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Chronique   

Megadeth – Dystopia


Megadeth - DystopiaMegadeth a le mérite de ne pas ennuyer, du moins quant à ses aléas de line-up. Suite à un Super Collider (2013) controversé et sa fameuse pochette, les rumeurs d’une reformation du groupe officiant sur Rust In Peace envahissaient la toile. Il n’en est rien, Dave Mustaine a décidé d’aller de l’avant en accueillant au sein de Megadeth Kiko Loureiro d’Angra et Chris Adler de Lamb Of God, remplaçant respectivement le guitariste Chris Broderick et le batteur Shawn Drover. Dystopia est le quinzième album du groupe et semble marquer la fin de ses errances lors de la décennie passée, dues à des compromis constants entre ce que veulent les fans et ce que le groupe cherchait à développer. Dystopia envisage le futur, dans tous les sens du terme.

Premier point positif, si l’artwork obéit à la tradition plutôt « kitch-explicite » de Megadeth, il a le mérite de ne pas tergiverser (et de ne pas agresser les yeux). Dave Mustaine évoquera des thèmes hautement politiques et des réflexions envers la société toutes « Orwelliennes » en envisageant un futur construit autour de conspirations politiques. Megadeth a ici le mérite de créer un univers cohérent sous-jacent à l’ensemble des compositions. Sur ce point, autant l’annoncer d’emblée, Dystopia bénéficie d’une lourdeur bienvenue, tant au niveau de la production que de l’agencement des riffs. L’introduction de « Fatal Illusion » s’effectue sur un tempo qui rappelle les dernières œuvres d’Alice In Chains, les gimmicks de guitares en plus. En cela réside la principale force de l’opus et l’intelligence de Mustaine sur son choix de line-up. Le jeu de Chris Adler fait office de véritable cure de jouvence pour les rythmiques de Megadeth, en témoigne le travail de double pédale sur les couplets de « Poisonous Shadows » – un titre, par ailleurs, qui se démarque par le développement d’une ambiance très travaillée (intro de guitare acoustique, outro au piano et monologue susurré, voix féminines fantômatiques, quelques discrètes cordes). En ce qui concerne Kiko Loureiro, on pouvait avoir peur de voir ce surdoué se plier et s’effacer au nom d’une cohérence de style et face à la mainmise du leader Mustaine. Hors, ce n’est pas tout à fait le cas. Certes, Loureiro s’adapte au contexte et aborde sa tâche de soliste dans le plus grand respect de la tradition de Megadeth – à cet égard, on retrouve avec plaisir des mélodies heavy accrocheuses qui faisaient la force du groupe – et son recours au shred, mais sa personnalité transparaît clairement dans les solos créatifs du mélodique titre éponyme (qui a, soit dit en passant, des réminiscences de la ligne vocale du refrain de « She-Wolf ») ou d’un « Death From Within » à l’allure de classique. « Conquer Or Die » fait même office de carte blanche : cette instrumentale est marquée de l’emprunte du Brésilien, rien que dans l’arpège d’introduction aux fines saveurs latines. Et il faut croire qu’à côtoyer ces deux musiciens, les anciens, Mustaine et le bassiste David Ellefson, se sont vus eux-mêmes pousser des ailes, tant cet opus est effervescent.

En réalité ce qui pourra irriter avec ce Dystopia est problématique car il ne concerne pas réellement la musique. Ce sont les théories développées par Dave Mustaine au sein de sa vision dystopique des choses. Évoquer le « déclin de la civilisation occidentale » dans « Lying In Taste » reste une notion discutable, rappelant les thèses de Samuel Huntington et son « Clash Of Civilizations ». « Post American World » évoque l’impertinence de s’opposer aux valeurs soi-disantes américaines à travers un refrain assez explicite : « À quoi ressemblerons-nous dans un monde post-américain, pourquoi reculer devant ceux qui s’opposent au monde américain ? ». Parfois on doute sur le second degré de Dave Mustaine et la ligne entre soutien et critique de l’impérialisme est maladroitement dessinée. Ce qu’on peut difficilement critiquer en revanche est l’audace de Mustaine d’évoquer des thèmes contemporains, même de manière inadéquate.

Dystopia ne révolutionnera pas la musique de Megadeth, il n’y en a pas besoin. Il lui redonne en revanche un second souffle, merci Adler et Loureiro. Plus lourd, plus tranchant, plus thrash – il suffit d’écouter l’ouverture « The Threat Is Real » aux relents de « Take No Prisoners » moderne : si Megadeth a effectivement cédé aux plaintes/exigences conservatrices des fans, il démontre néanmoins son expérience incommensurable en matière de heavy-thrash. On ne retiendra pas la thématique, seulement la musique. Là est le principal.

Écouter les chansons « Dystopia » et « Fatal Illusion » :

Le clip vidéo animé de la chanson « The Threat Is Real » :

Album Dystopia, sorti le 22 janvier 2016 via Umusic



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  • Leur meilleur album depuis youthanasia merci kiko et el batteur

    [Reply]

  • Tout simplement le meilleur Megadeth depuis des lustres! je le trouve plus couillu que le nouvel Anthrax par exemple (qui est pas mal, mais moins marquant que le précédent).
    Perso, je trouve que le recrutement de Kiko Loureiro est un coup de maître! Il apporte beaucoup de couleurs dans ses interventions. Le son et la prod sont énormes, du beau boulot!

    Quant aux lyrics, je ne me focalise pas trop dessus…n’oubliez pas que l’album s’apelle « dystopie ». Il y a donc je pense pas mal d’ironie et de double sens.

    [Reply]

    Duncan

    Je me suis également posé la question de l’ironie. Et pendant un temps, je me suis même dit « mais c’est bien sur ! Dave est un génie en fait… » Puis finalement non, pas convaincant perso.
    « De quoi aurons-nous l’air dans un monde post-Amerique ? Pourquoi se défiler devant ceux qui s’opposent au monde americain ? » ne laisse pas trop de place aux doubles sens pour moi… Mais l’album reste géant tout de même !!

  • Très bon article, très bien construit. Je suis assez d’accord avec l’ensemble. Je trouve Dystopia très réussi point de vue musical mais très Dave quant aux discours. Petite mention « idéologie vomitive » quant à l’intro avec une mélodie arabisante pour « The Threat Is Real » (qui pourtant sonne monstrueuse). Peut être que je vois le mal partout mais j’ai du mal quand même… Sans parler de « Post-American World ».
    Sinon ça, l’artwork et la prod sont nickel, le line-up impec, les compos très bonnes et je trouve les arrangements intelligents et rafraîchissants… Dommage que Dave soit Dave :s
    @ Rififi : pas de titre fort qui se démarque !?! Outre ceux que j’ai déjà cité qui font fureur sur la toile, Dystopia, Fatal Illusion et Poisonous Shadows… Je vois pas ce qu’il te faut >< 😀

    [Reply]

    Rififi

    Pas faute d’avoir mis : loin d’être un expert en Megadave 🙂
    Ca veut dire que j’apprécie, mais que je ne suis pas nécessairement très réceptif à sa zik. Besoin de temps.

    Je le réécoute. Je l’avais mentionné « poisonnous » hein.
    Oui « the threat…, dystopia » sont biens. « the emperor » est sympa.
    Je suis loin des claques immédiates que j’ai reçu en écoutant « 13, black swan, dialectic chaos » par exemple.

    L’ennui, c’est toute l’idéologie derrière. Il nous fait son « Johnny s’en va t’en guerre » comme le « dying for the world » de W.A.S.P.
    Dont les 2 leaders / dictateurs sont des « born again » (christianisme).
    L’un nous a fait un album sur sa foi (WASP – Golgotha), l’autre sur son patriotisme à la con avec plein de mots finissants par « isme ». C’est agaçant, mais c’est son / leur droit.

    Duncan

    Ca pour les paroles, on est bien d’accord, on parle de Dave. C’est déjà un indice… Mais niveau musical et sonorité, un coup de maître. Maintenant, si tu apprécies sans plus, ça c’est une question de goût 😉

  • caius marius dit :

    dave is dave, what else ? sa change des discours hypocrites et bisounours de certains… artistes comme « journalistes » …

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    Duncan

    A n’avoir de considération que pour la critique, quel qu’elle soit, tu te finis par te contredire il me semble…
    Dave est un americain tout ce qu’il y a de plus puritain. Il méprise tout ce qui se trouve en dessous du Texas, au dessus de l’Illinois et se méfie, en bon parano, de tout ce qui est moins raciste que Trump et plus à droite que lui. Ca ne demande pas de courage mais de la bêtise de chanter son discours.
    J’ai peut être pas bien compris ce que tu disais jusque là (ou je confonds) mais il me semblait que c’était un peu l’opposé de ta pensée, me trompe-je ?

  • Loin d’être un expert en Megadave… Le disque m’a laissé une meilleure impression que le précédent, mais il n’y a pas de titre fort qui se démarque… si ce n’est « poisonous shadows »

    Pour les thèmes, je ne me suis pas penché dessus aussi bien que vous l’avez fait. Je ne suis pas surpris.

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