ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Metalanalyse   

Mass Hysteria selon Mass Hysteria


Que faire pour surpasser ou, tout du moins, égaler et se rapprocher de ce qui apparaît comme étant un classique d’un groupe : à savoir pour Mass Hysteria, son album Contraddiction sorti en 1999 ? Quinze ans de carrière où le groupe a tantôt été plus proche de la « masse » par une évolution artistique et musicale plus « mainstream » que « metal », tantôt pouvant être défini comme la souche même de l’hystérie, avec un début de carrière sans concessions, marquant à grand coups de riffs les esprits et les corps secoués lors des concerts du groupe. Mass Hysteria, c’est un nom, une entité unique, et ce nouvel opus, L’Armée Des Ombres, est là pour le confirmer.

Rien n’a été aisé pour le groupe qui a pris le temps de redorer son blason. Une renaissance étape par étape, album après album. « A la base, on était très metal mais après Contraddiction, on a changé notre recette de peur de tourner en rond et proposer Contraddiction numéro 2. En plus, on n’a pas eu la production que l’on voulait, sans compter que les gens n’ont pas apprécié. Avec Une Somme De Détails (2007), on est revenu à nos racines et on a enfoncé le clou avec Failles (2009) » nous confiait Yann Heurtaux (guitariste), lors d’un entretien téléphonique remontant à mai 2010. D’ailleurs, le guitariste avait récemment annoncé la couleur concernant ce nouvel album, l’annonçant comme étant « dans la lignée de Failles et de Contraddiction mais en plus gros !!! ».

Car l’évolution musicale a ses limites. Suite au franc succès de Contraddiction qui posa alors les bases d’un metal brut de décoffrage et apparaissant de fait comme une référence auprès des fans, celui-ci encouragea le combo, bien que fier de sa réussite, à alors appréhender une certaine forme de lassitude et de linéarité dans sa musique. D’où la naissance de De Cercle En Cercle, le troisième album du groupe sorti en 2001, qui annonçait un virage plus électronique que ses deux prédécesseurs, et l’album Mass Hysteria sorti en 2005 (sur lequel Miossec a écrit trois des chansons) évoluant vers un style plus pop-rock. Le groupe s’était donc engagé sur un chemin tortueux. Une période qui n’a de toute évidence pas forcément plu aux fans du groupe. Le combo semblait dans une totale apathie. Raphaël Mercier (batteur) le disait lui-même à l’époque de la sortie de Une Somme De Détails : « C’était pas vraiment Mass. […] Yann avait une période de creux ». L’amorce musicale, bien que pensée, a laissé Mass Hysteria trop loin de ses repères musicaux. Aujourd’hui encore le groupe ne semble toujours pas convaincu par sa tentative d’évolution musicale.

Car Mass Hysteria c’est un son, une identité sonore et auditive forte. Le groupe évolue dans un metal industriel made in France où la saturation des guitares s’associe à de nombreux samples qui sont un peu comme une marque de fabrique du groupe, apportant une certaine profondeur à ses compos. Cette « violence » sonore s’est toujours accouplée avec les textes de Mouss Kelai (chant), teintés de hip-hop – mouvance typique dans le metal des années 90. Ainsi, depuis sa formation courant 1993, le groupe a réussi à former dans une sorte de melting-pot un mixte de ce qu’il se faisait dans les années 90, se formant une image singulière et atypique sur cette scène française. Un groupe qui, à l’origine, pratiquait plus un punk-hardcore relativement classique dont la musique fut teintée de samples avec l’arrivée d’Overload System (Pascal de son vrai prénom) qui apporta sa culture électro au groupe. Cette musique mutante fut alors enrichie par Yann Heurtaux, ancien guitariste de Necrophobia, qui apporta sa culture du thrash et du death. Tous ces ingrédients réunis et voilà une communauté de fans soudée, assurant une réelle notoriété au groupe. La preuve en est avec, en juillet 2009, leur première partie de Limp Bizkit au Zénith de Paris et celle de Metallica aux Arènes de Nîmes en compagnie de My Own Private Alaska.

La nécessité de revenir aux bases – pour les fans mais aussi pour eux-mêmes – se fait donc sentir. Le groupe revient alors avec Une Somme De Détails en 2007 qui, de manière encore hasardeuse, tente de reprendre la recette de Contraddiction. Un opus transitoire ouvrant cependant la voie pour Failles sorti en 2009. Un album gommant l’aspect ambiant de De Cercle En Cercle et le pop-rock de Mass Hysteria. Le groupe semble vouloir oublier le passé – tout du moins, le surpasser – et se concentrer sur l’avenir. Car si depuis deux albums le groupe semble lui même rejeter l’idée d’une évolution trop radicale suite à une expérience difficile vis-à-vis du public, la bande – sans forcément parler de véritable retour aux sources – veut se concentrer sur ce qu’elle sait faire de mieux. Ce style ayant fait ses preuves, il serait hasardeux d’en sortir. Deux opus pleins de hargne croissante et un nouveau venu posé sur les mêmes rails.

Ainsi L’Armée Des Ombres est l’album qui doit confirmer de manière définitive ce si bon ressenti. Le groupe gonflé à bloc depuis la sortie de Failles, la machine retrouve ses automatismes et cette nouvelle galette le démontre relativement bien. Entre les riffs très lourds et les samples de nouveau présents, le son Mass Hysteria semble retrouver sa jeunesse passée. L’avant-dernier titre de cet album, « Pulsion », en est d’ailleurs un exemple concret. Indice de cette jeunesse retrouvée : le groupe a fait appel à Olivier Coursier, membre du groupe de 2000 à 2007, afin de composer les samples de ce nouvel opus – rôle qu’il occupait déjà à l’époque. La démarche est donc tout aussi volontaire que celle entreprise en 2001. Mais ce coup-ci de manière inverse : oublier toute volonté d’évolution hors des sentiers battus pour ratisser en profondeur dans un style déjà maîtrisé et connu. De plus, le nouveau bassiste de Mass Hysteria, Vincent Mercier, ex-Die On Monday, est un ami de longue date du groupe, ce qui peut expliquer – du moins, déduisons le – une certaine cohérence dans le son de ce nouvel opus qui ne se retrouve donc en aucun cas déséquilibré par quelques changements mineurs suite au départ de Stéphane Jaquet. L’Armée Des Ombres est donc très proche d’un Failles mais démontre un travail encore plus poussé.

Cet engouement « nouveau » autour du groupe a très certainement conforté la bande dans une démarche musicale sans compromis, puisque le groupe durcit le ton d’albums en albums. Car quand la bande s’est essayé à d’autres styles (a priori plus vendeurs) les résultats furent en deçà des attentes. Finalement c’est quand Mass Hysteria fait du Mass Hysteria que la recette fonctionne et paye, satisfaisant le public mais aussi la fierté personnelle des membres. Cependant, les Français de Mass n’ont pas reproduit ce qu’ils avaient eux-mêmes fait sur Contraddiction. L’esprit de cet album démontre l’évolution à partir de cette base posée en 98. Cela donne donc un Mass Hysteria de plus en plus metal et de plus en plus massif. Un album à la production massive et puissante, où les samples sont ici de véritables arrangements, accentuant cette puissance sonore. Douze titres où le plus long (« Même Si J’Explose ») ne dépasse pas les 5 minutes et 5 secondes. Tout est très direct avec des titres diablement accrocheurs tels que « Positif A Bloc », titre d’ouverture, « L’Homme S’Entête » et son refrain béton, ou « Tout doit disparaître » et son riff principal.

L’Armée Des Ombres n’est donc pas la surprise, il n’est pas non plus le nouvel album phare du groupe, il apparaît comme une digne suite dans sa discographie, inspiré et bien pensé. Cet album avait pour but de rassurer de manière définitive. Chose faite. Mass Hysteria est incontestablement de retour et ce, pour le plus grand plaisir des nombreux fans des Français. Et pour son avenir musical, si, comme nous le disait Yann, le groupe prévoit toujours de tenter l’aventure de l’album-double ou de l’album-concept (ce que ne semble pas être celui-ci), alors on peut être sûr que le combo a fini de poser solidement les bases qui lui permettront d’aller plus loin avec un projet plus ambitieux et qu’il a les armes pour conquérir de nouveaux territoires.

L’Armée Des Ombres, sorti le 27 août via Verycords.



Laisser un commentaire

  • Bon, musique mise à part car les goûts et les couleurs de chacun, ça se discute pas.
    Mais franchement, c’est quoi ces paroles ??? Un poème d’élève de CM2 est plus inspirée !!!

    [Reply]

    jean-phi

    Tu as bien l’air d’un cm2 avec ta remarque a 2balles. T’es du genre à écouter des chansons en anglais sans comprendre les paroles mais c’est quand même vachement mieux.

  • les ambiances elctro font bcp de bien aux riffs et ajoutent une touche plus charnue aux morceaux, qui sont les organes d’un albums pleins 🙂

    [Reply]

    Torpedo

    Complètement d’accord. De ce point de vue l’album « De cercle en cercle » me semble le plus abouti à ce niveau. C’est de loin mon préféré. J’ai un peu plus de mal avec les derniers bien que n’ayant pas assez de recul pour l’armée des ombres (2 écoutes seulement).

    Ceci dit c’est un band’ que je retrouve chaque fois avec plaisir en show 🙂

    Torp’

  • Arrow
    Arrow
    Alice Cooper @ Paris
    Slider
  • 1/3