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Interview   

MEKONG DELTA : ENTRETIEN AVEC RALPH HUBERT


Spaceman est un grand fan du groupe Mekong Delta. Certains diront que ce n’est pas un gage de qualité mais, à Radio Metal, on s’accorde sur le fait que Mekong Delta, ça balance du lourd. Vous pouvez écouter l’entretien que nous a accordé Ralph Hubert, le bassiste du combo allemand.

Radio Metal : Picture at an Exhibition, le dernier album de Mekong Delta, remonte à dix ans, maintenant. Le dernier album avec un chanteur, Visions Fugitives, est quant à lui vieux de 13 ans. Que s’est-il passé entre ce moment et le jour où tu as décidé qu’il était temps pour Mekong Delta de sortir un nouvel album ? Certaines rumeurs prétendaient même que tu étais mort !

Ralph Hubert : Ah, c’est drôle, ça ! Picture at an Exhibition a été très long à créer. Cela nous a pris deux ans de préparation avant de pouvoir enfin nous rendre en studio. Pour être tout à fait honnête, après Picture, j’étais vidé, je ne savais plus vraiment qui j’étais, j’ai donc décidé de faire un break. Depuis cette époque, la musique en général, et le rock en particulier, ont beaucoup évolué. A un certain moment, on a tous besoin de se retrouver en tant qu’individu, et après Picture, je me suis un peu perdu. J’ai fait beaucoup de choses ces dernières années, j’ai énormément lu, j’ai voyagé… J’ai utilisé ce break pour chercher un moyen de rendre notre musique plus intéressante, d’apporter une conclusion à ce que nous avions fait avant. Ça n’a pas été aussi simple que je l’avais espéré, et la plupart de mes compositions sont parties à la poubelle. Il m’a fallu un bon moment pour trouver la bonne voie, et nous avons repris du service en 2005.

Mekong Delta est de retour avec un line-up complètement différent. Qu’est-il arrivé aux anciens membres du groupe ?

Je n’en sais rien ! Pour moi, remplacer tout le monde était une évidence. Lorsqu’on passe tellement de temps à travailler avec les mêmes personnes sur ce genre de musique, les gens se ramollissent. Pour cet album, j’avais besoin de musiciens nerveux et ambitieux. J’ai donc pris la décision de chercher de nouveaux membres au groupe. Ça n’a pas toujours été facile, mais au final, je m’en suis bien sorti.

Peter Lake, membre du groupe de Death Technique Theory in Practice, a aujourd’hui rejoint Mekong Delta. Comment l’as-tu connu ? Qu’est-ce qui t’a décidé à lui proposer le poste de guitariste ?

Tu le savais peut-être, mais Peter est un grand fan de MEKONG DELTA. Quelqu’un m’a donné son adresse e-mail, et je l’ai contacté. J’ai décidé de l’auditionner en lui envoyant quatre vieilles chansons sur lesquelles je voulais l’entendre jouer. Il s’est parfaitement bien débrouillé, et il a même ajouté ses propres idées sur les chansons. Ce qu’il a fait était réellement brillant donc c’était tout à fait la personne qui me fallait. Son jeu sur le nouvel album est tellement technique, c’en est presque incroyable.

Quand Uli Kusch, un ancien membre du groupe, a-t-il à nouveau rejoint Mekong Delta ?

C’est encore une drôle d’histoire… Peter a un ami batteur en Suisse. Nous étions prêts à l’engager, et lui avait vraiment envie de participer à cet album, mais comme il était très occupé, il ne pouvait pas nous rejoindre avant fin 2006, ce qui était beaucoup trop tard. Il m’a envoyé un e-mail pour m’expliquer cela, et au même moment, j’ai reçu un mail de Uli, qui me félicitait pour la reformation de MEKONG DELTA. Uli est un très bon batteur, je lui ai donc demandé s’il était prêt à participer à l’album. Je lui ai envoyé quelques structures, et cinq minutes plus tard, il me répondait en disant : « wow, ça me fait drôle de jouer à nouveau avec toi » !

Peux-tu nous présenter le nouveau chanteur de Mekong Delta ?

Oui, la façon dont on a recruté Leo est assez étrange. D’ailleurs, la façon dont on a formé le nouveau line-up est vraiment bizarre également ! Nous avons auditionné beaucoup de chanteurs une fois les bases de l’album posées. La plupart n’arrivaient même pas à suivre le rythme, ce qui avait tendance à vraiment m’agacer. Uli connaît pas mal de monde, et il s’est soudain souvenu de Leo, avec qui il avait déjà joué. Il m’a dit que ce gars était très bon techniquement, et qu’il pourrait faire l’affaire. Comme d’habitude, j’ai contacté Leo par e-mail et lui ai envoyé quelques chansons. Ce qu’il a fait était parfait. Mais ce qui m’a encore plus décidé, c’est cet e-mail dans lequel il me demandait de lui envoyer les partitions. C’était la première fois de ma vie que j’entendais un chanteur réclamer des partitions, et je me suis dit que c’était l’homme de la situation.

La guitare de Peter est très différente du son plus agressif qu’il utilise avec Theory in Practice. On peut presque parler d’un son typique de Mekong Delta. Un gros effort semble avoir été mis en ?uvre pour donner à cet album le son d’un Mekong Delta traditionnel, je me trompe ?

Pas tout à fait… Ce qu’il faut savoir, c’est que les chansons qui se trouvent sur le CD promo ont été enregistrées en qualité réduite. En effet, lorsqu’on commence à envoyer les promos, elles ont tendance à se retrouver très vite sur le net. Au lieu d’enregistrer en 44.1 kHz, comme ça se fait habituellement, nous avons enregistré en 32 kHz, puis nous avons augmenté la qualité des chansons sur l’album. Ce son de guitare, c’est juste quelque chose que Peter aimait. Si les gens trouvent un son typique de Mekong Delta à cet album, c’est probablement à cause des compositions.

Vocalement, je trouve que Leo se rapproche beaucoup des deux anciens chanteurs de Mekong Delta, Doug Lee et Wolfgang Borgmann. Etait-ce un critère de sélection ?

Non, le critère le plus important était sa capacité à suivre les mélodies. Pour moi, Leo se différencie des chanteurs précédents en cela qu’il sait lire une partition, ce qui lui a permis de trouver son propre style. Je le trouve bien plus pro que nos anciens chanteurs. Cela dit, je ne veux pas les critiquer non plus, ce qu’ils ont fait en leur temps était vraiment parfait.

Lurking Fear ne renouvelle pas vraiment le style de Mekong Delta. Cet album apparaît plutôt comme un mélange de tout ce qui vous a rendus célèbres par le passé, une sorte de résumé de la carrière du groupe, depuis les éléments prog jusqu’aux influences classiques. Pour un fan de Mekong Delta, cet album est assez rassurant. Etait-ce intentionnel de ta part ?

Bien sûr que oui. Je ne parle pas tant du côté “rassurant” de l’album, mais plutôt du fait d’avoir voulu intégrer aux nouvelles chansons tout ce que nous avions pu faire au cours de notre carrière. Si on analyse les chansons, on s’aperçoit qu’elles contiennent 20 % d’Erich Zann, 20 % de Principle of Doubt, 20 % de Dances of Death, etc. Cela dit, ce n’est pas le cas pour toutes. Allegro Furioso, par exemple, est une nouvelle étape pour moi. Je n’avais encore jamais composé comme ça avant.

La musique classique a toujours joué un rôle important chez Mekong Delta. Vous avez poussé cette fusion entre rock et classique plus loin qu’aucun autre groupe, et ce bien avant l’apparition de la mode du metal symphonique. Aujourd’hui, de nombreux groupes revendiquent leurs affinités avec la scène classique. Que penses-tu de cette nouvelle scène metal ?

Si ça leur plaît, ils n’ont pas de raison de s’en priver, mais je n’aime pas vraiment cette tendance.

La communauté Metal lutte depuis toujours pour obtenir le respect, et plus particulièrement celui des musiciens classiques. On le voit bien aujourd’hui, avec l’apparition des groupes de Metal utilisant des éléments classiques. Penses-tu que la communauté Metal ait réussi à gagner ce respect ?

Je ne peux pas me faire le porte-parole d’autres groupes, mais MEKONG DELTA a vraiment gagné le respect de l’univers classique. Par exemple, Night on a Bare Mountain est parfois étudié à l’école. Au fil des années, j’ai eu la chance de travailler avec beaucoup de musiciens d’orchestre, qui respectent énormément notre travail. Le respect s’impose de lui-même lorsque les gens se rendent compte que vous savez vraiment vous servir de votre instrument, ce qui ne fait pas le moindre doute chez MEKONG DELTA.

Aujourd’hui, beaucoup de groupes de Metal considèrent que jouer avec un orchestre comme l’accomplissement de leur carrière. Quel serait cet accomplissement, pour toi ?

Je ne pense pas qu’on puisse parler d’accomplissement. Ce qu’il faut, c’est ne jamais perdre de vue son propre instrument. J’ai expérimenté pas mal de choses avec l’orchestre dans le passé, mais le plus important, c’est de faire en sorte que le groupe lui-même prenne la place de l’orchestre. Prenez le dernier album de MOTORHEAD, par exemple. Chaque instrument joue différentes pistes, un peu comme un orchestre. Aujourd’hui, j’en suis à un point où je peux intégrer ce son très orchestral directement au groupe. Cette symbiose est l’une de mes plus grandes réussites.

Depuis les premiers albums, Mekong Delta fait toujours référence à des musiques de film. Sur Lurking Fear, on peut entendre un court extrait de la marche impériale de Star Wars…

Effectivement. Ce qui est drôle, c’est que tout le monde reconnaît la fameuse marche impériale, mais en réalité, cette chanson est une sorte d’énigme. Elle comporte cinq thèmes de films très connus. Je suis vraiment surpris que les gens ne reconnaissent pas le thème principal, alors qu’il est beaucoup plus connu que cette marche impériale…

As-tu jamais envisagé de participer à l’écriture d’une bande originale de film ?

Pas vraiment. Quelques-unes de nos chansons se sont déjà retrouvées dans des films. On m’a proposé de composer la musique d’un film, une fois, mais je n’avais vraiment pas le temps pour ça.

Mekong Delta est réputé pour le grand mystère qui entoure le groupe. Jusqu’en 1991, la plupart des membres du groupe, toi compris, utilisaient des pseudonymes. Peux-tu expliquer pourquoi vous teniez tellement à entretenir le mystère ?

Il y a deux raisons à cela. Tout d’abord, à l’époque, je ne pensais pas que qui que ce soit puisse croire que nous étions Allemands, que l’Allemagne puisse produire ce genre de son. L’autre raison, c’est qu’au départ, l’un d’entre nous était sous contrat avec Noise, et il n’avait pas le droit de se produire sous son vrai nom. Il s’est alors inventé un pseudonyme, et nous l’avons tous imité.

Quelle a été la réaction du public en découvrant vos véritables identités ?

Le secret n’a pas tenu plus de deux ans. Les interviews se faisaient toutes par téléphone, et il y avait déjà pas mal de critiques de ce côté-là.

Tous les albums de Mekong Delta, depuis le tout premier jusqu’à Visions Fugitives, ont été remixés et réédités. Es-tu satisfait de la sonorité de ces albums, aujourd’hui ?

Je suis très content du résultat sur Visions Fugitives, dont le son est un peu différent. A l’époque, les logiciels ne valaient vraiment pas ceux d’aujourd’hui. En revanche, ce n’est pas moi qui ai remixé l’album, mais un de mes amis, qui s’est trompé de bouton à un moment donné. Je ne suis pas tout à fait satisfait du sweep, mais le reste me convient très bien.

Et en ce qui concerne les premiers albums ?

Je les aime tous. Ces albums correspondent parfaitement à ce que nous nous devions de faire à l’époque. On m’a déjà demandé si j’avais l’intention de les réenregistrer, puisque ça semble être la mode en ce moment, mais je ne vois pas pourquoi je ferais ça. Une certaine ambiance se dégage de ces chansons, et je pense que nous ne pourrions pas retrouver cette ambiance si on les réenregistrait aujourd’hui.

Avec le recul, quel regard portes-tu sur la carrière du groupe, aujourd’hui ?

Nous avions fait ce que nous devions, je n’ai aucun doute là-dessus. Nous avons eu les bons musiciens pour chaque album. Il a bien sûr fallu faire des sacrifices et procéder à des changements, mais parfois, c’est nécessaire. Mais nous avons donné le meilleur de nous-mêmes, et même si je le pouvais, je ne voudrais rien changer.

Avez-vous l’intention de partir en tournée pour faire la promo de Lurking Fear ?

Nous allons nous réunir à la fin du mois pour en discuter. Nous avons tous un emploi du temps chargé, Peter doit par exemple se rendre à Moscou. Nous allons donc essayer de trouver un moment pour partir en tournée ensemble.

Y a-t-il une chance que l’on vous voit en France ?

Certainement. Nous avons énormément de fans en France. Je crois que 25 % de nos albums se vendent chez vous.

Dernière question : devra-t-on attendre encore dix ans avant le prochain album de Mekong Delta ?!

Je ne pense pas. J’ai énormément d’idées, sans doute assez pour sortir un nouvel album. Attendez-vous à une nouvelle sortie d’ici un an et demi.

Entretien téléphonique réalisé le 9 août 2007

Traduction : Saff’

Site Internet MEKONG DELTA : www.mekongdelta.eu



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