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Chronique   

Mars Red Sky – The Task Eternal


Si la scène française est portée par des groupes avec de plus en plus d’influence, que ce soit Gojira, Alcest ou plus récemment Klone, beaucoup d’autres formations ont tous les ingrédients pour prétendre à encore davantage de notoriété. Les Bordelais de Mars Red Sky en font partie, chantres d’un stoner atmosphérique. Apex III (Praise For The Burning Soul) évoquait un univers dystopique teinté de multiples ambiances et confirmait le penchant du trio pour les constructions musicales ambitieuses, presque « cinématographiques ». Leur nouvel album était annoncé par un EP à tirage limité, Collector, dont le titre éponyme aux rythmiques grasses et aux mélodies suaves est désormais présent sur The Task Eternal. Avec cette œuvre, Mars Red Sky ancre son orientation musicale, faite d’une maîtrise d’élans psychédéliques, de mélodies envoûtantes et d’un groove massif.

Enregistré dans un château médiéval, The Task Eternal bénéficie tout du long d’une production singulière, avec ce qu’il faut de distinction entre les différentes couches pour ne pas donner une impression chirurgicale et froide mais plutôt former un « magma » où chaque élément trouve sa place. The Task Eternal s’inscrit dans la lignée de ces productions organiques de plus en plus recherchées au sein de la scène metal. « The Proving Grounds » fait la part belle aux effets de basse, délivrant une chaleur et un grain qui rappellent autant le post-rock à la The Black Angels que les ambiances enfumées des sessions de Kyuss. « Collector » incarne la philosophie mélodique de Mars Red Sky, qui est de ponctuer un riffing très ample, rappelant ici la mélasse de fuzz d’un Electric Wizard, par le timbre aigu de Julien Pras qui émerge tout juste de la densité sonore du groupe. Sa présence suffit à guider l’auditeur au sein des compositions et lui procure plusieurs accroches, même lors de structures plus alambiquées telles que « Recast » et son final cathartique. Le procédé se retrouve à de nombreux endroits, la voix de Pras se mêlant aux autres instruments pour constituer un mur de son d’une certaine élégance (la fin de « Hollow King » par exemple). Mars Red Sky joue en outre sur l’agencement des morceaux : par un rendu hypnotisant, « Reacts » reprend directement l’outro de « Recast » qui suit l’évolution inverse de son prédécesseur, puisant dans l’énergie de ce dernier pour se lancer avant de s’atténuer et de laisser place à des mélodies psychés plus contenues.

C’est la cohérence de The Task Eternal qui permet à l’œuvre de fonctionner. Même lors de titres davantage centrés sur la puissance mélodique, à l’instar du lancinant et émotionnel « Crazy Hearth » qui voit le chant s’assumer en tant qu’« instrument » lead, Mars Red Sky ne quitte jamais l’atmosphère qu’il a installée sur les titres précédents. On pourrait reprocher cependant à The Task Eternal de stagner dans la même dynamique, impression qui survient au terme de l’écoute et soulignée par ce procédé de lier les compositions comme le couple « Hollow King » / « Soldier On ». D’une certaine façon, difficile de lui reprocher cette monotonie étant donné le genre pratiqué et l’intention qui motive The Task Eternal, visant l’immersion dans un univers aux contours volontairement flous. « A Far Cry » se charge à la fois d’aérer l’ensemble et de le conclure avec pour principal atout sa guitare acoustique et ses arrangements éthérés. Mars Red Sky conserve une forme de pesanteur tout en lui donnant d’autres couleurs, The Task Eternal s’estompe en laissant une impression de sérénité presque contemplative.

The Task Eternal prouve bel et bien que Mars Red Sky propose une approche singulière et toute personnelle du stoner rock, en le délaissant parfois presque intégralement pour des terres plus progressives (« Hollow King » qui a par certains éléments des airs de rock prog des années 70). Le trio s’efforce de constituer une enveloppe sonore atypique de la première à la dernière seconde avec des composantes très simples et humbles : aucune ne veut prendre le pas sur l’autre, y compris le chant, exemple académique de complémentarité avec les instruments jusque dans son traitement. Mars Red Sky a parfaitement conscience de ses atouts, qu’ils soient instrumentaux ou conceptuels (comme l’agencement des compositions), et parvient finalement à créer cette exaltation nourrie par un univers immersif consciencieusement ciselé.

Album en écoute :

Clip vidéo de la chanson « The Proving Grounds » :

Clip vidéo de la chanson « Collector » :

Album The Eternal Task, sorti le 27 septembre 2019 via Listenable Records. Disponible à l’achat ici



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