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Chronique   

Mass Hysteria – Maniac


« Vingt ans que l’on se donne la fièvre, vingt ans que l’on se dit amant » chantait les furieux Mass Hysteria sur « Notre Complot » de Matière Noire. Après ce dernier album largement salué par le public, une exposition médiatique plus grande, et l’emblématique Contraddiction certifié disque d’or, nul doute maintenant que le combo est un fier représentant du patrimoine metal français – si ce n’est même du rock – et que cela est mérité. Pour les Mass, ce succès n’est clairement pas un prétexte pour s’assagir, ni pour camper sur ses acquis. En effet le nouveau disque Maniac risque d’étonner par ses inspirations extrêmes plus prononcées que jamais, comme une façon d’exprimer qu’ils n’ont rien perdu de leur niaque.

Cette niaque symbolise en premier lieu un principe cher au groupe depuis leur quart de siècle : celui de la résistance. D’abord celle de l’individu face à lui-même, à ses émotions qu’il doit s’efforcer de gérer. C’est ce qu’illustre l’inquiétante mise en bouche « Reprendre Mes Esprits ». Une introduction au clavier plonge l’auditeur dans un cadre angoissant où Mouss se répète à lui-même « ça va aller » dans une tentative d’auto-persuasion. Mais difficile de trouver la raison quand on est passé à tabac par des guitares en mode rouleau compresseur et une caisse claire battante qui annoncent la trajectoire de l’opus. Là où l’on reconnait évidemment le plus l’esprit du combo, c’est dans son rapport au collectif. Maniac incarne cette résistance confraternelle et en particulier l’attache à son public. Ainsi on verra des clins d’œil réguliers à la scène sur « Partager Nos Ombres », qui maintient l’intensité instaurée dès le début de l’album. Au point culminant de sa technique (impressionnant sur « Reprendre Mes Esprits »), le batteur Raphaël Mercier propulse les riffs jusqu’à se lancer en fin de morceau dans un groove massif, presque tribal, qui attrape l’auditeur par la nuque. Indubitablement taillé pour le live, mais aussi plus lourd et hypnotique, surtout lors de la latence créée par son break électro, « L’Antre Ciel Ether » reste dans la thématique et rappelle ce besoin quasi-vital, un brin mystique, qui lie Mass Hysteria à leur passion et à leur art.

Toujours avec un regard posé sur notre époque, le combo canalise sa colère pour la faire exploser de manière chirurgicale. « Ma Niaque » va carrément chercher ses influences dans la nervosité du thrash metal, et en particulier celle de Slayer qui plane sur tout le pont, y compris dans le chant qui semble adopter une diction propre au style. Dans la lignée, « Nerf De Bœuf », où Mouss scande que sa « colère dépasse celle des dieux », fait resurgir le passé death metal de Yann Heurtaux, comme en témoigne un échange de solos old school enragé. Mais cette colère vient aussi de constats sur notre société, avec un combat contre l’oisiveté et l’ignorance qui domine l’espace public : « Chaman Acide » ou l’inquiétante « Arômes Complexes », avec ses guitares accablantes, appellent frontalement l’auditeur à éveiller son esprit autrement (« pour les révoltés, littérature et poésie. Téléréalité, langage sms pour les soumis. »). Mass Hysteria ne manque pas non plus, comme à son habitude, d’exprimer sa rancœur contre les politiques, qui sont « l’orchestre du Titanic », et conclue « Arômes Complexes » par des cris alarmistes, horrifiques même. Difficile à ce moment-là de ne pas être saisi de pessimisme. « Se Brûler Sûrement » rappelle malgré tout que la fameuse résistance ne peut se faire dans le repli et la passivité, et convie alors l’auditeur à se tourner vers l’avenir. Un discours qui finit transformé en catharsis, sous des rythmes martiaux et samples de voix dramatiques.

Si la musique est encore plus dure et incisive avec Maniac, Mass Hysteria ne se dénature pas pour autant, que ça soit avec son vocabulaire familier (dans des expressions telles que « ondes de chocs », « à bloc », « positif par passion » par exemple) ou, surtout, une énergie forcément positive car galvanisante. On retrouve aussi le groupe sur un terrain plus sensible avec « Derrière La Foudre » qui, si l’intensité reste omniprésente, avec les breaks et samples « à la Mass Hysteria », déploie un refrain entêtant dans un registre plus sentimental. La formule répétée à la fin, « on crève de peur mais on ne meurt pas », porte à elle seule toute la finesse de la plume de Mouss. Maniac se clôture sur une petite sucrerie électro/indus, dans une veine proche d’un Combichrist : « We Came To Hold Up Your Mind » se démarque du reste de l’opus, sauf pour sa tonalité obscure, mais rappelle avant tout les origines du groupe.

D’une certaine façon, Mass Hysteria délivre avec Maniac le même message que sur L’Armée Des Ombres et Matière Noire, mais en « enfonçant le clou » encore une fois, pour reprendre leurs propres termes. Forcément moins accessible, le disque exige une écoute attentive et répétée, mais l’effort en vaut la chandelle grâce à sa qualité de défouloir, si ce n’est de purgation. S’il peut surprendre par son tempérament, Maniac représente finalement ce qu’incarne Mass Hysteria : un groupe qui évolue avec son temps, qui continue à s’inspirer de ce qui l’entoure, et qui fondamentalement ne décolère pas, tout le contraire même.

Album Maniac, sortie le 26 octobre 2018 via Verycords. Disponible à l’achat ici



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  • BrutalDeathNergal dit :

    C’est moins mon style mais c’est néanmoins un groupe que j’apprécie. Et la chronique est excellente, bravo et merci au journaliste. Des chroniques comme ça donnent envie d’acheter l’album.

    [Reply]

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