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Interview   

Mattias « IA » Eklundh (Freak Kitchen) passe à la casserole


Après un titre à titre du nouvel album de Freak Kitchen, intitulé Cooking With Pagans, proposé par Mattias « IA » Eklundh, leader, chanteur et guitariste du trio, lui-même, voici désormais notre entretien complet avec ce dernier. Retour plus général sur ce nouvel album, toujours aussi fun, qui aura tout de même mis cinq années à venir, mais aussi sur le groupe et la collaboration pleine de promesses avec le dessinateur Juanjo Guarnido, fan de Freak Kitchen qui a travaillé pour Disney et connu pour sa bande dessinée Blacksad.

Un entretien qui, si vous ne le connaissez pas encore – et même si vous le connaissez -, vous donnera une vision assez complète de qui est ce musicien, personnage parfaitement atypique et vif d’esprit ; de Freak Kitchen à Art Metal (avec le bassiste Jonas Hellborg) en passant par ses albums solos débridés en tant que Freak Guitar, mais aussi son amour pour l’Inde, son utilisation ultra originale de la guitare, son désamour pour les pédales d’effet, ses goûts musicaux, son humilité (il se dit n’être ni chanteur, ni guitariste), ses philosophies, les vaches ou encore Gustave Flaubert, le tout sous couvert d’humour et d’intelligence décapants.

« Tout le monde est sérieux à mort et ils sont tous dans une pseudo-colère sur scène, ils « growlent » et ils se déguisent en [il prend une voix inquiétante] pandas ! Nous sommes plus détendus, mais ça ne nous empêche pas de jouer du vrai rock plus fort que n’importe qui. »

Radio Metal : Trois ans ont séparé Move d’Organic, quatre Organic de Land Of The Freaks, et maintenant cinq années séparent ce dernier album et la sortie de Cooking With Pagans. Le temps semble s’allonger entre la sortie de vos albums studio, pourquoi ?

Mattias « IA » Eklundh (chant, guitare) : [Rires] C’est une excellente question ! Le truc c’est que nous sommes très occupés entre les deux. Ne vas pas t’imaginer que j’attends tranquillement que le temps passe. Le temps est mon véritable ennemi, comme pour beaucoup d’autres personnes. En réalité, j’ai sorti le double album Freak Guitar – The Smorgasbord entre Land Of The Freaks et Cooking With Pagans. Ça m’a pris beaucoup de temps et beaucoup d’années à l’enregistrer comme il se compose de quarante morceaux. Après cela, j’ai fait un album avec Jonas Hellborg du nom de The Jazz Raj, ce qui m’a aussi pris pas mal de temps. Et en plus de cela tu voyages, tu fais des enfants, tu te maries et… Ça fait beaucoup de choses. La vie se met généralement en travers. Mais sans vouloir trop en dire, j’ai déjà commencé à travailler sur quelques ébauches pour un prochain album de Freak Kitchen, celui qui succèdera à Cooking With Pagans, parce que ça prend beaucoup de temps et je voudrais le voir sortir d’ici un an ou deux. Mais après, je sais ce que ça va donner, parce que maintenant que Cooking With Pagans est sorti, nous allons devoir tourner comme des dingues. L’année prochaine nous avons aussi beaucoup de tournées de prévues mais l’idéal pour moi ce serait de faire des tournées plus courtes – parfois le weekend, ou un maximum de dix jours pour l’Amérique ou encore une semaine en France – pour pouvoir travailler sur de nouveaux morceaux en Suède le reste du temps. Mais nous verrons bien, je n’ai pas la moindre idée de ce qu’il va se passer. Tu sais, de mon point de vue, quand j’y réfléchis, je suis là : « Bordel, ça fait cinq ans ! » C’est comme ça que ça se passe. Enregistrer ne prend pas beaucoup de temps en soi parce que j’ai mon propre studio mais c’est tous ces trucs qui viennent se foutre entre les deux.

Et les autres membres du groupe, ces longues attentes ne les frustrent pas trop ?

Si. [Rires] Si, parce qu’en matière d’enregistrement, notre batteur Björn est très rapide pour les parties de batterie. Alors il a fait tout ce qu’il avait à faire en une journée et demi, cinq ans plus tôt et il me fait : « Bon, j’ai fait ma journée et demie, maintenant c’est ton tour. » Et après, moi ça me prend cinq ans… Mais la prochaine ne prendra pas aussi longtemps. Je le promets. Je le promets. Je le promets officiellement par ce présent acte.

[Rires] L’album s’appelle Cooking With Pagans. Te considères-tu comme tel, un païen ?

[Rires] Eh bien, j’ai toujours suivi mon propre chemin en quelque sorte. Je n’ai pas vraiment l’impression de faire partie… [il se reprend] enfin évidemment, je fais partie de la société : je paie des impôts, je suis un mec bien et tout ça, mais j’essaie de m’en détacher autant que possible. Alors oui, je suis un « freak » [NDT : marginal], je suis un peu païen de temps à autres, je fais ce que bon me semble. A la base, je voulais appeler l’album WI-FI for Pagans [NDT : du Wi-Fi pour les païens] ! J’étais en Australie avec un type qui m’accompagnait dans mes voyages et nous étions en train de déjeuner quand j’ai dit : « Tu peux vérifier le mot de passe ? Je dois faire un skype avec la Suède. » Il est parti se renseigner et ils lui ont dit : « Non, nous n’avons pas de Wi-Fi pour les païens. » Alors je me suis dit : « Eh, mais ça ferait un super titre d’album ! » Alors nous avons vérifié en ligne mais nous sommes tombés sur tout un tas de conneries de marques déposée qui disaient « Wi-Fi est une marque déposée enregistrée, vous ne pouvez pas utiliser ça, » alors nous nous sommes dits : « Rien à foutre ! Puisque Freak Kitchen est un nom assez [insistant sur l’accent français] gastronomique, appelons le Cooking With Pagans ! » Et puis j’avais toujours eu cette idée d’avoir une illustration de nous-mêmes avec nos têtes coupées – ne me demandes pas pourquoi j’ai cette idée, mais je suis Suédois, et je suis païen, alors je fais ce que bon me semble [rires] – avec des vaches qui prendraient le dessus et voudraient nous cuisiner. Mais nous sommes joyeux et tous contents pour des gars qui ont la tête coupée, je ne sais pas pourquoi. Donc voilà, c’est de là que ça vient [rires].

D’ailleurs, as-tu une relation particulière avec la nourriture ?

Euh, pas vraiment. Je suis végétarien, et Björn et Chris le sont aussi. Mais j’aime bien la nourriture française de temps en temps : j’aime beaucoup votre café. Mais non, je ne suis pas un cuisinier hors pair. Je préfère manger de la bonne nourriture que de la cuisiner moi-même [rires].

Tu as souvent une façon assez provocante de traiter des sujets sérieux avec humour, et parfois l’opposé…

Absolument ! J’ai envie de partager avec l’auditeur et de l’inclure au maximum. Je pense que l’impact est beaucoup plus puissant si tu l’inclues et que tu t’ajoutes aussi à l’équation. Tu sais, c’est vraiment facile de chanter des trucs du genre « Je sais absolument tout, j’ai raison et tu as tort » et de montrer du doigt, mais ça craint un peu, parce que plus j’en sais… moins j’en sais en fait ! Plus j’en apprends, moins j’en sais. Alors je pense que tu peux chanter sur quasiment n’importe quel sujet, mais comme tu as la chance d’avoir un peu d’attention, dans un monde où c’est extrêmement rare de capter l’attention des gens, c’est une bonne chose et tu devrais profiter de ce temps pour faire passer des messages qui te tiennent à cœur. Et parfois l’humour est une bonne façon de faire parvenir non pas ton message mais tes pensées, et c’est comme ça que nous l’utilisons. Je pense que l’humour a sa place dans la musique, comme l’a dit Frank Zappa.

Tu penses qu’un sujet peut avoir un plus grand impact s’il est communiqué avec humour ?

Parfois, parfois, parfois… euh… parfois, parfois, parfois ! [Rires] Parfois il faut aussi que ce soit sérieux, l’humour n’a pas toujours sa place. Mais d’une certaine façon c’est mieux ainsi. Il y a beaucoup de chansons sur Cooking With Pagans qui traitent de sujets extrêmement sérieux sur la vie en général, sur le fait de vieillir.. mais pour moi, tu devrais t’en servir comme d’un rebondissement parce que ça a beaucoup de sens et tu profites du fait que l’auditeur a beaucoup baissé sa garde. De temps à autres nos morceaux ne sont pas empreints d’humour et parfois ils le sont. Nous aimons nous amuser, tu sais. Tout le monde est sérieux à mort et ils sont tous dans une pseudo-colère sur scène, ils « growlent » et ils se déguisent en [il prend une voix inquiétante] pandas ! Nous sommes plus détendus, mais ça ne nous empêche pas de jouer du vrai rock plus fort que n’importe qui.

La chanson « Once Upon A Time In Scandinavistan » fait un peu dessin animé dans le style. Elle me faire penser à du Primus en fait. Est-ce un groupe que tu aimes ou qui t’a influencé ?

Ouais, j’écoutais beaucoup Primus il y a quelques années. Sailing The Seas Of Cheese et Suck On This, les deux ou trois premiers albums déchirent vraiment, et j’aime beaucoup le Brown Album aussi. Mais je n’ai pas entendu parler d’eux depuis un long moment, ils existent toujours ?

Ouais, ils vont même sortir un nouvel album dans l’année.

Oh, cool, il va falloir que j’aille écouter ça. C’était peut-être influencé par Primus sans que je ne le sache. Le morceau contient aussi beaucoup d’éléments de la musique indienne et se finit par un long solo avec une guitare fretless. Mais ouais, c’est vraiment bon Primus [rires], en parlant d’un groupe qui creuse son propre chemin !

Comme sur chaque album depuis qu’il a rejoint le groupe, Christer chante sur une chanson, « Private Property ». Quand nous nous sommes parlé il y a douze ans, tu avais l’air plutôt confiant quant au fait qu’il chanterait davantage dans le futur et espérait qu’il partage le chant avec toi sur d’anciennes compositions de Freak Kitchen. Mais ça ne s’est jamais vraiment produit. Pourquoi ?

[Rires] Oh, bon Dieu, si seulement je le savais ! Je n’en ai pas la moindre idée. Tu fais ce que tu fais, et une fois encore, nous avons tous des enfants et le temps est notre ennemi. Mais le truc c’est qu’il faut que nous prenions le temps de nous réorganiser aujourd’hui, de dégager pas mal de trucs et de changer beaucoup de choses dans notre setlist. Nous devons vraiment nous rassembler pour gérer ce bordel. Septembre sera un gros mois de répétitions ! Et je voudrais aussi que Björn chante sur quelques chansons parce que j’ai un peu abimé ma voix, comme tu peux probablement l’entendre. Ça lui a donné une nouvelle dimension, et tout le monde adore, mais elle est plus rauque et plus cassée. Nous aimons bien, mais c’est légèrement plus « diabolique ». Mais en fait c’est ça de vieillir, de faire des tournées et de chanter pendant vingt-six ans sans être un vrai chanteur ! [Rires] je ne suis même pas guitariste, tu savais ? Je suis batteur, mais c’est difficile d’écrire des morceaux avec une batterie ! Donc ça pourrait très bien se produire, on ne sait jamais. A suivre ! La prochaine fois que nous sommes en France, peut-être qu’il chantera davantage.

« J’ai en quelque sorte le don auditif de reconnaître là où il pourrait y avoir un potentiel musical – peut-être pas excellent, mais au moins qui apporte un son particulier. »

Mais comment se fait-il qu’il se soit retrouvé limité, pour ainsi dire, à une chanson par album ?

Ce n’est pas vraiment une question « d’être limité ». Ça l’arrange bien aussi. De mon point de vue, il est le vrai chanteur parce qu’il a une super voix et tout, et j’ai beaucoup de choses à gérer mais il me dit : « Tu es la voix de Freak Kitchen » tout ça, et il a aussi son propre projet solo, Eaglestrike, où il chante sur tous les morceaux. D’ailleurs, nous allons enregistrer le chant pour ce projet la semaine prochaine dans mon studio. Je produis les sessions d’enregistrement du chant. Mais ça pourrait se produire. Pour l’instant, c’est juste comme ça que les choses se sont déroulées. [Rires] Parce que je travaille seul dans mon studio, je travaille et travaille encore et ensuite nous nous disons : « Bon, qu’est-ce que nous avons ? Chris, tu pourrais chanter sur cette chanson ? » Nous avons aussi parlé du fait qu’il pourrait faire le chant harmonisé mais étrangement, sur album, nos voix ne s’accordent pas très bien ensemble. Je ne sais pas pourquoi, c’est la même chose avec Björn ! Ça rend bien en concert mais dès que tu commences à enregistrer elles sont trop différentes ! Il a une super tonalité et le timbre de sa voix est à l’opposé de la mienne, qui a une tessiture plus réduite, mais ça ne fonctionne absolument pas. Je l’ai fait chanter un peu sur « Freak Of The Week » parce que Juanjo le voulait, mais ça ne marchait absolument pas du point de vue du producteur, ça ne se mariait pas assez bien. Mais on ne sait jamais, il ne faut jamais dire jamais. Ça pourrait se produire à l’avenir donc reste sur le coup, nous verrons bien !

Ta musique est plutôt heavy et technique mais en même temps très accrocheuse et pleine de mélodies pop. Aimes-tu particulièrement jouer avec les opposés ?

Oui. Ça va faire très cliché mais nous faisons vraiment de la musique que nous ne pouvons trouver nulle part ailleurs. Nous aimons les bonnes chansons bien écrites et peu importe leur genre. Nous pouvons vraiment prendre notre pied sur une ballade acoustique, un morceau de jazz comme une chanson de death metal. Du moment qu’elle est bien écrite, nous l’aimerons, et nous sommes influencés par beaucoup de courants. Comme tu le sais, je suis un grand fan de musique indienne depuis près de dix ans maintenant, et ça s’est vraiment ressenti dans notre musique. Mais autant ça s’entendait beaucoup sur Land Of The Freaks, particulièrement sur des chansons telles que « Teargas Jazz » et « OK », autant maintenant c’est plus subtile et plus dissimulé, même si c’est toujours présent dans presque toutes les chansons. Tu ne t’en rends pas bien compte mais même une chanson comme « Sloppy » – qui sonne comme du AC/DC – contient de nombreux éléments de la musique indienne comme de la musique carnatique et les mesures asymétriques et tout ça. Tu ne t’en rends pas vraiment compte mais c’est bien là. En quelque sorte, nous cuisinons notre étrange musique. Nous ajoutons beaucoup d’ingrédients du monde entier, de différents genres et styles, et ensuite nous concoctons notre propre dîner étrange ; Cooking With Pagans en est le résultat. Tu peux faire ce que tu veux, mais ce que j’aime c’est d’avoir une bonne accroche. J’ai toujours adoré avoir une bonne accroche musicale, un bon refrain que tu puisses chanter avec le public.

Cette liberté que tu t’accordes en musique est-elle un reflet de tes propres goûts musicaux variés et de ton ouverture d’esprit musicale ?

Encore une fois, je ne réfléchis pas vraiment à ce que je fais quand je produis et que je compose. Je suis simplement mon instinct. Mais c’est génial d’être indépendant de ce point de vue-là, que nous puissions décider jusqu’au dernier moment du son que nous voulons pour l’album. Je suis toujours là, je mixe l’album avec un super ingénieur du son, j’enregistre absolument tout, je travaille avec un gars du mastering et je participe même un peu au design de la pochette. Alors c’est vraiment sympa d’avoir le contrôle sur tout ça mais ça prend aussi beaucoup de temps, particulièrement quand tu produis tout toi-même. Parfois il faut parvenir à être plutôt objectif, tu dois te détacher de tout ça et ensuite te remettre dedans pour avoir une autre écoute. C’est un boulot pointilleux et ça prend aussi beaucoup de temps. Parfois j’écris un truc et je me dis : « Oh, c’est une putain de chanson, elle va vraiment donner ! » Et puis tu commences à l’enregistrer et tu commences à y ajouter plein de merdes : trop d’arrangements, peut-être une guitare délicate, un orchestre ou autre. Et puis d’un coup, je l’écoute d’une autre oreille et je réalise : « Oh, je viens de détruire ce morceau. Ce qu’il y avait de bien est méconnaissable et maintenant c’est juste un gros bordel visqueux. » Et là, tu dois la dégager, tu dois tuer tes créations encore et encore. Ce n’était pas ta question mais… [Rires] Je parle car j’ai une bouche !

Tu écoutes quoi d’habitude comme musique ?

Oh, bon Dieu ! Je crois que tu serais vraiment déçu si tu jetais un œil dans mon iPod. Je suis un mec qui aime bien les iPod ; je suis de la vieille école… Enfin si tu pars du principe qu’un iPod est vieux jeu. Mais j’achète beaucoup d’albums que je mets sur mon iPod. Récemment, je viens d’y ajouter quarante-huit CDs – ça prend du temps quarante-huit CDs ! – d’Ella Fitzgerald. Donc ça me fait une belle playlist, il me faut à peu près cinq jours pour l’écouter en entier. J’écoute beaucoup de Dean Martin, Django, même Edith Piaf, crois-le ou non ! Je fais le vide dans mon esprit en écoutant ces vieux trucs, j’écoute beaucoup de Buddy Rich, des trucs qui n’ont rien à voir avec Freak Kitchen. Si j’écoute du classique, c’est souvent de la musique classique contemporaine, ou alors j’écoute de la musique classique indienne et roumaine mais très peu de metal. J’ai dit ça plusieurs fois mais si tu veux pouvoir creuser ton propre chemin, tu dois un peu te cacher de ce qui se fait autour de toi, afin de trouver ta voie. Alors c’est ce que je fais. Je cuisine et je m’assois en face de ma cheminée avec un verre de Cognac ou peut-être un verre de vin blanc [NDT : en Français dans l’interview], ou un verre d’eau, et j’écoute ces perles d’or du passé, pour ainsi dire. Et c’est là que me viennent les idées les plus folles, et que je me mets à courir vers mon studio pour les laisser s’exprimer et les enregistrer. Donc mon iPod ne serait pas vraiment le rêve humide d’un mordu de heavy metal, crois-moi sur parole ! [Rires]

Et quelle est la musique la plus honteuse que tu apprécies ?

Oh, je pense qu’il n’y a pas de musique honteuse. Il y a de la bonne musique et de la mauvaise musique, mais je peux vraiment prendre mon pied sur des trucs parfaitement banals. Je peux écouter The Eagles et me dire : « Oh, c’est vraiment bon ! » ou encore de la musique country ou me dire : « Eh, j’écoute Mozart » et : « Oh, ce n’est que toutes les touches blanches d’un piano » mais ce n’est pas le cas, c’est très sophistiqué ! Mais pour moi, il n’y a pas de musique honteuse. Je peux vraiment écouter de tout. Si j’écoute du rock, en général c’est du AC/DC. Je ne sais pas pourquoi, mais je reviens toujours à leur musique, je peux m’y identifier. Pourquoi est-ce qu’il y a autant de groove ? Qu’est-ce que ces gars peuvent bien avoir, tu vois ? Avant de commencer une production, j’écoute toujours Let There Be Rock d’AC/DC, Over-Nite Sensation de Frank Zappa ou encore Into The Great Wide Open de Tom Petty et je me grille les neurones à essayer de comprendre pourquoi ces morceaux sont si bons. Évidemment, ce sont des bons morceaux mais aussi au niveau de la production, ils vont droit au but. Et je pense que Cooking With Pagans est assez cru et honnête, il n’y a pas beaucoup d’overdubs sur cet album. Tu vas avoir deux guitares, trois au maximum mais parfois seulement une, ou parfois rien en dehors de la basse et ainsi de suite. C’est l’album le plus nu que nous ayons fait et je pense que c’est aussi l’album qui se rapproche le plus du son de Freak Kitchen en concert.

Freak Kitchen a des aspects très pop et on pourrait penser qu’il possède un gros potentiel pour passer à la radio. Mais nous n’entendons jamais Freak Kitchen à la radio, comment expliques-tu donc cela ?

[Rires] Je pense que la plupart du temps oui, il y a probablement un gros potentiel radio dans tous les morceaux, mais il y a aussi quelque chose de dérangeant dans chaque morceau. Ce sera peut-être un mot, le thème abordé, ou encore un étrange break indien, une réduction de la structure… Il y aura toujours quelque chose. Nous n’avons jamais rien écrit dans le but de passer à la radio. Si une radio joue le morceau, tant mieux, mais je veux dire, combien de groupes de metal entends-tu à la radio de nos jours de toute façon ? C’est cool, tu sais, tu as des gamins et plus de gens que jamais qui écoutent le groupe. Nous voulons nous développer et faire prendre de l’ampleur au groupe mais toujours selon nos termes et avec intégrité. Ça fait que nous refusons beaucoup d’offres qui auraient peut-être pu nous rendre beaucoup plus connus, mais nous aurions aussi perdu le contrôle du groupe. C’est sur le fil du rasoir, mais je pense que tu peux vraiment t’attendre à entendre parler davantage de Freak Kitchen à l’avenir. Nous sommes comme l’herpès, nous ne disparaitrons jamais ! Nous avions disparu pendant un temps mais nous sommes de retour ! [Rires]

« Peut-être que c’est de la folie de dépenser tout cet argent dans une vidéo animée quand nous pourrions le donner à une association mais d’un autre côté nous n’aurions jamais réussi à rassembler ce montant pour une association. »

Nous avons parlé de dessins animés tout à l’heure. Vous êtes actuellement en collaboration avec Juanjo Guarnido qui s’est occupé de votre visuel et qui prépare en ce moment un clip animé pour « Freak Of The Week ». Peux-tu nous en dire plus à ce sujet et nous raconter comment vous vous êtes rencontrés ?

Ouais, c’est un type absolument adorable et nous sommes très chanceux. C’est lui qui nous a contacté, il m’a simplement écrit un e-mail un jour en me disant : « Salut, je suis Juanjo Guarnido, je suis espagnol et il se trouve que je suis aussi un artiste. J’ai travaillé sur de nombreux films Disney, et travaillé avec beaucoup de trucs. J’ai créé un personnage fantastique du nom de Blacksad et j’adore Freak Kitchen. Je suis un grand fan depuis très longtemps et j’aimerais vous envoyer quelques trucs que j’ai fait. » Et j’ai pété un câble quand j’ai reçu le colis FedEx : il m’avait dessiné avec Blacksad en train de faire de la musique. J’étais là : « Putain de merde, c’est vraiment génial, il faut absolument que tu fasses le visuel de notre album ! » Et il a répondu : « Eh bien, c’est pour ça que je t’écris » [rires] « Je ne l’avais simplement pas formulé », avec son côté humble. Alors j’ai à nouveau pété un câble lorsque j’ai vu ce qu’il avait fait, tandis que Chris – notre bon bassiste, qui est lui aussi un artiste – s’est quasiment pissé dessus quand il a appris que Juanjo Guarnido [nous avait contacté]. Il était là : « C’est un putain de Dieu dans le monde des comics, il est absolument génial ! » Le temps a passé et il s’est chargé du visuel. Puis un jour il nous a dit : « Écoute, j’ai toujours fait ces films et animations pénibles, et j’ai toujours été très déçu du résultat parce que ce n’était jamais aussi bien que ce que j’avais en tête, donc pour une fois dans ma vie, je voudrais avoir le contrôle absolu et j’aimerais vous faire une vidéo animée. » Évidemment, une animation à la main c’est des millions d’images par seconde, ça prend beaucoup de temps et ça coûte beaucoup d’argent de faire ça en 2D, en dessinant pour de vrai à l’ancienne. Ça n’a rien à voir avec tous ces dessins animés sur les chaînes pour enfants avec leurs animations vite faites – certains sont bons et d’autres vraiment pas. Alors j’ai dit : « Carrément, faisons cela. » Mais ensuite il m’a demandé : « Tu penses pouvoir mettre combien sur la table ? » Et j’ai répondu : « Eh bien, même si je vends ma maison, ce ne serait toujours pas assez. » Alors il m’a dit : « Bon, nous n’avons qu’à faire une campagne Kickstarter » [NDT : financement participatif]. Il a beaucoup travaillé et obtenu beaucoup de soutien de la part de l’univers des comics et que Dieu remercie tous les gens qui ont soutenu ce projet : nous avons obtenu 152 000$ de Kickstarter. Ce n’est toujours pas assez et il travaille comme un dingue pour y mettre son propre capital, le tout pour 4 minutes et 45 secondes je crois ! Nous allons faire une première mondiale au Comic Con de New York début octobre et ensuite nous ferons une autre première à Göteborg avec Juanjo qui nous rejoindra sur scène, peut-être même qu’il jouera un peu ! Ce sera le 1er novembre, et bien sûr ce sera aussi disponible sur YouTube. Un livre sur ce projet est aussi en cours d’écriture, parce qu’il y a tout simplement beaucoup trop d’artworks remarquables qui méritent d’être partagés. C’est vraiment un mec de rêve, il est absolument adorable.

Avez-vous été surpris par l’incroyable succès de cette campagne Kickstarter ?

Oui, beaucoup ! Mais je savais aussi que Juanjo a dit : « Je vais le faire et nous allons réussir. » C’est vraiment lui qui a tout mis en place pour que ce soit un succès. Il prenait directement contact avec les donneurs en leur disant : « Écoute, si tu participes financièrement à telle hauteur, je ferai ça ou je te dessinerai ci. » Donc ce n’est vraiment pas un truc qui nous est tombé dessus juste comme ça, il y a beaucoup de travail derrière cette campagne. Quand les gens font un Kickstarter, en général ils gagnent quoi, 6000$, 7000$ ? Nous avons obtenus 152 000$ alors que notre but était 90 000$ alors c’est génial. Et peut-être que c’est de la folie que de dépenser tout cet argent dans une vidéo animée quand nous pourrions le donner à une association mais d’un autre côté nous n’aurions jamais réussi à rassembler ce montant pour une association, alors nous essayons de donner de l’argent à côté pour des bonnes causes comme Green Peace et Amnesty International, mais c’est vraiment un truc à faire une fois dans ta vie. Nous n’en revenons pas. Nous avons un répertoire Dropbox où nous recevons toutes les mises à jour et à chaque fois qu’il y en a une nouvelle je tombe de mon siège parce que c’est vraiment trop bien.

Penses-tu que cette collaboration va se poursuivre dans le futur ?

Je l’espère vraiment, absolument. Le 1er novembre, quand nous nous élancerons sur les routes pour le début de la tournée Cooking On The Road, Juanjo va nous accompagner et il dessinera sur scène en direct pendant trois ou quatre chansons, avec une caméra et un grand écran. Tout est possible, le futur est grand ouvert.

Est-ce que ça t’a motivé à étendre et associer ta musique à d’autres formes d’art ?

On ne sait jamais ! Quand je compose, je pense toujours en images aussi et de façon à écrire quelque chose, j’ai besoin d’une idée qui booste mon esprit. Je regarde beaucoup de films, lis beaucoup de livres et tout peut arriver. C’est ça qui est génial ! Je reçois beaucoup d’œuvres d’art qui viennent de gens qui ont été inspirés par ma musique donc ça marche dans les deux sens d’une certaine façon.

Sur un autre sujet, tu es connu pour utiliser des objets surprenants avec ta guitare. D’où te viennent ces idées auxquelles personne d’autre que toi ne semble penser ?

[Rires] Je pense que le fait de vivre dans la campagne suédoise et te balader dans tes pantalons de jogging étranges et tes chaussures bizarres, et te donner le temps de trouver de nouveaux trucs aide beaucoup. Mais je ne fais jamais rien dans le seul but de faire quelque chose. Je ne me pose jamais en me disant : « OK, qu’est-ce que je vais faire aujourd’hui ? » Puis je regarde autour de moi en me demandant si je peux utiliser tel ou tel truc. Tout ce que je fais arrive par hasard. J’ai en quelques sorte le don auditif de reconnaître là où il pourrait y avoir un potentiel musical – peut-être pas excellent, mais au moins qui apporte un son particulier. Comme « Musth » où je joue avec un peigne, ou un godemiché pour le cul – pardonne mon langage – ou quand je joue avec des baguettes de batterie, une imprimante, un attelage pour cheval, une télécommande, des ballons, ou quoi que ce soit ! Je fais ça uniquement parce que ça crée un son que je n’ai jamais entendu auparavant et il faut s’en servir pour marquer ta musique, sinon ça n’a aucun sens et ça te ramène à « Freak Of The Week » : tu fais un truc pour avoir de l’attention très rapidement et tu la perds aussi vite. Mais si tu fais quelque chose qui crée un nouveau son, ça fait une grande différence. Même si c’est un peu ridicule, comme de jouer avec un peigne, ça marche vraiment, et c’est assez facile à faire. En plus c’est un peigne français ! [Rires]

Quelles sont tes dernières expérimentations ? Tu viens de citer le peigne, mais quoi d’autre ?

Ouais, sur Freak Guitar – The Smorgasbord, je jouais avec le ballon pirate de mon fils avec la guitare sur une chanson stupide du nom de « Trumpet Lesson ». Ce n’est pas vraiment une chanson, c’est plutôt du bruit de fond. Tout est possible, j’ai quelques projets en cours, mais si je les partageais, je devrais te tuer. [Rires] Tu verras ! Il y a de nouvelles surprises à venir, promis.

J’ai vu une photo de ta guitare huit cordes et j’ai remarqué que les frettes sont irrégulières. Ça sert à quoi ?

C’est un truc qui s’appelle True Temperament ; ce design est une invention suédoise et c’est le meilleur truc qui soit jamais arrivé aux guitares, si tu veux mon avis. Parce qu’une guitare, c’est un instrument un peu « caca » [NTD : en français dans l’interview], tu ne peux jamais vraiment l’accorder. Certaines personnes te diront que c’est dans la nature d’une guitare d’être légèrement désaccordée mais pour moi c’est comme de conduire avec trois roues au lieu de quatre. Si tu peux l’améliorer, pourquoi ne pas le faire ? Et je trouve qu’entre les guitares Caparison et les frettes True Temperament, jouer de la guitare n’a jamais été aussi marrant ! C’est dingue comme c’est génial maintenant de pouvoir vraiment accorder ma guitare correctement. En fait ça marche de cette façon : les bonnes notes sont mesurées correctement et les frettes sont ensuite apposées en fonction de l’endroit où la note se situe réellement sur le manche. Avec la guitare huit cordes, c’est absolument divin : tu as comme un petit orchestre de chambre entre les mains. C’est vraiment génial, je te conseille d’y faire un tour [il prend une voix commerciale] sur Truetemperament.com !

Tu utilises une guitare huit cordes et aussi une guitare fretless. C’est important pour toi d’essayer tous les types de guitares qui existent ? Ou tous les sons que tu puisses faire ?

[Rires] Nan ! Pas vraiment. Il y a beaucoup de gens avec une bien meilleure connaissance ou un bien meilleur contrôle de tout un tas d’instruments. Je suis mon instinct et si je me dis : « Bordel, ça a l’air intéressant » alors je demande à Caparison de construire ça pour moi. Je leur dis : « Vous pouvez m’envoyer une guitare sans frettes ? » et ils me répondent « pas de soucis ! » et quand je la reçois je joue avec pendant un moment jusqu’à ce que je trouve quelque chose d’intéressant musicalement et que je l’enregistre. Après, l’instrument aura peut-être sa place dans mon arsenal. La guitare huit cordes m’a été donnée par un autre fabriquant car à l’époque Caparison n’avait pas de guitares huit cordes. Alors je leur ai demandé en disant : « Écoutez, je pense qu’il y a vraiment un grand potentiel à jouer avec une guitares huit cordes accordée comme je le fais avec un corde de Mi grave puis une corde de La puis une corde de Mi et encore une autre corde de La. » Ça veut dire que j’ai d’excellentes octaves maintenant et parfaitement accordées qui plus est grâce à mes frettes True Temperament. Ils m’ont répondu : « Bon, nous allons te construire une guitare huit cordes et la sortir comme ton modèle signature », ce qu’ils vont très bientôt faire. Et c’est génial qu’ils fassent des choses comme ça parce que je n’avais pas envie de travailler avec une autre entreprise donc je suis vraiment reconnaissant pour leur soutien et c’est un putain d’instrument, crois-moi sur parole. Cette guitare est absolument géniale, je l’adore.

« J’aime citer Gustave Flaubert qui, je crois, a dit à l’époque : ‘Soyez réglé et ordinaire dans votre vie, afin d’être violent et original dans vos œuvres’ et c’est vraiment comme ça que ça marche pour moi. »

Tu es connu pour créer des sons assez improbables avec ta guitare sans ajouter d’effets. Dirais-tu qu’il y a tellement plus à explorer sur une guitare avant même de la brancher sur une pédale à effets ?

Oui, je trouve que la plupart du temps, quand tu utilises une pédale, même si tu sors un son de malade, c’est toujours la pédale qui est à l’origine du son, et donc il y a des milliers d’autres guitaristes capables de le reproduire. Mais avec la guitare en elle-même, la distorsion, peut-être une barre de vibrato et ton bras, tu peux faire tellement de trucs ! Tu peux faire tellement de choses avec une série de tonalités naturelles ou les harmonies de la guitare que j’utilise beaucoup aussi. Si tu combines ça avec des notes en tant que telles, tu peux faire tellement de trucs ! Moi, je me sens limité quand je branche ma guitare dans une poignée de pédales et un ampli. D’abord, je n’ai pas envie d’avoir des piles de 9 volts et des adaptateurs au milieu de la chaîne de signaux ; je veux un bon câble – un câble brésilien Santo Angelo au passage, des câbles presque organiques. Je branche ça dans ma guitare, et avec ça j’ai une pédale de contrôle de volume Jim Dunlop complètement passive – qui n’a besoin d’aucune pile et qui a été conçue pour résister à une guerre mondiale -, puis j’ai un ampli Laney et c’est tout ce dont j’ai besoin. Si l’ingénieur du son veut ajouter du delay sur un solo, ça passe, je m’en fiche un peu, ce n’est pas comme si je l’entendais de toute façon, mais je n’aime pas ça quand je joue. Et le son d’un Laney est plutôt cru aussi. Je l’adore mais il faut le prendre en main et c’est plutôt positif, parce que tu dois te remettre en question et j’aime me rendre compte lorsque je fais de la merde [rires], je le dis très souvent !

Tu joues vraiment une musique un peu folle si on se réfère aux standards établis, est-ce qu’elle reflète ta vie ? Te considères-tu comme un type taré ou vivant une vie dingue ?

Oh, je vie une vie vraiment, très [ricane] pas si dingue que ça. Enfin, c’est une vie un peu folle si tu pars du principe que je voyage à travers le monde, que je dors très peu, que je joue dans des endroits étranges et que je fais beaucoup d’expériences. Mais j’aime citer Gustave Flaubert qui je crois a dit à l’époque : « Soyez réglé et ordinaire dans votre vie, afin d’être violent et original dans vos œuvres » et c’est vraiment comme ça que ça marche pour moi. Je ne compose pas bien quand je n’ai pas dormi de la nuit ou si je me réveillais soudainement à Jakarta ou Katmandou. J’écris bien après avoir pris une bonne tasse de café – peut-être du café français – que je m’assois dans mon studio alors que tout va bien, que les factures sont payées, que les voitures marchent, que tout le monde est heureux, va bien et est en bonne santé. C’est dans ces moments-là que me viennent les idées les plus méchantes. Je n’arrive pas à me souvenir, c’était quoi ta question déjà ? [Rires]

C’était « Est-ce que la folie de ta musique est un reflet de ta vie ? » en gros.

Eh bien, à nouveau, je pense que plus ma vie est tranquille et calme, mieux c’est. Passer du temps à l’extérieur marche bien aussi : je coupe du bois, j’ai deux bergers allemands, je me promène dans la forêt et tout. Je vis une vie tranquille et rangée. Alors oui, le vendredi soir je vais peut-être prendre un verre de vin, mais je ne me drogue pas, je ne fume pas et je suis végétarien. C’est dans ces moments-là que tu peux avoir quelques idées bien méchantes. Si ta vie est un chaos constant, tu n’as absolument rien le temps de faire.

Tu viens de sortir un nouvel album d’Art Metal avec Jonas Hellbord du nom de The Jazz Raj. Comment décrirais-tu ta relation musicale avec Jonas ?

Eh bien, Jonas est à la fois mon grand-frère et mon petit-frère. C’est un mec adorable et c’est l’un des rares mecs authentiques qu’il reste dans le show-business. Tout ce qu’il fait, il le fait pour la musique et il est extrêmement sérieux vis-à-vis de ça. C’est un gars génial et un excellent compositeur et bassiste. J’ai appris tellement de trucs de Jonas et pas uniquement musicalement ; par exemple, des trucs comme « t’en a rien à foutre de ça » ou « ce n’est pas important » et tout. C’est vraiment un mec bien. Parfois il est tellement radical que je dois réparer les dégâts derrière lui parce qu’il est du genre à brûler ses vaisseaux dans toutes les directions et je suis là : « Hey, Jonas, du calme et blablabla », ou encore : « En fait c’est ça que Jonas voulait vraiment dire dans cette interview, il ne voulait pas dire ça, et blablabla » [rires] c’est dans ces moments-là qu’il est plus mon petit-frère. Mais en réalité, c’est mon petit gourou.

L’album mélange de la musique country et de la musique indienne. Tu es fan de musique indienne depuis une dizaine d’années comme tu nous l’as dit plus tôt, mais pourrais-tu nous en dire plus sur ta relation avec la musique indienne ?

Ouais, en fait, de bien des façons, c’est plus à la fois la musique indienne et l’Inde en elle-même. Quand tu visites l’Inde, ça te colle vraiment à la peau, il n’y a pas de retour en arrière possible. Ce pays va te marquer profondément d’une façon ou d’une autre, pour le meilleur ou pour le pire. C’est la même chose pour la musique indienne, il n’y a pas de retour en arrière possible non plus. J’ai tellement appris, de tellement de façons, que c’est difficile à décrire. Je ne peux pas revenir en arrière ! Tout ce que je fais, même quand il s’agit de promener mon chien, je marche et je chante un peu de Konnakol. C’est un langage rythmique qui peut s’appliquer à tout : tu peux construire des signatures rythmiques extrêmement complexes d’une façon super simple parce que c’est conçu très intelligemment. Quelques-uns des plus grands mathématiciens de notre époque étaient indiens, et ils avaient la capacité d’avoir une grande vision d’ensemble. Et aussi, la tonalité, aller dans les ragas et toutes ces choses ont vraiment ouvert de nouvelles voies pour moi. Aller en Inde, jouer avec des musiciens indiens, et le faire en compagnie de Jonas ou seul… Il n’y a pas de retour en arrière possible, j’adore ça. J’y retourne à nouveau en octobre, nous avons un Freak Guitar Camp en Inde, à Pune, ce qui est génial. C’est à l’extérieur de la ville, dans la jungle. Je vais apprendre tout ce que je sais sur la musique à plein d’Indiens pendant une semaine et je vais amener ma guitare huit cordes aussi. Avant cela, je vais faire un tour à Calcutta, Bombay, Dehli et au Bangalore. Donc il n’y a pas de retour en arrière possible, j’essaie d’aller en Inde au moins une fois par an.

Que ce soit avec Freak Kitchen ou Art Metal, tu sembles toujours choisir des trios. Est-ce un choix délibéré ? Préfères-tu les trios aux autres formats ?

Oui, c’est le cas. C’est brut et une fois encore tu dois prendre sur toi. Il n’est pas possible de cacher quoi que ce soit, tu es complètement mis à nu. J’adore ça, ça donne une telle liberté, mais c’est aussi dangereux parce que tu dois savoir ce que tu es en train de jouer et tu dois le jouer avec sincérité et conviction. Donc oui, j’aime les trios, vraiment ! [Ricane] Et puis ça fait plus d’argent pour tout le monde aussi… HAHAHA !

Tu as sorti un double album solo l’année dernière. Vois-tu ces albums solos comme un espace de liberté d’expression totale ?

Oui, ça apporte vraiment un sens de catharsis d’une certaine façon. C’est mon exutoire musical où je peux faire tout ce qui me passe par la tête. J’adore Freak Kitchen, ce sera toujours mon principal bébé, mais j’ai besoin de ça aussi. Freak Kitchen est le bateau principal et le plus important, et avoir un groupe avec des mecs comme Björn et Chris est divin et il n’y a pas de sentiment plus puissant. Mais quand nous ne travaillons pas beaucoup entre deux albums, que nous avons fini les tournées et qu’il est temps de penser à un nouvel album, tout un tas d’idées me viennent et elles n’ont pas forcément toutes leur place dans Freak Kitchen. Donc c’est ce à quoi sert Freak Guitar. J’en ai besoin, sinon mon cerveau va exploser.

Est-ce que cela signifie que tu te poses des limites dans Freak Kitchen ?

Non, pas vraiment. Nous faisons ce que nous voulons mais nous ne voulons pas nous aventurer sur un terrain trop étrange, parce que ça doit rester un groupe. Je veux que ce soit un groupe basé sur des chansons. Je ne veux pas en faire… Je ne sais pas, une sorte de suite orchestrale totalement disharmonique. Je veux que ce soit un groupe parce que c’est cool et parce que c’est ce que nous faisons de mieux. Mais parfois jouer avec des ballons, des télécommandes ou autre n’irait pas vraiment dans Freak Kitchen. Nous pourrions faire ce que nous voulons, mais nous voulons que ça reste un groupe avec de bonnes chansons, dans le style de Freak, bien évidemment.

A propos de Joakim, ancien batteur du groupe : « Il terminait toujours ses lettres par des dessins débiles de vaches qui me chiaient dessus pour une raison que j’ignore ! [Rires] »

Ton album solo que tu as sorti avant ce dernier avait été enregistré dans ta salle de bain…

[Rires] Ouais, ouais !

As-tu amélioré le processus d’enregistrement depuis ? [Rires]

[Rires] Oui ! C’est le premier album de Freak Guitar qui a été enregistré dans une salle de bain. Maintenant, j’ai un joli studio dans une maison séparée à côté de la mienne. Je peux la voir en ce moment de là où je suis assis dans mon bureau. Elle est jolie, elle est à près de quatre mètres de l’autre maison et elle a deux étages avec un appartement où je peux mettre des Indiens étranges quand ils viennent me rendre visite [rires]. Donc oui, j’ai amélioré ce processus et progressé.

Freak Kitchen prend une toute autre dimension en concert. Quand allons-nous entendre un album live ou voir un DVD ?

On ne sait jamais ! Nous allons filmer le concert du 1er novembre, il sera aussi diffusé en streaming pour l’inauguration de la tournée Cooking On The Road à Göteborg. Donc nous verrons, peut-être que ça arrivera l’année prochaine, on ne sait jamais ! Il y a vraiment matière à ça chez moi. L’autre jour, je regardais un concert très sympa du Népal, par exemple, qui a été parfaitement filmé avec de superbes caméras HD. J’ai assez de matériel pour peut-être vingt DVDs live dans mon studio !

Freak Kitchen joue depuis plus de vingt ans. Qu’est-ce que ça te fait quand tu y penses ?

C’est génial. J’ai du mal à croire que ça fasse aussi longtemps. Je crois que ça fait vingt-et-un ans, ou même plus. Dans la vingtaine quoi. Mais nous avons encore beaucoup à faire et nous sommes en plutôt bonne condition et maintenant nous savons davantage ce que nous voulons faire ou ne pas faire… donc « vive la vie ! » [NDT : en Français dans l’interview] comme je dirais. [Rires] Nous serons en France en février. C’est ce qui est prévu, février ou mars, alors gardez un œil sur vos calendriers ! Et nous espérons vous voir sur la route, bande de Freaks !

Sais-tu déjà les villes dans lesquelles vous allez vous arrêter ?

Je crois que la première partie se rattache à une tournée plus grande. Je crois que ça s’appelle la Progressive Alliance ou quelque chose comme ça, ça traverse toute l’Europe donc je pense qu’il y aura peut-être trois dates en France. Mais ensuite nous reviendrons en France pour faire toutes les villes… Évidemment il y aura Lyon, peut-être Bordeaux et Paris bien sûr. Mais nous voulons jouer davantage donc nous reviendrons après cela, peut-être en mai ou dans ces eaux-là.

Cette année marque précisément l’anniversaire de la sortie d’Appetizer, le premier album de Freak Kitchen. Vous allez faire quelque chose de particulier ?

Euh, non, pas vraiment. Encore une fois, je ne suis pas très nostalgique et pas du genre à ressortir des trucs. Je préfère me concentrer à faire un super album après Cooking With Pagans à la place ! [Rires]

Le symbole de Freak Kitchen a toujours été une vache. Quelle est la raison derrière ça ? Tu as une passion pour les vaches ?

[Rires] En fait, c’est une question très fréquente ! Non, pas vraiment. Je suis végétarien, donc évidemment j’adore les vaches et je ne veux pas les manger. Et puis elles sont sacrées en Inde donc ça marche aussi très bien. Mais ça a commencé avec notre ancien batteur Joakim qui dessinait des vaches quand il vivait à L.A. et moi à Copenhague. Quand nous étions jeunes, nous nous envoyions [il prend une voix mystérieuse] des vraies lettres, écrites sur papier ! Il terminait toujours ses lettres par des dessins débiles de vaches qui me chiaient dessus pour une raison que j’ignore ! [Rires] Mais c’était toujours sa façon de me saluer à la fin d’une lettre. Et comme je trouvais ces vaches hilarantes, je lui ai demandé de dessiner une vache par chanson sur le premier album Appetizer dont tu parlais. Il l’a fait, et tout le monde a adoré alors nous nous sommes dit : « Bon, nous devons garder les vaches. » Ca n’a aucune signification particulière et il n’y a pas de réflexion philosophique profonde derrière ça, sauf si tu as envie de le croire. C’est juste un symbole sympa. Et Juanjo a vraiment relevé le niveau quand il a dessiné les vaches prenant le dessus et coupant nos têtes. Donc ouais, j’aime bien.

En fait, ça me fait penser à une interview avec Devin Townsend, qui est végétarien aussi d’ailleurs, que nous avions publiée et qui disait que les vaches sont géniales, donc tu devrais faire quelque chose avec lui ! [Rires]

Absolument, ouais ! J’ai rencontré Devin de nombreuses fois. La première fois, c’était quand il produisait cet album de Soilwork dont je ne me souviens plus du nom maintenant (NDLR : Natural Born Chaos de 2002, Matthias a été invité à jouer un solo sur la chanson « No More Angels »). C’est un mec sympa donc on ne sait jamais !

Interview téléphonique réalisée le 26 août 2014 par Spaceman.
Retranscription et traduction : Natacha.
Introduction : Spaceman.

Site internet officiel de Freak Kitchen : FreakKitchen.com



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  • Superbe interview et c’est tellement « Mathias ».
    J’ai eu l’occasion de les filmer en concert en Belgique l’année dernière. C’était génial et une incroyable rencontre. J’en garde un super souvenir.
    C’est un petit budget je dirais même que j’ai payé pour réaliser ces vidéos mais si ça intéresse quelqu’un de voir a quoi ressemble leur live c’est ici:
    https://www.youtube.com/watch?v=jBdKvjatRAQ

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