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Interview   

Max Cavalera entretient sa tribu de sauvages


Savages, ce nouvel opus de Soulfly, est une véritable affaire de famille. Une famille proche, de sang, dans un premier temps, avec la participation de Zyon Cavalera, fils de Max, qui sur ce nouvel album a eu carte blanche pour composer ses pistes de batterie après de longues heures de travail avec son père comme nous le précise ce dernier et de son autre fils Igor, invité au chant sur un titre. Puis, dans un sens plus large, Max Cavalera nous parle dans l’entretien qui suit de cette immense famille qui a fait, fait et fera encore Soulfly : ses nombreux invités qui, pour Savages, viennent encore rallonger la liste avec Jamie Hanks (I Declare War), Neil Fallon (Clutch) et Mitch Harris (Napalm Death). L’occasion pour le leader du groupe de nous parler de son rapport avec son nouveau foyer : Nuclear Blast, qui tout comme Roadrunner Records l’était, semble enclin à laisser le musicien libre de ses choix et désirs artistiques.

Mais au-delà de Soulfly, Max Cavalera reste un homme actif. Concernant le question Cavalera Conspiracy il n’hésite pas à ré-éditer ses désirs de grindcore pour ce troisième opus de la formation. Dans le même temps, le Brésilien nous rappelle que son troisième et nouveau projet (regroupant Greg Puciato et Troy Sanders) est en phase de voir le jour, probablement au milieu de l’année prochaine.

« La race humaine a tant évolué, progressé et s’est tant tournée vers le futur […] et pourtant nous sommes toujours en train […] de nous entre-tuer, nous sommes donc toujours des sauvages. »

Terry Date a produit votre nouvel album Savages, il avait auparavant mixé les albums 3, Prophecy et Dark Ages. Qu’est-ce qui t’a poussé à revenir vers Terry Date cette fois-ci et le laisser prendre en charge la production ?

J’ai toujours voulu travailler avec lui sur un album complet. Il a réalisé le mix des trois autres albums de Soulfly que tu as mentionné mais il n’a jamais produit d’album complet. Il a produit Pantera et Deftones, ce sont des amis à nous et ils nous ont dit le plus grand bien de leur travail avec Terry et j’ai toujours voulu faire un album avec lui. Nous l’avons donc contacté, je lui ai dit que nous étions prêts à faire un nouvel album et que nous serions heureux qu’il le produise. L’idée l’enchantait. Nous avons donc travaillé avec lui et c’était super, il a fait un excellent boulot. J’adore ce qu’il a fait avec l’album. Nous avons travaillé ensemble sur la voix et j’ai adoré. Et puis aussi le son de batterie, de guitare et tout sur l’album. Le studio à Seattle est super. C’est génial de travailler avec Terry, il est très professionnel et vraiment agréable. On a passé un très bon moment à faire cet album.

C’est un album plutôt sombre et expérimental. Comment l’expliques-tu?

C’est ce que j’aime avec Soulfly. Soulfly a cette liberté de pouvoir être heavy et extrême et, à la fois, très expérimental. Nous pouvons faire une chanson comme « El Comegente », avec un jam Flamenco, et « Ayatollah Of Rock ‘N’ Rolla » qui démarre avec un côté rock sudiste avec Neil (Fallon) de Clutch qui parle par dessus. Ça fait partie de Soulfly. Je trouve ça génial que nous puissions faire ça. Ça rend l’album encore plus intéressant à écouter pour les fans car ils découvrent toujours quelque chose de neuf et de différent à chaque album.

L’album s’intitule Savages. Est-ce dédié à la nature humaine ? Sommes-nous toujours des sauvages, malgré notre évolution, notre société et notre technologie ?

Ouais, l’idée qu’il y a derrière cet album, c’est le fait que la race humaine, aujourd’hui, a tant évolué, progressé et s’est tant tournée vers le futur avec Internet, Facebook, la mission pour aller sur Mars… et pourtant nous sommes toujours en train de nous décapiter, de faire sauter des marathons et de nous entre-tuer, nous sommes donc toujours des sauvages. C’est ça l’idée que je voulais faire passer sur cet album : c’est dans notre nature, nous sommes toujours sauvages.

Même si tu as déjà travaillé par le passé avec ton fils Zyon, cet album est le premier que tu as entièrement enregistré avec lui. Comment était-ce ?

C’était vraiment super. Zyon a rejoint Soulfly il y a un an et a fait quelques concerts en Amérique du Sud et il était fantastiques, il a apporté beaucoup de sang neuf dans le groupe. Le groupe s’est senti vraiment jeune et énergique en sa compagnie. Et il a demandé s’il pouvait faire l’album avant même que je ne commence à chercher un autre batteur pour l’album. Je l’ai donc testé, je suis allé dans sa chambre pour lui envoyer des riffs et voir comment il réagissait, et il a sorti des rythmes vraiment cool par dessus. Je pense que c’est le signe d’un bon batteur, lorsqu’il est capable d’entendre un riff et de sortir un rythme sans qu’on ait à lui dire quoi jouer, c’est ce que Zyon a fait. Pendant deux mois nous avons travaillé dans sa chambre huit heures par jours. C’était un emploi du temps très brutal mais c’était nécessaire pour l’écriture de l’album. Tout le squelette, toute l’épine dorsale de l’album a été fait dans sa chambre entre lui et moi. Ensuite Mark (Rizzo) et Tony (Campos) nous ont rejoints un peu plus tard et ont appris toutes les chansons. Et ensuite nous sommes allés au studio, à Seattle, nous savions exactement ce que nous voulions pour l’album, nous savions quel son nous voulions, nous savions à quoi allait ressembler les chansons. Terry n’a vraiment pas eu à trafiquer les compositions ; il aimait tout tel que c’était. L’enregistrement s’est vraiment très bien passé et nous avons travaillé de manière étroite sur le chant.

Te sens-tu plus proche de ton fils maintenant que vous partagez le même projet musical ?

En effet. Nous nous sommes rapprochés, mais j’ai toujours été proche des deux, Igor et Zyon. Igor est un fan de death metal, de hardcore et de grindcore, alors j’ai toujours eu une bonne interaction avec lui. Il m’a toujours fait découvrir de nouveaux groupes comme Black Tusk, Oceano, Whitechapel et d’autres nouveaux groupes très cool. Zyon aime plus le classic rock comme Black Sabbath et Led Zeppelin, je n’avais donc pas la même interaction avec lui qu’avec Igor. Mais j’avais une interaction musicale avec Zyon car il joue de la batterie et nous avons eu l’occasion de jouer ensemble. C’est différent avec chaque enfant et c’est super.

« Tu apprends énormément des collaborations. […] Ça n’aurait pas été pareil si ça n’avait été que nous. […] Ça aurait donné des albums plus conventionnels. »

Quel était son rôle dans le processus d’écriture de l’album ?

Il a créé les rythmes. Je ne lui disais pas quoi jouer lorsque je lui montrais les riffs. Il entendait dans sa tête le genre de rythmes qu’il devait mettre sur l’album. Il est responsable de tous les patterns de batterie sur tout l’album, même certaines intros de chansons, comme sur « Bloodshed » qui commence avec la batterie seule et fait « tam tam tam, tam » : c’est vraiment de lui, il jouait ce pattern et je lui ai dit : « C’est cool, j’aime ça, refais le ! » Nous avons donc travaillé de manière très étroite. Il a une bonne frappe bien lourde comme son oncle Igor. Mon frère a un jeu très similaire à celui de Zyon, je me sens donc très à mon aise lorsque je joue avec Zyon. Pour moi, c’est presque comme jouer avec mon frère.

Il y a beaucoup d’invités sur cet album, bien plus que sur les précédents. Comment cela se fait-il. Voulais-tu avoir avec cet album plein de couleurs différentes venant d’autres artistes ?

C’est simplement arrivé comme ça. Ça n’a pas été planifié. D’habitude avec Soulfly, le but c’est d’avoir deux invités. Pour diverses raisons, nous avons fini par en avoir plus. Nous avons eu Mitch (Harris) de Napalm Death, Neil (Fallon) de Clutch, Jamie (Hanks) de I Declare War et mon fils Igor qui a chanté sur « Bloodshed » et Tony Campos qui a chanté sur « El Comegente ». Nous avons fini par avoir cinq personnes sur l’album, ce qui est plus que prévu. Mais je trouve ça super car ça offre à l’album plus de couleurs différentes. Par exemple, lorsque « Fallen » se termine et que tu as eu Jamie de I Declare War avec sa voix brutale, tu ne t’attends pas à la voix parlée du chanteur de Clutch, et lorsque ça survient, dans « Ayatollah Of Rock ‘N’ Rolla », c’est très rafraîchissant et je trouve que c’est ce qui rend cet album intéressant. Mais en ce qui concerne le future, qui sait ? Peut-être que la prochaine fois nous ferons un album de Soulfly avec moins d’invités, peut-être un seul, peut-être que ce sera totalement différent de celui-ci. Pour cette fois-ci, je voulais impliquer tous ces gars.

Soulfly a toujours travaillé avec des invités. Est-ce que le fait de travailler avec d’autres artistes t’inspire ?

Tu apprends de ça, car tu apprends toujours en parlant avec d’autres musiciens. Ils te racontent toujours des histoires à propos de choses qui se sont passées. Je parlais à Troy (Sanders) de Mastodon, car nous venons tout juste de faire un album ensemble pour un projet et nous avons pas mal traînés ensemble, et je lui ai demandé comment il a écrit « Curl Of The Burl », qui est une excellente chanson de Mastodon. Il m’a dit que le guitariste avait la gueule de bois et qu’il essayait d’accorder sa guitare, et c’est en accordant sa guitare que le riff de la chanson est sorti. J’adore ce genre d’histoire. Tu apprends énormément des collaborations et tu entends des histoires comme celle-ci. Pour moi c’est vraiment amusant de pouvoir collaborer avec mes musiciens préférés, de pouvoir jammer avec d’autres gars que j’ai l’habitude d’écouter, comme David Vincent de Morbid Angel, Tom Araya de Slayer, Troy de Mastodon, tout ça ce sont des groupes que j’aime. Et Jamie de I Declare Ware, c’est un des nouveaux groupes que j’apprécie. Et j’aime chanter sur les albums des autres. Par exemple, j’ai chanté sur le nouvel album du groupe écossais Man Must Die, c’est un bon groupe de death metal. Il y a toujours quelque chose qui se passe. C’est super de partager ma musique avec d’autres gens, que ce soit au sein de Soulfly ou dans d’autres projets.

Et penses-tu que Soulfly a aussi évolué grâce a ces invités et ces collaborations ?

Ouais, je le pense. Ça n’aurait pas été pareil si ça n’avait été que nous. Ça aurait été moins excitant je pense. Ça aurait donné des albums plus conventionnels. Lorsque j’écoute la discographie de Soulfly, en remontant jusqu’au premier album, lorsque nous avions Chino (Moreno) de Deftones, Benji (Webbe) de Dubwar, les gars de Fear Factory… tout du long de l’histoire de Soulfly, ces mecs ont rendu les album plus excitants. C’est un plus d’avoir sur nos album tous les gens que tu veux et faire en sorte que les albums soient plus intéressants pour les fans.

Le groupe a quitté Roadrunner Records pour rejoindre Nuclear Blast où tu as retrouvé Monte Conner, avec qui tu as travaillé au sein de Roadrunner. Est-ce la présence de Monter Conner qui t’a fait choisir Nuclear Blast ?

Non, pas vraiment. Lorsque j’ai découvert que Monte était là, j’ai pensé que c’était cool de travailler à nouveau avec lui, car nous avons travaillé ensemble pendant longtemps. Mais nous nous étions déjà décidés sur le fait que c’était un super label, un label de metal très puissant, le plus puissant en Europe, très puissant à travers le monde. Et ils ont de bonnes idées pour des digipacks et des vinyles, et ils font tout ça pour les fans. Rejoindre Nuclear Blast était la meilleure chose qui pouvait arriver à Soulfly. Ils essaient vraiment de faire de Savages un succès.

Penses-tu qu’il aurait été possible de sortir un tel album expérimental chez Roadrunner ? Aurais-tu eu la même liberté artistique ?

Je n’ai jamais eu de problèmes avec les labels au sein desquels j’étais. Roadrunner m’a toujours laissé faire ce que je voulais. C’est la même chose avec Nuclear Blast, ils n’interfèrent pas sur le processus musical. Je fais ce que je veux et il n’est pas attendu de moi que j’écrive une chanson pour la radio, un hit single ou quoi que ce soit dans le genre. Ils savent que je ne fais pas ce genre de choses et ils s’en foutent. Ils veulent seulement un bon album de metal de ma part et c’est ce que j’essaie toujours de faire.

« Il n’est pas attendu de moi que j’écrive une chanson pour la radio ou un hit single. […] Ils veulent seulement un bon album de metal de ma part et c’est ce que j’essaie toujours de faire. »

As-tu commencé à écrire des choses pour Cavalera Conspiracy ?

Je n’ai pas commencé à écrire encore mais j’ai commencé à y réfléchir. J’ai eu l’idée de faire un troisième album très grindcore, très semblable à des choses que j’écoute comme Nails, Pulling Teeth et Wormrot, très brutal, très agressif et rapide. Car j’adore lorsque Igor joue vite, je trouve qu’il est un excellent batteur pour jouer de la musique rapide. Je pense donc que ce serait vraiment cool de faire de ce troisième album un album de grindcore. Je n’ai jamais fait ça auparavant et, pour moi, ce serait super et je pense que les fans aimeront vraiment ça aussi.

Peux-tu nous donner des informations sur l’avancement de ton projet avec Greg Puciato et Troy Sanders ?

Le projet est enfin enregistré, à l’exception des parties de Greg. Greg est en ce moment en train de tourner en Europe avec Dillinger Escape Plan, il n’a donc pas pu finir son chant. Mais Troy et moi avons fini de chanter sur toutes les chansons. Il y a douze chansons sur l’album. Il y en a qui sont vraiment incroyables. C’est vraiment un très bon mélange, beaucoup de choses sonnent comme un mélange de Soulfly, Sepultura et Mastodon. Ce n’est pas vraiment compliqué, pas comme Dillinger Escape Plan, c’est plus la rencontre de Mastodon et Soulfly. La plupart des choses sont heavy et mélodiques, et nous trois chantons sur chaque chansons. C’est ce qui va faire de ce projet une tuerie. Il n’a pas de nom encore. Nous cherchons un nom. Mais nous sortirons l’album au milieu de l’année prochaine et il sera super. C’est un projet vraiment très cool, j’adore les enregistrements, et j’aime énormément les chansons.

Et, en fait, qui a écrit les paroles ?

Nous trois, nous avons tous écrit les paroles ensemble, en nous entraidant. Parfois j’ai écrit les paroles et Troy est venu me donner des idées, parfois j’ai donné des idées à Troy et parfois j’ai donné des idées à Greg. Nous avons tout fait ensemble, c’était donc du très bon travail d’équipe.

Interview réalisée par téléphone le 26 septembre 2013 par Metal’O Phil
Retranscription et traduction : Spaceman
Introduction : Alastor

Site internet officiel de Soulfly : www.soulfly.com

Album Savages, sorti le 7 octobre 2013 chez Nuclear Blast.



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