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Interview   

Mats Levén : la musique, sa vie


Quel est le point commun entre Yngwie Malmsteen, Candlemass, Therion, Hammerfall ou encore At Vance ? Mats Levén. Le chanteur fête cette année les trente ans d’une carrière protéiforme qui ne ressemble à aucune autre. Aujourd’hui reconnu par ses pairs comme l’un des meilleurs chanteurs de metal en activité, il ne s’est rien refusé pour vivre sa carrière dans la musique, acceptant aussi bien de tourner avec le prestigieux Trans-Siberian Orchestra que de faire de « simples » chœurs sur les disques d’autres groupes. Difficile à cataloguer, pour certains il est synonyme de heavy metal classique, pour d’autres de doom, mais lui ne s’encombre pas d’étiquettes, comme le démontre son album solo sous le nom de Skyblood dont on parlait avec lui lors de la première partie de notre interview.

Ne se voulant pas exhaustive – ses contributions musicales sont bien trop nombreuses et diverses –, la seconde partie, à retrouver ci-après, s’attache à passer en revue sa carrière et comprendre sa philosophie d’artiste, Mats Levén partageant quelques anecdotes et les expériences les plus importantes de sa carrière.

« Je pense qu’[Yngwie Malmsteen] ressentait une forme de respect à mon égard parce que je n’essayais pas de constamment lui lécher les bottes […]. Il avait peut-être l’habitude de voir des gens avec une attitude de rock-star à boire des bières tout le temps, ou je ne sais pas quoi, mais moi je ne faisais pas ça. »

Radio Metal : Cette année marque les trente ans depuis que tu as enregistré ton premier album. Sur ton site internet, tu as partagé ton histoire, via des souvenirs de concerts et une revenue alphabétique des groupes dans lesquels tu as été impliqué. En es-tu à un stade dans ta carrière où tu as envie de repenser à l’aventure que tu as vécue jusqu’à présent ?

Mats Levén (chant) : Oui, enfin, c’était juste par hasard que j’ai remarqué que le premier album que j’ai fait avec Swedish Erotica était sorti en octobre 89, et c’était plus ou moins la date à laquelle l’album de Skyblood allait sortir trente ans plus tard. Je me suis posé et je me suis dit : « Wow, ouais, trente ans ! Ça fait un bail. » Et j’ai commencé à repenser à ce que j’avais fait parce que, tu sais comment c’est. On est toujours là à regarder devant nous, à faire constamment de nouvelles choses, et il est très rare que je replonge dans le passé et que je réécoute des choses que j’ai faites auparavant. Donc c’était marrant de faire ce truc allant de A à Z. J’ai commencé à penser à tous les différents groupes et projets dans lesquels j’ai été impliqué. C’était presque effrayant [rires], mais c’est amusant aussi. J’ai pensé que trente ans, c’est le bon moment pour faire ça. Aussi, je trouvais que ce serait cool d’écrire au sujet de ce que j’ai pu faire par le passé, autant pour moi que pour certains fans qui n’ont aucune idée que j’ai fait quelques autres albums.

C’est impressionnant de voir la quantité de contributions, collaborations, œuvres, etc. auxquelles tu as pu participer jusqu’à présent. En regardant ta carrière, on pourrait la trouver un peu chaotique, vu que tu n’as jamais vraiment eu de groupe fixe. Comment expliquer ce parcours inhabituel que tu as eu ?

Pour ma part, si je repense à ces trente ans, personnellement, j’ai l’impression d’avoir été seulement dans trois ou quatre groupes. Le reste n’est que des projets, ou bien des participations en tant qu’invité. Très tôt, j’ai décidé que je voulais être à cent pour cent un musicien. Donc, afin de pouvoir être un musicien à cent pour cent, il faut travailler, et j’aime travailler, et j’aime essayer différentes choses avec différentes personnes. Ce que je veux dire quand je dis que je n’ai été que dans trois ou quatre groupes, c’est que j’ai évidemment commencé avec Swedish Erotica et ensuite avec Treat. Ces deux groupes étaient le début de ma carrière et, comme tout le monde, j’espérais être dans un groupe qui allait durer trente ans et qui allait décoller [petits rires]. Ça n’est pas arrivé. Ensuite, en 93, quand nous avons arrêté Treat, le grunge est arrivé et, pendant un temps, personne ne savait vraiment ce qu’il allait faire. Ensuite, j’ai rencontré Leif Edling, nous avons fait Abstrakt Algebra, ce qui était génial, j’ai adoré. C’était super cool mais ça n’était évidemment qu’un projet. Puis j’ai eu le job avec Yngwie Malmsteen. C’était bien sûr son groupe solo, ça n’a jamais vraiment été un groupe. Je savais un peu à l’époque que je ferais un album ou deux, que ça ne serait jamais un vrai groupe, mais ça me convenait. Evidemment, une fois que j’avais fait le truc avec Yngwie, je pouvais soudainement me rendre compte que j’avais passé cinq ans sans véritable groupe. J’ai toujours voulu être dans un groupe, mais il semblerait que je n’aie jamais réussi à en trouver un qui jouait le genre de musique que j’aimais vraiment. A la fois, je voulais vraiment jouer [petits rires]. J’imagine que c’est ce qui se passe quand tu as vraiment envie de travailler et que tu as envie d’essayer de nouvelles choses avec des gens : tu fais plein de trucs ! Grâce au poste que j’ai eu chez Yngwie en 89, les gens ont commencé à me reconnaître et on m’a demandé de faire différentes choses.

Pour moi, personnellement, c’est quand j’ai rejoint Candlemass que j’ai considéré être à nouveau dans un groupe, car Therion n’était pas non plus un groupe – il y a toujours eu un gros turnover de chanteurs et plein de gens différents, c’est plus le bébé de Christofer [Johnsson]. Ce n’est pas avant de rejoindre Candlemass que j’ai ressenti : « D’accord, ça c’est un groupe. Je vais m’investir à cent pour cent dedans et je vais essayer de le rendre super bon. » C’est ça aussi le truc : un tas de musiciens qui sont là depuis trente ans, si tu leur posais la question, ils te diraient probablement qu’ils ont travaillé sur d’autres trucs pour survivre, peu importe ce que c’est, que ce soit conduire un taxi, du journalisme ou autre, mais moi je n’ai jamais fait ça, je me suis toujours assuré de pouvoir survivre avec les revenus issus de la musique que je jouais ou écrivais. C’est aussi pourquoi j’ai fait autant de choses, car… Tu peux regarder d’autres chanteurs, comme Jeff Scott Soto, qui a aussi une carrière de trente ou trente-cinq ans, et ces chanteurs ont fait plein d’albums différents, plein de jobs de session, etc. C’est nécessaire si tu veux survivre en tant que musicien. Mais c’est marrant aussi, car ça m’a donné l’opportunité de faire plein de styles différents, et j’adore ça, car j’ai grandi avec des musiques différentes. Je n’ai jamais eu peur d’essayer de nouvelles choses. Donc c’est très cool de revoir ce que j’ai fait. D’accord, peut-être qu’il y a des trucs que je ne trouve pas super cool aujourd’hui, mais il y en a dont je suis très fier.

N’as-tu jamais eu le moindre regret de ne pas avoir construit un groupe de zéro pour en faire ta carrière principale ?

Mon problème était probablement que je n’avais pas suffisamment confiance en moi pour appeler quelques autres gars, fonder un groupe et commencer à composer avec eux. Je manquais d’assurance il y a vingt-cinq ans parce que je ne pensais pas en être capable. Je me reposais peut-être trop sur les autres gens. D’un autre côté, quand j’ai fait l’album avec Yngwie, j’ai écrit trente-trois pour cent de cet album. Donc après ça, j’ai réalisé : « Ouais, j’imagine que je suis capable d’écrire des trucs. » C’était à peu près à ce moment-là que j’ai commencé à vraiment écrire des chansons pour d’autres gens et pour moi. On peut regretter plein de choses, mais d’un autre côté, j’ai vécu tellement de bonnes expériences durant toutes ces années et tournées avec différentes personnes, donc je n’ai jamais vraiment l’impression de regretter des choses que j’ai faites.

« Il n’est pas nécessaire d’être un musicien fantastique pour écrire des chansons fantastiques. C’est ce que faisais Leif [Edling]. Leif n’est pas un très bon musicien, il ne connaît même pas le nom des accords ou autre, mais ça n’a pas d’importance, parce qu’il a quelque chose en lui qui le pousse à faire les bons choix quand il compose et ça sonne extrêmement bien. »

Tu as mentionné le fait que tu as écrit trente-trois pour cent de l’album d’Yngwie Malmsteen, Facing The Animal. Yngwie Malmsteen a la réputation d’être très égocentrique et il semblerait que peu de gens aient eu l’occasion de collaborer à la composition avec lui. Du coup, comment a été ton expérience ?

J’ai probablement eu de la chance quand j’ai joué avec Yngwie parce que je pense qu’il était assez content d’avoir de nouveau un chanteur suédois dans le groupe. Il m’a donné beaucoup de liberté pour écrire mes propres textes et trouver des mélodies. J’imagine que c’était une bonne chose qu’il ait aimé la plupart des trucs que je proposais. C’était super pour moi. En fait, j’ai travaillé très dur dès que j’ai vu qu’il écoutait vraiment mes idées et qu’il y avait là une opportunité. J’ai vraiment travaillé à fond sur les textes, les mélodies, etc. C’était fantastique que lui et son management m’aient donné cette chance ! Pour être honnête, j’ai travaillé par intermittence avec Yngwie pendant un an et demi environ – toute l’année 1997 et la moitié de 1998, ou quelque chose comme ça. Si je me souviens bien, nous nous sommes disputés une seule fois sur quelque chose. En dehors de ça, nous n’avons jamais eu de problème. Je pense que de nombreux chanteurs avant moi étaient impliqués dans l’écriture aussi, surtout Joe Lynn Turner ; il a pas mal écrit sur l’album Odyssey. Je sais que Jeff Scott Soto a écrit certains trucs aussi. J’imagine qu’on avait toujours l’impression… Je ne sais pas pourquoi il… Car il a écrit des textes et des mélodies aussi dans Facing The Animal, mais je ne sais pas. Peut-être qu’il trouvait ça bien de ne pas tout faire lui-même à cette époque. Mais ça a bien fonctionné entre nous.

Je pense que c’était dû au fait que je m’assurais toujours de… Quand j’étais chez lui, c’était parce que nous travaillions dans son studio, plus ou moins. Je ne traînais pas là-bas sans rien faire. Je pense qu’il ressentait une forme de respect à mon égard parce que je n’essayais pas de constamment lui lécher les bottes, car évidemment il a toujours connu plein de gens qui voulaient l’utiliser, devenir amis avec lui, ou autre chose. J’étais très professionnel et je m’assurais de repartir à l’hôtel ; j’avais ma propre voiture de location et j’allais à l’hôtel, je continuais à écrire les paroles de façon à avoir quelque chose de nouveau à présenter le jour suivant où je revenais à son studio. Je pense que c’était un peu différent pour lui, parce qu’il avait peut-être l’habitude de voir des gens avec une attitude de rock-star à boire des bières tout le temps, ou je ne sais pas quoi, mais moi je ne faisais pas ça. A terme, je pense que c’était une bonne chose. Donc nous avons toujours eu une très bonne relation, j’ai trouvé. La seule chose que je ne savais pas vraiment, c’était… Quand nous jouions en live, je trouvais ça étrange, parce que je ne savais pas si j’allais être le frontman à cent pour cent ou si je devais me mettre un peu en retrait [petits rires]. Je me disais : « D’accord, c’est son concert. » Il m’a fallu un peu de temps avant que je me sente à l’aise avec la façon dont j’allais aborder la scène, pour ainsi dire. C’était la seule chose qui me paraissait bizarre au début.

Que penses-tu de sa décision de lui-même chanter et de n’impliquer plus aucun autre chanteur que lui ?

Eh bien, enfin, je respecte totalement qu’il veuille faire les choses lui-même. C’est à chacun de décider ce qu’il veut faire, n’est-ce pas ? S’il veut jouer la batterie, la basse, la guitare, le clavier et chanter ses propres musiques, il a totalement le droit de le faire [rires]. Ce n’est pas à moi de lui dire quoi faire. C’est sa vie, sa carrière, et il a eu beaucoup de succès, et il a un talent incroyable. D’un autre côté, bien sûr, je pense que les trucs qu’il a faits il y a vingt ou trente ans sont mieux. Mais c’est à lui de décider ce qu’il veut faire.

Parmi toutes les expériences et collaborations que tu as connues, tu as même enregistré pas mal de chœurs, comme sur des albums de Lion’s Share ou d’Hammerfall. Il faut sûrement avoir pas mal d’humilité pour un grand chanteur comme toi, avec une telle carrière, pour faire ça, servir juste de choriste…

Bien sûr !

Penses-tu que l’humilité a été un facteur clé dans ta carrière ?

[Réfléchit] Oui, peut-être, je ne sais pas. Enfin, c’est assez commun de voir des gens qui sont des chanteurs lead en temps normal faire aussi des chœurs pour d’autres artistes. Je n’y ai jamais réfléchi. Je pense que c’est pareil pour Jeff Scott Solo ou Thomas Vikström, qui chante avec Therion aujourd’hui, nous avons tous fait des chœurs pour différents groupes. Pour moi, c’est tout simplement flatteur quand Hammerfall me demande de faire des chœurs pour eux, car j’ai beaucoup de respect à leur égard, ça fait de nombreuses années qu’ils existent. En fait, je trouve que c’est cool qu’ils m’aient demandé de faire des chœurs pour eux. Pour moi, c’était comme un honneur et j’en suis très content. Ça ne me pose strictement aucun problème d’être en arrière-plan pour un groupe comme eux ou qui que ce soit. Je suis sûr qu’il y a des chanteurs qui ne font jamais ça, mais j’ai tellement l’habitude… [Petits rires] Je suis là depuis tellement longtemps et j’ai très vite dû apprendre qu’il fallait que je fasse plein de choses différentes dans la musique ou avec le chant pour survivre. Comme Lion’s Share, par exemple, j’ai fait des chœurs pour eux sur ces albums probablement au milieu des années 90, j’étais content que quelqu’un me demande de faire une session de chœurs, c’était super ! Parfois j’ai fait des voix pour des publicités, j’ai écrit des chansons pour un groupe de pop japonais, etc. C’est cool. C’est de la musique. C’est ma profession et je suis content quand quelqu’un me demande de faire quelque chose.

« Il y a tellement de choses que j’aimerais faire. Surtout si ça sort du monde du metal, j’adorerais essayer. Il y a tellement de bonne musique. Ça n’a pas d’importance si c’est jazzy ou folk, même des trucs hip-hop ou dance. […] Quand on travaille avec des gens avec qui on ne travaillerait pas en temps normal, c’est là qu’on progresse. »

Avec la carrière que tu as eue, tes fans n’ont pas eu du mal à te suivre durant toutes ces années ?

Oui, c’est sûr ! [Rires] C’est aussi pour ça que j’ai appelé mon projet solo Slyublood, parce que certains fans s’attendent à une certaine chose de ma part quand je fais un disque, et ils sont un peu déçus si ça sonne un peu différent. Car je ne suis pas du tout conservateur, loin de là. Je peux totalement comprendre que certains fans un peu conservateurs ont du mal à écouter certains trucs que je fais. Mais c’est comme ça. Je veux dire qu’il y a encore des gens qui pensent que le meilleur album que j’ai fait était Swedish Erotica en 1989. Pas de problème. Je suis content s’ils apprécient cet album [petits rires].

D’ailleurs, quels sont tes souvenirs de ces années avec Swedish Erotica ?

J’ai plein de souvenirs, parce que c’était mon premier album et c’était… J’ai quitté mon boulot. J’avais un travail à temps plein et je l’ai quitté. Je n’avais pas de vrai groupe avec lequel jouer. Je savais juste que je voulais faire de la musique. J’ai tout quitté, j’ai rompu avec ma petite amie avec qui j’étais depuis huit ans. J’ai tout quitté parce que je savais que je devais faire de la musique. Mais je n’avais pas de groupe. Puis tout le truc avec Swedish Erotica est arrivé. Donc j’ai plein de souvenirs de l’enregistrement de l’album, des concerts, etc. Avec Treat également. C’était il y a longtemps aussi, donc j’avais tous ces rêves et tous ces espoirs de réussite. C’était très amusant. Quand j’ai rejoint Treat en 91 ou 92, j’ai déménagé à Stockholm, car je suis né et j’ai été élevé dans la banlieue de Göteborg, et ça aussi c’était excitant. Je suis resté à Stockholm depuis lors. Donc oui, j’ai un tas de souvenirs de cette époque.

Sur ton site web, tu racontes qu’il y a dix ou quinze ans, quelqu’un t’a demandé de travailler avec Tobias Forge qui cherchait un chanteur pour un nouveau groupe. Est-ce que c’était pour ce qui allait devenir Ghost ?

Oui. J’ai croisé Tobias il y a deux ou trois jours, car nous sommes amis… En fait, c’était un grand fan de Candlemass, donc je pense qu’il a d’abord contacté Messiah Marcolin. C’était probablement vers le milieu des années 2000 ou quelque chose comme ça, je dirais. Il avait dans l’idée de fonder une sorte de groupe, qui est plus tard devenu Ghost. Il a donc demandé à Messiah et je ne crois pas qu’il était intéressé ou probablement qu’il ne connaissait pas Tobias, donc il s’est peut-être dit que ce n’était pas sérieux, je ne sais pas. Je ne me souviens pas qu’on m’ait contacté… J’ai juste lu à ce sujet il y a deux ou trois ans, le fait qu’il avait essayé de me contacter, je n’en avais pas conscience [petits rires]. Maintenant je sais que ce n’était pas Tobias lui-même, c’était quelqu’un d’autre qui le connaissait, donc il a demandé à sa place. C’est pour ça qu’à l’époque je n’avais pas vraiment compris de quoi il s’agissait, et j’étais probablement occupé avec Therion ou autre chose. Peut-être que je n’étais pas au pays, je ne sais pas. Mais c’était pour le meilleur, parce que Ghost, c’est vraiment Tobias et sa voix. Le succès qu’il a obtenu est fantastique. Je trouve ça génial. Mais c’était vraiment cool de faire ce truc avec Candlemass et Ghost pour Metallica l’année dernière. C’était extra. Et Tobias est un mec tellement sympa. Il a vraiment été un bon ami pour Candlemass et il a beaucoup aidé le groupe avec quelques trucs qu’il a faits juste par amitié, sans demander d’argent.

Quelle expérience a été la plus importante pour toi dans ta carrière ?

Probablement le fait d’avoir joué avec Yngwie sur ma première tournée mondiale, c’était très important, parce que ça m’a fait comprendre que j’étais un chanteur plutôt correct. C’était dur d’entrer dans le monde d’Yngwie et d’essayer d’imiter de grands chanteurs comme Jeff Scott Soto, Joe Lynn Turner, Mark Boals, Göran Edman, Michael Vescera, et de chanter toutes ces chansons, tout en ayant quand même mon propre style, et c’était super de voyager dans le monde entier. C’était un challenge, mais c’était très important car ça m’a fait connaître en tant que chanteur auprès des gens. Ça m’a apporté plus de boulots plus tard. A l’époque, c’était une bonne chose, et une grande chose, si tu chantais pour Yngwie Malmsteen.

De quel musicien ou groupe as-tu le plus appris ?

Il y a plusieurs gars… J’ai fait plein de choses avec Leif Edling, évidemment, nous avons fait Abstrakt Algebra, nous avons fait trois albums avec Krux, nous avons eu les années Candlemass. Je ne dirais pas que j’ai vraiment appris quelque chose, mais à la fois, je suppose si quand même, parce qu’il écrivait plein de riffs vraiment cool. Ce que j’ai un peu appris aussi était qu’il n’est pas nécessaire d’être un musicien fantastique pour écrire des chansons fantastiques. C’est ce que faisais Leif. Leif n’est pas un très bon musicien, il ne connaît même pas le nom des accords ou autre, mais ça n’a pas d’importance, parce qu’il a quelque chose en lui qui le pousse à faire les bons choix quand il compose et ça sonne extrêmement bien. C’était une expérience riche en enseignements aussi : peu importe à quelle vitesse tu joues ou à quelle hauteur tu chantes, au final, c’est une question d’émotions et d’autre chose que parfois on ne peut apprendre, il faut juste l’avoir en soi, ce qui est cool, ça fait partie de la notion d’artiste. Donc Leif a fait plein de trucs sympas. Et Leif a aussi été très important pour moi parce que c’était l’album d’Abstrakt Algebra qui m’a permis d’avoir le job avec Yngwie, car Yngwie a entendu Abstrakt Algebra et a adoré. Je dois donc remercier Leif de m’avoir intégré à Abstrakt, car sans ça, je n’aurais probablement pas joué avec Yngwie Malmsteen. Et puis tout ce truc avec Candlemass : ça m’a permis d’entrer en contact avec Napalm Records, et c’est pour ça que j’ai pu te parler de Skyblood. Ça aussi c’est génial. Et les trois albums de Krux sont probablement parmi mes albums préférés de tous ceux que j’ai faits dans ma carrière. Donc, en ce sens, j’imagine que j’ai beaucoup appris à travers Leif. Le fait d’avoir joué avec Therion était une super expérience aussi. J’ai eu la chance de jouer avec plein de super musiciens et personnes, donc j’ai sans doute appris inconsciemment un peu ici et là.

« Je ne suis pas du tout conservateur, loin de là. […] Peut-être que ça a été le problème dans ma carrière aussi : j’ai été tellement ouvert à un tas de musiques que parfois j’étais incapable de me concentrer sur une seule chose [rires]. »

Parmi toutes ces expériences, laquelle as-tu le plus appréciée ?

Sur scène, en situation live, j’ai le plus apprécié jouer avec… Je dirais probablement Krux. Les concerts avec Krux, nombre d’entre eux m’ont vraiment beaucoup plu. Donc Krux est probablement mon préféré.

Quelle a été ta pire expérience ?

Je ne dirais pas que j’en ai eu beaucoup… C’était un peu bizarre avec At Vance. Il y a plein de choses qui se sont passées avec ce groupe sur scène et hors scène. Ce n’était pas un groupe, c’était le bébé d’Olaf Lenk, le guitariste, pour ainsi dire, et le reste du groupe était des mercenaires, ce qui était cool, je le savais dès le début, mais c’était un peu bizarre.

Quel moment as-tu vécu qui ressemblait le plus à Spinal Tap ?

Oh putain, ouais, c’était At Vance ! Aucun doute ! C’était tellement bizarre. J’ai fait deux albums avec At Vance, et le second album, je ne voulais pas vraiment le faire, mais Olaf m’a convaincu et j’ai été suffisamment sympa pour accepter de le faire. La conception de cet album a été chaotique, parce que j’étais en pleine tournée européenne avec Therion, donc je n’arrêtais pas de faire des allers-retours en avion, etc. Puis j’ai promis à Olaf de faire une tournée pour cet album, qui s’appelait Chained. C’était un groupe totalement nouveau comparé à la tournée pour l’album précédent. Nous n’avons jamais eu le temps de répéter. Le premier concert était à Copenhague, au Danemark, donc j’ai pris le train pour Copenhague depuis Stockholm, je me suis rendu à la salle pour pouvoir faire au moins les balances ensemble. Il y avait un nouveau batteur et un nouveau bassiste que je n’avais jamais rencontrés avant, et Olaf. Ils avaient répété sans moi. Le batteur était Mark Cross – il a joué avec Firewind plus tard, c’est un ami à moi, nous nous sommes croisés plusieurs fois ensuite. Nous sommes montés sur scène, nous n’avions jamais joué ensemble avant, et nous allions jouer un tas de nouvelles chansons, et je ne les avais jamais vraiment chantées non plus depuis l’enregistrement de l’album. Nous avions des bandes pour les chœurs, le clavier et autre. Mark utilisait pour la première fois cette vieille machine à samples [petits rires], et c’était juste le chaos ! Car la machine a arrêté de fonctionner, et Mark essayait de la refaire fonctionner tout en continuant à jouer de la batterie, et nous n’avions même pas joué ensemble avant… C’était un bordel total pendant quarante minutes sur scène ! J’étais furieux après, parce que je me sentais comme un putain d’idiot sur scène. Il y avait des chœurs et du clavier qui soudainement et aléatoirement sortaient des enceintes en plein milieu des chansons. C’était complètement embarrassant [rires]. C’était le premier concert de la tournée. Nous avions encore trois semaines à passer et j’étais là : « Mais c’est quoi ce bordel ?! » C’était horrible ! C’était tellement Spinal Tap. Puis, évidemment, il y a toujours un tas de trucs à la Spinal Tap en tournée, quand on voyage dans des bus et que des merdes arrivent ; ça fait trop à raconter tout de suite !

Quel est l’album dont tu es le plus fier ?

J’aime beaucoup le premier album de Krux. J’aime beaucoup Gothic Kabbalah, avec Therion, aussi. C’était vraiment cool, ça sonnait différent de tout. Je suppose que Facing The Animal avec Yngwie est important dans ma carrière, mais je ne peux pas dire que je l’ai écouté durant les quinze dernières années. Mais j’aime vraiment les trucs avec Krux ! Enfin, l’album dont je suis le plus fier, c’est évidemment Skyblood. C’était un feeling tellement différent de faire ça. Et j’ai fait un très bon album il y a deux ou trois ans, qui s’appelle ReVertigo, avec Anders Wikström, mon vieil ami de Treat. Nous avons fait cet album seulement lui et moi. C’est un peu comme Treat, mais légèrement plus sombre. Le résultat est vraiment super aussi, il y a de très bonnes chansons sur cet album. Mais je dois dire Skyblood, le premier album de Krux et Gothic Kabbalah, ces trois-là.

Y a-t-il un type de projet ou un style de musique que tu n’as pas encore fait et que tu aimerais faire ?

Oh oui ! Il y a tellement de choses que j’aimerais faire. Surtout si ça sort du monde du metal, j’adorerais essayer. Il y a tellement de bonne musique. Ça n’a pas d’importance si c’est jazzy ou folk, même des trucs hip-hop ou dance. Tu te souviens peut-être de The KLF, ce groupe un peu dance, ils avaient invité Glenn Hughes pour faire du chant – la chanson s’appelait « What Time Is Love? ». C’était un genre de chanson dance mais avec Glenn Hughes au chant, c’était vraiment génial. Je trouve ces collaborations superbes, quand tu combines quelqu’un venant du hard rock avec une chanson dance super cool, en mélangeant les deux, sans règle. J’aime bien ça. J’aimerais faire plein de choses, parce que c’est comme ça qu’on apprend. Quand on travaille avec des gens avec qui on ne travaillerait pas en temps normal, c’est là qu’on progresse. Mais aussi dans le monde du metal, il y a plein de gens avec qui j’adorerais jouer. Peut-être que ça a été le problème dans ma carrière aussi : j’ai été tellement ouvert à un tas de musiques que parfois j’étais incapable de me concentrer sur une seule chose [rires].

Interview réalisée par téléphone le 12 novembre 2019 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel de Mats Levén : matsleven.com

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