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Chronique   

Me And That Man – New Man, New Songs, Same Shit, Vol. 1


Me And That Man offre un contraste saisissant avec le Nergal de Behemoth. Le projet originellement échafaudé avec John Porter (ce dernier a depuis quitté le projet), axé sur la country, le blues et la folk offre une véritable échappatoire créative au frontman polonais, loin des atmosphères lourdes et grandiloquentes de son groupe phare. Le premier opus de Me And That Man, Songs Of Love And Death (2017) présentait des inspirations musicales proches de Nick Cave, Johnny Cash ou Leonard Cohen et rappelait aux habitués que Nergal sait puiser partout (les quelques accents rock de I Loved You At Your Darkest (2018) permettaient eux aussi de faire ressortir ce trait de sa musique). New Man, New Songs, Same Shit, Vol. 1 présente assez explicitement le nouveau programme. En profitant de sa pléthore d’invités notables, l’esprit est resté le même, avec suffisamment de subtilités pour ne pas sombrer dans la répétition.

New Man, New Songs, Same Shit, Vol. 1 refuse effectivement de rester trop proche des poncifs des registres de son prédécesseur. « Run With The Devil » propose une sorte de classic rock enjoué au refrain léger porté par Jörgen Munkeby (Shining, NOR) et ses interventions de saxophone. Une mise en bouche énergique et entraînante laissant vite place à la douceur nostalgique de « Coming Home » et du timbre à la Johnny Cash de Sivert Høyem de Madrugada. On retrouve les thématiques régulièrement abordées par Nergal (l’amour, la lutte entre l’humanité et le mal et le dédain de la religion) qui profitent d’un nouvel apparat. La country-folk de « Burning Churches » portée par Mat McNerney de Grave Pleasures confère une puissance au texte qui fait fi de distorsion ou d’arrangements de grande ampleur. Le refrain « Call by the light of burning churches / Saved by the light of burning churches » repris en chœur joue habilement sur la notion de vocation et de salut. Ihsahn se transforme en crooner blues le temps du désertique « By The Grace » et ses pulsations reprises en chœur. Nergal se plaît même à arpenter les territoires du hard rock en proposant un solo dans la plus pure tradition du genre rempli de sustain.

C’est cette variété des traitements de registres qui constitue l’atout principal de New Man, New Songs, Same Shit, Vol. 1. L’essence est commune à toutes ses compositions, Nergal s’amuse juste à multiplier les enchevêtrements de styles musicaux, à l’instar du blues et du gospel sur « Surrender » (avec Anders Landelius de Dead Soul) ou de l’ambiance gothique crépusculaire (que n’aurait pas reniée Danzig) et des percussions enivrantes sur « Man Of The Cross » (avec Jérôme Reuter de Rome). La country à coups de banjo de « Deep Down South » fonctionne parfaitement avec le duo formé par Nicke Anderson et Johanna Sadonis de Lucifer. Lorsqu’il s’agit de featurings, Nergal a le nez creux. Comme si ce dernier avait l’art de présenter les artistes sous un nouveau jour : le leader de Trivium Matt Heafy incarne avec aisance la folk minimaliste de « You Will Be Mine ». Même le timbre de Corey Taylor sur le rock mélancolique d’« How Come? » est davantage éraillé, juste ce qu’il faut pour se démarquer de ses prestations avec Stone Sour. « How Come? » se paie même le luxe d’intégrer les prouesses guitaristiques de Brent Hinds de Mastodon, comme un poisson dans l’eau dans ce style. Nergal parvient à maintenir l’auditeur en haleine jusqu’à la conclusion, une complainte intime et folle, un hybride entre blues du désert et black metal à l’interprète parfait, le torturé Niklas Kvarforth du Shining suédois.

Me And That Man réussit à s’appuyer sur ses invités sans omettre une véritable recherche dans les compositions. Si toutes les compositions entretiennent des liens de parenté, aucune ne se confond. Elles ont toutes leur intensité propre et leurs interprétations. En somme, le casting de Nergal est aussi soigné que sa musique – lui-même ne chante que sur une chanson, la folk simple et épurée de « Mestwo », honorant sa langue natale, le polonais. Ceux qui perçoivent le projet comme un passe-temps dans les intervalles de Behemoth lui font un véritable affront. Il y a ce même sens de l’arrangement, de la mélodie et de la dynamique, simplement présentés différemment. À travers ses deux facettes, Nergal parvient à démontrer qu’être musicien implique de maîtriser ses influences pour les exprimer de la façon qui leur sied, ce qu’il est parfois bon de rappeler.

Clip vidéo de la chanson « By The River » :

Clip vidéo de la chanson « Męstwo » :

Clip vidéo de la chanson « Surrender » :

Clip vidéo de la chanson « Burning Churches » :

Clip vidéo de la chanson « Run With The Devil » :

Album New Man, New Songs, Same Shit, Vol. 1, sortie le 27 mars 2020 via Napalm Records. Disponible à l’achat ici



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