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Metalanalyse   

Megadeth ajoute des couleurs à sa palette


Après la traumatisante expérience Risk, on aurait imaginé ne plus reprendre Dave Mustaine à s’écarter du droit chemin. Traumatisante car mal vécue par une grande partie de son public, rejetant l’album en bloc et tamponnant « vendu » sur le front de Mustaine. Quelques années plus tard, Mustaine lui-même s’est, d’une certaine manière, rangé à l’avis des fans, nettoyant l’album de ses relents alternatifs et lui octroyant un mixage moins « osé » pour la version remastérisée de 2004, l’accompagnant d’une note qui avait tout l’air d’un mea culpa. Repentance face à une erreur (notamment le fait de l’avoir sorti sous le nom Megadeth) ou bien difficulté à assumer ses choix artistiques et le rejet d’une communauté ?

Qui est le plus vendu ? Celui qui reste immobile de peur de voir son public lui tourner le dos et bouder le disque ou bien celui qui se laisse tenter par le changement sans bien savoir ce qu’il récoltera commercialement ? Toujours est-il que Megadeth, depuis 2001, enchaîne les albums heavy thrash de manière sécurisée, dont les deux derniers loués par la critique et une majorité de fans. Deux albums coïncidant d’ailleurs avec la stabilité du line-up.

Voilà pourquoi il était convenu que ce Super Collider suivrait ses prédécesseurs immédiats comme modèles. Autant Super Collider n’est clairement pas un Risk bis, autant on y sent une évidente envie d’émancipation par rapport à ses prédécesseurs et d’essayer de nouvelles choses. Il faut croire que Dave Mustaine n’est pas de ces artistes que l’on peut éternellement contenir entre quatre murs. Il suffit de voir l’histoire de Megadeth, jusqu’à au moins 2001, marquée par une courbe d’évolution quasi constante.

Ainsi Super Collider renoue avec sa nature progressiste, celle qui a poussé le groupe vers des albums plus heavy et moins thrash, tels que Countdown To Extinction, Youthanasia et même Cryptic Writings. Rien que la puissante ouverture « King Maker » s’inscrit dans la droite lignée de Countdown To Extinction, à la croisée du heavy et du thrash, avec un refrain accrocheur typique de cette époque. C’est aussi sous cette référence qu’il est possible d’envisager « Built For War », le riff bulldozer de « Don’t Turn Your Back » ou ceux plus lourd de « Burn! » (cf. la rythmique de « The Mirror » de Dream Theater pour ceux à qui ça parle). Est-ce si étonnant ? En 2011, Dave Mustaine lui-même trouvait pertinente l’idée selon laquelle ils auraient été inspirée par la tournée anniversaire des vingt ans de Rust In Peace dans la conception de Th1rt3en sorti la même année. 2012, elle, a été marqué par les vingt ans de Countdown To Extinction, avec des concerts où l’album fut interprété intégralement. Il est donc logique que cela se retrouve dans l’album composé à la même période.

Mais Super Collider est loin d’être un simple revival de l’album de 1992 ou des deux suivants et va bien plus loin. A commencer par ces titres foncièrement plus rock comme un titre éponyme ensoleillé, limite hard californien, le grungy / gothique « The Beginning Of Sorrow » ou « Forget To Remember » et ses tonalités de guitares qui rappellent le hard rock de The Cult. Avec ces trois titres, celui qui n’est pas prêt à voir Megadeth sortir de son carcan heavy thrash a déjà de quoi s’inquiéter. Mais il n’est pas non plus au bout des surprises.

Certains auront remarqué la présence du chanteur de Disturbed, David Draiman, sur deux titres. On pourra y voir une tentative – comme en 2007 avec Christina Scabbia (Lacuna Coil) qui donnait la réplique à Mustaine dans sa refonte de « A Tout Le Monde » – de se rapprocher de la scène actuelle et attirer un plus jeune public. Mais, tout compte fait, l’apparition de Draiman est tout ce qu’il y a de plus anecdotique, c’est tout juste s’il se fait remarquer dans « Forget To Remember » relégué en arrangement ou si on reconnaît son grain de voix noyé dans l’écho sur « Dance In The Rain ». En réalité, bien plus surprenante est la partie, en tant que telle, où Draiman apparaît dans ce dernier : Megadeth casse brutalement ce titre heavy assez mélancolique pour l’emporter dans un surprenant final pêchu, légèrement déstructuré, à la rythmique et au traitement vocal pouvant évoquer le groupe industriel Ministry.

Parmi les autres surprises il y a ces « Oh, oh » graves et conquérants en plein cœur de « Built For War » qui ne manqueront pas de pousser le public à s’époumoner pendant les shows du combo ou cette intro bluesy/jazzy qui débute « Don’t Turn Your Back » et qui contraste avec la suite du titre. Mais il y a surtout l’exercice de style « The Blackest Crow » qui voit le groupe donner dans le sudiste, façon complainte pour cowboy : au programme banjo et guitare jouée au bottleneck fusionnés aux riffs heavy. Megadeth ne s’était pas montré aussi aventureux que sur ce titre depuis… Risk.

Avec Super Collider, Megadeth s’ouvre à nouveau, sans doute confiant après deux albums qui ont, globalement, convaincu. Confiant également en raison de l’expérience acquise du passé qui lui permet aujourd’hui de ne pas réitérer ses erreurs – si tant est que l’on puisse vraiment les considérer comme des erreurs. Car là où Risk voyait Megadeth se dénaturer, avec Super Collider il s’agit bien de la nature même de Megadeth qui prend en main son évolution et prend le dessus sur ses expérimentations. Que ce soit avec la production très metal dans la lignée des derniers albums ou dans les riffs et mélodies qui restent majoritairement fidèles à la signature du groupe, même lorsqu’il s’éloigne de ses schémas habituels. Pour autant, il n’en sera pas moins intéressant de voir comment seront acceptés les traits d’audace dont fait preuve ce quatorzième et coloré album…

Album Super Collider, sortie le 4 juin 2013, chez Tradecraft/Universal Music



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  • Cet album m’a personnellement convaincu, il faut être ouvert un petit peu, meme si j’ai détester au possible Risk, avec Super Collider Megadeth prend des risques et changes de couleur et putain moi je trouve sa cool. Pour ceux qui aiment le Black Metal, regardez Burzum, Mayhem ou Dark Throne, il ne sont pas rester dans du vieux Black Metal répétitif au possible. Certes le Megadeth des année 80-90 est fini mais voyez le bon coté des choses et faites preuve d’ouverture d’esprit, une phrase qui, chez certaines personnes, est à méditer.

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  • Je viens de voir la disque dans les bacs. Quand je vois le verso, il y avait de quoi faire mieux au niveau de l’artwork.
    Ca fait un peu Transformers, mais c’est déjà plus intéressant à regarder.

    En ce qui concerne le contenu, j’y rejetterai une oreille plus tard le temps que ma déception se dissipe.

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  • J’ai écouté l’album et la prise de « risk » m’a carrément convaincue.Les groupes sortant 10 fois les memes albums ne m’interesse pas et les derniers de megadeth ne m’avait que peu interessé. Y a effectivement du countdown et du cryptic dans cette album et perso j’achète!!!
    Vivement le 09 ca va saigner….

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  • L'Archiviste dit :

    Hâte de récupérer ce nouvel opus à sa sortie. J’avais déjà prévu de le prendre, mais cette bonne chronique renforce ma curiosité et mon impatience. Pour revenir sur le Risk, si on le prend comme un album plus rock que les autres, il n’était pas si mal que ça. Megadeth ne m’a jamais déçu jusqu’à aujourd’hui.

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  • Quentin du Scalpel Sanglant dit :

    Tiens je vais me retaper Risk ce soir ça faisait longtemps et à partir de demain je me refait toute la disco dans l’ordre chronologique.
    Jamais déçu non plus par Megadeth.

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  • hangar 18 dit :

    Vivement le 04 juin, achat obligatoire, et vivement le 09 juin aussi !

    C’est un peu de soleil dans ce monde pluvieux cet album !

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  • guigui14 dit :

    j’avais vu beaucoup de critique disant que ce serait un nouveau Risk dû à la sortie de la première chanson ( plus mélodique), la deuxième sortie prouve que ce sera différent.
    hâte de pouvoir l’écouter.

    ps: pas que j’aime pas Risk, c’est juste l’avis des youtuber…

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  • Di-Luëzzia dit :

    Ah que je l’attends ce 14ème album !!! 😀
    Moi aussi j’ai confiance en eux. C’est bien simple : je surkiffe tous leurs disques, Risk autant que les autres, parce qu’aucun ne ressemble vraiment à l’autre, soit dans les guitares, soit dans la voix, voire l’ambiance générale. ça s’est un groupe qui se renouvelle.
    Et avec les deux titres qu’ils ont sorti, je le sens bien celui-ci ! 😉

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  • Je sais pas vous , Mais j’ai confiance en Mustaine et je sens que cet album sera une bonne réussite, à dans deux semaines…

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  • en somme, un album qui risque bien de ne pas plaire à tout le monde… donc Wait and see ! Comme ils disent là bas…

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    seb

    Je viens d’écouter l’album…
    Non pas que je ne comprenne pas qu’un groupe puisse évoluer mais Musicalement c’est proche du néant. Grand fan de megadeth, les derniers albums m’avaient plutôt plus. Ou est passée l’âme de megadeth? Quel dommage de gâcher le talent d’un guitariste comme Broderick la dessus…
    Rip megadeth.

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