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Interview   

Mark Tremonti, le romancier


Il y a Mark Tremonti le fan de heavy/speed metal, et Mark Tremonti le guitariste qui nous fait de plus en plus profiter de cette passion à travers de gros riffs dans son projet solo Tremonti, mais aussi son groupe principal Alter Bridge, et puis il y a Mark Tremonti le littéraire qui dévore les romans fantastique et de science fiction. Une facette du personnage qu’on connait un peu moins mais qu’on va apprendre à connaître grâce à son nouveau disque : A Dying Machine.

En effet, si dans la forme le quatrième album de Tremonti poursuit dans la lignée de ses prédécesseurs, dans le fond il s’agit d’un ambitieux concept où la musique se voit accompagnée d’un roman écrit en collaboration avec l’auteur cyber punk John Shirley, et qui pourrait bien même être porté à l’écran… En résulte une approche différente du processus créatif, plus réfléchie, moins spontanée, mais pas moins efficace dans le rendu. On discute de tout ça avec le principal intéressé.

« Je voulais que ça soit plus centré sur le côté humain de ce qui se passerait si tu étais un être humain avec un cerveau synthétique, […] et personne n’a d’empathie pour toi, la tristesse de ces choses qui sont presque vues comme des machines alors qu’elles ont de vraies émotions, qu’elles ressentent le désespoir et l’angoisse. »

Radio Metal : A Dying Machine est un album conceptuel accompagné d’un roman. C’est la première fois que tu fais quelque chose de ce genre. Quelle est l’origine de cette idée ?

Mark Tremonti : J’étais en tournée l’an dernier, en Hongrie. J’étais dans ma loge, je m’échauffais pour le concert et j’ai commencé à écrire cette idée et « A Dying Machine » en est ressorti. Ça s’est matérialisé dans cette histoire dont j’ai eu l’idée juste avant de monter sur scène. Donc pendant le temps que j’étais sur scène, j’essayais de me souvenir de ce à quoi je pensais. J’étais surexcité par ça, j’étais à fond dans cette idée, j’adorais les parties qui me venaient. J’avais hâte de l’étoffer et la finir ! Et dès que le concert était terminé, j’ai continué à écrire et écrire sur cette idée dans le concept. Lorsque j’ai écrit la chanson suivante pour l’album, j’ai essayé de nouer un concept dans cette intrigue, ce scénario, et ça a continué à partir de là. Ça m’a pris environ une semaine pour finir de tracer le contour de la première chanson, et ensuite il m’a fallu plus de temps encore pour terminer la version finale des paroles, mais une fois que c’était fait, j’étais excité à l’idée d’utiliser ça comme une base pour le reste du scénario. Au grand jamais dans ma carrière je n’aurais imaginé que je ferais un album conceptuel mais là, c’est arrivé naturellement.

Penses-tu que ces instants juste avant un concert ont une atmosphère particulière qui est bonne pour la créativité ?

Ouais, je le pense. On est surexcité de monter sur scène, on a l’adrénaline qui monte et puis on a cette énergie supplémentaire. On pense un peu en terme de live, comment ça va être ressenti pendant le concert, donc lorsqu’on écrit quelque chose, il y a de l’énergie dedans.

L’intrigue du concept prend place au tournant du siècle lorsque les humains et des êtres synthétiques appelés des « vessels » essaient de coexister. Quelles ont été les sources d’inspiration pour ce concept ?

Il se trouvait que j’étais en train de lire la série La Tour Sombre de Stephen King. Mon frère Mike n’arrêtait pas de me dire au fil des années : « Il faut que tu lises ça ! » Et lorsque le film est sorti, je me suis dit : « Tu sais quoi ? Avant de regarder le film, je vais aller lire le livre. » Depuis que j’ai commencé à écrire ce roman, je suis toujours sur ce satané dernier livre de la série, donc je n’ai pas encore terminé, mais lorsque j’en étais au troisième livre de la série, il y avait cette scène où une machine construite il y a des milliers d’années commençait à périr, elle buggait, était vieillissante et se corrodait. De manière subliminale dans mon esprit, j’avais ce concept qui prenait forme, j’ai vu ça comme un super concept au sujet d’une machine en train de mourir, car typiquement, on ne pense pas à une machine en ces termes. Ça m’est tombé du ciel, « you’re a dying machine ». Ça a pour ainsi dire planté la graine pour développer l’histoire.

Quelles sont les idées et messages principaux que tu as voulu transmettre au travers de cette histoire ?

Je ne voulais pas que ce soit un truc typé sci-fi. Je voulais que ça soit plus centré sur le côté humain de ce qui se passerait si tu étais un être humain avec un cerveau synthétique, et tu étais programmé pour être aussi humain que possible, mais tu es abandonné parce que tu es une machine et tu es considéré comme étant moins qu’un humain et n’ayant pas d’émotion, et personne n’a d’empathie pour toi, la tristesse de ces choses qui sont presque vues comme des machines alors qu’elles ont de vraies émotions, qu’elles ressentent le désespoir et l’angoisse, et tout ça. Quelques scènes sont centrées sur certains de ces êtres qui sont méprisés, et la tristesse et le désespoir qu’ils traversent.

Est-ce purement fictionnel ou bien y a-t-il des ancrages dans notre réalité et peut-être notre futur ?

Il y a assurément des ancrages dans la réalité. Je me suis associé à un écrivain dénommé John Shirley. Il est spécialisé dans le futurisme et la connaissance de ce qui va arriver, et il a parlé au TEDx en Belgique à propos de technologie et la direction que cette dernière prend. Donc lorsque j’ai discuté de l’histoire, il disait : « Bon, c’est en fait une technologie en cours de développement par cette société, ça arrivera dans tant d’années, et ci et ça. » Donc il m’aidait à rendre l’histoire plus légitime et réelle. Les explications du livre et le scénario sont fait sur une base plus scientifique de façon à ce que ce soit crédible.

Cette histoire pourrait-elle être un commentaire au sujet des hommes qui abandonnent de plus en plus leur humanité ?

Dans l’histoire, j’ai amené ça comme, disons, quelqu’un qui a mauvais cœur. Dans le futur il y aura un cœur synthétique. Il ne sera pas nécessaire d’attendre pour une greffe de cœur, pour laquelle il faut avoir le bon groupe sanguin et attendre la bonne occasion, qu’un donneur d’organe meure dans un accident de voiture afin que tu puisses prendre son organe afin de te sauver la vie. Il ne sera pas nécessaire d’attendre pour une greffe de foie, il y aura à un moment donné un foie synthétique. Il y aura des hanches de remplacement, il y aura des genoux de remplacement, etc. Donc dans l’histoire, au tournant du siècle, ils fabriqueront le premier cerveau synthétique qu’on peut programmer afin qu’il contienne toutes les informations quand cette chose se réveillera, comme s’ils avaient vécu tout une vie de connaissance. Donc à ce moment-là, l’humanité devient plus comme une machine, et je pense que nous deviendrons de plus en plus des machines à l’avenir. Mais les vessels sont l’opposé ; ce sont des machines qui veulent être de plus en plus humaines.

A propos de la chanson « The First And The Last », tu as déclaré que le groupe « s’en sort en écrivant une chanson chargée en émotion, car c’est un paysage fictionnel. » Est-ce dur pour toi de t’ouvrir à un niveau plus direct et personnel ? As-tu besoin de métaphores ou de fiction pour aller sur un terrain plus émotionnel ?

Ouais, tu sais, il y a un côté dans ma manière de faire des chansons qui est plus dans cette veine, le côté plus émotionnel, plus ballade, qui fait que si tu sortais ça dans un groupe hard rock ou metal, certaines personnes n’aimeraient peut-être pas, mais tu sais, plein de groupes l’ont fait au fil des années, plein de groupes de heavy metal on fait des ballades. Mais au niveau texte, ça a l’air d’une histoire d’amour qui tourne mal. Lorsque tu peux te cacher derrière un personnage de fiction, c’est plus facile de chanter une chanson émotionnelle comme ça, sans que ce soit une chanson d’amour qui te concerne et se rapporte à ta vie. Car je n’ai jamais écrit de chanson d’amour au cours de ma carrière, et ça c’est le plus proche que j’ai jamais été d’en faire une. Mais si, je m’ouvre tout le temps en tant que compositeur, j’ai toutes sortes de trucs émotionnels, et j’ai aussi plein de trucs heavy. Mais lorsque tu fais un groupe plus foncièrement basé sur le metal, ces autres idées tendent à être éclipsées parce que ça ne colle pas. Donc c’est bien de pouvoir quand même en glisser quelques-unes, de cette manière.

« Ca faisait une décennie que je voulais faire ça, écrire une histoire. C’est l’occasion parfaite d’écrire même plus qu’une histoire, c’est presque comme écrire la bande son d’un livre, afin de pouvoir en faire plus une expérience 3D pour que les gens rentrent dans l’album et le roman. »

La chanson « Take You With Me » parle d’une personne qui essaye de relever quelqu’un d’autre. Qui a été cette personne pour toi dans ta vie ?

Mon dieu ! Toute ma famille, principalement. Mon père vient de passer ces derniers mois avec moi et à chaque fois que je suis là à travailler au studio, il s’assoit et m’interrompt tout le temps, me dit à quel point il apprécie ce que je fais, à quel point il est fier de moi. Mes frères me sont d’un grand soutien et ce sont les premières personnes à entendre ces chansons. Ma femme et mes enfants… Des gens qui comptent !

Quels ont été les moments dans ta vie où tu as eu besoin que quelqu’un fasse ça pour toi ?

Je crois que le moment le plus dur dans ma vie a probablement été quand… J’ai écrit une chanson qui s’appelle « Shed My Skin » avec Alter Bridge qui parle sans doute du moment le plus dur de ma vie, lorsque j’étais plus jeune et j’ai déménagé, je n’avais plus mes frères, je n’avais plus mes amis, je n’avais plus mon groupe, j’étais plus ou moins seul pour la première fois de ma vie, il me semble que j’avais quinze ans. C’était vraiment un moment éprouvant de ma vie, mais ça a fait de moi un auteur-compositeur. J’ai passé beaucoup de temps seul à écrire ces chansons chargées de sens, ces chansons désespérées, ces chansons émotionnelles. Je pense que ça m’a poussé à ouvrir de nouvelles portes émotionnelles, à être un compositeur plus profond que je ne l’étais.

Le but est que le roman soit disponible en même temps que l’album sort. Comme tu l’as précisé, tu l’écris avec John Shirley. Comment avez-vous collaboré sur ce projet ? Quels ont été vos rôles respectifs dans la confection de ce roman ?

J’ai donc imaginé cet album et l’histoire qui va avec, et ensuite j’ai pensé que j’allais écrire le livre moi-même mais j’ai vite compris qu’il n’y avait aucun moyen que je puisse avoir le temps de le faire. Et j’ai toujours eu ce rêve de publier un livre, et j’ai acheté plein de « comment écrire un sacrément bon roman », et le livre de Stephen King sur l’écriture, et tel livre de telle personne, tous ces livres au sujet de l’écriture, et j’ai pensé : « J’aime tellement lire, pourquoi ne pourrais-je pas profiter de mon imagination et chercher quelques références pour voir si je pourrais essayer d’écrire quelque chose ? » Mais je n‘aurais pas eu assez de temps. J’ai donc contacté mon agent à UTA, et il a une agence littéraire, j’ai parlé avec eux au téléphone, je leur ai expliqué l’histoire, ils l’ont beaucoup aimé, ils m’ont envoyé une poignée de noms d’écrivains que j’ai passés en revue mais je n’avais pas l’impression d’être sur la même longueur d’onde qu’eux. Alors ils m’ont envoyé un autre lot, et encore un autre, et je suis finalement tombé sur les trucs de John Shirley. J’ai vraiment trouvé que ça correspondait parfaitement. Il était porté sur le futurisme, une approche scientifique des choses, et c’est aussi un auteur qui a remporté un Bram Stocker Award. C’était un des auteurs originaux de cyber punk. J’ai donc décidé « partons sur John Shirley. »

Ensuite j’ai commencé à parler à John, je lui ai expliqué encore et encore le scénario, les personnages, comment ça évolue, ceci et cela. Il revenait vers moi, nous avions des choses qui n’étaient pas en phase, donc j’ai dit : « Pourquoi on ne tracerait pas les contours de l’histoire et ensuite on commencerait ? » C’est devenu un résumé de vingt-neuf pages de l’histoire, que nous avons enfin approuvé ; « ceci se passe ici, cela se passe là, etc. » Et ensuite il commence à rédiger le premier chapitre, il me le remet, je le lis, fais des changements… Si j’ai une idée, il est très bon pour rapidement l’étoffer, il fait ça brillamment. Quand j’ai vu pour la première fois comment il écrit, j’étais là : « Dieu merci, j’ai décidé de m’associé avec lui ! » Parce que jamais je n’aurais pu écrire aussi bien. Ça m’aurait pris… Il écrit depuis les années 70, il me semble, donc ça m’aurait pris bien plus que le temps de lire quelques livres sur comment écrire, et lire un paquet de livres, pour être un écrivain aussi bon que lui. Je suis donc heureux qu’il soit mon partenaire.

Avec ce projet, tu sembles mettre la littérature et la musique au même niveau. Est-ce que ces deux disciplines artistiques ont été tout aussi inspirantes l’une que l’autre pour toi ?

Absolument ! Je suis tout aussi excité par le roman que par l’album. J’adore chaque minute à travailler là-dessus. Je relis sans arrêt le livre, je le parcours et fait des notes, et je fais tout ce que je peux pour aider John avec quoi que ce soit que je vois, n’importe quel changement nécessaire. Il m’a même dit : « Tu sais, tu t’imposes beaucoup de travail en voulant relire, relire et relire… » Je suis là : « J’en apprécie chaque seconde ! » Parce que je ne sais pas combien de fois dans ma vie je serais en mesure de le refaire. C’est quelque chose de nouveau pour moi, de tellement palpitant. Ca faisait une décennie que je voulais faire ça, écrire une histoire. C’est l’occasion parfaite d’écrire même plus qu’une histoire, c’est presque comme écrire la bande son d’un livre, afin de pouvoir en faire plus une expérience 3D pour que les gens rentrent dans l’album et le roman.

On connait ton background en tant que musicien, mais quelle a été ta relation à la littérature ?

Lorsque j’étais au lycée, je détestais lire, je détestais les cours d’anglais, je n’aimais vraiment pas ça. J’étais plus un matheux, pour ce qui était de mes points forts à l’école. Et ensuite, des années plus tard, je suis tombé amoureux de la lecture ! Au départ, je voulais seulement lire les vieux livres que tout le monde lit, L’Attrape-Cœurs, Fahrenheit 451, Moby Dick et tous ces trucs. Mais ensuite, mon frère Mike était un grand fan de sci-fi et fantastique. Pour Noël, il m’a acheté des livres de George R.R. Martin. J’ai dit : « Je ne veux pas lire de fantastique et de sci-fi, je veux lire des classiques. » Et finalement, je n’avais plus de livre à lire, alors j’ai lu Game Of Thrones, qui est l’un des premiers livres que j’ai lu qui m’a vraiment, mais alors vraiment, fait aimer lire. Je suis tellement content qu’ils en aient fait une série, parce que c’est extraordinaire de voir la série après avoir lu les livres il y a tant d’années. Après ça, je dévorais tout ce que je pouvais me procurer, surtout… Parmi ce que je préfère, il y a la sci-fi et le fantastique. Maintenant mes auteurs préférés, en dehors de George R.R. Martin, il y a are Joe Haldman, John Scalzi, Mark Lawrence, Patrick Rothfuss… Il y en a tellement ! Donc le fait de pouvoir faire ce livre dans cette même veine c’est génial !

« Je suis un énorme fan de ces auteurs. Lorsque j’ai l’opportunité de parler à l’un d’entre eux sur internet ou quelque chose comme ça, je suis tout aussi excité que si je parlais à l’un de mes héros dans le monde de la musique. »

Vois-tu des parallèles entre la littérature et la musique rock/metal ?

Je pense que les gens qui aiment les chansons de heavy metal un peu maussades et atmosphériques seraient dans le bon état d’esprit pour apprécier ce même genre de feeling dans un livre. La musique et la littérature, les deux, t’emmènent en voyage dans ta tête. Je trouve que c’est mieux que… C’est super de regarder un film et autre mais je trouve que quand tu lis un livre ou écoute un album, ton imagination créé toutes ces images dans ta tête dont tu es toi-même le réalisateur. Tu peux voir tous ces personnages se matérialiser dans ta tête et t’emmener en voyage. Dix personnes pourraient lire le même livre et chacune partirait dans un voyage différent. C’est pareil pour la musique : les gens voient et entendent tous différemment. Certains sont des fans purs et durs, certains apprécient, certains n’aiment pas… La musique et la littérature inspirent les gens différemment et leur permet d’utiliser leur imagination.

Dirais-tu que les écrivains sont autant des rock stars que les musiciens de rock ?

Je suis un énorme fan de ces auteurs. Lorsque j’ai l’opportunité de parler à l’un d’entre eux sur internet ou quelque chose comme ça, je suis tout aussi excité que si je parlais à l’un de mes héros dans le monde de la musique. Je ne pense pas du tout qu’ils se voient comme des rock stars [petits rires]. Je pense qu’ils trouvent ça étrange qu’une personne dans un groupe de rock soit un grand fan d’auteurs de sci-fi, mais c’est incroyable ce que ces gens ont créé.

J’imagine qu’on n’aborde pas de la même manière un album conceptuel ou, comme tu l’as dit, la bande son d’un roman de la même façon qu’un album normal. Du coup, quel a été le processus de création d’un tel album ?

L’album a été écrit sans savoir que ça allait devenir un roman. Je voulais qu’il suive le scénario d’un bout à l’autre de l’album. Donc après que j’ai écrit le morceau « A Dying Machine », j’ai simplement programmé une boucle de batterie… Au départ, c’était juste « faisons en sorte que ces chansons aient un feeling différent. » « A Dying Machine » était à un certain tempo, alors j’ai dit : « Faisons une chanson de speed metal. » J’ai donc mis en place une boucle de batterie d’environ deux cent coups par minute, j’ai écrit la chanson « The Day When Legions Burned ». J’ai donc d’abord écrit les riffs, ensuite j’ai composé le refrain et autres, et ensuite j’ai dû écrire l’histoire correspondant à la chanson. Cette chanson traitait d’un rappel de ces êtres dont on parle dans l’histoire. Ils sont rappelés parce que certains d’entre eux commencent à désobéir, afin de les faire fondre. C’est un peu ce qui déclenche cette guerre entre les vessels et l’humanité. A partir de là, j’ai écrit la chanson suivante, qui est « Bringer Of War », et elles collaient toute assez bien les unes avec les autres. Elles m’ont aidé à raconter l’histoire. Je ne savais pas où j’allais avec l’histoire avant que je commence à écrire les paroles par accident, et j’ai étoffé ça à partir de là.

Donc tu veux dire que la musique t‘a grosso-modo guidé dans l’histoire…

C’était comme réussir l’impossible. Comme je l’ai dit, je mettais une boucle de batterie, je jouais par-dessus et voyais ce qui en ressortait, si je trouvais une mélodie, si je trouvais un riff, et ensuite je voyais quelle était l’atmosphère de la chanson. Si c’était une chanson heavy agressive, ça serait probablement sous le point de vue du protagoniste de l’histoire, le personnage plus malfaisant et agressif de l’histoire raconterait son histoire à travers cette chanson, mais si c’était une chanson plus émotionnelle, ce serait plus du point de vue du personnage de « A Dying Machine », la femme. Je crois qu’il y a trois ou quatre chansons sous sa perspective, il y a probablement trois ou quatre chansons sous la perspective de l’autre personnage principal, et ensuite il y a quelques autres personnages dans l’histoire, comme dans la chanson « As The Silence Becomes Me » qui est sous la perspective d’un autre personnage, on ne le voit ou l’entend qu’une fois dans le livre. Une fois que j’avais toutes ces chansons de faites, c’était amusant de pouvoir les expliquer à John et qu’il m’aide à les matérialiser dans l’histoire et expliquer leurs personnalités. C’est sacrément excitant lorsqu’un chapitre est posé et que je peux l’examiner. C’est presque comme entendre un mix pour la première fois !

Quelles ont été tes références en matière d’album conceptuel ?

Je n’en connais que quelques-uns que je possède, et c’est des albums de King Diamond. Je n’ai jamais été inspiré pour faire un album conceptuel. Ça s’est juste fait tout seul. Je veux dire que je suis un énorme fan de King Diamond et Mercyful Fate mais je n’ai jamais été un fan du format d’album conceptuel. Ça ne me dérangeait pas, je trouvais ça super, j’adore ceux de King Diamond, mais je n’ai jamais pensé « c’est ce que je veux faire, je veux faire un album conceptuel », avant que ça n’arrive tout seul.

N’as-tu pas malgré tout cherché à analyser certains de ces concepts pour t’inspirer sur la manière de faire le tiens ?

Non. Quand il s’agit de créer des choses, j’essaie de me tenir le plus à l’écart possible de toute sorte d’influence extérieure.

D’après le communiqué de presse, tu as abordé les sessions « plus préparé que tu ne l’as jamais été par le passé. » Penses-tu que tes albums passés ont parfois souffert d’un manque de préparation ?

Non, je pense que c’est juste une autre façon d’aborder les choses. Cet album avait besoin d’être plus travaillé parce que c’est un album conceptuel, ce n’est pas quelque chose qui se fait comme ça en pré-production. Avec Alter Bridge, je peux travailler avec Myles [Kennedy], j’écris toutes les meilleures idées que je trouve, et ensuite nous nous réunissons et nous assemblons les idées. Et après, les thématiques de ces chansons arrivent à la dernière minute, ça se fait un peu dans l’instant, ce qui leur donne une certaine excitation, un feeling différent. Mais là c’est différent. Ça a été construit bien avant d’aller en studio. Je pense qu’il y a des avantages et inconvénients aux deux. Je crois que quand on travaille trop sur des choses, on peut perdre un peu de cette excitation initiale et finir par changer des choses qui ne devraient pas l’être. Lorsqu’on écrit quelque chose dans l’instant, on conserve cette énergie indescriptible. Il y a un truc dans cette excitation quand on créé dans l’instant qui est super également.

« Faire un concept était une grosse différence par rapport à ce que j’ai fait dans le passé. J’essaye toujours de faire quelque chose qui me maintient sur le qui-vive plutôt que de régurgiter constamment le même truc. »

Il y a une chanson dans l’album qui évidemment sonne très différente de tout ce que tu as fait par le passé, c’est l’instrumentale « Found » qui sonne très trip-hop et qui clôt l’album. Comment en es-tu venu à faire une telle chanson ?

Nous avions déjà fini de composer l’album et de faire la pré-production. Les batteries étaient enregistrées. Je travaillais sur la finalisation de mes parties de guitare et autres. Eric [Freeman] est venu et a dit : « Joue-moi ces chansons. » Car il allait enregistrer la basse pour l’une d’entre elles le lendemain, donc il voulait la parcourir avec moi avant d’y aller. Pendant qu’il prenait sa basse, j’ai commencé à farfouiller avec la guitare et j’ai trouvé la ligne de guitare de « Found », et ensuite il est venu et a dit : « Wow, c’est super ça ! » Il a attrapé sa basse et a commencé à jouer avec moi. Nous avons vraiment adoré le feeling de cette partie et j’ai dit : « Je n’ai pas envie d’attendre le prochain album de Tremonti pour sortir ça ! Je veux le sortir maintenant. Faisons-en une petite piste cachée qui arrive après la dernière piste de l’album. Peut-être que l’album se finira et quarante secondes plus tard, cette piste cachée arrivera, on peut la programmer. » Je suis un grand fan de Massive Attack, notre ingénieur Jef [Mol] a travaillé avec Nine Inch Nails et il est très bon dans ce domaine, avec la programmation, ce côté plus industriel, ce son un peu à la Massive Attack. C’était donc parfait pour nous pour y aller et enregistrer la guitare et la basse pour ça. Nous nous sommes assis toute la journée à programmer la partie rythmique et ensuite Elvis [Michael Baskette] est venu après coup et a programmé certains trucs en plus par-dessus. Nous en avons fait notre première instrumentale et c’est tellement différent et tellement plus dans la veine d’une BO que le reste de l’album, je trouve. Je suis content que nous l’ayons fait. Je trouve que c’est la chanson parfaite pour clore l’album. Je pense que ça va prendre les gens par surprise et ce sera différent de ce qu’ils attendent.

Penses-tu que tu pourrais aller plus loin dans ce côté expérimental et électronique ? Penses-tu que ce pourrait être le début d’une nouvelle exploration musicale pour Tremonti à l’avenir ?

J’avais dans l’idée de faire en sorte que le dernier morceau parte en fondu et soit le début du prochain album, que je développerais pour en faire une chanson complète, mais ouais, j’adorerais faire un album complet de ce genre de chose, peut-être sans chant, juste de la musique ambiante programmée. Comme je l’ai dit, je suis un grand fan de Massive Attack, donc je pense que faire quelque chose dans cette veine serait un projet vraiment amusant.

Globalement, musicalement, cet album est pas mal dans la lignée de tes précédents albums avec Tremonti, en dehors du morceau « Found ». Malgré tout, as-tu le sentiment d’avoir évolué musicalement avec A Dying Machine ? Y a-t-il de nouvelles expérimentations qui sont peut-être moins évidentes ?

Il y a des accordages différents et autres à la guitare pour ouvrir de nouvelles portes en termes de nuances d’accords. Au niveau arrangements, nous avons essayé de mélanger un peu les choses. J’ai essayé de davantage expérimenter avec mon style vocal. Et le fait de faire un concept était une grosse différence par rapport à ce que j’ai fait dans le passé. J’essaye toujours de faire quelque chose qui me maintient sur le qui-vive plutôt que de régurgiter constamment le même truc.

Pourrait-on s’attendre à ce que tu ailles plus loin dans cette idée conceptuelle, comme aller dans le domaine du cinéma ?

J’adorerais ! J’ai été au lycée avec un célèbre réalisateur et il a adoré l’histoire, je l’ai parcouru avec lui plusieurs fois et il va me caler une rencontre j’espère avec… Je ne vais pas citer ces réalisateurs maintenant, mais je croise les doigts. S’ils aiment l’histoire, ce serait le plus grand rêve qui se réalisera, le fait d’avoir un album conceptuel accompagné d’un roman accompagné d’un film. Je pourrais mourir heureux !

Et qu’en serait-il d’écrire des BO de films ?

Tu sais, on m’a proposé de composer une BO il y a de ça des années, c’était pour un dessin animé Batman, mais c’était plus pour les adultes… J’ai oublié le nom là tout de suite parce que c’était il y a si longtemps, mais ils m’ont envoyé tous les plans des épisodes. Je devais écrire un petit morceau par ci, un petit morceau par là. C’est devenu tellement prenant et ça me dépassait un peu… Composer une BO, ce serait vraiment dur. Je pense que ce serait mieux de composer des chansons que les gens utiliseraient ensuite pour une BO, ce serait plus quelque chose que je pourrais vouloir faire.

Tu sors un nouvel album solo, Myles Kennedy vient de sortir le sien il y a quelques mois. Est-ce essentiel pour la vitalité d’Alter Bridge de faire un break et s’en éloigner, aller chacun vaquer à d’autres occupations de son côté ?

Je pense, oui. Ça renouvelle notre excitation lorsque nous revenons ensemble après ne pas l’avoir été pendant un moment. Nous avons vécus de nouvelles expériences dont nous pouvons tirer profit dans notre musique. Si tu te contentes de faire le même groupe encore et encore, et que vous êtes tout le temps dans les mêmes parages, je pense que tu perds un peu en excitation. Lorsque nous faisons ces pauses, ça nous permet d’encore mieux apprécier le groupe.

Penses-tu qu’Alter Bridge finirait pas vous ennuyer sans ces escapades ?

Je ne pense pas que ça m’ennuierait, je pense qu’à côté je ferais toujours quelque chose d’autre, je développerais toujours différents sons et différentes approches. J’adore chanter, donc probablement que je n’arrêterais pas d’aller chanter dans des karaokés pour me sortir ça de la tête ! [Petits rires]

Soit dit en passant, as-tu entendu l’album solo de Myles ?

Ouais, j’adore son album solo ! Il est phénoménal !

Etais-tu surpris par la direction musicale qu’il a prise ?

Non, absolument pas ! Je veux dire que ça fait si longtemps que je travaille avec lui, je le voyais tout le temps bricoler avec les chansons. Je sais ce dont Elvis est capable au niveau son. Je sais ce dont Myles est capable en tant que chanteur, compositeur, vocaliste, parolier et guitariste ! Je savais que ça allait être phénoménal, et ça l’est.

Jusqu’à présent, vous avez sorti un album tous les trois ans avec Alter Bridge. J’imagine donc qu’on peut dire que le prochain sera pour 2019…

Ouais, c’est ce qui est prévu ! J’ai déjà des idées de prêtes pour commencer mais quand je serais en tournée pour le prochain cycle d’album, et que nous aurions appris toutes les chansons que nous allons jouer en tournée et autre, alors j’aurais la capacité mentale de me mettre à écrire de nouveaux trucs.

Interview réalisée par téléphone le 30 avril 2018 par Nicolas Gricourt.
Transcription & traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel de Tremonti : www.marktremonti.com.

Acheter l’album A Dying Machine.



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