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Metalanalyse   

Marilyn Manson contemple le monstre dans le miroir du passé


Un jour en bête noire de l’Amérique puritaine, dix ans plus tard, en poète peut-être déchu, plus sombre, plus torturé que provocateur, le nom de Manson reste connu et reconnu dans le monde de la musique. Que ce soit pour son caractère de bête de foire ou pour ses œuvres musicales. La discographie de Brian Hugh Warner, de son vrai nom, est longue et n’a jamais arrêté de se diversifier depuis le Portrait Of An American Family de 1994. Alors, bien sûr, suite à la venue de son petit nouveau, Born Villain, le monde du metal regarde du coin de l’œil – car encore sceptique sur ce nouvel opus – ce que Manson a bien pu créer. Un scepticisme qui s’explique suite à ses deux derniers albums Eat Me, Drink Me (2007) et The High End Of Low (2009) qui ont été accueillis avec froideur, y compris par ses fans ne souhaitant, majoritairement, qu’entendre un nouvel Antichrist Superstar.

Mais Manson n’a jamais eu pour volonté, semble t-il, jusqu’à présent, de reproduire à la lettre ce qu’il maîtrisait. Ainsi un album comme Mechanical Animals relève d’une volonté artistique poussée et particulière. Du concept où Manson incarne deux personnages. Le premier : Oméga, rockeur glam extraterrestre, androgyne et toxicomane, qui à l’instar, ou presque, de David Bowie dans Ziggy Stardust, se retrouve sur Terre, est capturé, placé dans un groupe appelé The Mechanical Animals et transformé en une star du rock, un produit. Jusqu’aux clips visuellement très travaillés, relatant ce concept sous forme visuelle. The Golden Age Of Grotesque (2003) où Manson adopte un style cabaret de l’Entre-Deux-Guerres rappelant le temps de la République de Weimar ou encore Holly Wood et sa tirade musicale anti-américaniste. L’entrée dans le XXIe siècle inspire Manson alors au sommet de sa notoriété, formant ou affinant de plus en plus son statut de rockstar mondiale. Chacun des albums de Manson ayant été écrit suivant un concept ont, très généralement, été salués par la critique.

Ainsi quand Eat Me, Drink Me, plus introspectif et « adulte » sort en 2007, l’histoire contée n’est plus aussi provocatrice, moins violente, plus mûre diront certains. Et nous voilà, cinq ans plus tard, face à ce Born Villain qui, il faut bien l’avouer, même si la forme diffère, reste ce Manson plus posé, moins incisif. Une musique très électronique, une production plus lisse, une voix moins criarde. L’évolution de Manson ne surprend plus. Toujours très introspectif, ce Born Villain montre un Manson qui, par le passé, s’érigeait en bête noire d’une société qu’il pointait du doigt, alors que, désormais, c’est lui-même qu’il pointe du doigt, comme s’il était devenu sa propre bête noire. Car, en définitive, cette hideuse et provocante créature ne peut être que tant qu’elle est considérée et montrée comme telle, n’ayant d’existence qu’à travers le regard des autres. Aujourd’hui largement accepté et ne choquant guère plus grand monde, à défaut du regard des autres, il ne lui reste plus que son propre regard pour maintenir la bête en respiration artificielle.

Fidèle à sa récente évolution artistique, l’homme se remémore quand même d’où lui vient sa si grande notoriété. Car au delà d’une production plus lisse et bien moins rentre-dedans que par le passé, ce nouveau disque ne reste pas aussi linéaire que son prédécesseur The High End Of Low (2009). Oui, Manson ne fera très certainement plus jamais un seul album similaire à Mechanical Animals, mais est-ce vraiment souhaitable ? Bien que cet album apparaisse comme étant encore très linéaire, basé sur des rythmes et structures simples, l’énergie n’est pas absente pour autant.

L’album démarre donc sur un ‘Hey, Cruel Word’ à l’intro calme, légèrement torturée avant que le titre ne démarre dans un élan rythmique saturé. On retrouve dans ce titre certaines composantes qui rappellent, de loin, les crescendos présents dans un titre tel que ‘This Is The New Shit’. L’album tente de colorer sa musique avec des ingrédients ayant fait leurs preuves et s’arrête, essentiellement, là. En découle un certain manque de profondeur, accentué par une batterie électronique froide et maigrichonne. Pourtant, un titre comme ‘Overneath The Path Of Misery’ n’est pas sans rappeler un certain ‘Cake And Sodomy’ et ‘Slo-Mo-Tion’, quatrième titre de ce Born Villain, fait écho à de nombreux morceaux issus de la discographie de Manson. Certains qualifieront cet album de retour aux sources un peu maladroit, d’autres de compromis. Accumulant les sons, ambiances et productions de ses deux derniers opus (‘Pistol Whipped’, ‘Born Villain’) à l’énergie de ses débuts (‘Lay Down Your Goddamn Arms’), cet album était sans doute une nécessité pour Manson afin de renouer, un peu, avec ses fans mais, surtout, avec lui-même.

Born Villain ou l’homme né en bête de foire provocante et qui s’efforce de se convaincre que celle-ci réside toujours en lui. Ainsi, plus l’album avance et plus une impression de déjà-entendu se fait sentir. Les similarités sont nombreuses mais c’est en comparant l’intégralité de ce Born Villain avec un seul et unique titre qu’une idée d’auto-plagiat se fait le plus sentir. Car, oui, le titre ‘Long Hard Road Out Of Hell’, issu de la BO du film Spawn (1997), synthétise tout, ou presque, ce que l’on peut entendre dans ce Born Villain, si ce n’est un sentiment de décadence diminuée. De l’ambiance à la rythmique du début de chanson, le crescendo, la voix… beaucoup de liens communs peuvent s’entrecroiser.

Ainsi, cet opus reste sur cette tendance introspective des deux derniers albums qui, malgré une apparence plus conforme à ce qui est attendu de lui (un son plus brut et industriel, plus proche de ce qui a fait son image ; un album plus « metal » que « rock »), ce Born Villain est le reflet du regard d’un Manson schizophrène qui s’observe, qui observe celui qu’il a été et qui prenait plaisir à porter en dérision ce qu’il est tout compte fait devenu. Le poids des années, de son vécu, de son succès l’a transformé et intégré au moule d’un star-system qui a fini par le noyer. Un album qu’il faut comprendre car aujourd’hui Manson ne choque plus, il fait partie du paysage. Son image de bête noire s’est terriblement érodée. Là est le malaise de Marilyn Manson, en définitive, un artiste à qui l’on a confisqué son jouet et qui le cherche au milieu de cet amas d’idées, tel un enfant cherchant sa figurine du Joker dans une chambre en désordre.

Born Villain : sorti le 30 avril 2012 via Cooking Vinyl et Hell



Laisser un commentaire

  • Fatal_Blood dit :

    Au fait Alastor sympa le titre mais j’aurais mis en vu de ton article « Marilyn Manson essaye de ce rapprocher de son ombre en le contemplant dans le miroir du passé »

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  • Fatal_Blood dit :

    Vocalement je le trouve très proche de son prédécesseur mais musicalement on dirait un mix maladroit entre mechanical animals et eat me drink me

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  • Paulepoulpe dit :

    Pas mal . Surtout marqué par le slam de the gardener qui est la nouveauté de cet album .on ne ‘ennui pas car les musiques sont otutes vraiment differentes !!

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  • Justine V. dit :

    Pour moi Born Villain marque peut-être une nouvelle ère pour Manson. On sait tous qu’il ne fait plus peur aux gens alors qu’il lui faut cette dose « pointage de doigts ». Il n’est plus le provocateur que l’on a connu certes mais montre de quoi nous devrons avoir peur en lui. De ce qu’il a peur lui-même.
    Je trouve cette album excellent, il montre comment Marilyn Manson est maintenant, presque « mature » et toujours un grand poète.
    Congratulation.

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  • King Asator dit :

    c’est la première fois où je me suis fais chié en écoutant un de ces albums.

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    Ian

    vas-y développes ! qu’est-ce qui ne te plais pas dans cet album ?

    King Asator

    tout

    gunslash

    Pareil… j’arrive pas a me mettre dedans!! perso je le trouve a chier je suis super deçu.

  • désolé mais tu commentes un cd ou tu fais de la poésie? faut savoir. si je traduis et je résume le CD j’en ressors : « Bof… »

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