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Interview   

Mayhem et la punk attitude


Coupé en plein élan par la pandémie durant sa tournée pour défendre Daemon, son dernier album, Mayhem a décidé de continuer à occuper le terrain malgré tout. Les vétérans du black metal sortent en effet cet été un EP, Atavistic Black Disorder/Kommando, qui poursuit sur la même lignée : retour aux sources, simplicité, efficacité, et charme des premiers disques du groupe. Enregistré en même temps que Daemon, il propose quelques inédits et une poignée de reprises de classiques punk. L’occasion était donc rêvée pour remonter un peu le temps avec l’incontournable Attila Csihar, dont être chanteur de Mayhem n’est que l’une des nombreuses distinctions.

Affable et loquace comme à son habitude, intarissable de souvenirs et d’anecdotes, Attila fait donc pour nous le grand écart entre différentes périodes, des concerts à l’époque du Covid-19 et son humeur du moment à son adolescence d’amateur de musique extrême dans une Hongrie encore communiste en passant par l’enregistrement d’Atavistic Black Disorder/Kommando et les rencontres marquantes qui ont émaillé son chemin, notamment celle du légendaire Jello Biafra. Toujours iconoclaste et passionné – résolument punk, finalement.

« Quand les gars ont fait ces reprises, ces enfoirés n’ont même pas pris la peine de m’appeler ! Ceci dit, ils ont choisi les bons groupes, donc ça va. »

Radio Metal : Vous avez apparemment enregistré toutes les chansons de l’EP Atavistic Disorder / Kommando au même moment que celles de l’album Daemon. A l’époque, comment avez-vous choisi celles pour l’album et celles que vous garderiez pour plus tard ?

Attila Csihar (chant) : C’est assez difficile de répondre à cette question, même pour nous. Nous avons rassemblé toutes les idées que nous avions et nous en avons sélectionné certaines, puis nous avons créé les chansons et là encore, nous en avons sélectionné certaines. Personnellement, je regarde toujours le tableau d’ensemble, l’album est comme un cadre. Parfois, plus la sélection est grande, moins c’est efficace. Tout a plus ou moins une portée optimale, c’est comme dans la nature. Nous aimons avoir quelques chansons en plus, ça peut être pratique. En l’occurrence, au Japon, ils nous demandent toujours des morceaux bonus pour l’album, donc pour cette raison, c’est bien d’avoir deux ou trois chansons supplémentaires qui ne sont pas sur l’édition normale. C’est mieux de fournir une nouvelle chanson pour la version japonaise qu’un enregistrement live par exemple. De même, de nos jours, certaines éditions exclusives, comme les coffrets limités, sont très populaires. Il y a plein d’auditeurs traditionnels et de collectionneurs parmi nos fans, et c’est indispensable pour eux. Ils aiment les éditions limitées et quand c’est spécial, quand c’est juste pour eux. Nous avions donc déjà sorti deux chansons pour ces deux raisons, mais heureusement, il nous en restait une qui n’était pas encore sortie, « Voces Ab Alta ». C’est bien qu’elle ait pu voir le jour.

Ceci étant dit, ce n’était pas prévu que nous fassions cet EP. Notre plan était de partir en tournée. Nous aurions dû être en train de faire des festivals actuellement. Nous aurions dû avoir presque terminé la tournée en Europe et aux Etats-Unis aujourd’hui, et après ça nous aurions envisagé une autre tournée européenne et dans le reste du monde, comme en Amérique du Sud, en Australie et en Asie. C’est le cycle normal pour nous. Ça a complètement foutu en l’air notre business. On nous a renvoyés chez nous quand nous étions déjà en route pour notre premier concert aux Etats-Unis. Le timing était tellement mauvais que personne n’aurait pu l’anticiper. Nous étions là, nous avons essayé, mais il y avait du changement toutes les heures. Le jour où nous sommes arrivés là-bas, les salles fermaient les unes après les autres. Quand on perd deux ou trois concerts sur une tournée, c’est un désastre. Heureusement, nous avons annulé, autrement ça aurait encore plus posé problème. C’était de la malchance mais personne ne pouvait prévoir que ça allait prendre deux ans. Nous n’avons rien de planifié cette année. Nous avons fait un concert avec un public assis en Norvège, c’était un miracle. Nous pensions que ça allait être annulé, mais il a fini par avoir lieu. Nous avons un concert à Las Vegas qui est toujours maintenu cet été, mais c’est déjà un report de l’été dernier. C’est très dur pour les groupes comme nous et je n’imagine pas le désastre que c’est pour les tourneurs, car personne ne savait le temps que ça allait durer. Notre tournée européenne a été reprogrammée deux ou trois fois et la tournée US deux fois, car il faut programmer les tournées au moins six mois à l’avance et entre-temps, les choses changent. Je pense que les tourneurs n’en peuvent plus. Ils ont dû refaire à deux ou trois reprises le même travail. Et le truc, c’est que nous ne sommes pas seuls, ils ont aussi tous les autres groupes. Tout le business est très affecté.

Je ne peux pas me plaindre parce que je peux voir que c’est pire pour d’autres gens. D’une certaine façon, je peux survivre. J’espère que les autres artistes et les gens impliqués vont s’en sortir et qu’on va revenir. Cet EP est une bonne chose. Nous l’avons fait pour offrir quelque chose à nos fans en attendant parce que ça fait presque deux ans que notre dernier album est sorti. Ce n’était pas prévu. Je le qualifie de Frankenstein d’ailleurs, parce que nous avons créé une sorte de créature de Frankenstein avec cet album. C’est un truc sympa qui s’est fait accidentellement, nous avons enregistré ces chansons et c’est bien que nous puissions rendre hommage à nos vieux amis de la scène punk, comme Jello Biafra.

Tu as dit que vous avez fait un concert assis en Norvège…

Oui. Au départ, c’était un concert de deux cents places et ils l’ont finalement passé à deux cent soixante-quinze. Evidemment, la salle a une plus grande capacité mais c’était assis. C’était une sorte de centre culturel situé au-delà du cercle polaire. C’était un voyage exotique mais j’ai passé la majeure partie de mon temps en quarantaine. Charles – l’autre guitariste qui ne réside pas non plus en Norvège – et moi avons dû rester huit jours en quarantaine en Norvège à côté de l’aéroport. C’est beaucoup de sacrifices pour un seul concert, mais je pense que ça en valait la peine. Imagine, on venait tout juste de sortir de confinement en Hongrie et je devais me remettre en quarantaine pendant une semaine, j’étais là : « Merci le Covid ! »

« Je recherchais de la musique extrême au milieu des années 80. C’était avant que je ne découvre le metal extrême, car ça n’existait pas à l’époque, ça a commencé vers 1985. Avant ça, les Dead Kennedys, GBH, The Exploited et Discharge étaient putain d’extrêmes. »

Comment c’était de jouer face à un public assis dans une atmosphère complètement différente ?

C’était étrange, bien sûr, surtout pour Mayhem. J’ai d’autres projets et groupes expérimentaux et j’avais déjà vu d’autres artistes jouer devant un public assis avant. En l’occurrence, j’ai vu le compositeur autrichien Bernhard Gander, il a fait un concert d’une pièce classique à Vienne et c’était assis. Même avec Sunn O))) c’est arrivé, même si c’est rare. Je pense que ça peut être bien pour la musique expérimentale, ou même des groupes comme Sunn O))) qui font de la musique très lente et méditative ; avec ce genre de musique, quand je suis debout, je me dis parfois que j’aimerais être assis. Les gens étaient sympas, ils ont pas mal réagi, même en étant assis. Nous ne pouvions pas les voir depuis la scène, car ils étaient un peu plus en contrebas, donc la vue depuis la scène était étrange. Ce n’est pas comme quand on voit les gens faire les fous devant nous, avec tous ces looks bizarres et dingues, les gens excités, etc. Ça restait un bon concert, c’était très intense.

La dernière fois qu’on s’est parlé, à l’occasion de la sortie de Daemon il y a deux ans, tu as dit que jouer en live était ce que tu préférais dans la musique. J’imagine que ça doit être dur de ne pas pouvoir faire de concert…

Pour moi, jouer live c’est tout l’intérêt de la musique, c’est son origine. C’est ainsi que ça a commencé, les gens ont commencé à faire du bruit et à jouer en live. C’est là que la magie opère. Mais c’est aussi vraiment magique d’écouter de la musique avec une belle stéréo. Je m’intéresse aux systèmes hi-fi depuis ma plus tendre enfance. J’aime beaucoup la qualité sonore. C’est assez magique quand on a le bon matériel. Malheureusement, ça coûte très cher. J’aimerais inventer un bon système qui ne coûte pas cher, je sais à quoi ça devrait ressembler, mais c’est une autre histoire !

Ghul a expliqué que les reprises ont été enregistrées de manière plus ou moins spontanée car vous vous êtes retrouvés avec du temps de studio en plus. Peux-tu nous expliquer comment c’est arrivé ?

De nos jours, ça ne se passe pas comme dans le temps. On n’est pas obligé d’enregistrer dans le même studio et pas forcément en même temps. Nous faisons des démos, nous envoyons des fichiers, et c’est bien. J’aime la technologie quand elle est utilisée de la bonne manière, donc je n’y vois aucun problème, mais là c’était une méthode différente. Je n’étais même pas là quand les gars ont enregistré la batterie. J’ai appris qu’ils ont été très rapides, comme toujours avec Hellhammer, et qu’il leur restait du temps. Ils ont bu un coup, ils étaient dans une drôle d’humeur et ils ont enregistré quelques reprises. Je crois qu’ils l’ont fait juste pour s’amuser, sans trop y réfléchir. Quand j’étais en train de faire le chant de Daemon, le producteur a dit : « Maintenant on a terminé, mais voilà une chanson de Discharge. » Je l’ai écoutée deux ou trois fois, j’adore Discharge, donc je l’ai facilement maîtrisée et je l’ai mise en boîte en une seule prise. Mais le truc, c’est que quand les gars ont fait ces reprises, ces enfoirés n’ont même pas pris la peine de m’appeler ! Ceci dit, ils ont choisi les bons groupes, donc ça va. Ça démontre que Ghul a le même genre d’influence, même s’il n’en parle pas beaucoup. Une grande partie de ces groupes étaient mes préférés aussi quand j’étais gamin. Je dois admettre qu’après le heavy metal, j’ai écouté du punk, surtout quand j’avais treize ou quatorze ans. J’écoutais les Dead Kennedys, GBH, etc.

Je recherchais de la musique extrême au milieu des années 80. C’était avant que je ne découvre le metal extrême, car ça n’existait pas à l’époque, ça a commencé vers 1985. Avant ça, les Dead Kennedys, GBH, The Exploited et Discharge étaient putain d’extrêmes. Ensuite, j’ai découvert les groupes de metal extrêmes et je m’y suis mis, mais je n’ai jamais abandonné le punk. Même dans mon premier groupe Tormentor, quand nous avons changé le batteur, mon ami Zsolt [Machát] a rejoint le groupe et il venait de la scène punk hardcore, donc c’était déjà un mélange de styles. Après qu’il eut rejoint le groupe, nous avons appris à nous connaître, il venait chez moi, j’allais chez lui, et nous nous échangions plein de cassettes. Je connaissais déjà Discharge mais de cette façon, j’ai découvert Rudimendary Peni et un paquet d’autres groupes comme Skinny Puppy, Front Line Assembly, Diamanda Galás, etc. Ça ne venait pas seulement de Zsolt mais aussi d’échanges avec d’autres gens venant d’autres scènes musicales, y compris de la scène électronique, comme Skinny Puppy, des trucs cool, du psychobilly, etc. Je m’intéressais déjà à ça dans les années 80. Tout ça, ce sont mes influences depuis que je suis adolescent.

« Je n’ai pas changé. Je suis un rebelle qui n’accepte rien sans broncher, j’aime comprendre les choses en profondeur. Cette attitude punk remet tout en cause. Je suis content qu’on me remette en cause aussi, pas de problème. Les questions sont importantes. »

C’était une décision consciente de reprendre principalement de vieux groupes punk ? Je crois que vous avez aussi repris Death…

Je n’en suis pas sûr. J’aime faire des reprises. Je viens de faire une reprise de Laibach avec le groupe slovène Noctiferia, c’est vraiment cool ! Ça vient sortir l’autre jour, je l’avais presque oublié. Je pense que le principal avec les reprises, c’est qu’on doit soit essayer de faire mieux, soit le faire à sa façon au lieu de faire une bête copie qui n’apporte rien. Mais peu importe, tant qu’il y a du plaisir, qu’il y a un super feeling et qu’on se montre respectueux envers le groupe qu’on reprend évidemment. J’adore Discharge. Les gars sont super cool, nous nous sommes rencontrés quand ils ont joué en Hongrie. Je suis allé à leur concert avec Stephen O’Malley de Sunn O))), il était en Hongrie avec moi, nous avons traîné avec Discharge et nous nous sommes bourré la gueule [rires]. Pareil avec Jello Biafra, il est venu à notre concert à San Francisco. C’était ma première tournée aux Etats-Unis, je crois que c’était en 2006 ou 2007. Il s’est présenté : « Salut, je suis Jello Biafra. » J’étais là : « D’accord… Ouah ! » Depuis, nous échangeons de temps en temps. Je ne l’ai pas encore appelé pour savoir ce qu’il pense de la reprise des Dead Kennedys, mais il était heureux d’entendre ce que nous avons fait. Il est super. A chaque fois qu’il joue en Hongrie, je suis invité. Et à chaque fois que nous jouons à San Francisco et qu’il est dans le coin, il est plus que le bienvenu. Je ne sais pas pour les autres groupes de metal mais ils ont tous des influences différentes et je trouve ça bien de montrer ses influences. Nous avons plein de liens avec la scène punk. Je me souviens qu’Integrity a joué en Hongrie, c’est un autre groupe de punk américain. Je ne les connaissais pas trop, je suis juste allé à leur concert, j’ai rencontré les gars et nous avons traîné ensemble. Ils étaient tellement contents que je fasse partie de Mayhem. Ils étaient là : « Fuck la religion ! » J’ai rencontré les gars de The Exploited et de GBH. Le guitariste de The Exploited est venu une fois à l’un de nos concerts en Thaïlande, à Bangkok. Il était là dans les coulisses : « Eh les gars ! » « Qu’est-ce qui se passe ? Oh, le guitariste de The Exploited. Ok ! »

Maniac et Messiah, qui ont été membres de Mayhem dans les années 80, apparaissent sur « Hellnation » et « Commando ». Etait-ce un hommage délibéré aux racines de Mayhem, un peu comme l’était Daemon, justement ?

Maniac apparaît sur « Hellnation » et Billy Messiah sur « Commando ». Je trouve que leur présence est l’une des meilleures choses concernant cet EP. Ces deux gars sont de grands artistes. Nous sommes toujours amis. Je dois admettre que nous ne nous parlons pas très souvent, mais quand j’ai entendu le chant de Maniac, j’étais scotché. Il a assuré ! Je pouvais entendre qu’il était vraiment chaud. Je n’aurais pas pu faire mieux, c’est clair. Billy a apporté une jolie atmosphère à « Commando » avec sa voix. C’est aussi un genre de redskin, ça colle parfaitement, j’adore ! C’est hyper cool qu’ils soient là. J’espère que les fans apprécieront aussi, il n’y a pas de raison !

Toutes ces chansons possèdent une énergie juvénile et chaotique ainsi qu’une production et un jeu rudimentaires. Comment c’était de les interpréter avec les moyens que vous avez aujourd’hui en tant que musiciens chevronnés, ayant une meilleure maîtrise et de meilleurs outils ?

Ça n’a pas d’importance. Nous jouons avec notre style, c’est ce que nous sommes. Cette musique, c’est un état d’esprit et une vieille époque. Ce que j’aime dans le punk, c’est la simplicité de la musique, l’énergie brute, c’est beau. C’est simple mais ces riffs déchirent. D’un autre côté, la musique des Dead Kennedys peut être épineuse, certaines chansons ne sont pas du tout faciles à jouer. C’est aussi ce qui est cool avec ce groupe, il est unique en son genre. Pour moi, c’était un joli challenge. J’adore Rudimentary Peni aussi. Dans le temps, j’écoutais plus l’album Death Church. J’ai complètement intégré l’atmosphère et pour moi, l’atmosphère est presque plus intéressante que le côté technique. Nous avons aussi essayé de garder le côté cru, mais nous restons Mayhem, ces gars jouent comme des malades [rires]. Je n’ai pas pensé une seconde aux trucs techniques. Quelqu’un m’a dit que Discharge était très content de notre reprise, c’est bon à entendre. Je les ai rencontrés eux aussi, mais je ne sais pas s’ils s’en souviennent. J’espère, mais pas de souci s’ils ne se rappellent pas [rires].

Hellhammer a dit que la vieille attitude punk consistant à dire « non » et à être contre les principes reste plus que jamais pertinente. Es-tu d’accord ?

Oui, continuons à tout remettre en cause. Continuons à poser des questions et à également adopter le point de vue opposé. En ce sens, je n’ai pas changé. Je suis un rebelle qui n’accepte rien sans broncher, j’aime comprendre les choses en profondeur. On entend souvent plein de conneries. Cette attitude punk remet tout en cause. Je suis content qu’on me remette en cause aussi, pas de problème. Les questions sont importantes. Il y a encore plein de choses contre lesquelles on peut se rebeller dans notre société. Il n’y a pas de souci avec ça malheureusement. Il reste encore beaucoup à faire. Je ne suis pas sûr qu’il faille que je rentre dans les détails. J’aimerais par exemple voir des manifestations contre les entreprises offshore… Mais n’entrons pas là-dedans ! Continuons de parler d’art et de musique [rires]. Mais il y a tellement de saloperies dans le monde, c’est dégoûtant. Dans une autre interview que j’ai faite, le journaliste était surpris parce que j’ai dit que dans ma société idéale, la moitié du Parlement devrait être constitué de femmes et qu’il fallait arrêter avec les conneries masculines, et ce genre de choses. Politiquement parlant, je ne vois pas de gauche ou de droite. Personnellement, j’aimerais voir quelque chose de plus transcendantal. Un troisième parti devrait arriver un jour… Voilà comment je vois la société et la politique.

« On ne pouvait pas se payer ces albums parce qu’on était pauvres. Imagine, les albums étaient deux fois plus chers et nous étions au moins deux ou trois fois plus pauvres. […] Nous apprécions vraiment la musique que nous avions, c’était comme un trésor. »

Tu as grandi en Hongrie, un pays qui dans les années 80 était encore de l’autre côté du rideau de fer. Avais-tu accès à la même musique, surtout la musique underground ? Etait-ce aussi courant que pour tes collègues, en l’occurrence ? Avais-tu accès à tout ?

Non, c’était très différent. Ne serait-ce que la musique en général était moins accessible. Nous n’avions pas internet ou quoi que ce soit de ce genre, c’était très underground. Même à l’Ouest on ne pouvait trouver les bons trucs que chez certains disquaires, mais en Hongrie, c’était encore pire parce qu’en ville, il n’y avait que deux ou trois petits disquaires privés où on pouvait trouver ces albums, les albums de punk et de metal extrême. Ces gars faisaient ça parce qu’ils savaient qu’il y avait de la demande, donc ils faisaient du trafic avec ces vinyles, mais ils n’en avaient pas beaucoup et c’était super cher, au moins le double du prix voire plus qu’à l’Ouest. On ne pouvait pas se payer ces albums parce qu’on était pauvres. Imagine, les albums étaient deux fois plus chers et nous étions au moins deux ou trois fois plus pauvres. Donc ce que nous faisions parfois, c’est que nous pouvions laisser une cassette et ils copiaient l’album dessus en échange d’argent. Ou alors ils avaient une copie de l’album qu’ils louaient, donc on pouvait le ramener pour soixante-dix pour cent du prix et c’est ce que je faisais. Je louais tous les vinyles et j’essayais d’avoir une bonne stéréo, de façon à pouvoir les enregistrer dans la meilleure qualité possible. C’était mon passe-temps. Mais quand même, tout était sur cassette.

L’accès était très limité et le reste des pays communistes, c’était encore pire. Nous, les Hongrois, on avait au moins le droit d’aller à l’Ouest une fois tous les trois ans. Il fallait obtenir les visas et tout. Ça prenait de toute façon trois ans pour que tout soit prêt. Mais dans les autres pays, c’était complétement interdit. Leur position était pire, comme en Pologne, en République tchèque ou en Roumanie. Donc ils venaient en Hongrie pour se procurer de la musique. C’était un cauchemar, mais malgré tout, j’avais de la chance parce que nous échangions des cassettes pour pouvoir les enregistrer. C’est ainsi que nous nous procurions de la musique. Les cassettes elles-mêmes coûtaient cher. Je me souviens qu’une cassette normale coûtait deux dollars dans le magasin à dollars. Nous avions ces magasins à dollars où on pouvait acheter plein de choses pour cinq dollars. Quand j’étais gamin, j’y allais pour m’acheter des cassettes Sony pour deux dollars et dix cents. Pour nous, c’était beaucoup d’argent et c’était une cassette de base, on pouvait seulement enregistrer soixante minutes de musique. Les cassettes dioxyde de chrome ou métal pouvaient facilement coûter cinq, six voire dix dollars. Nous apprécions vraiment la musique que nous avions, c’était comme un trésor.

La dernière fois qu’on s’est parlé, tu disais qu’avec Mayhem, vous essayiez d’élargir les horizons de vos auditeurs, au lieu de vous conformer à ce qu’ils attendent de vous. Est-ce aussi ce que vous cherchez à faire avec cet EP, surtout pour les jeunes fans de black metal qui ne connaissent rien de Discharge et de toute cette génération de groupes ?

Peut-être. Ça s’est fait naturellement. Ce n’était même pas prévu, mais pour moi, ça montre les racines de notre musique. Il y avait plein de super groupes de punk dans le passé, et probablement aujourd’hui encore. Ça montre aussi clairement nos liens. Nous ne l’avons pas prévu et c’est arrivé, donc ça montre que nous avons une connexion. Que les gens l’aiment ou pas, c’est à eux de voir, mais j’espère qu’ils l’aimeront. Je trouve ça super d’exprimer notre admiration et de rendre hommage à tous ces vieux groupes et artistes.

Sais-tu ce qui attend le groupe maintenant, malgré les circonstances actuelles ?

Nous avons des concerts planifiés pour l’an prochain. Peut-être que nous ferons encore un autre festival aux Etats-Unis cette année et quelques concerts en plus en Norvège à la fin de l’année. Mais ça reste un gros point d’interrogation. L’année prochaine, nous avons un paquet de concerts prévus. Espérons que nous pourrons repartir et rejouer une fois que tout ce drame avec le Covid-19 et cette période de merde seront terminés.

Interview réalisée par téléphone le 29 juin 2021 par Chloé Perrin.
Retranscription : Emilie Bardalou.
Traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Ester Segarra.

Site officiel de Mayhem : www.thetruemayhem.com

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