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Interview   

Mass Hysteria est en train de lever une armée


Après un passage à vide de quelques albums, Mass Hysteria a frappé fort avec une série d’albums ayant grandement convaincu et réconcilié le groupe avec ses fans de la première heure. Depuis, les Parisiens ont le vent en poupe et réalisent une ascension qui laisse présager un avenir marquant pour le metal français. Le précédent disque Failles avait déjà été suivi de bon nombre de moments forts tels qu’une rencontre (et même un concert) avec feu Patrick Roy ou de concerts prestigieux au Sonisphere 2011 ou en première partie de Metallica en 2009. Enfonçant encore un peu plus le clou musicalement, le nouvel album L’Armée Des Ombres, qui vient de sortir, se vend extrêmement bien. Mass Hysteria semble aujourd’hui impossible à stopper.

Nous sommes revenus avec Raphaël Mercier, batteur de la formation, sur les épisodes marquants de leur carrière, de l’album Contraddiction aux albums « mal aimés » tels que l’album noir éponyme, puis ce retour tonitruant – certes modéré par une industrie du disque rendant la tâche difficile à tous les musiciens – que connaît Mass depuis Une Somme De Détails. Le groupe manifeste à ce propos une grande reconnaissance envers son public.

Interrogé au cours de l’émission Anarchy X il y a quelques jours, le batteur évoque les concerts du groupe où s’opère un échange d’énergie et de vibrations particulièrement inspirant. Et, sur un autre sujet, Raphaël, fan inconditionnel de Phil Rudd rappelle en fin d’interview que la batterie n’est pas tant question de démonstration que de pulsation.

Réécouter l’interview : [audio:interviews/Interview Mass Hysteria.mp3|titles=Interview Raphaël (Mass Hysteria)]

« Le public n’attendait pas de Mass qu’ils fassent dans le light et le commercial. »

Depuis quelques albums, Mass Hysteria est en pleine phase d’ascension et est en train d’exploser. L’album précédent avait été suivi d’une rencontre avec Patrick Roy, de concerts au Hellfest et au Sonisphere. Et L’Armée Des Ombres a très bien démarré et est dans le top album français…

C’est vrai qu’il est étonnant de constater qu’au bout de pratiquement dix-huit ans, nous arrivons encore à placer un album dans le top quatorze, chose qui n’était pas arrivée depuis presque dix ans et l’album Contraddiction ou De Cercle En Cercle. Je n’ai pas vraiment d’explication à ce sujet, sûrement le fait d’être toujours présent après toutes ces années, de donner le maximum à chaque concert ; et nous avons la chance d’avoir un public fidèle depuis le début, qui a grandi avec nous et qui se renouvelle, et ça c’est une bonne chose.

Depuis deux ou trois albums, plus précisément depuis Failles, vous êtes revenus vers des riffs beaucoup plus massifs. Est-ce que tu crois que cela peut avoir un lien avec ça ?

Je le pense également. Maintenant c’est Yann qui compose la majeure partie des morceaux, comme à l’époque de Contraddiction où tout partait de ses riffs, nous sommes revenus à un genre plus rentre-dedans. Cela s’est fait naturellement. Nous prenons en compte aussi, au fil des concerts, les choses qui plaisent et celles qui plaisent moins. Je prends, par exemple, l’album noir qui était complètement différent et je ne pense pas que se soit ce que le public attendait de Mass. Du coup, là, nous revenons aux basiques. Mais, encore une fois, cela s’est fait très naturellement à partir de Une somme De Détails, ça a continué sur Failles et là avec le dernier album. Oui, c’est clairement redevenu rentre-dedans.

Il est paradoxal de constater que lorsque vous vous êtes essayés à un genre un peu plus vendeur, voire commercial, ça n’a pas très bien marché, alors que maintenant vous recommencez à écrire sans compromis, le succès commercial est au rendez-vous. Qu’en penses-tu ?

Effectivement, mais comme je le disais tout à l’heure, le public n’attendait pas de Mass qu’ils fassent dans le light et le commercial. Avec l’album Contraddiction, nous avons voulu essayer d’autres choses, ainsi qu’avec De Cercle En Cercle et Noir, et je pense que nous aurions dû nous poser moins de questions, faire évoluer les choses, etc.

« Je pense que nous aurions dû nous poser moins de questions »

Avec le recul, quelle est ton opinion sur ces albums, qui représentent pour vous au final, le creux de la vague ?

Concrètement, la tournée et l’album De Cercle En Cercle ont aussi bien marché que l’album Contraddiction. Le principal reproche que je ferai à De Cercle En Cercle, c’est d’être un peu décousu, il partait un peu dans tous les sens par moments. En ce qui concerne Noir, clairement, la production n’est pas à la hauteur des morceaux, cela n’a pas la pêche que cela aurait dû avoir.

En ce qui concerne Noir, Yann, il y a quelques temps, avait laissé entendre qu’il aurait voulu réenregistrer l’album. En avez-vous parlé entre vous ?

Oui, nous avons parlé, sans pour autant nous être mis d’accord sur quand. Il y a des idées de réenregistrements de titres d’anciens albums, dont certains issus de l’album noir. C’est dans l’air du temps, dirons-nous.

Vous confirmez bien que ça n’est pas juste une idée en l’air, c’est un projet que vous entendez mener à bien concrètement ?

Nous avons envie, en effet, de faire des choses. Pour l’instant, les contours sont encore un peu vagues. Mais dans quelque temps il se peut que vous ayez une petite surprise.

A l’époque de l’album Failles, Yann avait également évoqué l’idée de faire un album concept ou un double album. Est-ce qu’il vous en a parlé avant de faire ce nouvel album ? Pourquoi ne pas l’avoir fait maintenant ?

Je ne sais pas, nous n’en avons pas vraiment parlé. Pour des questions de timing aussi tout simplement, ça n’a pas été possible de pouvoir finaliser certains morceaux. Nous avons encore quelques titres qui auraient pu être sur L’Armée Des Ombres mais, à mon avis, nous allons nous en resservir dans pas longtemps… (rire démoniaque)

Cet album semble être une extension de Failles en quelque sorte, dans le sens où vous avez consolidé ce que vous aviez acquis avec Failles. Est-ce qu’au sein du groupe, quand vous avez écrit cet album, il y avait cet état d’esprit de consolidation des acquis de l’album précédent ?

Oui, je pense en effet, consciemment ou inconsciemment, mais l’idée était bien là. Nous sommes revenus avec Une somme De Détails et cela s’est très bien passé. Avec Failles, ça s’est encore mieux passé. Et là, avec ce dernier album, nous avons voulu chercher à améliorer le meilleur de Failles. Donc, oui, c’est vraiment la continuité de l’album précédent.

L’Armée Des Ombres est le premier album réalisé avec votre nouveau bassiste, Vincent, et il porte le même nom de famille que toi, est-ce ton frère ? Quelqu’un de ta famille ou un hasard complet ?

Si tu regardes bien attentivement les photos, il est évident que ce n’est pas mon frère, ou bien il y aurait un gros souci (rires). En fait, c’est un pur hasard, nous ne sommes pas du tout de la même famille.

On remarque dans cet album une continuité en termes de composition, de son, par rapport au précédent. Vincent est un ami de longue date et il semblerait que c’est pour cela qu’il a été intégré au groupe, car il connaissait votre musique et allait pouvoir tout de suite être en accord avec votre univers musical et trouver ses marques au sein du groupe…

Tu as parfaitement répondu à ta propre question ! (rires) Nous le connaissons depuis longtemps en effet. Dans le groupe, nous avons toujours fonctionné à l’humain. Nous avons reçu des appels de personnes voulant intégrer le groupe mais, globalement, ce n’étaient pas forcément des gens fans du groupe ou qui le deviennent bizarrement juste après le départ de notre ancien bassiste… Quand la question du remplacement s’est posée, Vincent est la première personne à qui nous avons pensé, nous n’avons pas tergiversé longtemps. Dès qu’il est arrivé au sein du groupe, cela a tout de suite collé. Et ça s’est confirmé sur l’album et sur les premiers concerts, où il y a eu une vraie cohésion dans le groupe.

« Nous avons reçu des appels de personnes voulant intégrer le groupe, mais globalement ce n’étaient pas forcément des gens fans du groupe ou qui le deviennent bizarrement juste après le départ de notre ancien bassiste… « 

Dans une interview à la Boîte Noire, tu mentionnais le fait que tu étais particulièrement fier des textes que Mouss avait écrits pour cet album. Pourquoi te touchent-ils à ce point là ?

Je trouve qu’il a su passer un cran au-dessus au niveau de l’écriture. Bien sûr, des morceaux me touchent plus ou moins. Des morceaux comme « Même Si J’explose » ou « Raison Close », pour des raisons très personnelles, me parlent plus que les autres. Mais, après tout, c’est le but d’une chanson. Je ne vais pas m’étendre là-dessus, mais le morceau « Raison Close » m’a particulièrement touché. Je le trouve très bien tourné, il a fait un effort dans sa façon de chanter, du coup, ça module plus et, au final, je trouve qu’il y a plus de coffre et de hargne et ça, ça me plait, forcément !

Est-ce que le titre de votre dernier album, L’Armée Des Ombres ne serait pas un moyen de définir vos fans les plus fidèles du son sans compromis de Mass Hysteria ?

Oui, bien sûr. Même si je n’ai pas trop réfléchi à la question, l’idée me séduit beaucoup. Il y a différentes interprétations libres, mais celle-là me plaît bien. Sans eux, nous ne sommes strictement rien. Nous avons la chance d’avoir un public très fidèle qui, certes, évolue, qui était important à un moment, moins à d’autres, mais là il grossit et il existe un véritable échange entre le public et nous qui est très fort. Ils se nourrissent de nous et nous nous nourrissons d’eux. C’est assez difficile à expliquer en fait. Quand je suis derrière ma batterie sur scène, je ressens des vibrations, de l’énergie, plein de choses que tu ne ressens pas dans la vie de tous les jours. C’est un lien très fort et intense.

Comment les concerts de la tournée se sont-ils passés ?

Très bien. Un premier concert comme un premier concert de tournée, avec les ajustements à faire pour les suivants. Un peu d’appréhension, de nervosité quand tu joues les nouveaux morceaux, deux ou trois problèmes techniques, nous avons tout de même eu cinq coupures de courant, ce qui n’est pas… courant ! (rires) Malgré tout, la réaction du public était à la hauteur, les gens ont été très cools. Et, par contre, le concert du lendemain à l’Open Rock Festival était juste incroyable. Le public était en plein dans l’ambiance, sur scène, pour nous, tout roulait parfaitement (je dis rarement ça parce que je suis assez maniaque et critique envers nous-mêmes) et là j’avais l’impression que nous avions déjà fait vingt ou trente concerts ensemble. Les nouveaux morceaux passaient très bien du premier coup… Cela nous a tous rassuré, conforté dans notre choix et cela nous a tous motivés pour faire la meilleure tournée possible avec cet album. En plus, les réactions sur le disque jusqu’à maintenant sont excellentes, donc nous comptons bien en profiter à fond.

Vous avez joué, il me semble, Contraddiction en entier l’année dernière, Yann semblait dire que vous l’aviez enregistré, est-ce que vous comptez le sortir ?

Oui, il a bien été enregistré mais pour l’instant il n’y a pas de volonté de notre part de le sortir. Pour l’instant, nous nous concentrons sur le live de l’Olympia, faire un nouveau DVD en proposant un spectacle un peu à part sur la tournée. Après, pourquoi pas rejouer Contraddiction en entier sur certaines dates, tout est ouvert. Nous avons répété beaucoup de morceaux. Personnellement, j’ai envie de varier les setlists un maximum parce que nous avons des fans qui font plusieurs concerts sur une même tournée, et donc proposer des choses variées, et que ce ne soit pas toujours le même set. Tout l’univers des possibles est ouvert.

C’est bien, vous ne faites pas comme AC/DC qui propose la même setlist pendant 500 dates…

D’un autre côté, je les plains, ils ont tellement de classiques, qu’ils sont obligés de les jouer à chaque fois. Je trouve déjà bien de leur part de jouer cinq ou six titres de leur nouvel album quand ils en font un. Il est évident qu’ils ont tellement de titres de légende qu’il est impensable qu’ils ne les jouent pas, tout comme Metallica, ou Maiden, tous les grands au final. Il est primordial de satisfaire son public aussi. Si tu assistes à un concert d’AC/DC et qu’ils ne jouent que les morceaux de Black Ice ou de Fly On The Wall, je ne suis pas sûr que tu apprécierais beaucoup…

« Il existe un véritable échange entre le public et nous qui est très fort. Ils se nourrissent de nous et nous nous nourrissons d’eux. »

Nous sommes d’accord. Certains groupes comme Metallica essaient vraiment de varier mais il est évident que quand tu as une batterie de tubes en stock, il faut les placer.

Ce n’est pas toujours évident de contenter tout le monde… Certains fans ont un titre culte mais ont peu de chance de l’entendre en live, il faut savoir faire des choix et c’est toujours délicat. En tan que fan d’AC/DC, j’adorerais entendre « Touch Too Much » en live, mais je sais que ça n’arrivera jamais…

Pourtant ce morceau pourrait être considéré comme un tube, non ?

Pour moi c’est tout simplement leur meilleur morceau, c’est un chef d’œuvre !

Alors comme ça tu es fan d’AC/DC ?

C’est-à-dire que sans AC/DC je ne jouerais sûrement pas de batterie aujourd’hui. Les deux premiers groupes de ma vie ont été Kiss et ACDC.

Cela se ressent beaucoup dans ton jeu, qui est très épuré et direct.

C’est encore plus vrai sur les derniers morceaux où il y tellement d’électro et d’informations que, si en en plus il fallait mettre de la double grosse caisse partout… Et je vais être honnête, je n’ai pas le niveau pour ça. C’est vrai que Phil Rudd est une de mes grosses influences, grosse caisse, caisse claire, charley, toujours la bonne pêche au bon moment qui suit la musique, voilà mon style !

Beaucoup de gens disent que Phil Rudd, ça n’est pas si facile à reprendre que ça…

Ça n’est pas évident du tout. Il a une façon de jouer bien spéciale. Il y a la grosse caisse en arrière du temps, la caisse claire un peu devant, il suit absolument toutes les impulsions que mettent la basse et Malcom Young. Si tu veux reprendre un morceau d’AC/DC, tu peux, ça va y ressembler, mais si tu regardes vraiment en détail, la moindre impulsion a son importance, c’est du travail d’orfèvre (rires).

D’après un auditeur qui nous a écrit sur la page Facebook de Radio Metal, il semblerait que le groupe ne soit plus professionnel, que donc vous ne vivez plus de votre musique, il l’aurait lu dans le dernier Rock Hard, info ou intox ?

L’industrie de la musique n’est plus ce qu’elle était, dirons-nous, donc il n’est plus aussi évident qu’auparavant de pouvoir vivre de sa musique et, de ce fait, certains membres du groupe sont obligés de travailler à côté, mais nous tirons tout de même nos revenus principalement des activités du groupe. Cela n’est pas non plus dramatique.

A quoi imputes-tu cette situation ? A l’état de l’industrie du disque ?

Il est indéniable que la baisse des ventes n’aide pas vraiment, ensuite il n’est pas possible de tourner tout le temps non plus. Il faudrait presque sortir un album tous les six mois comme dans les années soixante-dix. Peut-être que nous serons obligés d’en venir à ça qui sait. Tu fais ton album, tu enchaînes ensuite par une tournée d’un certain nombre de dates et quand tu es en période de composition tu es bien obligé de travailler à côté à moins de vendre cent mille ou un million d’albums…

Comment te projettes-tu dans le futur face à cette situation de manière générale et pour Mass en particulier ? Vois-tu une évolution de l’industrie du disque, que ce soit positif ou négatif ?

Je n’ai pas de vision à long terme là-dessus et personne ne peut prétendre en avoir. Je ne pense pas que nous revenions en arrière. Avec le phénomène du téléchargement, les gens ne vont pas revenir massivement acheter des disques, donc je n’ai vraiment aucune vision à long terme sur l’évolution de la chose. Il n’en reste pas moins que pour nous le principal est de pouvoir continuer à jouer, faire de bons concerts, des bons albums et de proposer des choses de qualité. Mais c’est plus compliqué qu’avant et tous les acteurs de la scène sont affectés.

Interview réalisée en direct durant Anarchy X par Spaceman et Metal’O Phil le 13 septembre 2012.
Retranscription : Grégory

Site internet officiel de Mass Hysteria : www.masshysteriaofficial.com



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