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Ce qu'ils en pensent    Interview   

Medoc et Moguri : un peu de crête dans le monde du Jeu Vidéo


Ce n’est pas souvent que Radio Metal a l’occasion de discuter avec des confrères de la télévision – il faut dire qu’entre le monde du metal et la télévision, c’est une histoire compliquée. Mais la télé n’est pas qu’un éternel robinet à purin, c’est aussi de petites chaines qui, avec des moyens limités essayent de proposer des programmes sincères que l’on ne verrait pas sur les grosses chaines de la TNT. Des chaînes comme Nolife, la télé spécialisée en musique japonaise et en culture geek.

Mickey Guevara – que vous pouvez retrouver notamment dans l’émission God Save The Punk – est allé discuter de punk avec Medoc et Moguri (photo) qui cumulent les fonctions de journalistes jeu vidéo et d’amuseurs au sein de la chaîne.

« Pas de partitions, tu tapes, tu mets de la guitare, de la disto, pourquoi une pédale à effet et puis c’est parti. Pour moi, c’est ça le punk rock. A l’arrache… » (Photo : Julius81)

Radio Metal : Salut, vous pouvez vous présenter ?

Medoc
: Medhi Camprasse, chez Nolife depuis un certain nombre d’année.

Moguri : Kevin Cicurel, chez Nolife en interne très exactement depuis un an et quelques, et avant en tant que pigiste. Avant Nolife on s’est connu dans la presse papier avec Mehdi.

Qu’est-ce que ça vous évoque, le punk ?

Medoc : Eh bien à une époque, j’étais dans ce délire-là, le punk rock. Tu vois la batterie qu’il y a dans le studio de Nolife ? C’est la mienne ! C’est là-dessus que j’ai appris à jouer, enfin, à taper. Dans la mesure où mes potes et moi ne savions pas jouer, on s’est dit qu’on allait faire du punk rock. Pas de partitions, tu tapes, tu mets de la guitare, de la disto, pourquoi une pédale à effet et puis c’est parti. Pour moi, c’est ça le punk rock. A l’arrache… On jouait des reprises de Rancid, on faisait des compos même ! Je raconte toujours cette anecdote à Kevin qui a la politesse de l’écouter comme si c’était la première fois : on a failli jouer pour le concert du lycée ! A 4 jours près on a tout arrêté.

Comment s’est passé ton apprentissage de la batterie ?

Medoc
: Le mec à qui j’ai acheté la batterie m’a filé des partitions de The Clash. Je ne savais pas lire les partitions (je ne sais toujours pas le faire aujourd’hui) mais j’ai commencé avec ça. « Should I stay Or Should I Go ». J’ai demandé à mon pote bassiste de me lire la partoche. Le début, c’est poum-tchak, ça va, mais à partir du moment où ça s’énerve… Ce n’est pas facile la batterie (sourire). Ensuite, j’ai voulu apprendre la double pédale parce qu’à un moment avec les potes on a voulu reprendre le morceau « Creep » de Radiohead, et on s’est dit : « Ce serait mieux avec une double pédale »… Le truc c’est que ma batterie elle restait dans mon garage avec une couverture dans la grosse caisse et avec le temps il y a tout un écosystème qui s’est développé : des insectes, des petits mammifères, des musaraignes d’Europe (sic) se sont installés, parce que c’était moelleux, confortable et qu’une fois tous les weekends il y avait de la musique pour se détendre !

Est-ce qu’au moins tu as accroché la musaraigne à la pédale pendant que tu jouais ?

Medoc
: Ah non, ça c’est plutôt le côté « Metal », et là c’est Moguri qu’il faut aller voir.

Moguri : Medoc disait « On ne sait pas trop jouer alors on met de la disto et on appelait ça punk ». Eh bien moi c’est pareil, sauf qu’on appelait ça « metal ». Y a comme une sorte de pattern qui se dégage !

Donc toi Kévin, tu écoutais plus des trucs de chevelus ?

Moguri : pour tout ce qui est musique, je suis resté à l’école de mon Papa : j’écoutais ce qu’il écoutait. Du coup le punk pour moi ça se limite aux Clash, même s’ils sont vite partis sur autre chose que du punk. Mon père était dans le camp des Beatles (dans la guéguerre avec The Rolling Stones, ndlr). Le metal, ça vient d’eux et de « Helter Skelter ».

Outre le côté « à l’arrache », le mouvement punk s’est surtout voulu dérangeant, sorte de poil à gratter dans l’establishment. Vous vous inscrivez dans ce genre de démarche dans votre travail (sketches ou critique de jeux) ?

Medoc
: Pas sûr qu’on ait la même réponse là-dessus…

Moguri : Je ne sais pas s’il y a un message. Des fois on va donner l’impression de vouloir taper sous la ceinture, d’être subversif ou de vouloir être grinçant… Je crois que c’est plus une résultante du fait de vouloir être drôle. Ça parait très con mais le fait que ce soit drôle est prioritaire sur le message que tu peux véhiculer. L’humour suffit en soi-même.

Medoc
: A l’écriture des sketches, on sait à peu près ce qui va déclencher des réactions… Mais on s’en bat les couilles.

Moguri
: On s’en bat les couilles… oui et non. Je ne veux pas être ce genre de blaireaux, ces comiques qui dépolitisent tout et se cachent derrière un « non mais c’est que de l’humour ». On ne s’en bat pas vraiment les couilles mais il y a une place pour tout.

Medoc : Les sujets importants, et on peut en discuter de façon sérieuse par ailleurs comme dans Extra Life. On a parlé du Doritos Gate, du phénomène du crowdfunding. Tu peux le mater sur noco.fr, à partir de 5€ par mois, parles en à tes amis.

Moguri : En fait, c’est ça le vrai message qu’on veut faire passer. (Rires)

« Le punk était niqué dès le départ, parce qu’un mouvement politisé ne peut pas être compatible avec l’industrie du disque, avec l’économie de marché. Ça sera forcément repris, et complètement détourné de son idée de base, c’est obligatoire. » (Photo : Sorator)

Dans le punk, on se demande tout le temps ce qui est punk et ce qui ne l’est pas. Avec la diversification des supports (Facebook, smartphones) vous arrivez à tracer une ligne entre ce qui est un jeu vidéo et ce qui n’en est pas ?

Moguri
: Dans ce genre de cas je suis très borné. Il y a une définition de mots : C’est un jeu qui implique un écran et avec lequel tu interagis avec une interface. Quoi que tu puisses me proposer qui rentre dans cette définition, ce sera un jeu vidéo. Pareil, il y a un gros débat pour dire qui est gamer et qui ne l’est pas. Pour moi c’est simple. Tu joues à un jeu vidéo ? T’es un gamer. Si ton jeu vidéo favori c’est Candy Crush, ça ne change rien. Je ne vois pas trop d’intérêt à se poser ce genre de question.

Medoc : Je comprends la démarche de ceux qui se définissent comme gamers, pour se donner l’illusion d’appartenir à une communauté élitiste. Mais clairement, c’est de la merde. Tu joues à un jeu vidéo, t’es un gamer – ou un joueur, en bon français. La seule différence à faire, c’est entre les bons jeux et les mauvais jeux.

Moguri : Le seul truc qui m’a fait poser cette question, c’est Rocksmith. C’est un jeu où tu branches ta guitare sur la console via un adaptateur. Quand je l’ai eu dans les mains, je n’ai pas su dire si c’était un jeu vidéo ou une simple méthode d’apprentissage musical.

A l’heure où le monde du jeu vidéo raisonne en termes d’investissement, de marché et de rentabilité, y a-t-il encore une place pour un fonctionnement « punk » dans ce milieu ?

Medoc : Par définition le punk n’est pas une industrie, même si certains ont essayé. Sum 41 et compagnie, ceux qui connaissent un peu le truc vont te dire que ce n’est pas vraiment du punk. Pour répondre à ta question, dans les années 80, on pouvait très bien faire un jeu vidéo à 3-4 dans un garage, et maintenant le jeu vidéo est devenu une industrie de l’entertainment. Depuis quelques années il y a une scène indé qui est dans l’esprit « On est 2-3, on développe quelque chose avec 2 crottes de nez et un bout de scotch ». Néanmoins cet esprit commence à disparaitre… tu ne peux pas rester indéfiniment dans un bout de garage.

Moguri : Tu fais l’analogie entre punk et scène indé du jeu vidéo, mais pour moi le mouvement punk est très politisé, tandis que le jeu vidéo n’a jamais servi d’idéologie (ou alors de façon très ponctuelle). Le punk était niqué dès le départ, parce qu’un mouvement politisé ne peut pas être compatible avec l’industrie du disque, avec l’économie de marché. Ça sera forcément repris, et complètement détourné de son idée de base, c’est obligatoire. Pourtant tout courant a pour but d’être connu, de se démocratiser ; je ne crois en ces conneries élitistes à base de « c’est bien donc il faut que ça reste dans des garages ». Même si les choses se diluent dès que ça devient quelque chose qui peut rapporter beaucoup de sous à des gens… Les indés, c’est pareil. C’est devenu un faux label qualité. Maintenant on te parle de « jeux indés » alors que c’est édité Sony ou Square Enix.

Vous n’aimez pas trop qu’on dise que les programmes sur Nolife sont fait à l’arrache. Pourquoi ?

Medoc
: Quand tu regardes les chaines de télé traditionnelles, TF1, à NRJ12 en passant par Canal+, il y a un côté très forcé, presque robotique dans la manière de parler et de présenter les émissions. Sur Nolife, on préfère présenter les choses de façon naturelle. Dans la vie, on hésite, on bafouille, c’est humain. Il ne faut pas croire qu’on fait exprès de faire les choses mal ou à l’arrache. On réfléchit avant de produire quoique ce soit. On n’est pas des amateurs. A Nolife, il n’y a que des professionnels de l’audiovisuel.

Moguri : Ce terme « à l’arrache », tout le monde le comprend comme il veut. Pour nous, il ne s’agit pas de faire les choses volontairement mal, se donner un genre, ou faire rigoler avec le coté cheap. C’est la résultante d’un état d’esprit plus détendu, mais aussi dans une volonté de transparence. C’est important à dire parce que je ne me sentirais pas à l’aise de participer à une chaîne de télé qui a un système de VOD et qui rappelle encore récemment à ses téléspectateurs le besoin d’abonnement si on faisait volontairement des choses mauvaises. Il y a vraiment un niveau d’exigence à Nolife sur des choses dont on ne se rend pas forcement compte, même pour des choses qui peuvent paraître futile. Regarde notre série « (Vous savez) Pourquoi on est là », on a fait des tournages bien propres jusqu’à introduire un sketch de merde à la fin qui pourra paraître pas drôle pour plein de gens… mais moi j’adore ça. Je trouve ça génial, être sérieux dans la futilité. Je crois que c’est l’ambition de Nolife au final : parler de plein de choses que la plupart des gens trouve futile et les traiter de façon sérieuse.

Interview en face à face réalisée le 2 octobre par Mickey.
Retranscription, fiche de questions et introduction : Mickey.

Site internet officiel de Nolife : nolife-tv.com.



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