ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Interview   

Marko Hietala libère son cœur


Pour un groupe qui s’est octroyé une année sabbatique en 2017, le moins qu’on puisse dire, c’est que ses membres ont été sacrément productifs. Il y a d’abord eu Tuomas Holopainen qui a entraîné Troy Donockley ainsi que son épouse Johanna Kurkela dans le projet Auri. Puis la chanteuse Floor Jansen qui a déterré Northward avec le guitariste Jørn Viggo Lofstad (Pagan’s Mind). Et finalement, le dernier mais pas des moindres, le bassiste-chanteur Marko Hietala a entrepris de fouiller dans ses tiroirs pour y trouver des morceaux qui n’avaient convenu ni à Nightwish, ni à Tarot, pour se lancer pour la première fois en solo.

Le résultat pourra étonner, à la fois parce qu’il est sorti en deux versions – finlandaise sous le patronyme Mustan Sydämen Rovio, début 2019, puis anglaise, intitulée Pyre Of The Black Heart, un an plus tard –, et parce qu’il s’offre une vraie liberté sans trop de considérations commerciales ou de cohérence. Reste qu’on reconnaît indéniablement la patte du musicien, son sens mélodique et ses principales affinités artistiques. Plus encore, par la nature de l’entreprise, on se rapproche au plus près de qui est Marko Hietala (oui, avec un « k » car c’est la vraie orthographe de son prénom), y compris dans des textes plus intimes.

Nous nous sommes entretenus avec le principal intéressé pour qu’il nous parle de ce projet solo qui, par l’investissement de collaborateurs passionnés, tend à devenir un groupe. On rentre également un peu plus dans la vie et la personnalité de Marko Hietala, entre aspirations de jeunesse, rêves et rapport avec son père.

« L’idée de partir en solo, c’était justement de me libérer des attentes. J’avais aussi la sécurité financière, […] ce qui veut dire que je pouvais faire tout ce qui me paraissait bien de faire. »

Radio Metal : Tu as sorti ton premier album solo, intitulé Pyre Of The Black Heart. Nightwish a fait une pause durant toute l’année 2017, et j’imagine que c’est ce qui t’a permis de te lancer dans ce projet. Mais quelle a été ta motivation pour faire un album solo à ce stade de ta carrière ?

Marko Hietala (chant & basse) : Je suppose que quand tu es quelqu’un qui écrit des chansons ou des textes, tu aspires à la liberté de faire quelque chose complètement tout seul. C’est comme ça que j’en suis venu à penser à ça : j’avais besoin de faire quelque chose qui serait plus profondément personnel qu’avant. J’avais déjà des chansons et des idées de textes dont certains, je savais, ne conviendraient pas au style des groupes dans lesquels je jouais. En l’occurrence, « Runner Of The Railways », avec son côté ironique et comique, ce n’est pas quelque chose que Nightwish ou Tarot auraient pu jouer. Mais cet album s’est fait avec le temps. Quand j’ai su que Nightwish allait prendre une année sabbatique, je me suis dit que c’était le moment de m’y mettre. J’avais suffisamment de chansons et d’idées, et j’ai même des restes pour un second album, si un jour nous nous y mettons, pour 2021 !

Les gens partaient du principe que tu utiliserais ton temps libre hors de Nightwish pour réanimer ton groupe Tarot, avec lequel tu n’as rien sorti depuis le remake de The Spell Of Iron en 2011. Est-ce que la mort du batteur Pecu Cinnari en 2016 a mis un terme définitif au groupe ?

Oui, ça a affecté beaucoup de choses. Janne [Tolsa, claviers] et moi avons des trucs inachevés sur disque dur et tout, mais jouer du rock n’ roll, ça devrait être plein de bonnes ondes. Or, pour nous, c’est plus de la tristesse qui est associée à ce groupe depuis lors. Je ne ferme pas totalement la porte, mais je ne sais vraiment pas. C’est dans le flou.

En fait, cet album solo était déjà sorti en version finlandaise en mai l’an dernier, et là, tu sors la version anglaise. Quelle était l’idée derrière ces deux versions en deux langues différentes sorties à plusieurs mois d’écart ?

J’avais ces chansons et idées de chansons. Certaines étaient en anglais, d’autres étaient en finnois. Il a fallu que je prenne une décision : quelle langue je vais utiliser ? Je me suis dit qu’il faudrait que je traduise une partie des chansons dans une langue ou dans l’autre. Puis une idée ambitieuse m’est venue en tête : les traduire toutes et sortir l’album en deux langues. Ça a titillé mon sens de l’humour, parce que l’anglais est la langue mondiale du rock n’ roll, alors que le finnois est presque une langue tribale, parlée par six millions de gens [petits rires]. Au final, j’ai traduit les chansons anglaises en finnois, et les chansons finnoises en anglais. Je crois que le rapport à l’origine était de six chansons en finnois et quatre en anglais, ou quelque chose comme ça. Je n’en suis pas complètement sûr. Il faudrait que je calcule, mais pour l’instant, ça ne m’a pas intéressé de le faire ! [Rires]

N’était-ce pas fastidieux de réaliser ce travail de traduction ?

Ce n’était pas si dur. Evidemment, étant un gars dont l’imagination lui a appris à formuler ces choses et ces histoires, je sais quels sont mes points A et B. L’histoire racontée entre ces deux points doit attendre des points culminants et traverser des passages sympas, mais les métaphores peuvent prendre des formes différentes. Au final, je suis parvenu à être assez proche, mais quand il fallait prendre une autre direction, je l’ai fait. Certaines traductions étaient assez fluides, dans le sens où je suis arrivé à être plus pertinent dans la traduction que dans l’original. C’était surprenant. Mais évidemment, ce n’est pas arrivé à chaque fois – clairement pas ! Mais pour être honnête, je suis plus à l’aise à chanter en anglais, car c’est ce que j’ai fait toutes ces années, depuis mon premier groupe à l’école quand j’avais treize ans. Ce qui marrant, c’est que le rapport entre les voyelles et les consonnes est bien plus équilibré en anglais. Le finnois est plein de consonnes dures, comme les « t » ou « p », et parfois elles sont doublées, ce qui rend le résultat plus accidenté. En conséquence, il faut mettre le chant un peu plus bas dans le mix pour que le texte ressorte mieux, et au niveau du son, l’album perd quelque chose par rapport à l’anglais. L’anglais, avec son côté plus équilibré, est plus nasal et fort, et du coup, le son du groupe devient plus clair. C’est étrange.

Quand tu fais un album avec Nightwish, ou même Tarot dans une certaine mesure, les gens ont évidemment des attentes. A quel point ça a été un soulagement pour toi de créer une musique libre de toute attente ? Ou penses-tu que les gens ont quand même des attentes quand ils voient un album avec ton nom dessus ?

Oui, bien sûr, je savais que les gens auraient des attentes. C’est un mec avec de longs cheveux qui ressemble à un Viking, qui crie comme un dingue et qui martèle sa basse, alors ils se disent que ce sera probablement du metal ou du rock. Donc je savais que les gens auraient des attentes, mais l’idée de partir en solo, c’était justement de me libérer des attentes. J’avais aussi la sécurité financière, en faisant partie d’un groupe assez connu mondialement et étant actionnaire de l’entreprise. Donc côté finances, tout va bien, ce qui veut dire que je pouvais faire tout ce qui me paraissait bien de faire. Je pouvais combiner des éléments de différentes décennies du rock et de différentes parties du monde, avec des percussions ethniques combinées à de l’électronique moderne et un groupe de rock. C’était la liberté. Donc bien sûr que c’était un soulagement. Quand tu écris pour un groupe qui existe déjà, avec des membres définis, comme Nightwish ou Tarot, c’est sage, approprié et bien se concentrer sur l’écriture de choses qu’on sait plaira à nos collègues dans le groupe. En conséquence, tu composes pour que l’album et les concerts marquent les esprits. De cette façon, on sait que ce qu’on écrit va fonctionner, mais d’un autre côté, c’est aussi une restriction.

« Nous sommes un peu devenus un groupe à partir de quelque chose qui a commencé comme un projet solo. »

Tu as déclaré que ton but était « de préparer un album solo imprévisible, spontané, aventureux, féroce et intime ». J’aimerais que tu passes en revue chacun de ces mots pour me dire ce que tu mets derrière dans le contexte de l’album. Commençons par « imprévisible ».

J’aime combiner des éléments qu’on ne voit pas venir. La chanson « Stones », c’est en gros un truc méditerranéen de guitare acoustique que j’ai combiné à une mélodie blues, ce qui m’a amené à écrire un texte bluesy, avec ce genre de répétition qu’ils font beaucoup [dans le blues]. Et ensuite, j’ai fait en sorte que dans le refrain on ait un groupe de metal ou de rock à la Black Sabbath qui envoie la sauce avec un riff de guitare et de basse. La mélodie, elle, vient d’une chanson folk traditionnelle finlandaise. Le processus de composition de cette chanson consistait à faire et assembler consciemment ces choses, en riant bêtement dans mon coin et en me demandant comment ça pouvait bien fonctionner ! Donc le côté imprévisible était l’une de mes aspirations.

« Spontané ».

Nous travaillons avec plein d’idées musicales de façon spontanée et ouverte, comme quelque chose qui ne donne pas l’impression d’avoir été trop réfléchi, quelque chose de frais et excitant. Pour les enregistrements, nous avons aussi joué la guitare rythmique de base, la batterie et la basse en même temps. Nous avons fait plein de prises, mais il y a aussi beaucoup de choses, surtout au niveau de la batterie et des lignes de basses, qui ont été faites sur l’impulsion du moment. Je crois que Tuomas [Wäinölä, guitare] a même gardé la piste rythmique et le solo que nous avons enregistrés en live pour « Death March For Freedom ». Donc d’une certaine façon, ça a été très spontané au moment où nous avons enregistré.

« Aventureux ».

[Rires] Qui enregistre un groupe live en studio de nos jours ?! Mais c’est aventureux à bien d’autres égards, comme dans la façon dont ces éléments musicaux ont été assemblés. Et aussi, au niveau des textes : il y a des paroles fantastiques et plein d’imagination, et à la fois, il y a aussi un soupçon de réalité et des passages très touchants. Il y avait beaucoup d’ambition derrière cet album.

« Féroce ».

Ça décrit au moins les solos de guitare de Mr. Wäinölä ! [Rires] Et puis, mon chant à tendance à sonner un peu rugueux et féroce de temps en temps !

« Intime ».

Avec tous ces ambiances sonores que nous avons créées, il y a une proximité qu’on peut entendre dans chaque instrument. Je trouve que Tuomas est parvenu à réaliser un mix assez puissant mais tout en conservant intacte une grande partie de la clarté instrumentale. Bien sûr, il y a aussi les histoires… Quand on écrit un album pour soi, naturellement, tu rentres dans des histoires intimes, comme « The Voice Of My Father », qui est très rattachée à la réalité.

Tarot était un groupe de heavy metal et même quand tu chantes dans Nightwish, c’est généralement du chant heavy. Du coup, les gens ont tendance à te voir surtout comme un metalleux et il se pourrait qu’ils soient surpris par cet album solo, dans la mesure où c’est plus que ça. Penses-tu que les gens ont été réducteurs à ton sujet ? Cet album est-il une façon d’offrir une vision plus juste de qui tu es en tant qu’artiste ?

Oui, c’est certain. C’est une vision plus complète de ce que je suis en tant que personne. J’ai mon côté metal ; j’ai accroché au metal quand j’étais gosse. Ça ne partira jamais ! Mais quand j’étais gosse, je me suis aussi intéressé à du punk et du rock progressif comme Jethro Tull. J’ai toujours beaucoup aimé les trucs acoustiques. Mon père écoutait des chansons de folk irlandaise, et on peut toujours entendre ces influences chez moi. On peut très bien l’entendre dans « The Islander » de Nightwish. On peut entendre mon histoire en tant qu’artiste là-dedans. Bien sûr que c’est plus proche de mon histoire personnelle quand j’écris toutes ces chansons avec mon background musical. Et puis quand les gars sont arrivés pour contribuer et m’aider à finir les chansons, peu importe tout ce qu’ils ont apporté, on peut vraiment entendre les mélodies essentielles et ce genre de choses que j’avais déjà amenées. En ce sens, j’imagine que j’ai défini la direction de l’album selon mes propres critères. Mais je n’aurais jamais pu faire cet album sans Mr. Wäinölä et Mr. [Vili] Oillila [claviers].

« J’ai traversé un divorce il y a quelques années, ce qui est un truc assez dégueulasse à vivre […]. Je suis un dépressif chronique, donc quand ces choses arrivent, elles ont tendance à réveiller le démon. »

C’est un album très varié, et tu ne t’es rien refusé : il y a des éléments celtiques (« Stones »), des côtés symphoniques, de l’électronique années 80 (« Star Sand And Shadows »), du heavy metal, un peu de rock n’ roll (« Runner Of The Railways »)… Mais comment es-tu parvenu à donner une cohérence à cette liberté ? Ou bien te fichais-tu de la cohérence ?

Disons que j’y ai pensé, mais je m’en fichais jusqu’à ce que nous commencions à rassembler les chansons comme un tout. A ce moment-là, évidemment, il a fallu que nous réfléchissions à la manière de les agencer, à l’ordre qui donnerait sa cohérence à l’album, à comment ces chansons pourraient s’enchaîner naturellement. Mais au final, ce n’est pas si excentrique. Nous trouvions que, d’accord, toutes ces chansons contiennent des éléments très différents, elles ont toutes une identité forte, mais d’une certaine façon, on peut les mélanger. Elles sonnent toutes comme le même groupe de gars, c’est juste qu’ils sont partis loin.

C’est donc un album solo mais tu n’es pas tout seul dessus. Tu as collaboré avec Tuomas Wäinölä et Vili Oillila, avec qui tu avais déjà travaillé dans le cadre du projet Raskasta Joulua, et le batteur Anssi Nykänen joue sur l’album. N’aurais-tu pas pu faire cet album tout seul, au moins sa composition, ou bien l’aspect collaboratif est-il important quand tu crées de la musique, peu importe si c’est un album solo ou de groupe ?

Oui, je pense que la collaboration est assez importante. Je peux correctement jouer sur mes démos, mais je ne suis pas batteur ni claviériste. Et quand j’arrange des trucs, je fais confiance à des gars qui savent ce qu’ils font. Comme tu l’as dit au sujet de Raskasta Joulua, je connaissais Tuomas Wäinölä et Vili Oillila depuis pas mal d’années déjà grâce à ça. Je savais que ces gars avaient un background musical très polyvalent aussi et qu’ils étaient ouverts d’esprit. Quand je leur ai demandé de venir écouter mes chansons, je savais que s’ils aimaient, ça les motiverait. Sans surprise, c’est ce qui s’est passé. Tuomas m’a aussi suggéré de faire appel à Anssi, le batteur. Je le connais depuis mes quinze ans et lui en avait seize. Nous nous sommes rencontrés lors d’un camp d’été pop, jazz et rock. Il a fait un paquet de boulots en Finlande dans différents studios pour différents artistes, des séries télé, etc. Ces gars sont des pros. J’avais des idées grossières de chansons en termes de structures et tout, et je me suis dit que ça pourrait être utile d’avoir les avis de quelques amis en lesquels je pouvais avoir confiance et qui pourraient avoir d’autres idées que moi durant le processus d’arrangement. J’ai donc demandé à Tuomas et Vili de venir. Ils ont analysé les chansons, et se les sont appropriées – ils étaient tellement passionnés qu’ils ont fini par bosser sur plein d’arrangements et trouver des idées pour lesquelles je n’avais plus qu’à dire : « C’est génial. » Il me manquait aussi un pont dans « The Voice Of My Father », et Vili regardait les paroles et a dit : « J’ai ce morceau, regarde si les paroles vont dessus. » Et ça collait. Donc il a aussi écrit de la musique pour l’album. Tuomas a aussi fait quelques petites parties, et il a fini par devenir l’ingénieur principal, le mixeur et le producteur de l’album. Donc les gars ont été vraiment à fond dedans. Nous sommes un peu devenus un groupe à partir de quelque chose qui a commencé comme un projet solo.

Une chose que l’on peut remarquer, c’est la variété de ton chant, et on peut entendre certaines de tes prestations les plus sensibles sur cet album. Penses-tu que la diversité de la musique était aussi l’occasion pour toi de mettre en valeur ton éventail émotionnel en tant que chanteur ?

Oui, bien sûr. Je veux dire que dans les groupes dans lesquels j’ai tendance à officier, cette facette de ma voix est souvent un peu négligée. Certes, nous avons fait des ballades avec Tarot parfois, mais compte tenu du style et des musiciens avec lesquels j’ai tendance à jouer, ça penche plus ou moins dès le départ du côté du metal. Et Nightwish, c’est Nightwish. J’ai une facette très sensible. Le texte de « Truth Shall Set You Free » est aussi très personnel. Donc oui, j’aime bien faire écouter aux gens cette facette aussi.

Par le passé, tu avais Tarot où tu étais le chanteur principal, mais tu n’as plus vraiment cet exutoire. Comme dans Nightwish tu n’es pas le chanteur lead, est-ce que ce rôle t’a manqué parfois ?

Pas forcément tant que ça. J’ai eu ma jeunesse de rockeur avec ce type d’aspiration, et c’est de l’histoire ancienne. Mais j’aime vraiment l’idée de chanter mes propres chansons avec l’émotion nécessaire, que ce soit en étant sensible ou agressif, plus rapide ou plus lent, ou peu importe. C’est quelque chose que j’apprécie. J’aime me produire et j’aime construire cette petite bulle d’alchimie personnelle entre un groupe et un public, et tout le monde est prêt à faire du grabuge l’un pour l’autre.

L’album s’intitule Pyre Of The Black Heart. La musique est-elle ce bûcher funéraire qui t’aide à te débarrasser de ton obscurité intérieure ? Y a-t-il une part de purification dans la musique ? Et quel genre d’obscurité as-tu brûlé ?

C’est un symbole très simple, le fait de « brûler l’obscurité » qu’on porte. Mais évidemment, les deux côtés semblent inhumainement forts : il y a le cœur de pierre, en obsidienne, brillant, et puis, en même temps, la main grise en granite, essayant de brûler et écraser ce cœur. Mais l’obscurité que j’ai brûlée… J’ai connu tout un tas de choses dans ma vie. J’ai traversé un divorce il y a quelques années, ce qui est un truc assez dégueulasse à vivre, surtout quand tu as mis autant d’énergie dans [la relation]. Tout le monde commence avec l’idée que ce sera sa vie, et je n’aime pas échouer. Mais au final, c’était pour le mieux. Mais ça reste une obscurité que tu dois brûler. Il faut s’en débarrasser, la laisser partir. Ce n’est pas la première fois. Je suis un dépressif chronique, donc quand ces choses arrivent, elles ont tendance à réveiller le démon.

« Tu veux être un astronaute, mais tu n’arrives pas à atteindre les étoiles comme ça, alors qu’est-ce que tu fais ? Tu essayes de devenir un rockeur ! Parfois, je dis que c’est ce qui m’a permis de me rapprocher des étoiles, et il y a Tuomas ou Floor à côté et je les montre du doigt. Ça leur fait toujours très plaisir ! [Rires] »

Est-ce que ça t’a fait te sentir mieux une fois que cet album était fait, après avoir brûlé cette obscurité ?

Une fois que tout le travail a été fait, certainement, je me suis senti mieux ! [Rires] Je ne sais pas. C’est juste des trucs en moi que je peux utiliser. Je me suis senti plutôt bien ces quelques dernières années, y compris avant de sortir cet album. C’est sûr que j’étais mieux après, après m’être débarrassé des soucis et avoir fini le travail, mais je ne suis pas sûr si c’est directement lié à ma vie.

Il y a une chanson poignante intitulée « The Voice Of My Father ». Qu’est-ce que ton père représente pour toi ?

Il y a le simple fait qu’il avait pour habitude de chanter pour nous endormir, mon frère et moi, quand nous étions jeunes. J’ai fait la même chose avec mes garçons quand ils étaient petits, chanter pour les endormir. Mon père et moi avons partagé l’alcoolisme, et nous nous en sommes tous les deux sortis vivants, ce qui était super. C’est quelque chose que nous transférons intentionnellement ou non d’une génération à l’autre. Et, de ce que je sais sur mon père et ses principes, c’était un homme très compatissant, très droit, mais il avait ses faiblesses, du genre qui fait s’effondrer un homme. J’en ai connu quelques-unes aussi – l’alcoolisme, en l’occurrence. C’est de là que vient cette histoire.

Tu es donc totalement sobre maintenant ?

Oui, ça fera dix ans en mars. Pour moi, c’était un peu bizarre, parce que je pensais que les gens qui boivent trop soit se tournent vers des prêtres, soit deviennent reclus et ne voient plus leurs amis. Mais je n’ai rien fait de tout ça. Je savais juste que ça m’apportait des ennuis. Au début c’était amusant, mais la peine que ça m’apportait a fini par devenir dix fois plus importante, et je savais qu’il fallait que je change. Je l’ai fait, et je pouvais toujours traîner avec mes amis dans des bars et avec mes collègues de groupe en coulisse quand ils se saoulaient, et il y avait un tas de conneries, de rires et d’humour de bas étage. Je me disais : « C’est facile. Je n’ai pas besoin [d’alcool]. » Je suppose que ça fait de moi un peu un cas à part, car je n’ai rencontré personne qui a arrêté l’alcool aussi facilement !

L’une des chansons s’appelle « I Dream ». Quel genre de rêve fais-tu ?

De nos jours, j’ai un sommeil trop profond, je me souviens rarement de quoi que ce soit ! [Rires] Je crois me souvenir d’un truc ridicule comme un aéroglisseur. Il ressemblait à une chaussure rouge ! Je me souviens m’être réveillé là-dessus cette semaine. Un aéroglisseur personnel – ce qui a l’air super, mais il ressemblait à une chaussure rouge, comme quelque chose issu du Magicien d’Oz ! C’est ce dont je me souviens de ce rêve. Va comprendre ! Mais quand j’étais enfant, bon sang, je rêvais d’un tas de trucs bizarres ! J’étais un dévoreur de livres, et je lisais toutes sortes de bouquins de science-fiction et de littérature fantastique. J’ai appris à lire à quatre ans, et j’ai supplié mes parents de m’acheter Le Seigneur Des Anneaux quand j’avais sept ans. Ils ont dit : « Je ne crois pas que tu auras la patience pour ça », mais en fait si ! Donc ouais, j’étais un gamin très imaginatif. Ça m’a peut-être aidé à écrire mes propres trucs aussi !

Tu crois que si tu es devenu un grand artiste, c’est justement parce que tu étais très imaginatif étant enfant ?

Si je disais que je suis d’accord, ça voudrait dire que je me vois comme un grand artiste, or ce n’est pas forcément vrai ! Je suppose que je suis suffisamment bon dans ce que je fais ! C’est plus ainsi que je vois les choses. Mais oui, bien sûr : tout ce qui nourrit ton esprit et ton imagination t’aide à canaliser tes idées de certaines manières. Tout ce que tu apprécies façonne ton cerveau dans cette direction. C’est ce que l’on sait aujourd’hui.

Que rêvais-tu de devenir plus tard quand tu étais enfant ?

Mon premier rêve était de devenir astronaute ! Mais ça a été contrarié quand j’ai appris que la Finlande n’avait pas vraiment de programme spatial, ou la technologie. Zut ! [Petits rires] Mais après ça, je ne sais pas. Il n’y a rien eu de sérieux jusqu’à ce que je devienne vraiment accro au rock n’ roll. J’aimais le metal old school, surtout quand mon frère a ramené à la maison Master Of Reality de Black Sabbath lorsque j’avais neuf ans. Une autre chose qui a commencé à me mettre ce rêve dans la tête était quand j’avais onze ans et que j’ai entendu « Long Live Rock ‘n’ Roll » de Rainbow. Je criais comme un malade ! J’ai appris toutes les paroles, je les ai mémorisées et je les chantais, et les voisins ont cru que j’étais fou ! Deux ans plus tard, je jouais déjà sur la guitare acoustique de mon père et un peu de guitare électrique, et quand j’avais treize ans, nous avons créé notre premier groupe à l’école. Je suppose que c’était ça les rêves : tu veux être un astronaute, mais tu n’arrives pas à atteindre les étoiles comme ça, alors qu’est-ce que tu fais ? Tu essayes de devenir un rockeur ! Parfois, je dis que c’est ce qui m’a permis de me rapprocher des étoiles, et il y a Tuomas ou Floor à côté et je les montre du doigt. Ça leur fait toujours très plaisir ! [Rires]

« Quand nous faisons d’autres projets, c’est pour essayer des choses différentes dans un contexte différent. Ça apporte un peu d’excitation. Disons que Nightwish est un mariage qui autorise les liaisons extraconjugales. »

Quels sont tes rêves désormais pour l’avenir ?

Je n’en suis pas sûr. Ce serait sympa de pouvoir continuer en parallèle Nightwish et mon projet solo, au moins pendant un certain temps. Puis, bien sûr, j’aspire à trouver un peu plus de temps pour moi. Ces quelques dernières années, y compris durant l’année sabbatique de Nightwish, je me suis peut-être imposé un peu trop de choses.

Tu as déclaré : « Nightwish est sans l’ombre d’un doute mon groupe principal, et grâce aux revenus que ça me donne, je ne suis pas obligé d’être vraiment viable commercialement… » Est-ce que ça veut dire que vous avez des exigences commerciales quand vous faites un album de Nightwish ?

Non… Je veux dire, Nightwish est également un type de groupe très peu mainstream, mais il a du succès. Et il a du succès, je pense, justement pour cette raison, car il ne suit pas les règles du mainstream. Il a constamment eu sa propre façon de faire les choses ; on reconnaît le groupe à chaque fois, mais aussi ça change à chaque fois.

La liberté et l’inspiration que tu as trouvées dans ton projet solo, c’est aussi quelque chose que Tuomas Holopainen a ressenti avec son projet Auri. Avez-vous parfois l’impression de vous sentir un peu piégés dans votre propre création avec Nightwish, surtout par rapport à sa folie des grandeurs ?

[Rires] Non, mais si nous avions un leader jaloux qui n’autorisait pas que lui ou n’importe qui dans le groupe ait d’autres choses à côté, alors oui, ce serait un piège. Mais là, c’est un groupe de personnes sympas faisant de la musique ; un groupe très imaginatif aussi. Ce n’est pas un piège, c’est amusant. Mais bien sûr, quand nous faisons d’autres projets, c’est pour essayer des choses différentes dans un contexte différent. Ça apporte un peu d’excitation. Disons que Nightwish est un mariage qui autorise les liaisons extraconjugales.

Même si tu ne t’es rien refusé dans cet album solo, le lien avec Nightwish n’est jamais très loin, dans les mélodies, l’instrumentation ou même certaines atmosphères. Ce ne sont pas deux mondes totalement éloignés. Est-ce que ça veut dire que Nightwish a déteint sur ton sens artistique, après avoir joué toutes ces années dans le groupe, ou bien est-ce parce qu’il y a bien plus de toi dans Nightwish que peut-être les gens le présupposent, vu qu’ils voient généralement le groupe comme le bébé de Tuomas ?

[Rires] Tu me demandes d’être objectif sur mon propre apport créatif ! Disons qu’à cause de ce que nous faisons ensemble, c’est sans doute inévitable que nous apprenions l’un de l’autre. Certaines techniques – de composition, d’écriture, certains sons que nous utilisons, etc. – déteignent l’une sur l’autre et ensuite, il se peut que nous les utilisions inconsciemment. Nous ne nous demandons pas : « Est-ce qu’on devrait laisser certaines choses de côté ou est-ce qu’on devrait les utiliser ? » Parfois, nous nous posons vraiment des questions l’un à l’autre : « Est-ce que je peux utiliser ça ? » Par exemple, la phrase « Thoughts from a severed head » dans « Poet And The Pendulum » est venue de moi. C’était juste une phrase que j’avais et j’ai dit: « Ce serait sympa de l’utiliser. » Et il a dit : « Est-ce que je peux l’utiliser là ? » « Vas-y, c’est une bonne phrase ! »

Le nouvel album de Nightwish, Human Nature, a été annoncé récemment. On va parler à Tuomas dans quelques semaines, mais en attendant, que peux-tu nous dire à son sujet ?

Le groupe est encore plus mis en avant sur le premier disque, et puis bien sûr, il n’y a pas du tout de groupe sur la face orchestrale de l’album. L’album a encore plus de poigne et de punch, pour ainsi dire. Nous utilisons autant que possible le groupe lui-même pour créer les harmonies vocales, au lieu d’utiliser un chœur. Vous entendrez que ce sont quelques voix humaines différentes qui sont empilées, principalement trois. Voilà donc certaines des différences que vous pourrez bientôt entendre.

Le second disque, c’est donc une sorte de symphonie par Nightwish ?

Je ne sais pas comment le définir. Je ne m’y connais pas trop en structure symphonique. J’ai étudié la théorie musicale, mais le côté histoire était ennuyeux ! Mais c’est une pièce orchestrale, ou une série de pièces orchestrales.

Tu vas tourner pour cet album solo en février, mais d’un autre côté, Nightwish est en train de se préparer pour la sortie de l’album et pour la prochaine tournée. Ça n’a pas été compliqué de caler un planning pour cette tournée solo ?

Non, ça a été préparé. Ce n’est pas si compliqué. Je commence ce vendredi, ensuite je continue jusqu’au 19 février. Puis les répétitions de Nightwish pour la tournée commenceront fin mars. Ça me laissera plus d’un mois pour glander ici chez moi !

A quoi peut-on s’attendre avec ta tournée solo ?

Si on se réfère à ce que nous avons fait lors des festivals finlandais, nous avons un set aussi varié que l’album. Il y a des moments où ça va clairement envoyer, et aussi des moments hypnotisants. A priori, ça fonctionne bien !

Interview réalisée par téléphone le 29 janvier 2020 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Tiphaine Lombardelli.
Traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Andrea Beckers & Ville Akseli Juurikkala (4).

Facebook officiel de Marko Hietala : www.facebook.com/markohietalaofficial.

Acheter l’album Pyre Of The Black Heart.



Laisser un commentaire

  • Arrow
    Arrow
    Slipknot @ Lyon
    Slider
  • 1/3