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Chronique   

Mayhem – Daemon


Près de trente ans après ses débuts, le black metal « de la deuxième vague » a encore de beaux restes : après Darkthrone qui, il y a quelques mois, sortait son dix-huitième (!) album, Old Star, c’est au tour de Mayhem de sortir un nouveau disque. On ne présente plus le légendaire combo norvégien qui s’est fait connaître tant par ses titres iconiques (« Freezing Moon » ou « Pure Fucking Armeggedon ») que par ses frasques (incendies d’églises, têtes de porcs, suicide, meurtre ; de quoi inspirer un best-seller puis un film, Lord of Chaos, sorti en début d’année). Plus de vingt-cinq ans, plusieurs changements de line-up et diverses expérimentations artistiques plus tard, Mayhem s’est assagi mais sa créativité est intacte. Après Ordo Ad Chao et Esoteric Warfare, deux albums complexes pour ne pas dire alambiqués (dans la forme pour le premier, dans le fond pour le second), Daemon, son sixième album, sonne comme un retour aux sources. Il est tentant de faire un parallèle avec Darkthrone à nouveau : tout comme Old Star semble puiser dans les premiers Celtic Frost, Daemon semble renouer avec le fameux De Mysteriis Dom Sathanas que le combo a d’ailleurs joué dans son intégralité en live pendant une récente tournée. Après plus de trois décennies d’existence, les Norvégiens céderaient-ils aux sirènes de la nostalgie ?

« The Dying False King », tout comme les premiers singles « Worthless Abominations Destroyed » et « Of Worms and Ruins », est une entrée en matière explosive, directe et sans fioritures qui donne un aperçu de la teneur de l’album : hargneux et assez irrésistible. Cela dit, s’arrêter à ces trois titres serait une erreur, et passer à côté des nuances du disque – de la lourdeur de « Malum » ou du côté sombre et presque cérémonieux de « Demon Spawn », par exemple. Reste l’impression d’un Mayhem dégraissé, « simplifié » de l’aveu même de ses membres, comme on ne l’attendait plus. Une sorte d’essence du groupe et de true black en général, un retour en 1994 qui semble aussi jouissif pour l’auditeur que pour le groupe, malgré des relations apparemment pas dépourvues de conflits et un enregistrement éclaté (Ghul aux Pays-Bas, Teloch et Necrobutcher en Norvège, les autres en Suède) : Hellhammer s’en donne à cœur joie derrière les fûts, la basse de Necrobutcher se fait inquiétante à souhait (sur « Everlasting Dying Flame » par exemple) et Attila Csihar, tantôt grinçant, tantôt opératique, livre comme souvent une performance mémorable. Pour autant, Mayhem ne repasse jamais deux fois au même endroit : la production de Tore Stjerna, claire et lisible, n’a clairement plus rien à voir avec celle de leurs débuts, et les décennies d’expérience des musiciens s’entendent dans l’intelligence diabolique avec laquelle ils canalisent leurs forces. Daemon est aussi plus roboratif que ses prédécesseurs avec dix titres accompagnés d’une kyrielle de bonus ; une heure qui ne traîne jamais en longueur grâce à la collection de riffs redoutablement efficaces déroulée par Ghul et Teloch.

Dans son enthousiasme rageur et son immédiateté décomplexée, il y a quelque chose de l’hommage aux grandes heures du black metal dans Daemon, quitte à parfois frôler la parodie – entre la pochette, la voix enregistrée dans une vieille église et les paroles qui vont du petit latin à l’« ultimate blasphemy » en passant par les inévitables « anti cosmic gods », aucun poncif n’est oublié. Quelque chose de très littéral voire d’autoréférentiel, aussi : on ne serait pas loin de penser que le fameux « daemon » que le groupe se propose d’invoquer, c’est Mayhem, justement, cette entité insaisissable et pratiquement légendaire dont l’aura a depuis bien longtemps dépassé ses créateurs. De ce point de vue, Daemon fait honneur à son histoire unique et agitée. Les fans qui attendaient une exploration des voies ouvertes par les derniers opus passeront donc sûrement leur tour, mais les autres sauront savourer cette pépite de black metal dans la plus pure tradition norvégienne.

Lyric vidéo de la chanson « Of Worms And Ruins » ;

Chanson « Worthless Abominations Destroyed » :

Album Daemon, sortie le 25 octobre 2019 via Century Media Records. Disponible à l’achat ici



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