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Interview   

Max Cavalera : Roots, vingt ans après


Max CavaleraEn 1996, Sepultura jetait un pavé dans la mare. Roots, un album qui gnspirera autant qu’il déboussolera, avec sa punk attitude, ses riffs ultra simples et sous-accordés comme jamais, son groove de plomb et surtout sa fusion avec la culture tribale brésilienne ; le groupe avait été jusqu’à aller rendre visite à la tribu des Xavantes dans le Mato Grosso. On ne compte pas le nombre d’innovations que, d’un coup d’un seul, Roots a apporté au metal, même si l’influence des premiers groupes de néo metal qui émergeaient tout juste est prégnante, notamment celle de Korn et de son premier album (Johnathan Davis évoque même un plagiat, Max Cavalera répond plus bas), Sepultura étant allé jusqu’à emprunter leur producteur Ross Robinson. Une oeuvre qui porte de la première à la dernière note le sceau du frontman Max Cavalera. Une oeuvre qui fut également sa dernière avec Sepultura, avant de poursuivre quelques mois plus tard sur sa lancée en fondant Soulfly.

Alors qu’il vient de finir, en compagnie de son frère Iggor ainsi que les fidèles Marc Rizzo et Johny Chow, la partie US de la tournée Return To Roots et qu’il s’apprête à entamer la partie Européenne, en commençant par Nancy le 4 novembre et un passage à Paris le 3 décembre, nous nous sommes entretenus avec Max Cavalera pour revenir sur cet album incontournable qui, vingt ans plus tard, déchaîne toujours les passions chez les metalheads. Au programme on décortique l’album, mais aussi les sentiments du frontman et l’histoire des deux frangins qui se sont séparés pour mieux se retrouver des années plus tard.

Cavalera Conspiracy 2014

« [Roots] a influencé tout le monde, de Slipknot à System Of A Down, en allant jusqu’à des groupes de black metal norvégiens comme Enslaved et Immortal qui sont revenus à leurs origines et racines norvégiennes vikings. Je pense que Roots est l’album qui disait : ‘Pas de problème, on peut faire ça, c’est possible.' »

Radio Metal : Tu es actuellement en pleine tournée Return To Roots. Qu’est-ce que ça te fait de revisiter cet album emblématique ?

Max Cavalera (chant & guitare) : C’est vraiment l’éclate ! C’est aussi un challenge parce que lorsque tu vas jouer un album complet comme ça, c’est toujours un grand défi de se souvenir de tous les riffs, les paroles et tous les passages. Nous essayons de recréer l’atmosphère de l’album. Mais je pense que nous avons fait un bon boulot. Je pense que tous ceux qui sont venus aux concerts en Amérique ont vraiment adoré. Nous avons obtenu de très bonnes critiques pour certains shows. Je trouve que les concerts sont extraordinaires. Je pense sincèrement que c’est l’une des choses les plus cool que j’ai faites. Je n’ai jamais joué tout un album comme ça auparavant. Je n’ai jamais su ce que ça faisait de faire ça, et maintenant que nous le faisons, c’est vraiment palpitant. Sur cette tournée, nous jouons toutes les chansons que nous ne jouions jamais, comme « Itsári », « Lookaway », « Breed Apart », « Endangered Species », « Ratamahatta »… C’est un album fantastique. Maintenant que j’ai pris le temps de vraiment parcourir l’album, c’est presque comme si j’étais à l’intérieur de l’esprit de l’album. Aujourd’hui, je comprends même encore mieux qu’il y a vingt ans ce que cet album représente. C’est une grande fusion d’éléments. Il y a plein d’influences punk, il y a plein d’influences groove, il y a des trucs énervés, il y a des trucs tribaux. Donc c’est un album qui est cool, ça c’est sûr ! C’est un album très spécial à jouer en live.

Est-ce que c’est un challenge aussi parce que tu as dû redécouvrir certaines de ces chansons que tu n’as pas joué depuis des lustres ?

Je pense que c’est une combinaison de choses. C’est en partie le fait d’apprendre l’album à un niveau technique, car il fallait jouer tout de façon très précise et fidèlement, comme ça a été écrit, mais l’autre partie, c’est aussi les improvisations, les trucs que tu fais pour rendre ça meilleur que c’était. Je trouve que nous jouons les chansons encore mieux maintenant que nous le faisions à l’époque. Nous faisons une nouvelle version de « Roots » à la fin du set, qui s’appelle « Roots 2016 » et c’est vraiment cool parce que ça nous ramène à la démo originale lorsque j’ai écrit « Roots » à l’aide d’un quatre-pistes. Avant que le groupe ne jam ensemble, j’ai vraiment écrit « Roots » sur mon quatre-pistes parce qu’au départ j’ai travaillé sur l’album tout seul de mon côté. Et sur la démo, la chanson « Roots » avait une fin rapide mais en studio, je ne sais pas ce qui s’est passé, nous n’avons jamais enregistré les parties rapides. Et ensuite, ce que nous faisons en live maintenant, c’est que nous revenons à la version démo. Donc à la fin du set, nous jouons juste le début de « Roots » normal et puis ça part dans la version rapide de la chanson, ce qui est dément, c’est génial, tout le monde adore ! C’est l’éclate ! Et nous faisons quelques raretés, nous faisons [la reprise de Celtic Frost] « Procreation (Of The Wicked) » qui avait été enregistrée à l’époque et était sortie en face B de « Roots », il y a « War » de Bob Marley, et puis nous faisons « Ace Of Spades » de Motörhead parce que le nom Sepultura vient d’une chanson de Motörhead et nous rendons également hommage à Lemmy.

C’est un show complet. C’est une heure et vingt-cinq minutes mais tous ceux qui viennent le voir l’adorent. Lorsque c’est fini, tout le monde est trempé de sueur et heureux de voir quelque chose comme ça. Je pense que c’est très spécial parce que plein de jeunes fans qui viennent aux concerts n’étaient même pas encore nés lorsque Roots est sorti et il y a des gars qui sont plus vieux et qui étaient là à l’époque de Roots mais peut-être n’ont-ils pas eu la chance de le voir. Donc c’est parfait pour beaucoup de ces gens. Et c’est différent parce que lorsque nous étions sur la tournée de Roots en 96, nous avions d’autres chansons que nous jouions. Nous avions tout le catalogue de Sepultura à jouer. Donc nous jouions seulement quelques chansons de Roots ; je crois que nous jouions cinq ou six chansons. Donc il y a une toute autre facette de l’album que nous n’avons jamais pu explorer en live, des trucs comme “Lookaway”, “Itsári”, “Breed Apart”, “Endangered Species” and “Dictatorshit”, et nous faisons tout ça en live. Donc c’est génial, c’est vraiment super.

Tu fais ça avec ton frère mais aussi avec Johny Chow à la basse et Marc Rizzo à la guitare…

Ouais, c’est le groupe. Ce sont de supers musiciens. Marc Rizzo est un excellent guitariste, il peut jouer tout parfaitement note pour note. Johny Chow est un super bassiste. Iggor joue super bien ! Je trouve que maintenant il joue encore mieux qu’avant. Je ne sais pas ce qu’il lui est arrivé ! Ses bras sont comme ceux de Thor ! Le Dieu du Marteau ! Il a tellement de puissance ! Il défonce vraiment sa batterie tous les soirs. Pour moi, c’est un plaisir de l’entendre jouer de la batterie comme ça. J’ai joué avec plein de batteurs et personne ne frappe aussi fort qu’Iggor. C’est le plus gros cogneur au monde je pense [petits rires]. C’est vraiment amusant parce que nous partageons beaucoup de plaisir, nous échangeons plein d’idées… Nous avons pensé ensemble au backdrop, nous avons fait ensemble les t-shirts. L’essence de l’idée de Roots, c’est vraiment fait pour les fans parce que les fans voulaient entendre ça depuis longtemps. Nous l’avons fait pour les fans, donc même avec la façon dont nous avons conçu les t-shirts, c’était exactement comme si on était de retour dans Sepultura à concevoir le merch du groupe. C’était palpitant de faire ça.

Roots était un album audacieux, différent et spécial lorsqu’il est sorti. Comment un tel album a vu le jour ?

Nous cherchons toujours à faire quelque chose de différent. Tu sais, Sepultura ne s’est jamais vraiment satisfait de faire simplement un autre album qui sonnait exactement comme le précédent. Ça n’a jamais été notre intention. Donc une fois que nous avons créé, disons, Arise, nous réfléchissions à la prochaine chose à faire, et c’est devenu Chaos A.D. qui était très différent d’Arise. Et une fois que nous avons fini Chaos A.D., je cherchais à faire quelque chose de différent. Et j’ai toujours écouté plein de trucs brésiliens à l’époque, plein de percussions et de groupes brésiliens comme Nação Zumbi, un percussionniste comme Carlinhos Brown et ce genre de choses. Et j’ai commencé à jouer du berimbau, l’instrument brésilien. Ça s’est développé pour devenir presque un voyage aux racines brésiliennes, partant du metal pour revenir aux racines. Roots était très personnel parce que nous venions du Brésil et il montrait nos racines au monde entier. Ce que Roots a fait, et ce que je trouve cool, c’est qu’il a donné la permission de faire ça, les groupes peuvent essayer ce genre de choses, ce n’est pas un problème. C’est un album qui a ouvert des portes à tout le monde, il a influencé tout le monde, de Slipknot à System Of A Down, en allant jusqu’à des groupes de black metal norvégiens comme Enslaved et Immortal qui sont revenus à leurs origines et racines norvégiennes vikings. Je pense que Roots est l’album qui disait : « Pas de problème, on peut faire ça, c’est possible. » Je pense que c’est l’album qui a dit « rien n’est impossible, tu peux tout faire. » C’est bien d’avoir ce genre d’album dans le metal, qui abat les frontières, qui brise les règles. Plus que tout, je suis très fier de l’attitude de Roots.

Bien sûr, il y a l’élément tribal, le fait d’avoir été visiter une tribu, c’était un voyage fantastique. Je n’oublierai jamais cette expérience hors du temps, le fait d’aller voir les Xavantes et enregistrer avec eux. En plein milieu de l’enregistrement studio, nous avons fait une pause d’à peu près une semaine, nous avons été au Brésil, pris l’avion pour nous rendre au Mato Grosso et sommes restés avec les indiens pendant trois jours, avons été peints, avons pris part à des rituels… Merveilleux. C’était comme une exploration à la National Geographic [petits rires], ce n’était même pas metal. C’était la graine, l’album était une graine pour ce qui allait venir après, comme Soulfly. Bien sûr, je n’avais aucune idée à l’époque que ça allait être mon dernier album avec Sepultura, mais j’adore toujours cette idée de musique du monde fusionnée au metal et d’enregistrer dans différents endroits, différentes parties du monde. Je veux continuer à faire plus de choses comme ça avec Soulfly à l’avenir. Je pense que Roots est l’album qui a rendu ça possible.

Max Cavalera

« [Dave Grohl] avait une sono avec les Foo Fighters, il l’a payé cinquante-mille dollars, et il a balancé Roots dans la sono et ça l’a complètement fait exploser ! […] Si tu peux faire un album qui peut faire exploser une sono à cinquante-mille dollars, alors c’est que tu fais quelque chose de bien. »

De nos jours, le sous-accordage des guitares est devenu très commun, mais avec Roots, vous étiez l’un des premiers groupes à le faire à des accordages aussi bas. Pourquoi as-tu ressenti le besoin de sous-accorder autant ? Etait-ce une question d’expérimentation et de développer votre son ?

Ouais, je me suis toujours intéressé aux accordages parce que j’ai toujours pensé que tout ce que tu peux faire ressortir d’une guitare… C’est comme pour les pédales : plus tu as de pédales à utiliser pour des effets, mieux c’est parce que tu peux faire plus de choses avec ça. Je n’ai jamais été de ces musiciens qui sont tellement puristes, genre tu ne peux jouer qu’avec un accordage, tu ne peux jouer qu’avec une pédale… Non ! C’est des conneries ! Tu devrais tout essayer. C’est pour ça que la musique, c’est si cool, parce que tu as des possibilités infinies. Et j’ai dû un peu batailler pour obtenir ces accordages parce qu’Andreas [Kisser] n’aimait pas l’idée de sous-accorder. Il voulait juste que tout reste en Mi, exactement comme nos vieux trucs. Ça a commencé avec Chaos A.D. et j’étais là : « Descendons encore plus bas et mettons-nous en Si ! » Ce qui était encore plus grave que Ré. Et j’ai fini par aller jusqu’au La avec Soufly, « Eye For An Eye » est en La, et c’est le plus bas, je crois… Il y a des groupes qui vont plus bas mais je n’ai pas été plus bas que La encore. Peut-être dans le futur. Mais je pense que oui, c’est expérimental. Ca fait parti du plaisir de la musique, tu dois explorer ! Tu dois explorer pour que ça soit amusant, pour que ça soit excitant. Je pense que Roots a un bas de spectre très naturel qui est magnifique, c’est très beau. C’est fait de façon organique, avec les instruments. Ce que Ross Robinson a capté et Andy Wallace a mixé, c’est un chef-d’œuvre de graves. Surtout si tu écoutes la fin de la chanson « Roots Bloody Roots », la batterie et la basse, il y a tellement de grave, tellement de basses fréquences, que si tu as une bonne stéréo, ça sonne incroyable ! L’une des choses dont je suis le plus fier, c’est ce que Dave Grohl a dit dans mon livre, l’histoire selon laquelle il avait une sono avec les Foo Fighters, il l’a payé cinquante-mille dollars, et il a balancé Roots dans la sono et ça l’a complètement fait exploser ! Cette histoire est tellement cool [petits rires]. Il n’y a rien de mieux que ça. Si tu peux faire un album qui peut faire exploser une sono à cinquante-mille dollars, alors c’est que tu fais quelque chose de bien.

Tu as dit que tu as dû batailler dans le groupe pour expérimenter avec les sous-accordages. Et on peut dire que si tu ne l’avais pas fait, Roots n’aurait certainement pas été le même. Est-ce important pour toi de te battre pour tes idées ?

Ouais, absolument. Je pense que c’est nécessaire. Surtout si tu es convaincu que c’est une bonne idée qui vaut le coup d’être défendue. Oui, absolument, et je ne changerais rien. Je pense que Roots sonne super grâce à ça. Si ça avait été fait en Mi standard, ça n’aurait pas du tout été le même album. Même quelque chose d’aussi simple que l’accordage a de l’importance au final dans la manière dont l’album globalement ressort. C’est différent, tu sais. Tout est différent. Lorsque tu as une idée, tu dois te battre pour elle. J’ai dû me battre pour plein d’idées. L’idée d’aller voir la tribu aussi, lorsque j’ai mentionné ça à Gloria [Cavalera, sa femme et manageuse], elle m’a ri au nez ! Elle a dit : « Tu n’es pas Michael Jackson. Tu ne peux pas te le permettre, ça sera impossible. » Et je lui ai dit : « Non, tu es la manageuse, tu vas faire en sorte que ça se fasse ! » [Petits rires] « Je vais t’aider, bien sûr, » je lui ai dit. Et je l’ai fait. J’ai trouvé cette dame qui s’appelait Angela et c’était la directrice des affaires tribales de la culture indienne au Brésil et elle m’a dirigé dans la bonne direction pour organiser la rencontre avec les Xavantes. Nous avons organisé les locations, les vols, la location d’un huit-pistes qui fonctionne sur la batterie d’une voiture parce qu’il n’y avait pas d’électricité dans la tribu. Donc c’était une grosse production. J’ai dû me battre pour toutes ces choses. Mais je pense qu’avec le recul, nous avons créé un album extraordinaire qui restera à jamais. Même lorsque je serais mort, Roots sera encore là. Il sera toujours là. Je suis fier de ce que nous avons accompli avec l’album et ça valait la peine de se battre pour ces idées.

Avec Roots, vous avez simplifié les riffs et les avez rendus plus directs. Penses-tu que c’est justement ça qui donne à l’album son intensité, car les riffs sont bruts, simples et rentre-dedans ?

Ouais, je pense que c’est l’élément punk sous-jacent à l’album, c’est l’approche punk des chansons, la simplification et le côté minimaliste. Et je pense que c’est aussi à cause de l’accordage, car lorsque tu t’accordes en Si, tu ne peux pas tellement compliquer les riffs, autrement ça ne sonne pas bien. L’accordage en Si est mieux pour les riffs très, très simples. Le riff de « Roots Bloody Roots » est presque comme un mantra, c’est une même chose répétée encore et encore. Ça sonne mieux comme ça, je ne sais pas pourquoi. Mais c’était un peu une approche du style « moins c’est mieux ». Nous n’avions pas besoin de frimer en montrant à quel point nous étions de bons musiciens, nous savions que nous pouvions jouer. Nous avons fait des albums comme Schizophrenia et Beneath The Remains, ils contenaient beaucoup de parties, beaucoup de technique, donc nous étions confiants quant à nos capacités de musiciens, aucun doute là-dessus. Tu sais, la chose la plus dure, c’est d’écrire une chanson simple. C’est facile pour moi d’écrire une chanson compliquée, mais c’est bien plus difficile d’écrire une bonne chanson simple comme « Eye For An Eye » ou « Roots Bloody Roots » que tu peux jouer sur une seule corde. La faire sonner simple et pour autant excitante, c’est ça la clef. La limite est ténue entre quelque chose de simple et quelque chose de générique, il faut faire très attention à ce que ça ne sonne pas générique. Donc c’est très bien fait ; je pense que Roots, c’est presque l’art de la simplicité. Nous avons fait de la simplicité quelque chose d’artistique. Donc c’était cool, c’était une autre manière de regarder le metal. Tu peux jouer les riffs de façon un peu plus simple et directe, et je pense que ça a eu un impact sur les concerts parce que les shows sont devenus plus brutaux grâce à ça.

Roots était la première fois que tu travaillais avec le producteur Ross Robinson. Ross a la réputation d’être un super producteur mais aussi un producteur exigeant. Comment était ton expérience avec Ross sur Roots ?

C’était vraiment bien de travailler avec Ross Robinson mais aussi nous savions qu’il pouvait obtenir un bon son brut, ce que nous recherchions. Nous voulions un son qui était très puissant mais brut. Nous ne voulions pas d’un album qui sonne surproduit. Nous voulions que cet album sonne simplement très… Il s’appelle Roots, tu vois, donc c’est un retour à… Il a été enregistré en analogique, avec un son de groupe chaleureux, mais aussi avec de bon graves. Comme je l’ai dit, les basses fréquences sont complètement naturelles, et ça provient de la pièce ; on a une sensation incroyable lorsqu’on l’écoute sur une bonne sono. Il était motivant, il était surexcité, il nous stimulait, surtout moi au chant, pour faire de supers parties de chants. Et je me souviens que j’avais mon fils Zyon avec moi, il avait seulement trois ans à l’époque. Il était à côté de moi dans la cabine de chant pendant que j’enregistrais avec le casque sur les oreilles, et je le voyais heabanguer à côté, c’était vraiment cool ! [J’ai] de très bons souvenirs de cette époque. Et je pense que l’album était aussi une super expérience avec les invités, avec Carlinhos Brown, avec Jon [Jonathan Davis] de Korn et avec Mike Patton de Faith No More. Et puis le fait d’aller à la tribu, enregistrer avec les Xavantes au brésil. C’était une expérience complète.

Sepultura - Roots

« Nous avions toujours l’impression d’être des ratés aux yeux de notre maison de disques. Roadrunner ne nous as jamais poussé à avoir une bonne opinion de nous-même, ce qui est très étrange. Le label est censé toujours te soutenir, et ils étaient toujours là à se plaindre que nous ne vendions pas assez et nous étions toujours complètement rabaissés. »

Tu n’as jamais nié l’influence du premier album de Korn sur Roots. Quel impact a eu cet album de Korn sur toi en tant qu’artiste ? Qu’est-ce qui t’a tant inspiré dans cet album ?

Je suis un fan de musique, donc je suis toujours influencé par plein de choses. Je suis quelqu’un de vraiment ouvert d’esprit et ça ne me dérange pas de dire mes influences lorsque j’écris quelque chose. A l’époque, j’écoutais énormément le premier album des Deftones et le premier album de Korn. Les deux ont eu un grand impact sur moi. J’aimais le côté brut du premier album de Korn, j’appréciais vraiment ça. Donc je me suis dit que ce serait plutôt cool de voir si ce côté brut pouvait convenir au style de Sepultura. C’est ce que j’essayais de faire. Car nous jouons différemment de Korn, nous sommes un genre de groupe totalement différent mais nous avons utilisé une partie – presque comme si nous l’avions empruntée – de ce côté brut dans Sepultura pour voir ce qui se passerait, et Roots est ce qui en est ressorti. Donc ouais, je suis très ouvert au sujet de mes influences. Nous avons été influencés par tout, de New Model Army à Bob Marley, au black metal, au death metal, Korn, Deftones, tout ce qui fait partie du metal et qui est bon. Je suis toujours enthousiaste à l’idée de me laisser influencer par des groupes lorsque je fais des albums. Là en ce moment, je travaille sur un nouvel album de Soulfly, j’ai écouté beaucoup de metal extrême, et je pense que ça va ressortir dans le prochain album de Soulfly qui sortira l’année prochaine. Je pense que c’est bien d’avoir des influences. C’est ce dont nous tous, les musiciens, avons besoin. Nous avons besoin d’inspiration pour notre musique, donc nous devons l’obtenir de quelque part.

Même s’il reconnaît maintenant que Roots est un classique, Jonathan Davis a dit qu’à l’époque, il trouvait que c’était un « flagrant plagiat », surtout avec le producteur Ross Robinson qui vous a donné un son similaire. Est-ce que tu comprends ce sentiment qu’il a eu à l’époque ?

Je pense que c’est nul de dire ça. Je veux dire qu’il est même en invité sur l’album. Il devrait être content d’en avoir fait partie, il devrait en être fier. C’est un peu comme si je disais que nous avons fait appel à Scott Burns, donc nous devrions en vouloir à Cannibal Corpse et aux groupes de death metal en général parce qu’ils ont tous utilisé Scott Burns après Beneath The Remains. Nous n’avons jamais dit ça, je n’en ai jamais voulu à Cannibal Corpse, je n’ai jamais dit que Cannibal Corpse avait plagié Sepultura parce qu’ils ont fait appel à Scott Burns, c’est absurde. Les producteurs sont là pour ça, ils inspirent d’autres groupes, pas seulement un groupe. Ross Robinson a travaillé avec les Deftones, il a travaillé avec Fear Factory et il a travaillé avec nous, donc où est le problème ? Pourquoi n’a-t-il pas [dit ceci] à propos de l’album de Fear Factory que Ross a fait ? C’est la même chose. Je ne sais pas, je suis désolé pour le gars. C’est une attitude de looser de dire ça. S’il veut être comme ça, je ne sais pas, qu’il aille se faire foutre, je m’en fiche. C’est un peu stupide de dire que [l’album] est un plagiat parce que nous avons fait appel au même producteur, c’est ridicule. Je ne comprends pas. Comme je l’ai dit, nous l’avons même invité à être sur l’album parce que nous étions fans de sa musique. Il devrait être content que nous aimions sa musique. Ça craint un peu que les gens aient ce type d’attitude en musique. Je préfère quand la musique est plus amicale, j’aime être ami avec les musiciens avec lesquels je joue et les groupes avec lesquels je pars en tournée. Je n’aime pas les disputes entre groupes et ce genre de choses. Je trouve que c’est mauvais pour le metal en général. Je préfère rester dans un côté positif. C’est un honneur d’être une influence, je trouve. Pour ma part, lorsque j’entends que nous avons influencé certains groupes, comme Nails qui ont dit avoir été très influencés par Sepultura ou Full Of Hell qui ont fait un t-shirt avec l’artwork de Beneath The Remains mais avec le nom Full Of Hell dessus, c’est vraiment cool, mec ! C’est cool de montrer que tu es influencé par quelqu’un. Je ne pense pas qu’ils devraient être furieux contre ça, je pense qu’ils devraient en être fiers [petits rires], au contraire.

Le concept de l’album était inspiré par le film At Play In The Fields Of The Lord et est centré sur la politique et la culture brésilienne. Peux-tu nous parler de ça et du contexte de l’époque qui a inspiré les thèmes de Roots ?

C’est un film très sous-estimé datant de 1991. En gros, l’intrigue du film, c’est un américain qui va dans la forêt tropicale et il se retrouve bloqué avec un avion. Il est là pour balancer des bombes sur les indiens, pour les effrayer et les repousser plus loin dans la forêt, mais au lieu de faire ça, il saute en parachute et commence à vivre avec les indiens. Je pense que lorsque j’ai regardé ça, ça m’a donné l’idée d’aller enregistrer : « Je pense que nous devrions enregistrer dans une tribu, nous devrions faire une chanson avec une tribu brésilienne. » Nous recherchions toujours des idées de dingue. Sur Chaos A.D., nous avons enregistré « Kaiowas » qui était une instrumentale à propos d’une tribu qui a commis un suicide collectif et nous avons enregistré au château Chepstow, au Pays De Galles. Donc un groupe de metal brésilien, enregistrant une chanson dans un château… C’est une idée complètement folle mais nous adorions les idées folles, ça nous attirait. Donc ça, c’était l’idée folle de Roots, le fait d’aller dans une tribu.

Et puis nous avions plusieurs chansons orientées sur [la politique]. Nous avions « Dictatorshit », qui parlait de la dictature dans les années 60, exactement lorsque nous sommes nés. Durant notre enfance, le Brésil était sous le contrôle d’une loi imposée par les militaires, et ensuite c’est devenu démocratique mais ça reste très influencé par l’armée. Encore aujourd’hui, l’armée a une grande influence dans plein de pays d’Amérique du Sud et Centrale, au Nicaragua, Honduras, Guatemala et ce genre de choses. C’était donc un peu de l’oppression des forces, les forces armées, les forces de police, que nous essayions de parler dans cette chanson. Et puis il y a un peu plus de folklore brésilien dans « Ratamahatta », qui parle de Zumbi qui était un héros esclave d’il y a trois-cent ans, et de Lampião qui était un genre de Robin Des Bois brésilien qui volait aux riches pour donner aux pauvres, et nous parlions aussi de Zé Do Caixão qui est un réalisateur de films d’horreur au Brésil, il est d’ailleurs toujours en vie, il est culte, c’est un classique. Donc tout ça, ce sont des choses que nous mettions dans nos têtes.

« Attitude » parlait de la manière de vivre notre vie, mais je pense que c’est aussi lié au combat. Je pense que cet esprit de combat était le début du MMA – Mixed Martial Arts – à l’époque. Nous avons d’ailleurs les Gracie dans notre clip, nous avons fait venir toute la famille Gracie pour faire la vidéo d’ « Attitude » à Los Angeles. C’était extraordinaire d’avoir toute la famille, même l’homme plus âgé, le père des Gracie, nous avions Royce Gracie. Maintenant, ce sport est énorme, c’est un sport très populaire dans le monde, mais à l’époque, c’était très confidentiel, personne n’en avait entendu parler. Donc Roots avait plein de choses comme ça. La vidéo de « Roots Bloody Roots » a été faite à Bahia et une grande partie a été enregistrée dans un lieu où avant ils tuaient des esclaves pour ensuite les balancer dans l’océan. C’était des catacombes sous terre. Et une bonne partie de mon chant pour cette vidéo a été enregistré dans ces catacombes. C’était donc très puissant, avec une atmosphère très lourde. Il y avait donc plein de trucs cool sur Roots que nous avons documentés et qui étaient une grande partie de nos vies. Je pense que Roots a eu beaucoup de succès grâce à tous ces éléments qui ont été rassemblés. Tu as les combats, les arts martiaux, les esclaves, les tribus, le berimbau, les percussions, le metal… C’est un grand melting-pot [petits rires], tu envoies tout dans le pot et tu vois ce qu’il se passe.

Tu as mentionné plusieurs fois votre expérience avec la tribu des Xavante. Est-ce que tu t’identifiais à eux d’une certaine manière ?

J’ai beaucoup appris d’eux. Depuis la façon dont ils abordent la spiritualité, en étant très connecté à la nature, très en phase, avec une musique très ritualiste, ils jouent de la musique comme un rituel. Je trouve que le metal est aussi très ritualiste et très spirituel. Je pense qu’au cœur du metal, il y a des choses très spirituelles, même avec la lourdeur, même au-dessus de l’agressivité, des larsens et de la distorsion, il y a quelque chose de spirituel qui nous émeut tous, et tu peux le ressentir pendant certains concerts, toute la salle est connectée par ce metal, comme une tribu. J’ai tendance à appeler nos fans notre tribu à cause de ça. Et je pense que ça, je l’ai en grande partie appris des Xavante. C’était l’expérience d’une vie d’aller là-bas. Mais c’est pour ça que je veux faire d’autres choses dans le genre, car je trouve que c’est super lorsque tu peux stimuler le metal de cette façon, tu fais quelque chose d’important et d’excitant, que tu ne vois pas tous les jours. Je veux faire plus d’albums comme ça à l’avenir, et je n’ai pas encore pu le faire mais l’idée reste dans ma tête. Je veux toujours le faire et je pense que c’est possible, aujourd’hui plus que jamais parce qu’il a déjà été prouvé que c’était possible de le faire. Il faut juste trouver un moyen de le faire [petits rires]. Mais je pense qu’on y vient, tu sais, un de ces jours je le referai, d’une manière ou d’une autre, je trouverai un moyen.

Cavalera Conspiracy 2014

« Nous aurions pu simplement prendre le nom pour nous et dire aux autres gars d’aller se faire foutre, et continuer avec d’autres gens qui les auraient remplacés, ce qui aurait été la bonne chose à faire. Mais à l’époque, c’était compliqué à cause de la relation d’Iggor avec sa femme, ça a rendu la chose impossible. »

Que penses-tu de l’évolution du Brésil en vingt ans ?

Certaines personnes croient que le Brésil sera un grand pays dans deux-cents ans. Ils disent que c’est le pays de l’avenir [petits rires]. Mais le futur, ce n’est pas aujourd’hui, c’est dans deux-cents ans. Il y a encore une longue route à parcourir ! Je pense que c’est mieux maintenant qu’avant. Je veux dire que j’y vais tous les ans, j’y retourne en décembre, nous avons une grande tournée, nous allons à Belo Horizonte, là où nous nous sommes formés. Nous avons d’ailleurs un concert à São Paulo le même jour que mon dernier concert avec Sepultura à la Brixton Academy, le 16 décembre. C’est dingue que ça tombe le même jour à São Paulo, donc ça devrait être un concert très émotionnel. Mais ouais, le Brésil est mieux que ce qu’il était. Il y a eu des changements mais il y a encore beaucoup à faire, à accomplir. Il y a encore beaucoup de corruption et de pauvreté, beaucoup de crimes et de problèmes de ce genre, mais je pense que ça s’améliore, au final.

Te doutais-tu déjà à l’époque que Roots serait un album aussi spécial et important ?

Non, non ! Nous avions toujours l’impression d’être des ratés aux yeux de notre maison de disques. Roadrunner ne nous a jamais poussés à avoir une bonne opinion de nous-même, ce qui est très étrange. Le label est censé toujours te soutenir, et ils étaient toujours là à se plaindre que nous ne vendions pas assez et nous étions toujours complètement rabaissés, mec. Nous nous sentions toujours inférieurs dans ce label, et ça craignait vraiment ! Donc nous nous sommes mis sur l’album pour faire ce que nous voulions, faire ce que nous faisions comme nous le faisions. Donc nous ne savions vraiment pas que nous réalisions un classique ou… J’en avais un pressentiment, genre : « Je pense que ce que nous faisons est différent. » Comme les trucs tribaux : « Oui, c’est… Wow ! » Je n’avais jamais fait quelque chose comme ça auparavant dans ma vie, donc pour moi, c’était complètement nouveau et excitant. Donc j’avais un pressentiment à propos de l’album mais je n’avais pas vraiment conscience qu’il allait devenir aussi important, et ça m’a même surpris. Tu sais, il est disque d’or dans plein de pays, notamment en France, il est disque d’or en Amérique, Soulfly est aussi disque d’or ici en Amérique. C’était l’époque où les gens achetaient des CDs. Nous sommes dans un monde différent maintenant, plus personne n’achète quoi que ce soit, mais, tu vois, à l’époque c’était bien [petits rires]. Mais nous ne savions pas vraiment que nous étions en train de faire un énorme album qui serait un classique et qui influencerait plein de monde, non, nous ne le savions pas.

Tu es très proche de ton frère Iggor. Mais lorsque tu as quitté Sepultura, il a en fait décidé de rester dans le groupe. Etais-tu furieux contre lui de ne pas t’avoir suivi ? Quelle était ta relation avec ton frère à ce stade ?

C’était très compliqué parce qu’il était marié à cette pute malfaisante qui était sa femme, et elle voulait le contrôle du groupe. Je pense qu’elle pourrait bien être la véritable responsable de la séparation du groupe, car elle voulait contrôler les choses. Elle n’a jamais été manageuse mais elle voulait manager le groupe. Iggor était très attaché à elle, évidemment, c’était sa femme, donc… J’ai dit : « C’est terminé, je ne peux pas rester dans ce groupe, avec elle impliquée et toutes ces merdes ! » Donc je suis parti, j’ai dit : « Je me casse ! » Et il est resté avec elle. Et puis, plus tard, il a divorcé d’elle et ensuite il a quitté le groupe. Donc je pense qu’au final, on voit que peut-être ça aurait été mieux s’il m’avait suivi [petits rires] à l’époque. Je veux dire, en fait, nous aurions pu simplement prendre le nom pour nous et dire aux autres gars d’aller se faire foutre, et continuer avec d’autres gens qui les auraient remplacés, ce qui aurait été la bonne chose à faire. Mais à l’époque, c’était compliqué à cause de la relation d’Iggor avec sa femme, ça a rendu la chose impossible. Mais maintenant, nous avons une très bonne relation, nous voyons les choses autrement. Maintenant, nous voulons juste nous faire plaisir, être frères, profiter de notre fraternité et notre amitié, et je pense que notre relation est meilleure qu’elle n’a jamais été. Et c’est une époque différente, moins stressante. Lorsque nous avons sorti Roots en 96, il y avait plein de choses qui se produisaient en même temps. Il y avait le bonheur du succès de l’album mais il y avait aussi la tragédie, mon beau-fils est mort, et donc j’étais partagé entre la joie et la tristesse. C’était donc un moment très confus pour moi. Donc maintenant, vingt ans après, c’est tellement mieux de jouer cet album. Je me sens bien mieux. J’ai tellement de chance de pouvoir faire ça, et ça sonne super bien. Lorsque nous jouons chaque chanson du début à la fin, ça sonne super et Iggor joue super bien. Nous avons hâte de montrer ça aux Français et en Europe en général. Je pense que ce sera une super tournée.

Du coup, en dehors de la célébration, qui est un sentiment très positif, n’est-ce pas aussi émotionnellement difficile de revenir à ces souvenirs plus sombres ?

Je pense que nous essayons de nous concentrer sur le positif. Il y a plein de choses positives qui en sont ressorties. Sur un plan musical, l’album a été énorme et je pense que c’est même… Certaines personnes le considèrent comme l’un des albums les plus importants de l’histoire du metal et ce genre de choses. Dave Grohl a adoré cet album et plein d’autres gens ont vraiment aimé ce que nous avons fait sur Roots, et je pense que c’est une célébration spéciale pour un album spécial de faire ceci vingt ans plus tard. Mais, bien sûr, ça fait remonter de sombres souvenirs de cette époque, mais ça fait partie de la vie, tu sais. Tu dois en permanence faire face à du bon et du mauvais. Je pense que tout arrive pour une raison, je le crois vraiment. Sans la séparation, je n’aurais pas Soulfly, que j’adore, j’adore Soulfly, j’adore ce que j’ai fait avec Soulfly. Je me fiche que certaines personnes ne comprennent toujours pas Soulfly, ça ne me dérange pas. Je pense qu’à un moment donné, peut-être après que je sois mort, peut-être qu’ils comprendront ce que j’essayais de faire avec Soulfly. Mais ça va. J’aime ce que je fais, ça vient du cœur. Soulfly a une longue carrière devant lui, nous allons sortir un autre album l’année prochaine, pour les vingt ans de Soulfly, nous devons travailler dessus. Donc tout s’est passé comme peut-être c’était supposé se passer.

Peut-être était-ce le destin qui a voulu que nous nous séparions à l’époque, que nous ne nous soyons pas parlé pendant dix ans, et maintenant nous sommes de meilleurs frères qu’avant, plus forts qu’avant. Tout est différent. Tu ne peux pas planifier la vie… C’est difficile de planifier parfaitement la vie, tu ne peux pas, tu n’as pas le contrôle pour le faire, tu n’as pas vraiment toujours les choses en main. Donc parfois, tu dois accepter les choses comme elles se produisent et y faire face. C’est comme ça que j’y ai fait face, en créant un autre groupe, en continuant à faire de la musique. Ce que j’ai pour moi, et qui est toujours là, c’est le metal. Le metal a toujours été là pour moi. C’est mon salut, ma religion, ma drogue. Le metal c’est la drogue dont j’ai besoin, et il m’a permis de tout surmonter, l’addiction aux drogues, à l’alcool, le fait de survivre au hair metal, nous avons survécu au grunge, nous avons survécu à tout, mec ! Nous sommes des survivants ! C’est super, c’est bon de rester en vie pour dire : « Ouais, nous avons traversé tout ça ! » Et nous avons traversé le côté sombre, nous savons comment c’est. Ça t’amène une perception différente de la vie, je pense, de vivre autant de choses comme ça. Ca te donne une idée différente de la vie que peut-être d’autres gens n’ont pas. Je suis fier de dire que je ne changerais rien, pas même mes abus de drogue et d’alcool et toutes les choses dingues que j’ai faites. Ça fait partie du tout, mec. Tout ça était censé se produire. Mais ça fait maintenant dix ans que je suis totalement sobre, et je continue à faire… Je me rends compte que la musique est la drogue dont j’ai besoin, et non les drogues en elles-mêmes, tu vois [petits rires]. Donc une fois que je me suis rendu compte de ça, ma vie a changé, pour le meilleur.

Max Cavalera

« Je suis fier de dire que je ne changerais rien, pas même mes abus de drogue et d’alcool et toutes les choses dingues que j’ai faites. Ça fait partie du tout, mec. Tout ça était censé se produire. »

Lorsque tu as formé Soulfly, ton idée était-elle de reprendre là où tu t’étais arrêté avec Roots ?

Soulfly, c’était essentiellement de la survie, j’étais en mode survie, il fallait que je survive à ça. C’était « ça passe ou ça casse ». J’étais dans une position très dure et étrange, avec un nom différent, un groupe différent, je n’avais jamais vécu quelque chose de semblable. J’étais vraiment mal à l’aise et confus. Donc j’ai simplement fait de mon mieux pour écrire les meilleures chansons possible. Je pense que les trucs qui sont sortis dans le premier album, come « Tribe », « Eye For An Eye », « Bleed », c’étaient des choses très puissantes à cause de ça, à cause de cette frustration, à cause de cette passion, de la colère, du fait d’être révolté de ne plus être dans Sepultura. Je pense que tout ça est entré en jeu. Et, bien sûr, il est dans l’ombre de Roots parce que nous avons fait appel au même producteur, et j’ai fait encore plus de percussions avec les gars de Nação Zumbi, nous avions leur guitariste Lúcio [Maia], qui est un incroyable guitariste, et la force de cet album est fantastique, je trouve. C’est un album vraiment magique. Je ne sais pas si je pourrais un jour recréer cette magie. C’était un moment de rédemption pour moi, à cette époque. Mais c’était vraiment une question de survie. L’album aurait pu s’appeler « La Survie De Ma Vie » [petits rires], il a été créé pour survivre, afin que je puisse continuer à faire de la musique, à faire du metal, car la chose que j’ai et que je ne voudrais jamais qu’on me prenne, c’est le metal. C’est la chose que j’ai et qui est toujours là pour moi, la musique a toujours été là pour moi. Je considère la musique comme quelque chose de sacré, et de très puissant, ainsi que tous ces sentiments qui vont dans la musique lorsque tu la fait.

Peux-tu nous donner des nouvelles de tes groupes, Cavalera Conspiracy, Soulfly, Killer Be Killed ? Tu as notamment mentionné le fait que tu allais travailler sur le prochain album de Soulfly justement…

Ouais ! Je vais travailler sur le nouveau Soulfly en janvier avec mon fils Zyon, et avec un peu de chance, nous allons l’enregistrer à un moment de l’année prochaine. J’espère que nous le sortirons l’année prochaine parce que ce sera les vingt ans de Soulfly, donc c’est une date spéciale. Et après ça, je ne sais pas, peut-être que j’aimerais faire un autre album de Killer Be Killed à un moment donné, et un autre album de Cavalera aussi, avec Iggor. Nous avons parlé de faire de la pré-production. Avec chaque album de Cavalera, nous nous contentons d’aller en studio et d’enregistrer. Nous ne passons pas de temps ensemble avant. Donc je pense que nous allons essayer de faire ça cette fois-ci, passer du temps ensemble, lui et moi, d’abord, à écrire les chansons, comme nous le faisions à l’époque de Sepultura. Peut-être que ça fera un album différent. Nous espérons pouvoir faire quelque chose d’un peu différent pour Cavalera Conspiracy. Mais c’est tout ce qu’il y a pour le futur. Là tout de suite, la seule chose réaliste que j’ai, c’est Soulfly pour l’année prochaine.

Sais-tu déjà quelle direction, musicalement parlant, ce prochain album de Soulfly prendra ?

Pas encore ! J’ai quelques idées. J’ai écouté plein de trucs exotiques, des choses venant de différentes parties du monde, qui m’ont donné des sortes d’idées, et plein de metal extrême, en fait, plein de trucs bien heavy, car j’aime le côté plus heavy de la musique, le côté underground, j’en suis tombé amoureux. Donc je pense que je vais continuer là-dedans. Et avec un peu de chance, autre chose ressortira. C’est toujours bien si ton album a une histoire, un point central. Le dernier album, Archangel, parlait de trucs bibliques et c’était vraiment excitant, j’ai vraiment aimé ça. Donc je dois trouver quelque chose pour celui-ci. Je n’ai pas encore trouvé mais je suis aux aguets ! [Rires]

Penses-tu que cette tournée Return To Roots pourrait d’une certaine façon impacter musicalement ce qui arrive prochainement avec tes autres groupes ?

Je le pense. C’est ce que je disais lorsque j’ai mentionné le fait que j’aimerais enregistrer dans d’autres endroits, comme avec Roots. Peut-être que j’aurais l’occasion de le faire avec le prochain Soulfly. Avec un peu chance, j’irai quelque part. Je n’ai pas trouvé l’endroit ou quoi, mais espérons que je parvienne à faire ça pour le prochain album, et que nous pourrons créer quelque chose de très spécial dans ce genre. Ça pourrait être vraiment cool. Ça serait difficile à cause des budgets, ils ne sont pas très gros. Tu sais, tu peux dépenser beaucoup d’argent sur un album. Nous ne sommes pas un énorme groupe comme Metallica. Eux ont un budget illimité mais pas nous, donc nous devons faire attention à ça, mais c’est possible. Lorsque nous avons fait Roots, nous n’avions pas non plus beaucoup de budget et nous avons fait en sorte que ça marche ! Nous avons trouvé un moyen de le faire. Il y a toujours un moyen, mec. Si tu veux vraiment faire quelque chose, tu trouveras le moyen [petits rires]. Donc je crois en ça. Je pense que cette tournée de Roots m’a montré que ça vaut le coup d’investir dans ton cœur, d’écouter ce que ton cœur te dis, et de le suivre, alors de bonnes choses en ressortiront.

Interview réalisée par téléphone les 28 et 31 octobre 2016 par Aline Meyer et Nicolas Gricourt.
Fiche de questions : Nicolas Gricourt et Philippe Sliwa.
Retranscription : Aline Meyer et Nicolas Gricourt.
Traduction et introduction : Nicolas Gricourt.

Site internet officiel de Return To Roots : http://maxandiggorreturntoroots.com

Acheter l’album Roots Bloody Roots.



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  • Game-system dit :

    « C’était très compliqué parce qu’il était marié à cette pute malfaisante qui était sa femme »

    E-PIC !!

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  • Perso, j’ai toujours trouvé « Roots » surestimé comme album: à part les 2 premiers titres, le reste m’ennuie beaucoup.

    [Reply]

  • Le mec a plus le melon que Cristiano Ronaldo faut le faire…

    [Reply]

    Duncan

    Pourquoi tu dis ça ? Il est pas modeste, mais en parlant de Roots, ça se comprend ! Puis je le trouve pas imbus de lui-même, juste fier…

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