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Chronique   

Mastodon – Emperor Of Sand


Ah Mastodon… Tout le monde se souvient de la claque monumentale qu’était Crack The Skye (2009) (dont les prémices étaient déjà présentes dans Blood Mountain (2006)). Depuis, Mastodon a délaissé l’album concept pour se concentrer sur des albums plus traditionnels, collections de titres efficaces, certes fous, directs, sans pour autant atteindre les proportions épiques de Crack The Skye. De fait, lorsqu’on sait que Brendan O’Brien, le producteur de 2009 est de retour aux manettes pour Emperor Of Sand, l’excitation est difficile à contenir. En effet, le septième opus de Mastodon marque bel et bien le retour à l’album concept, du moins dans l’écriture. Emperor Of Sand raconte le voyage dans le désert d’un vagabond qui a reçu une sentence de mort, métaphore du cancer qui a touché des membres de la famille du groupe. Toutefois, Emperor Of Sand n’emprunte pas une direction musicale aussi radicale que Crack The Skye. Il est un compromis entre l’épique de ce dernier et l’efficacité d’un The Hunter (2011).

Emperor Of Sand est difficile à appréhender. Évidemment les traits caractéristiques du groupe sautent aux yeux : arpèges complexes, breaks surexcités de Brann Dailor, soli heavy qui sont devenus la véritable marque de fabrique de Brent Hinds. Pourtant, on trouve moins d’arrangements loufoques auxquels avaient recours les deux albums précédents. Emperor Of Sand emprunte un ton plus grave, plus sérieux. De quoi servir la narration en somme. Le titre d’ouverture « Sultan’s Curse » et son riff rentre-dedans est un classique : impossible de ne pas faire le rapprochement avec les sonorités développées dans Crack The Skye (oui, encore. La patte de Brendan O’ Brien est bien présente), que ce soit dans ces fameux arpèges de guitare ou la voix de Brent Hinds. Toutefois, on retrouve toujours ce que Mastodon avait développé dans ses derniers ouvrages : un sens de la mélodie et du refrain extrêmement accrocheur. Ceci résume finalement plutôt bien Emperor Of Sand : une architecture complexe mêlée à une culture du hard rock classique, mélange entre l’épique d’un récit et l’attrait de l’immédiat. Un titre comme « Show Yourself » illustre justement ce propos, en ayant des airs de Queens Of The Stone Age. Emperor Of Sand marque d’ailleurs une réelle avancée du groupe en terme de chant. Que ce soit Brann Dailor, Brent Hinds ou Troy Sanders, les mélodies vocales sont autant diverses que bien exécutées. « Roots Remain » montre des aspects que le groupe n’a que peu développé jusqu’alors, à savoir un chant calqué sur un passage ambiant. Ayant mauvaise presse en live, les voix clean de Mastodon sur Emperor Of Sand sont simplement les meilleures entendues jusqu’alors dans la discographie du groupe. À l’instar de son travail avec Gone Is Gone, Troy Sanders prouve une nouvelle fois que son arsenal vocal s’est étendu, y compris en terme de growls sur l’ambitieux « Word To The Wise » ou l’écorché « Andromeda ».

Pour répondre à sa thématique, Emperor Of Sand utilise moins de sonorités aux tendances rock/pop, « Show Yourself » étant l’exception. Mastodon renoue avec l’art du riff tranchant, à l’image de « Precious Stones » et surtout de « Scorpion Breath ». Le groupe privilégie en outre des ambiances pesantes, « Steambreather » se reposant sur une ligne de basse massive. Emperor Of Sand se fait d’ailleurs le terrain de jeu de Brent Hinds qui s’il ne se démarque pas par son originalité dans ses soli, ne manque jamais d’efficacité et participe grandement à la dimension plus grandiose de l’album. Mention spéciale justement à la conclusion de « Roots Remain » qui ravira les amateurs de gimmicks et de sustain. Ce nouvel opus est en outre l’occasion de renouer avec les compositions ambitieuses de plus de huit minutes, « Jaguar God » (titre de chanson qui mérite d’être loué) présente un Mastodon au tempo plus lent, qui n’est qu’un prétexte pour aboutir sur un riff cavalier et sa conclusion… Sobre. Emperor Of Sand n’est pas imprévisible, loin de là (quoique l’arrivée du refrain d’ « Ancient Kingdom » peut faire mentir…) ; néanmoins il fait toujours mouche.

Mastodon est définitivement unique, par ses sonorités, ses rythmiques et ses soli sans complexes. Si ce dernier a démontré une capacité à condenser son propos et à produire des tubes, il rappelle avec Emperor Of Sand qu’il sait dépeindre des émotions plus complexes et profondes. L’album est une fusion des deux approches de la musique pratiquée par le groupe : une dimension progressive qui grandit le propos et une dimension hard rock/heavy qui lui donne sa force. D’une certaine façon, Emperor Of Sand est dans doute le portrait le plus abouti de ce que Mastodon incarne aujourd’hui dans le paysage musical : un groupe surnaturel, un monstre à l’humeur changeante, bien éloigné du manichéisme.

Clip vidéo de la chanson « Show Yourself » :

Chanson « Andromeda » en écoute :

Chanson « Sultan’s Curse » en écoute :

Album Emperor Of Sand, sortie le 31 mars 2017 via Reprise Records. Disponible à l’achat ici



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  • Alexandre Fernandes dit :

    Bon, vous adorez les débuts de Mastodon? Tant pis pour nous, ce n’est pas avec cette galette que vous vous regalerez. A écouter. Sans plus.

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