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Interview   

Max Pie vit par le changement


Max PieQuand un groupe change plusieurs fois, voire souvent de line-up, on qualifie souvent son histoire de « tumultueuse ». Les séparations ou changements sont souvent vus comme un problème. Max Pie, qui a vécu des changements tant sur le plan musical qu’humain, a une tout autre philosophie dont la base est d’accepter le changement comme un processus naturel et positif et de l’accueillir comme une opportunité.

Découvrez cet état d’esprit dans cette interview, réalisée à l’occasion de la sortie du nouvel album Odd Memories, disque fortement progressif, mais ne tournant malgré tout pas totalement le dos aux racines classic rock de la formation belge.

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« Il faut oublier un peu les barrières qu’on avait dans les années 80 où pour faire un groupe il fallait absolument un gang où il fallait être super potes depuis l’enfance. Quand tu te mets ces limites, tu te retrouves avec des gens qui n’ont pas forcément évolué de la même façon que toi. »

Radio Metal : Lorsque vous vous êtes formés, vous faisiez plutôt du classic rock mais vous avez progressivement évolué vers ce mélange entre metal prog et power metal européen. Qu’est-ce qui vous a amenés vers ce style ?

Tony Carlino (chant) : Moi je viens d’un groupe de compos, je n’ai toujours fait que des compos. Puis, quand Max Pie a démarré, je suis arrivé dans un groupe qui ne faisait que des reprises et on a commencé à tourner un peu. Après trois ans, tu commences à en avoir marre parce que tu vois toujours les mêmes tronches partout, tu fais toujours les mêmes morceaux puis l’envie de t’y remettre et de sortir tes propres trucs te prend. Ce sont également les changements de line-up et les influences de chacun qui ont fait qu’on en est arrivé à ce qu’on fait aujourd’hui.

Est-ce que vous avez tourné le dos au classic rock ? Ou vous pensez que vous pouvez y revenir à un moment ou à un autre, sur une chanson, ou même sur un album ?

On ne tourne le dos à rien. Si tu écoutes le dernier titre du nouvel album, « The Fountain Of Youth », c’est un peu classic rock. Tu retrouves les influences classic remises à notre sauce. Après il n’y a rien qui dit qu’on ne fera pas un morceau avec trois accords si on trouve les trois bons accords comme les Rolling Stones ou les Beatles l’ont déjà fait.

Ce n’est pas si facile de trouver les trois bons accords…

C’est là que réside toute la difficulté. Avoir la prétention de le reconnaître et de dire « ça c’est le hit » avec trois accords, je ne sais pas si ça sera pour nous un jour, mais pourquoi pas et avec grand plaisir.

Vous vous êtes formés en 2005 et votre histoire va parler à beaucoup de jeunes groupes. À vos débuts, vous avez eu énormément de mal à stabiliser votre line-up. Comment fait-on pour garder le cap et garder espoir dans une situation pareille ? Quels conseils donnerais-tu ?

Je pense qu’il faut surtout avoir confiance en soi et en la musique qu’on fait. Il faut oublier un peu les barrières qu’on avait dans les années 80 où pour faire un groupe il fallait absolument un gang où il fallait être super potes depuis l’enfance. Quand tu te mets ces limites, tu te retrouves avec des gens qui n’ont pas forcément évolué de la même façon que toi. Au bout de quelques années, tu te rends compte que tu n’as plus les mêmes affinités au niveau de la musique ni les mêmes objectifs ce qui fait que des séparations arrivent. Dans le réseau de la vie de tous les jours, tu trouves des gens qui à telle période sont dans le même état d’esprit que toi ou ont envie de faire la même chose que toi. Il ne faut pas se décourager, personne n’est irremplaçable, que ça soit un chanteur, un batteur, un guitariste. Quand on a envie de faire de la musique, on trouve toujours quelqu’un pour la faire. C’est un peu comme un couple, sauf que c’est de la polygamie (rires).

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« Il ne faut pas se décourager, personne n’est irremplaçable, que ça soit un chanteur, un batteur, un guitariste. Quand on a envie de faire de la musique, on trouve toujours quelqu’un pour la faire. »

Votre premier album est sorti en 2011. Après ces premières années d’errements et de difficultés, tout semble s’enchaîner pour vous puisque vous êtes sur un bon rythme. Qu’est-ce qui a déclenché la fin de cette période trouble et le début d’une activité très chargée et régulière ?

C’est grâce au line-up actuel, avec entre autres les arrivées de notre guitariste Damien Di Fresco et de Lucas Boudina à la basse, qui ont fait que le groupe s’est stabilisé. On s’est retrouvé avec quatre personnes qui avaient envie de faire la même chose. Par moment tu es un petit peu en dessous et c’est un autre qui reprend la relève, c’est l’association de plusieurs personnalités et de plusieurs personnes qui fait que ça tient la route. Puis à un moment donné, les choses s’enchaînent car il y a toujours quelqu’un qui est au taf.

Vous êtes maintenant sur une bonne dynamique. Est-ce que tu penses que les choses sont dorénavant bien stabilisées ? Est-ce qu’on peut attendre de vous le rythme que vous avez depuis quatre ans, c’est-à-dire des sorties très régulières tous les deux ou trois ans, des concerts, etc. ?

Je l’espère, mais je pense que malheureusement personne ne peut prédire l’avenir. On a chacun notre vie et les intérêts peuvent changer. Il suffit d’avoir des gosses, de changer de femme, de boulot, il y a plein de choses dans la vie qui font qu’à un moment donné tu changes de centres d’intérêt. J’espère qu’on gardera les mêmes et que ça durera longtemps. L’histoire n’est pas encore écrite, il faut juste la laisser vivre.

Vous faîtes une musique qui est alambiquée mais dont on sent qu’il y a une vraie recherche de la mélodie et de l’accroche. Est-ce que c’est volontaire ? Est-ce que vous décidez lorsque vous écrivez qu’il y ait ce petit truc qui accroche, qui fait qu’on se rappelle du morceau ?

Tout à fait, c’était l’objectif. C’était déjà quelque chose qu’on voulait faire sur le précédent album mais qui n’a pas été vraiment super réussi dans le sens où on était encore un peu trop dans la complication au niveau des mélodies. Ici, c’était le point d’orgue de l’album, on voulait vraiment que les refrains puissent être retenus, que la musique soit digérable par monsieur tout le monde, même si elle était complexe. Pour nous il est essentiel qu’un gars qui écoute du classic rock ou quelqu’un qui écoute du prog s’y retrouve et qu’il puisse au moins retenir les morceaux et les chanter.

C’est un équilibre qui est difficile à trouver. Comment travaillez-vous là-dessus ?

C’est réellement un équilibre qui est difficile à trouver mais à partir du moment où tu sais que c’est ce que tu veux vraiment faire, bah voilà ! Damien, notre guitariste, compose plus de quatre-vingt pour cent de la musique. Quand il nous soumet les morceaux, je me retrouve parfois avec des trucs qui sont très chouettes, très jolis instrumentalement, mais après il faut réussir à placer un couplet et un refrain et c’est là qu’on intervient. On rechange jusqu’à ce qu’on obtienne quelque chose qui nous fasse plaisir, que nous-mêmes on retient facilement et qu’on a envie de chanter. Après, que ça soit réellement réussi, c’est plus à l’auditeur de le dire, mais en tout cas nous c’est vraiment quelque chose qu’on voulait faire.

« C’était le point d’orgue de l’album, on voulait vraiment que les refrains puissent être retenus, que la musique soit digérable par monsieur tout le monde, même si elle était complexe. »

Le nom de l’album est Odd Memories qu’on peut traduire par Souvenirs Étranges. Que sont ces souvenirs étranges ? Est-ce que ce ne seraient pas les rêves qui sont étranges et qui, comme votre musique, partent un peu dans tous les sens ? Est-ce que c’est ce que vous vouliez dire ?

Oui c’est un peu ça. En fait, ce n’est pas du tout un concept album dans le sens réel du terme avec des morceaux qui s’enchaînent et qui parlent tous de la même chose avec une histoire racontée. Mais on a voulu faire un rendu un peu conceptuel dans l’univers qu’on s’est créé, donc dans l’univers de Max Pie. On voulait prendre l’auditeur et le faire entrer dans notre univers. On a créé l’album dans l’idée d’un truc avec tout ce qui s’est déjà passé et tout ce qui sera dans l’avenir, avec le côté un peu steam punk. Quand tu vois des histoires étranges, c’est dans le sens de se dire : « Est-ce qu’on a déjà vécu ça ? Est-ce qu’on va le vivre ? Est-ce que c’est un rêve comme tu le dis ? Ou est-ce que c’est une réalité qui n’est pas encore là ?». C’est un peu tout ça qu’on a essayé d’exprimer.

Le terme « odd » est aussi utilisé en musique pour parler de mesures impaires ou asymétriques, est-ce que c’était voulu pour faire référence au côté progressif de votre musique ?

Tout à fait ! C’est marrant parce que tu es le seul à l’avoir saisi jusqu’à présent. Un bon point ! (rires)

Merci ! Si j’ai cinq points, je gagne quoi à la fin ?

Un paquet de frites évidemment, on est belge.

Dans l’album, il y a un thème qui revient souvent, c’est celui de l’asservissement. Il y a un morceau qui s’appelle « Unchain Me », un autre qui est « Age Of Slavery » puis il y a « Cyber Junkie », c’est une forme d’asservissement également. Pourquoi ce thème revient-il plus souvent ?

Si tu prends l’histoire de l’humanité, c’est à peu près ce qui s’est toujours passé. Au départ, dans les tribus il y a un chef qui asservit les autres, puis il y a eu l’esclavage. C’est grâce aux esclaves qu’il y a eu plusieurs belles choses qu’on a encore aujourd’hui comme les pyramides. Notre société est complètement basée sur ça. L’idée était donc de revenir un peu sur ce thème. Tu es une des rares personnes qui l’a souligné, donc ça fait deux !

Il faudra que vous publiiez un classement des journalistes qui auront obtenu le plus de points. Vu de la France, la Belgique est un berceau du style de musique que vous pratiquez, ce heavy/power teinté de prog. Selon toi pourquoi la Belgique est aussi friande de ce style-là ?

Je pense que tu fais une analyse extérieure au pays. Pour moi, qui suis belge, quand je regarde la France, je vois la même chose. Il y a des groupes comme Blasphème et d’autres qui font un peu la même chose, il y a plein de super musicos en France. Je pense que c’est une idée presque reçue mais qui n’est pas réellement fondée.

Interview par téléphone réalisée le 7 juillet 2015 par Philippe Sliwa.
Retranscription : Gabriel Jung.
Introduction : Philippe Sliwa.

Site officiel de Mx Pie : www.maxpie.be.



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