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Chronique   

Me And That Man – Songs Of Love And Death


Avec The Satanist, album sombre, riche et foisonnant, Nergal, le leader charismatique de Behemoth, suggérait déjà que ses horizons musicaux s’étendaient bien au-delà du black/death dans lequel s’illustrent les Polonais depuis des années. Trois ans plus tard, il poursuit résolument dans cette direction avec Me And That Man, un side project à des années-lumière des guitares saturées et de la démesure du groupe qui l’a fait connaître : accompagné dans cette nouvelle aventure par John Porter, musicien anglo-polonais ayant déjà quelques décennies de rock traditionnel à son actif et avec qui il partage l’initiative du projet, il explore cette fois les terres arides du blues, de la folk, de la country et du rock’n’roll dans un album ténébreux et dépouillé, Songs Of Love & Death. Envisagé par le musicien comme une embardée revigorante dans des contrées qu’il n’avait pas encore explorées – chansons simplissimes, chant clair –, profitant de l’expérience de son acolyte dans ces domaines, on y entend aussi un hommage aux racines d’un large pan de la musique contemporaine et du metal même le plus extrême.

Ainsi, dès les premières notes de « My Church Is Black », qui ouvre l’album, l’auditeur est en terrain connu, non pas qu’il puisse y entendre des échos des projets précédents de Nergal, encore que le titre de la chanson ne déparerait pas dans un album de Behemoth, mais parce qu’il se trouve entraîné au sein d’une longue tradition musicale, et d’une grande famille de musiciens se plaçant sous le haut patronage de figures tutélaires comme Neil Young, Johnny Cash ou Tom Waits. Au fil des treize chansons d’âmes damnées qui composent cet album s’égrènent ainsi des références plus ou moins explicites à ces indépassables prédécesseurs et à leur histoire, du bluesy « Nightride » à la ballade mélancolique « Ain’t Much Loving », en passant par à l’entraînant « Better The Devil I Know » ou le très country « One Day ». Une véritable remontée dans le temps vers les formes les plus organiques et primitives de la musique américaine, mais revue au prisme d’un regard et surtout d’une esthétique moderne très léchée – trop peut-être, car si une certaine sophistication qui n’hésite pas à flirter allégrement avec le pompiérisme fonctionne très bien avec la musique colossale de Behemoth, Me And That Man n’évite pas toujours le kitsch et les clichés ultra rebattus (on pense notamment au clip de « My Church Is Black » ou aux chœurs d’enfants de « Cross My Heart And Hope To Die »).

Difficile donc de ne pas penser à un artiste comme King Dude, dont la démarche, le parcours – lui aussi s’est d’abord fait connaître comme musicien de black metal – et les références explicites (ses Songs Of Flesh & Blood font le même clin d’œil que ces Songs Of Love & Death aux légendaires Songs Of Love And Hate de Leonard Cohen) sont très analogues à ceux de Nergal, tout comme un certain mimétisme de Nick Cave, quitte à souffrir de la comparaison (contrairement à bien d’autres, Nick Cave est non seulement toujours en vie mais aussi au sommet de son art, comme il l’a prouvé avec Skeleton Tree l’année dernière…). Car en effet, si l’intention d’exploration et de célébration est louable, à trop invoquer ses prédécesseurs on ploie vite sous leur ombre : c’est le point faible de Me And That Man, qui peine à s’illustrer et à renouveler des tropes anciens et très connus, et laissera sans doute sur leur faim bien des amateurs. Ces styles dépouillés et ces chansons réduites à leur plus sobre expression ne pardonnent rien, et on peine parfois à suivre les musiciens sur les quarante-cinq minutes de ces chants d’amour et de mort parfois bancals, accrocheurs certes (le refrain de « My Church Is Black » n’est pas près de vous sortir de la tête) mais pas toujours très inspirés.

Alors, Me And That Man, vraie découverte ou caprice de rockstar ? Si on a tendance à pencher pour la seconde hypothèse, à l’auditeur de trancher : Songs Of Love & Death peut être l’occasion de réviser ses classiques, et les plus grands fans de Nergal le découvriront, grâce à cette collaboration avec John Porter, sous un nouveau jour, à voix nue, sans fards ni effets derrière lesquels se cacher. Bref, plus que de Nergal, Me And That Man est l’œuvre d’Adam Darski, authentique, imparfaite, parfois vaniteuse, mais en tout cas très humaine.

Clip vidéo de la chanson « Cross My Heart And Hope To Die » :

Clip vidéo de la chanson « Ain’t Much Loving » :

Clip vidéo de la chanson « My Church Is Black » :

Album Songs Of Love And Death, sortie le 24 mars 2017 via Cooking Vinyl. Disponible à l’achat ici



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