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Interview   

Mediatone : 20 ans au service de la musique


Mediatone est un acteur majeur de la scène culturelle lyonnaise. Connue pour programmer une cinquantaine de concerts par an dans tous les genres musicaux (rock, reggae, variété française, metal etc.) et des festivals importants (Reperkusound, festival Dantesk), l’association fête cette année ses vingt ans d’activité. C’est par conséquent à cette occasion que nous nous sommes entretenus avec deux membres de l’association : Emeline Berton (responsable de la diffusion, chargée des relations presse et de la vie associative) et Johan Bouvier (régisseur de production). L’occasion d’en apprendre un peu plus sur l’histoire de l’asso’, son fonctionnement interne (l’équipe est composée de 14 salariés et d’une trentaine de bénévoles) et bien entendu sa philosophie qui lui a fait programmer en vingt ans 800 concerts soit 2 500 groupes qui ont joué devant plus de 650 000 spectateurs. Une belle réussite pour cette équipe de passionnés composée, en plus de ses salariés, d’une trentaine de bénévoles très impliqués (certains sont présents depuis plus de 15 ans).

Au cours de cet entretien, nous en profitons également pour discuter de la manière dont Mediatone a choisi de fêter ses vingt ans en beauté avec un concert événement qui a eu lieu le 8 juin dernier au Transbordeur avec en tête d’affiche Mass Hysteria.

« On est maintenant une grosse équipe avec une dizaine de permanents. Il y a une trentaine de bénévoles très actifs toute l’année et après ça monte à trois cents bénévoles sur un événement comme le Reperkusound. »

Radio Metal : Le 8 juin dernier, Mediatone fêtait ses 20 ans d’activité. Aviez-vous dans l’idée de faire un concert spécial de ce type depuis longtemps ou, à l’image d’anniversaires d’autres salles de concerts, vous aviez également l’idée de faire plusieurs dates séparées ?

Emeline Berton : On savait qu’on voulait fêter les vingt ans mais on a mis hyper longtemps à réfléchir sur le sujet. Justement, on ne savait pas s’il fallait organiser une série de dates : si on faisait ça toute l’année avec plein de concerts ou si on faisait un événement particulier, une sorte de gros événement en plein air etc. Nous avons pris beaucoup de temps à prendre la décision car on ne savait pas ce qu’on voulait faire au départ. Au final, on savait malgré tout qu’il fallait faire un événement qui se déroule en mai ou en juin parce que le premier concert de Mediatone avait eu lieu en mai 1997. Cette symbolique là nous tenait à cœur.

Pourquoi cette recherche de symbole ?

Parce que, et ce d’autant plus pour un anniversaire, on a toujours envie de faire des choses qui nous ressemblent et qui sont représentatives de l’association. La symbolique est hyper importante car elle nous permet de marquer le coup et de mettre en représentation l’association. Car les gens vont aux concerts mais ne savent pas forcément qui se trouvent derrière les concerts qu’ils vont voir. C’est cool de pouvoir se mettre un peu en scène, montrer qui est derrière tout ça.

Caler cette date avec les groupes a-t-il été simple pour vous ? Car beaucoup d’artistes présents sur l’affiche sont des amis de longue date de Mediatone.

Johan Bouvier : En fait, si tu compares aux autres concerts, c’est vrai qu’on a calé la date un peu tardivement. Notamment en comparaison de dates de type Transbordeur qu’on cale bien en amont. Là c’était simplement lors d’une réunion d’équipe qui a eu lieu début 2017, on a calé la date et noté tous les artistes qui nous venaient à l’esprit et qui ressemblaient à Mediatone, que l’association avait fait plein de fois.

E : On savait qu’on voulait marquer le coup mais c’était compliqué car on avait toute l’activité du moment.

J : C’est vrai qu’on parlait de symbolique mais sur le fait de caler la date c’était aussi en mode « Bon, allez, il faut la caler cette date des 20 ans ! ». Après, pour les artistes, il y a quelques noms que finalement on n’a pas été en mesure de faire figurer sur l’affiche car ce n’est pas évident. Certains n’étaient pas disponibles donc on a pris ceux qui l’étaient.

Au final, vous avez proposé une jolie affiche malgré ses délais.

E : Ce qui est sûr, c’est qu’on a cherché les groupes qui faisaient partie de l’histoire de l’association. On a cherché les groupes qui étaient hyper représentatifs, c’est pour cette raison que l’on est parti sur une prog’ très éclectique et on a fait toute une liste.

J : Au départ la programmation devait ressembler à Mediatone, c’est-à-dire être super éclectique. Avec une base de rock, voire du metal, du punk et du hardcore. Et une base de rock festif comme Babylon Circus ou de reggae. Le côté electro est moins représenté sur les 20 ans mais on met déjà tellement le paquet sur le Reperkusound…

« Dans l’investissement d’énergie, le Reperkusound est le moment de l’année. C’est le gros pari financier de l’année, l’événement qui fait que l’on s’implique tous des mois et des mois en amont. »

Vous avez senti les artistes particulièrement réceptifs quand vous les avez contacté ?

Ca a joué pour certains artistes. Déjà, il y a toute une partie des artistes locaux qui font partie de l’histoire de l’association alors eux étaient naturellement très enclins à participer. Après, Mass Hysteria et Babylon Circus, on les a fait jouer un paquet de fois donc je pense que, oui, cela a joué sur leur présence.

J : Après ce n’est pas nous qui les avons contacté directement mais plutôt Jérôme et Eric qui gèrent cet aspect-là dans l’association. Tous les groupes ont dû largement baisser leur cachet parce qu’une programmation comme celle-là serait impossible si les groupes avaient leur cachet habituel. Ils ont fait un effort. Un effort est d’ailleurs fait par la salle, par les prestataires etc. pour qu’on puisse proposer une belle programmation.

Mediatone fait partie des acteurs historiques du monde de la musique à Lyon. Et comme beaucoup de structures musicales son histoire a été faite de hauts et de bas au cours de ces vingt ans d’activité. Est-ce que parfois vous avez senti un manque de stabilité par rapport à la conjoncture, le fait que le public achète de plus en plus à la dernière minute, la fréquentation qui fluctue selon les années etc. ?

J : Alors, personnellement, je suis à Mediatone depuis cinq ans donc je me suis peut-être moins rendu compte de ce que tu évoques que d’autres membres de l’association qui sont là depuis bien plus longtemps que moi. Je suis arrivé l’année du Reperkusound 7 qui a été une super édition qui a cartonné. En fait, j’ai l’impression que je suis arrivé dans une très bonne phase de l’association où les concerts marchaient bien. Je suis arrivé à un moment où les choses marchaient plutôt bien et mon poste a pu être pérennisé. Et c’est vrai que je n’ai pas connu les périodes peut-être un peu plus compliquées.

E : C’est vrai que ce sont plutôt Jérôme et Eric qui vont prendre tout ce stress là car en tant que programmateur ce sont à chaque fois des paris. Ils se disent « tiens je vais programmer ce groupe et ça va cartonner » et en fait non… car dans ce métier tu peux avoir de supers surprises mais parfois il y a des plantages sur des trucs qu’on pensait évident. Eux sont avant tout sur ces réalités là. Après, il faut savoir qu’on est maintenant une grosse équipe avec une dizaine de permanents. Donc il y a la responsabilité de tous ces postes là. Il y a une trentaine de bénévoles très actifs toute l’année et après ça monte à trois cents bénévoles sur un événement comme le Reperkusound.

Aujourd’hui, peut-on dire que le Reperkusound est l’événement de l’année pour Mediatone ?

J : Dans l’investissement d’énergie, c’est le moment de l’année. C’est le gros pari financier de l’année, l’événement qui fait que l’on s’implique tous des mois et des mois en amont. C’est sûr que c’est le gros temps fort de l’année où on investit tous de l’énergie. Au niveau jauge, le Double 6 (ndlr : lieu où se déroule l’événement) peut accueillir 5 000 personnes, 2 500 en bas et 2 500 en haut. Par ailleurs, cela fait deux ans qu’on partage la salle du bas en deux donc il y a deux scènes en bas et une scène en haut, plus un coin en extérieur. Si je dois comparer le Reperku entre l’année où je suis arrivé il y a près de cinq ans maintenant, c’est sûr que cela a pas mal évolué. Dans cet événement, on est de plus en plus dans la qualité d’accueil du public, notamment la scénographie qui est une thématique qui devient de plus en plus importante dans les musiques électroniques. On veut en mettre plein la vue au public donc forcément ça demande plus d’installations, plus d’embauches etc. Il faut un créatif à la base donc cela fait un ou deux ans, surtout cette année, qu’on essaye de se pencher sur une esthétique un peu homogène sur l’ensemble du festival. Et ce de la scène jusqu’à tous les espaces annexes au festival, les bars, un petit espace « chill » à l’extérieur. C’est encore plus de boulot, plus de gens investis, plus de bénévoles, plus de préparation.

Avant l’affiche était plus éclectique et là elle est focalisée électro. Quelle en est la raison ?

En fait, il y avait peut-être plus de demandes du public électro. Avant il y avait un premier soir qui était le ReperkuRock qui était focalisé sur les musiques metal/hard rock large et un soir plus électro. Et comme à chaque fois on se plantait sur la partie rock et que la partie électro marchait beaucoup mieux, le lieu de l’époque (Eurexpo) n’était pas forcément adapté pour recevoir une affiche rock. A Eurexpo le son ne collait pas avec la musique rock et le public ne suivait pas sur cette partie là. Du coup, il y a eu une année charnière où le Reperku avait perdu pas mal de sous et on s’est retrouvé à faire un Reperku dans différentes salles. Après on s’est focalisé sur les musiques électro mais en gardant quand même des groupes de live, c’est-à-dire des groupes qui font faire du crossover pour élargir les esthétiques. Avec la présence de groupes qui restent électro mais qui sont capables d’aller chercher dans autre chose.

« Même si Mediatone est une assoc’ qui s’est bien développée, professionnalisée, et qui organise quand même beaucoup de choses et qui a pris un certain poids dans le paysage culturel lyonnais, il y a un état d’esprit qui est gardé. »

Comment s’est passé votre première rencontre avec Mediatone ?

J : J’ai connu Mediatone pour la première fois en allant sur le site du service civique, du volontariat subventionné par la région. C’était un contrat aidé puis je suis devenu intermittent du spectacle. Au moment du service civique, je vais sur le site internet de l’assoc’ et je vois un habillage aux couleurs du concert d’Alice Cooper à la Halle Tony Garnier, c’était en 2011. Et là je me dis « oh excellent ! » car à l’époque j’écoutais beaucoup plus de metal qu’aujourd’hui. J’avais donc l’impression que Mediatone était quelque chose d’énorme. Je ne m’étais pas rendu compte que c’était une association au départ mais, au fur et à mesure, j’ai vu qu’il y avait plein de petits concerts dans des lieux et des jauges super variés. J’étais dans un groupe, je connaissais le milieu associatif mais je n’avais jamais bossé de l’autre côté. J’ai découvert Lyon via Mediatone.

E : Moi je suis venu à Lyon pour mes études en 2002, je venais de la Drôme. J’étais à l’Université Lyon II à Bron. De fil en aiguille, grâce à des rencontres, j’en suis venue à rencontrer des personnes qui étaient bénévoles à Mediatone. C’est en 2003 que je suis venue filer un petit coup de main sur les concerts, une époque où l’asso’ n’était pas développée comme elle l’est actuellement. C’était une ambiance de bande de potes qui organise des concerts, avec beaucoup d’événements au CCO. J’ai vu les choses évoluées notamment en termes de nombre de concerts proposés chaque année qui allait de pair avec l’intégration de nouvelles personnes dans l’équipe. A Mediatone, le principe est qu’ils ont toujours fait les choses eux-mêmes de A à Z. Aujourd’hui c’est encore le cas, mais avec bien plus de gens dans l’équipe. Moi je filais la main à une personne qui faisait aussi bien le catering sur les concerts que l’affichage et le flyage. Maintenant, cela représente trois postes ce qui montre à quel point cela s’est professionnalisé tout en augmentant le rythme des concerts. C’est ce qui a permis d’intégrer des gens dans l’équipe et de continuer à avoir cet état d’esprit de « on va le faire nous-mêmes » même si aujourd’hui chacun donne la main à la patte et a un rôle défini. Car au début les gars étaient trois et faisaient tout. Les gens le remarquent d’ailleurs, même si Mediatone est une assoc’ qui s’est bien développée, professionnalisée, et qui organise quand même beaucoup de choses et qui a pris un certain poids dans le paysage culturel lyonnais, il y a un état d’esprit qui est gardé. Mediatone est une structure conviviale.

J : Comme dans beaucoup d’associations, tu ne ressens pas la hiérarchie. Chaque pôle (régie, comm’ etc.) communique énormément même si les choses sont un peu plus compartimentées sur le rôle de chacun. On a tous notre mot à dire à tous les niveaux, chacun s’implique à son petit niveau sur chaque pôle. L’esprit déconne reste présent et on continue à aller boire des coups ensemble après le boulot. On est dans un rapport collègue/pote et pote/collègue.

E : C’est vrai qu’il y a une bonne ambiance. Du coup, comme on s’entend tous très bien ça facilite aussi les choses. Il y a un bon esprit d’équipe.

J : Personnellement je me suis rendu compte rapidement de l’état d’esprit qu’il y avait. Forcément, au tout début tu as un peu l’impression d’exécuter les ordres, et petit à petit je me suis rendu compte que chacun avait son mot à dire, ne serait-ce que dans la programmation. Dès qu’un tourneur va nous faire une proposition on va en parler entre nous, à tous les niveaux chacun peut y mettre du sien. On se fait une réunion d’équipe toutes les deux semaines, ce qui permet à chacun de dire ce qu’il va ou ce qu’il ne va pas. On essaye de rectifier le tir dans chacune de ces réunions. Ces dernières nous permettent aussi de nous attarder sur les concerts qui marchent moins bien.

E : On va aussi en profiter pour évoquer l’implication de chacun sur les concerts à venir, ce qui va permettre à chaque pôle de communiquer et de mieux se comprendre. Comme cela, chacun est conscient du travail que fait l’autre. On est pas chacun de notre côté, la tête dans le guidon en train de faire notre truc.

J : Cela permet d’échanger et forcément de se confronter aux remarques des uns et des autres.

E : C’est toujours bienveillant, ce qui permet de remettre en question son travail sans trop se vexer.

J : Cela permet aussi que chacun ait connaissance des décisions importantes qui sont prises.

E : En termes de promo, on essaye de tout faire. Aussi bien de l’affichage, on a notre afficheur qui est sur le pont tous les jours pour aller afficher, que la distribution de flyers effectuée avec tous nos bénévoles. Le but est à chaque fois de cibler où se situe le public de chaque concert. Comme on organise des concerts très différents, on ne va pas chercher à chaque fois les mêmes personnes. On est obligé de se dire « bon ben où je vais trouver le public de tel artiste ? il faut aller afficher à tel endroit, distribuer des flyers à tels endroits etc. » Il faut à chaque fois se débrouiller pour aller chercher les gens. Mais aujourd’hui ça se fait aussi beaucoup par Internet, par les réseaux sociaux. Après certes ça joue beaucoup, mais ça peut aussi beaucoup dépendre de quel concert on organise. Car il y a des styles qui vont se diffuser quasi exclusivement sur Internet, et ce sera donc le gros du boulot, et certains publics sont éloignés de ça et seront plutôt touchés par une voie traditionnelle (encarts dans la presse etc.). Il y a vraiment des publics différents.

J : Par exemple, sur un Reperku, Internet est un indicateur super important. Sur de le chanson française, ce sera peut-être moins le cas.

Interview réalisée en face à face au printemps 2017 par Amaury Blanc.
Introduction, questions et retranscription : Amaury Blanc.

Site officiel de Mediatone : mediatone-lyon.net.



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