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Interview   

Max Cavalera, archange du metal


Soulfly 2015On n’arrête plus Max Cavalera. Un Soulfly par ci, un Killer Be Killed par là, un Cavalera Conspiracy par ci, un autre Soulfly par là. Il serait même déjà en train d’envisager avec ses comparses un second opus de Killer Be Killed pour l’année prochaine et même du nouveau Cavalera Conspiracy. Cavalera est ce qu’on pourrait appeler un boulimique, mais attention, Archangel, le nouvel opus de Soulfly, c’est du sérieux. Pas question de prendre à la légère le dixième album de ce groupe qui, en 1998, l’a remis en selle après son départ difficile de Sepultura.

Et il en a bavé, et il s’est mis la pression, comme il nous l’explique dans l’entretien qui suit. Il fallait marquer le coup, et c’est tout naturellement qu’il a été piocher dans les imposants thèmes bibliques, mélangés à une certaine célébration du metal, et s’est adjoint les services du producteur Matt Hyde qui a pris le projet à bras le corps.

Max Cavalera revient donc avec nous en profondeur sur Archangel, sa conception, ses thématiques, son état d’esprit, mais aussi plus généralement sur l’importance de Soulfly dans sa vie, un groupe qui lui offre toutes les libertés et permet, selon lui, de « repousser les limites du metal ».

Soulfly 2015

« Au début, [le metal] nous a fait sortir du Brésil, de la violence, des mauvaises manières. Donc tu pourrais dire que le metal m’a sauvé la vie. »

Radio Metal : La dernière fois que nous nous sommes parlé, la dernière chose que tu m’as dite était : « Le dixième album, c’est un nombre important pour nous et je vais travailler très dur sur ce nouvel album de Soulfly. » Du coup, à quel point as-tu travaillé dur sur Archangel ?

Max Cavalera (chant/guitare) : Assez dur. Nous sommes un peu sortis de notre zone de confort et avons atteint un gros niveau de stress en faisant Archangel, mais pour un bon résultat, je trouve. Ce n’était pas vraiment un album amusant à faire parce qu’il était très stressant. On a dû beaucoup s’investir pour faire ce type d’album mais c’est bien, maintenant qu’il est terminé. Maintenant que nous pouvons entendre le résultat, je pense que c’était le bon album à faire. Je suis donc surexcité par cet album !

Pourquoi était-il si stressant ?

Eh bien, simplement parce que nous avons essayé de faire quelque chose de différent par rapport à ce que nous avions fait avant ; nous ne voulions pas faire le même album. C’est toujours difficile à faire. D’un autre côté, il y avait quelques défis, comme faire une chanson comme « We Sold Our Souls To Metal ». C’est une chanson très simple, il faut donc être très attentif à ne pas devenir générique. Les chansons les plus difficiles sur l’album sont les plus simples, pour pouvoir en faire quelque chose de palpitant. Mais je pense que nous avons réussi. J’écoute l’album maintenant et je suis très heureux du résultat. J’aime le mélange de certains sujets abordés ; les sujets metal liés aux sujets bibliques. Je vais te dire pourquoi c’est cool : parce que je pense que le metal est une religion pour nous, et donc tout est connecté. Même les thèmes bibliques collent aux thèmes metal. Tout ça fait partie d’un… Un peu un genre d’album spirituel mais d’une manière très metal.

Est-ce que tu avais en tête lors du processus de composition l’importance et la symbolique du fait que c’est le dixième album ?

Ouais ! C’était constamment dans mon esprit ! [Rires] Ça n’est jamais parti. En écrivant le premier riff, c’était du genre : « Ok, il y a intérêt à ce que ce soit bon, il faut que ce soit différent, il faut que ce soit puissant, il faut que ce soit exotique ! Oh merde… C’est reparti pour un tour ! » C’est donc pourquoi je dis que ce n’était pas très amusant à faire. C’était plus stressant qu’autre chose d’essayer de faire en sorte que ce soit comme il faut mais le résultat est bon. Je compare un peu Archangel au premier album de Soulfly qui n’était pas non plus amusant à faire, c’était un album difficile à faire mais c’est un album amusant à écouter parce que de bonnes choses en ressortent. Mais d’un point de vue créatif, ce n’est pas amusant de faire ce genre d’album. Pour ma part, c’était bien plus amusant de faire l’album de Killer Be Killed. Si tu veux un exemple d’album amusant à faire, Killer Be Killed l’était. Archangel ne l’était pas. Mais le résultat est vraiment bon, donc j’en suis content !

Tu penses qu’il « vaut » sa place de dixième album ?

Ouais, je pense que, du point de vue exotisme et mysticisme, c’était la meilleure approche que j’ai pu trouver pour le dixième album. L’idée et les thèmes de l’album étaient les meilleurs auxquelles je pouvais penser pour le dixième album. Je pense donc qu’à cet égard, on peut dire sans se tromper que j’ai sans doute fait le bon choix pour l’album.

Avec une durée de seulement 36 minutes, Archangel est l’album le plus court de Soulfly à ce jour. Même s’il a encore pas mal d’éléments expérimentaux, est-ce que tu voulais qu’il soit concis et direct ?

Ouais. Je ne voulais pas laisser les choses trop s’étirer… Si une chanson est bonne, arrêtons là et passons à la suivante. Il n’est pas nécessaire que le couplet soit répété trois fois et le refrain quatre fois. Élaguons tout le superflu, faisons en sorte que ça aille droit au but. Les éléments tribaux ont été remplacés sur cet album par des sons bibliques et des trucs que moi et Matt [Hyde] avons faits ensemble, qui sont… Je ne sais pas même pas comment appeler ça… Je suppose que « sons bibliques » est la meilleure description, mais je crois que ça sort d’un clavier. Matt a fait tout ça. Je ne faisais que lui donner des exemples de ce que je voulais faire sur les intros, outros, etc. Au sein de certaines chansons on retrouve des cuivres, des chants sympas, etc. Tout ceci est ce qui a remplacé les éléments tribaux du passé et je pense que c’est plutôt cool. Ce pourrait être intéressant de faire un album tribal biblique ! Peut-être que c’est ce que je vais faire après ! [Petits rires]

Soulfly - Archangel

« La liberté parfois manque à certains groupes de metal. Ils deviennent tellement sérieux par rapport à ce qu’ils font que ce n’est plus amusant. »

Penses-tu qu’il soit, de façon générale, plus difficile de faire une chanson courte qui soit intéressante qu’une longue chanson qui offre pas mal de liberté ?

Ouais, parce qu’avec les chansons courtes, tu dois faire attention parce qu’en étant aussi simple, c’est à la limite de devenir générique. Et tu ne veux pas que ce soit générique. Tu veux que ce soit bon et palpitant mais avec simplicité ; une chanson simple et rapide. Ça me prend plus de temps de travailler sur une chanson comme « We Sold Our Souls To Metal » qu’une plus longue et grosse chanson comme « Archangel » ou « Titans ». J’ai davantage travaillé sur « We Sold Our Souls To Metal » pour qu’elle soit comme il faut. Mais au bout du compte, elle est comme il faut, surtout avec sa fin qui est un peu psychédélique. C’est devenu une super chanson ! Je suis super enthousiaste ! Nous avons joué cette chanson en concert et les réactions ont été incroyables sur cette tournée. Donc, si j’en crois les réactions du public que nous recevons maintenant, ce sera un très bon album.

Je sais que tu es un fan de Slayer, et les albums classiques de Slayer sont connus pour être très courts et efficaces. Est-ce qu’ils ont été, même inconsciemment, une référence pour toi en faisant Archangel ?

Eh bien… Non, je ne chronométrais pas l’album lorsque j’étais en train de le faire. Donc, la raison pour laquelle il est ressorti ainsi était peut-être juste fortuite. Ce n’était pas fait exprès. Je savais juste que certains des vieux albums de Soulfly sont très longs. Le premier fait quelque chose comme une heure et dix minutes. C’est vraiment long, et je ne voulais pas faire un album qui soit vraiment très long. Je voulais faire quelque chose que les gens puissent écouter d’une traite. Archangel ne dure qu’une demi-heure. N’importe qui peut consacrer une demi-heure de sa journée à notre album. C’est donc un truc sympa eu égard à cet album.

L’album démarre brutalement avec l’hymne metal « We Sold Our Souls To Metal », ce qui représente une déclaration forte en soi. Qu’est-ce que le metal représente pour toi, en fait ?

Vraiment tout. Si tu veux partir dans de la philosophie, tu pourrais dire que le metal m’a sauvé la vie. Et c’est le cas, étant donné tous les choix auxquels j’ai été confronté lorsque j’étais adolescent, ce pouvait être les drogues et les crimes… Evidemment, plus tard dans ma vie, je suis revenu aux drogues et à la boisson mais au début, ça nous a fait sortir du Brésil, de la violence, des mauvaises manières. Donc tu pourrais dire que le metal m’a sauvé la vie. Pour ma part, je peux le dire !

Tu as dit que la fin de cette chanson te rappelait Pink Floyd que tu ne savais pas pourquoi tu l’as faite comme ça et que tu n’étais toujours pas sûr si c’était la bonne chose. Est-ce que l’expérimentation est toujours très instinctive pour toi ?

Oui ! Les fins de chansons ont toujours été une vraie curiosité pour moi… Par exemple, la fin de « Prophecy » part dans ce final suprême et brutal à la double grosse caisse et je me souviens d’un de mes amis qui l’écoutait pour la première fois dire qu’il adorait et que c’était le final le plus cool qui soit, car « Prophecy » est grosso-modo une chanson de rock, avec un rythme rock, mais la fin est imprévisible et n’est faite que de double grosse caisse et de brutalité. J’ai donc toujours été intrigué par les fins de chansons. [J’aime] avoir à la fin des chansons quelque chose qui soit complètement différent de la manière dont elles ont commencé. Lorsque nous faisions « We Sold Our Souls To Metal », nous avions la partie de break à la basse et la chanson est très punk, car le riff sur le refrain est grosso-modo un riff punk, ça aurait pu être un riff de Black Flag. Et ensuite, Marc [Rizzo] a trouvé toutes les parties de guitare démentielles qui sonnaient comme le Death plus récent, très technique, genre l’album Symbolic , mais pour moi, en fait, ça sonnait comme Pink Floyd. J’ai donc dit : « Cette connerie sonne comme du Pink Floyd ! Mais c’est cool ! Ça part d’une chanson metal pour atterrir sur une fin à la Pink Floyd, c’est parfait ! En fait, c’est génial ! [Rires] Gardons ça ! C’est assez dingue pour moi et ça devrait aussi l’être assez pour le reste du monde ! »

Penses-tu que ce soit ainsi qu’on se retrouve à innover, en faisant des choses dont nous ne sommes pas sûrs ?

Ouais, c’est le genre de liberté qui devrait exister dans le metal. Par le passé, j’ai fait des choses de ce genre, même en remontant aux années Sepultura, comme le fait d’enregistrer dans un château au Pays de Galles une chanson sur une tribu brésilienne (NDLR : la chanson « Kaiowas »), ce qui est une idée totalement dingue et absurde mais c’est cool ! On a besoin de plus de choses comme ça. Je trouve que c’est la liberté qui parfois manque à certains groupes de metal. Ils deviennent tellement sérieux par rapport à ce qu’ils font que ce n’est plus amusant. Pour ma part, je m’amuse toujours à explorer divers types d’expérimentation. Je n’en ai pas peur, tu sais. En fait, c’est vraiment gratifiant lorsqu’au bout du tunnel tu trouves quelque chose de différent avec ta musique, comme quelque chose d’assez surprenant, rafraîchissant et neuf. C’est toujours gratifiant.

Soulfly 2015

« [L’Ancien Testament] est vraiment hardcore, mec ! Lorsque tu lis sur Sodome, Abraham et Bethléem, c’est un sacré merdier ! [Rires] Mais c’est plein de bons trucs pour le metal ! »

Il y a aussi de l’expérimentation avec ta voix (comme les incantations dans « Shamash »). Et tu avais d’ailleurs déjà expérimenté sur le dernier album de Cavalera Conspiracy avec certains growls très graves. En es-tu à un point où tu veux davantage explorer ce que tu peux faire avec ta voix ?

Ouais, celles-ci sont les choses que nous nous retrouvons à faire en studio. Tu sais, j’ai la voix de Max qui me contente parfaitement mais elle est un peu limitée. Je veux voir ce que je peux faire d’autre avec. Sur l’album de Cavalera [Cavalera Conspiracy], j’ai essayé d’aller aussi bas que je pouvais et ça frisait le death metal. Et sur l’album de Soulfly, en raison des thèmes religieux, les thèmes bibliques, j’ai parlé à Matt Hyde de créer quelques chants. Il m’a dit qu’en fait, il pensait que sous tout le grommellement de ma voix, il y avait des tonalités mélodiques très sympas qu’il pouvait explorer si je le souhaitais. Alors nous l’avons fait ! Et nous avons créé les chants nous-mêmes au lieu de… Nous aurions facilement pu utiliser les sons d’un sample pris sur You Tube ou quelque chose dans le genre, mais c’était plus marrant de les créer nous-mêmes. Tout ce que tu fais par toi-même est plus amusant que le fait de repomper un ordinateur ou un clavier. Si tu peux le faire toi-même, tu devrais essayer de le faire par toi-même.

Tu as qualifié cet album d’exotique, mystique et biblique. Et l’album propose des chansons sur la destruction de Sodome, la guerre des Titans, le dieu Akkadien du soleil, la reine babylonienne Ishtar, etc. Quel genre de relation entretiens-tu avec ces histoires ?

J’essaie de lire beaucoup de livres sur ces sujets et je regarde beaucoup de documentaires d’histoire sur History Channel, ils ont toujours de supers émissions sur les histoires bibliques. Tout particulièrement l’Ancien Testament, c’est très sanglant, tu sais. Ce livre est vraiment hardcore, mec ! Lorsque tu lis sur Sodome, Abraham et Bethléem, c’est un sacré merdier ! [Rires] Mais c’est plein de bons trucs pour le metal ! J’aime lire l’Ancien Testament mais aussi d’autres cultures comme les cultures babylonienne, akkadienne, mésopotamienne, etc. Elles m’intéressent toutes. Je ne sais pas pourquoi. Je ne peux pas l’expliquer. Je suis fasciné par ça tout comme je suis fasciné par les pantalons militaires ! Tu sais, j’aime les pantalons de camouflage, je ne sais pas pourquoi. C’est juste que j’aime ça. Je ne suis pas un gars militaire. Je suis même anti-guerre mais j’aime porter des affaires de camouflage militaires. Je ne comprends pas pourquoi ! Quelque chose a dû se passer. Peut-être étais-je un soldat dans une autre vie, je ne sais pas.

Est-ce que tu traces des parallèles entre ces histoires et le monde actuel ?

Ouais, évidemment. Tu peux dire que le tsunami qui s’est produit en Asie du sud pourrait être une nouvelle version de la destruction de Sodome et Gomorrhe. Il y a des choses que tu peux considérer comme similaires. Surtout maintenant que, selon moi, nous vivons l’apocalypse, tel qu’il est écrit dans la Bible, nous vivons ces temps aujourd’hui. Il y aura donc encore plus de choses insensées qui vont se produire dans le monde, nous devons nous y préparer !

Est-ce que la chanson « Mother Of Dragon » a quoi que ce soit à voir avec Games Of Thrones ?

En fait, ça ne vient pas de Game Of Thrones. Les gens appelaient ma femme ainsi car elle a donné naissance à Zyon, Igor et Richie et ils disent qu’elle est la mère des dragons ! La chanson est donc un peu un hommage à elle et c’est pourquoi j’ai invité Richie et Igor à chanter dessus, et nous avons une fille d’Iran, Anahid, qui chante aussi dessus. Le truc avec l’Iran est un peu plus compliqué : nous essayons de faire un pont entre le metal dans le monde occidental et le metal dans le monde islamique. J’espère que plus de gens s’impliqueront et, avec un peu de chance, ce pont prendra de l’ampleur dans la scène du Moyen Orient. Mais je suis fan de la série Game Of Thrones, je la regarde effectivement. Cette chanson n’a pas été initiée à partir de ça mais elle partage effectivement le nom « Mother Of Dragons » avec Game Of Thrones. C’est donc un peu une coïncidence. C’est amusant d’écrire des chansons qui… Tu sais, comme je l’ai dit : dans la scène metal, il n’y aucune règle ! Nous créons les règles. Donc nous pouvons chanter sur tout ce que nous voulons. Tu peux faire un album sur Breaking Bad si tu le souhaites ! Ça pourrait être génial et vraiment cool ! Il n’y a pas de règle. Nous créons les règles.

En parlant d’invités, peux-tu nous en dire plus sur les autres invités présents sur l’album ?

Il y a deux invités officiels. Il y a Todd [Jones] de Nails sur « Sodomites ». Nails est un groupe que j’apprécie vraiment, c’est un nouveau groupe mais il est vraiment, vraiment super, l’un des plus heavy à l’heure actuelle. Et Matt [Young] de King Parrot apparaît sur « Live Life Hard ! », c’est un peu un groupe pour faire la fête, ils sont vraiment fous sur scène. Je les ai vus lorsqu’ils ont joué à Phoenix et je les ai rencontrés en Australie. Ils sont connectés à Phil Anselmo, ils sont sur son label. Et ensuite, il y a mes enfants et Anahid sur « Mother Of Dragons ». Et c’est à peu près tout. Sur Archangel il y a des collaborations avec des groupes plus récents. Nails et King Parrot sont la nouvelle génération du heavy metal qui est en train de voir le jour en ce moment et qui, pour moi, est très importante.

Soulfly 2015

« Lorsque j’ai créé Soulfly, j’ai dit : ‘J’emmerde tout ! Je vais faire tout ce que je veux ! Les gens n’aiment pas ? Eh bien, qu’ils aillent se faire foutre ! Je m’en fiche.’ Mais à ma grande surprise, Soulfly a en fait été très bien reçu par les fans. »

Archangel est le second album de Soulfly pour ton fils Zyon en tant que batteur du groupe. Je sais que tu considérais le fait qu’il rejoigne le groupe comme étant un risque et que tu as travaillé étroitement avec lui sur l’album Savages. Comment est-ce que son travail et votre collaboration ont évolué sur Archangel par rapport à Savages ?

C’était vraiment bien de le voir se développer. Je savais que c’était comme une sorte de bête en live, comme un animal sauvage. J’aime cette énergie avec laquelle il joue en concert et j’ai dit à Matt Hyde que nous devions capturer cette énergie, car je ne trouvais pas que nous l’avions capturée sur Savages. Il fallait la capturer. Ce que Matt a fait sur Archangel était très malin, il a mis Zyon aussi à l’aise que possible mais, à la fois, il s’est vraiment comporté comme un sergent instructeur avec lui. Il attendait de Zyon de ne pas emprunter la voie de la facilité. Lorsqu’il y avait de la double grosse caisse, il fallait qu’il la fasse. Zyon a essayé d’esquiver, il essayait de dire : « Non, je peux faire un rythme de batterie facile. » Et Matt disait : « Non ! Le rythme facile n’est pas le bon rythme. La double grosse caisse, c’est ça le bon rythme. » Il a donc fallu qu’il le fasse à la dure ! [Petits rires] Mais je pense qu’au final, c’était pour le bien de l’enregistrement et il est devenu un meilleur batteur. Après l’enregistrement d’Archangel il est meilleur batteur qu’il ne l’a jamais été.

Que recherchais-tu lorsque tu as choisi de travailler avec Matt Hyde sur la production plutôt que de continuer avec Terry Date ou retourner à l’autoproduction comme tu l’as fait sur de nombreux albums de Soulfly par le passé ?

Matt a travaillé avec Incite, le groupe de mon fils Richie. Richie l’a vraiment adoré et il m’a dit à quel point Matt les ont poussés lui et le groupe à essayer différentes choses. Je voulais que quelqu’un de ce genre participe à notre dixième album. Je savais que je ne pourrais pas… J’aurais pu le faire par moi-même et je le voulais mais ça allait être vraiment difficile d’en faire ressortir quelque chose de spécial, j’avais donc besoin d’une aide supplémentaire. Je pense que Matt Hyde était le type parfait pour cet album parce qu’il essaie vraiment différentes approches et différentes choses. Au bout du compte, nous avons obtenu un album différent, exactement comme nous le voulions. Une bonne part vient de la manière dont Matt Hyde enregistre ; c’est vraiment super et inhabituel. Ça donne l’impression que c’est vraiment facile de travailler avec lui mais, à la fois, il exige beaucoup de ta part, ce qui est vraiment très bien. C’est un gars expérimenté. Il a travaillé sur God Hates Us All de Slayer, avec No Doubt et Porno For Pyros, il a déjà gagné un Grammy, etc. Il n’a rien a prouver mais il sait qu’il est un super producteur. J’ai mis le projet entre ses mains et je lui ai entièrement fait confiance pour en ressortir quelque chose de bien et de spécial. Au final, j’ai aussi découvert qu’il adorait les thèmes bibliques. Il m’a un peu aidé sur la Kabbale dans l’album, il en savait bien plus que moi à ce sujet. Nous avons fini par devenir une super équipe en studio, à travailler ensemble sur l’album et essayer de le rendre le meilleur possible.

Le bassiste Tony Campos a quitté Soulfly il y a tout juste quelques mois pour rejoindre Fear Factory. Peux-tu m’en dire plus sur les circonstances de son départ ?

Ouais, Fear Factory est un groupe que Tony voulait rejoindre depuis longtemps. Nous adorons ce mec. Nous avons beaucoup travaillé avec lui mais il était toujours impliqué dans d’autres choses, comme Ministry, Possessed, etc. Ce n’était donc pas complètement une surprise pour moi lorsqu’il est parti. C’était quelque chose que j’avais un peu vu venir parce qu’il était tout le temps occupé avec d’autres groupes. En fait, il y avait quelques tournées qu’il n’a pu assurer parce qu’il était avec Ministry ou d’autres groupes. Mais, tu sais, nous sommes toujours de très bon amis et je n’ai rien que des bonnes choses à dire à son sujet. L’avoir eu dans Soulfly était une aubaine et, avec un peu de chance, peut-être que nos chemins se recroiseront dans le futur. Qui sait ce qui va se passer ?

Il a depuis été remplacé par ton autre fils Igor Cavalera Jr.. Après Zyon, est-ce qu’avoir Igor dans Soulfly était la prochaine étape logique pour avoir tes deux fils avec toi ? Surtout dans la mesure où, comme tu nous l’avais dit par le passé, tu as une super relation avec Igor en tant que fans de death metal…

Exact. Eh bien, tu sais, ça s’est juste fait comme ça… Tu sais, je suis surexcité mais, à la fois, je sais qu’ils ont leur propre groupe Lody Kong et je pense que ça va bien marcher pour eux avec ça. Du coup, à terme, ils ne vont pas rester dans Soulfly. Ce n’est que momentané. Mais c’est vraiment amusant et je devrais en profiter autant que possible parce que je sais que ça ne durera pas longtemps. Au final, il faudra qu’ils retournent à leur propre groupe et je vais devoir trouver d’autres gens pour les remplacer. Mais pour le moment c’est vraiment, vraiment super !

Soulfly 2015

« Peut-être est-ce ma raison d’être : repousser les limites du metal. »

Archangel est ton dixième album avec Soulfly. Mais profitons-en pour revenir un peu dans le temps : quel était ton état d’esprit en 1998, juste après que tu aies quitté Sepultura et lorsque tu étais sur le point de sortir le premier album de Soulfly ?

Pas très bon, tu sais. Juste après avoir quitté Sepultura, j’ai voulu complètement arrêter la musique. Je ne voulais plus rien avoir à faire avec la musique. J’étais juste vraiment déçu. Sepultura était mon groupe, que j’ai créé et baptisé, et je n’en faisais plus partie. Je suis entré dans une grosse dépression. Finalement, j’en suis sorti et j’ai écrit des chansons. Lorsque j’ai écrit « Eye For An Eye », c’était une chanson importante sur cet album et ça m’a ouvert les portes pour le futur. J’ai entrevu ce que le futur pouvait être, et j’ai vu le futur de Soulfly comme quelque chose qui pouvait à nouveau me rendre heureux, avec la musique. Et je le suis ! Il y a tellement de liberté dans Soulfly, c’est incroyable ! Je peux faire tout ce que je veux avec ce groupe, il n’y a aucune limite. J’adore ça ! J’adore le fait qu’on puisse mettre une chanson russe si nous le voulons, ou une chanson africaine, et ce sera toujours Soulfly. Tu n’as pas l’occasion d’avoir ce type de liberté tous les jours, ça n’arrive pas souvent, mais ça a effectivement commencé avec le premier album. Je pense que le premier album était très, très important dans la création de Soulfly.

Comment peux-tu expliquer que tu te sois senti plus libre dans Soulfly qu’auparavant ?

Ouais, parce que même dans Sepultura il y avait toujours une grande catégorie dans laquelle on nous casait. Même si nous essayions tout le temps et autant que possible de sortir des sentiers battus, avec des trucs comme « Kaiowas », « Itsári », la reprise de New Model Army « The Hunt », etc. juste pour montrer aux fans que nous écoutons et apprécions d’autres choses, ça donnait quand même l’impression d’être parfois très contrôlé. Lorsque j’ai créé Soulfly, j’ai dit : « J’emmerde tout ! Je vais faire tout ce que je veux ! Les gens n’aiment pas ? Eh bien, qu’ils aillent se faire foutre ! Je m’en fiche. » Mais à ma grande surprise, Soulfly a en fait été très bien reçu par les fans. Et donc j’étais vraiment excité.

Si l’on compare le premier album de Soulfly à Archangel, les deux sonnent très différents, et cette différence montre à quel point ton état d’esprit en tant que musicien et compositeur a évolué avec le temps. Avec le recul, comment perçois-tu et expliques-tu cette évolution de Soulfly sur dix albums ?

Je trouve que c’est vraiment incroyable que nous ayons pu nous étendre comme ça et faire des albums qui sont vraiment différents les uns des autres. Par exemple, Soulfly I et Primitive sont des albums plus tribaux et ensuite tu as les trucs thrash de Soulfly 3 et Prophecy. Mais aussi, Prophecy a initié les expérimentations avec les musiques du monde, et le fait d’aller dans différents endroits du monde pour enregistrer, comme en Serbie et en Russie. Et nous avons continué avec Dark Ages et Conquer. Et ensuite, une super expérimentation pour moi était Enslaved. La seule chose que je n’aimais pas avec Enslaved, c’était sa pochette. J’aurais aimé en avoir une autre, mais tu ne peux pas toujours tout avoir. Parmi les rares choses dont j’aurais souhaité qu’elles soient différentes, il y avait la pochette de l’album Enslaved et aussi le fait que Soulfly 3 aurait dû s’appeler Downstroy, c’est le nom d’origine de l’album et je ne sais pas pourquoi j’ai changé ça en Soulfly 3 – c’était stupide. En dehors de ça, je vois Soulfly comme un groupe qui s’est vraiment étendu et a essayé plein de choses différentes, au sein du metal, pour que le metal reste palpitant. Peut-être est-ce ma raison d’être : repousser les limites du metal. Et je pense qu’il y a encore plus à faire et je vais continuer à le faire.

La tournée que tu as faite avec Soulfly en octobre dernier avait pour particularité de ne proposer aucune chanson de Sepultura, et même aujourd’hui il semble y avoir moins de chansons de Sepultura dans les setlists que par le passé. Est-ce important pour toi, à ce stade, de distancier un peu Soulfly de Sepultura ?

Ouais parce que je pense que Soulfly a sa propre identité. C’est son propre monstre et il a ses propres fans. Là tout de suite je ne joue que deux chansons de Sepultura, « Refuse/Resist » et « Roots Bloody Roots », et c’est vraiment parce que je pense que certains fans veulent encore entendre certains des classiques avec ma voix. Mais j’ai fait certaines tournées sans rien du tout, avec uniquement du Soulfly. Et j’ai tellement de matière, tu sais ! Avec dix albums, ça représente tellement de chansons à jouer que je n’ai pas vraiment besoin de chansons de Sepultura. Mais je pense qu’avoir deux chansons, c’est bien. Ce n’est pas beaucoup mais ça fait quand même partie de mon répertoire. Ça maintient une bonne setlist. Nous avons vraiment une bonne setlist aujourd’hui. Nous jouons des chansons de tous les albums, au moins une de chaque. C’est super !

Et durant la tournée d’octobre, le public n’était-il pas un peu furieux de ne pas entendre « Roots Bloody Roots » ou « Refuse/Resist » ?

Non, pas à ce que je sache ! Je veux dire que personne n’a demandé à être remboursé [rires]. Il n’y avait rien de ce genre, donc c’était bien !

Interview réalisée par téléphone le 13 juillet 2015 par Nicolas Gricourt.
Retranscription et traduction : Nicolas Gricourt.
Photos promo : Hannah Verbeuren.

Site officiel de Soulfly : www.soulfly.com.



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  • « Non pas que JE SACHE ». Quelques traductions un peu littérale de-ci de-là, mais là, en bout de course, c’est rude quand même ^^
    Sinon c’est une interview intéressante. Et qui ne tombe pas dans le piège de la relation Max / Sepultura. Bravo et merci RM 😀

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