontairement « rustique ». Cet aspect presque « minimaliste » et rentre-dedans de la musique de Marduk se perçoit sur le survolté « Equestrian Bloodlust », course effrénée lorgnant du côté des premières heures du black et du punk hardcore. Cependant, Marduk continue d’introduire une certaine souplesse au sein de ses compositions : la cavalcade d’ « Equestrian Bloodlust » est nuancée par un pont pesant, qui laisse l’occasion à Mortuus d’éructer de façon plus grandiloquente. Ce souci de la dynamique apparaît de manière plus évidente sur « June 44 » où les blasts de batterie laissent place à des progressions plus lourdes. Il en est de même pour « Narva » qui aboutit sur des mélodies presque galvanisantes soutenues par un enchevêtrement de chants qui donne une dimension légèrement orchestrale au titre. Pour les habitués de la musique de Marduk, le riffing de « Narva » (avec une montée mélodique aux accents d’héroïsme) et « The Last Fallen » peut surprendre lorsqu’il s’agit de sections mid-tempo. Viktoria se veut plus organique, que ce soit dans le son, certes, mais aussi dans l’agencement des compositions.

La relative variété rythmique de Viktoria doit beaucoup à l’effort fourni par le groupe pour faire coïncider thématiques et musique. Le meilleur exemple reste le titre d’ouverture « Werwolf » et la présence d’un chœur d’enfants, arrangement qui fait référence aux derniers combats de la guerre vécus du côté allemand où les enfants étaient davantage impliqués. « Tiger I » et son riffing quasi-doom renvoie au côté massif du célèbre char allemand déployé entre 1942 et 1944 en Afrique et en Europe. Le soin apporté par Marduk à la liaison entre narration et composition trouve peut-être sa plus belle expression dans les accalmies de « Viktoria » et sa mélodie de basse mélancolique qui répond à un riff aux allures martiales. On pourrait presque parler de prémisses d’une « exploration » dans le son des suédois… Le dépérissement que provoque l’écoute de l’oppressant et écrasant « Silent Night » et sa mélodie de guitare horrifique va d’ailleurs dans ce sens, conclusion audacieuse qui tranche avec la violence générale de l’opus.

Plus court, moins chargé mais pas nécessairement moins dense, Viktoria dessine le visage d’un Marduk certes plus concis mais aussi plus nuancé. Alternant entre la fougue et la brutalité qu’on lui connaît et des plages au rythme plus mesuré, Marduk laisse entrevoir légèrement un dessein : celui de ne pas ressasser ce que les fans veulent au détriment de la cohérence entre ce qui est « dit » et « joué ». Si certains aficionados du Marduk plus « classique » pourraient rester sur leur faim au terme des trente-deux minutes, la vitalité et l’authenticité de Viktoria ainsi que les nombreux ressorts de ses compositions ont amplement de quoi satisfaire.

Chanson « Equestrian Bloodlust  » en écoute :

Lyric vidéo de la chanson « Werwolf » :

Album Viktoria, sortie le 22 juin 2018 via Century Media. Disponible à l’achat ici



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