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Live Report   

MELT BANANA AU GRRRND ZERO DE LYON


Artiste : Melt Banana
Ville : Lyon (France)
Lieu : Grrrnd Zero
Date : 04-06-2008
Public : 150 personnes environ

Nous, fidèles sbires de Radio Metal, n’avons guère l’habitude de fréquenter le Grrrnd Zero. Dévoués au dieu métallurgiste que nous sommes, qu’avions-nous à faire dans ces locaux rappelant fièrement le Do It Yourself des seventies hargneuses et décadentes ? Qu’avions-nous à repérer dans ce lieu cosmopolite aux allures de squat made in street art, où seuls les sons les plus expérimentaux, les plus crasseux, les plus hypéractifs semblent vociférer ?

Penauds, nous pénétrons, le pied hésitant voire peu assuré, dans ce qui semble être le parking de cette demeure du chaos étrange et inconnue. Pour tout dire, son nom ne nous est « familier », voilà un grand mot, que par sa rare présence dans les canards lyonnais. On cherche l’entrée, et on a du mal, il faut le dire. Les quelques personnes pique-niquant hors de la salle nous informent avec une rare gentillesse que l’entrée est de l’autre côté. Zut ! C’était l’entrée des artistes…L’air faussement assuré, mais honteux, nous repartons, non sans remarquer la présence de ce batteur-OVNI, Duracell.


Sabot

20h30 : nous voilà bien confortablement installés. Quelques dizaines de minutes plus tard, le duo basse/batterie Sabot ouvre la soirée et le show peut enfin commencer. Et ces derniers gagnent vite l’attachement du public. En effet, on devine vite que ces deux comparses, monsieur à la basse, madame qui tient les baguettes, sont en fait un véritable couple. Oups, petit problème pour commencer, le groupe s’arrête après quelques secondes de jeu. Nous avions tous remarqué que tout cela sonnait terriblement complexe. Il devait bien y avoir un problème. Or le seul hiatus était le volume de la basse trop peu élevé en retour. On aurait pourtant juré qu’il y avait un désaccord rythmique…

C’était en fait une monumentale erreur de notre part… le groupe est des plus carrés qui soient. Et ils ont dû la travailler cette drum n’ bass qui nous fait gesticuler la tête comme des éthéromanes revenant d’un trip paranoïaque à Las Vegas. En effet, ce tandem incarnait jadis la section rythmique du groupe de folk/punk Forethought. Ils ont ensuite officialisés leur complicité avec Sabot, fondé à San Francisco, avant d’émigrer en République Tchèque.

On assiste donc à un set purement instrumental, mais le chant n’aurait pas sa place ici. Nos deux quadras sont déjà forts éloquents avec leurs organes de peaux, de bois et de cordes en nickel. Le duo apprécie de surcroît les structures alambiquées, et on ne peut se contenter d’entendre ce qu’ils font, comme avec de la simple musique de fond. Il faut bien au contraire se concentrer sur leur musique et écouter. Et le public s’exécute : il écoute, curieux. Qu’on tape du pied ou non, l’attention est générale.

Quand on parle duo, on pense d’abord à Lightning bolt, mais ici tout est différent, pas d’épanchements noise ou expérimentaux, on a assisté à 45 minutes de rythmiques dignes d’un très bon groupe de stoner. On peut aussi avoir en tête ces cinglés du cabaret punk burlesque de Dresden Dolls, ou encore les désormais fameux White Stripes.

Autant le dire tout de suite, si vous êtes amateur de drum n’ bass, Sabot est pour vous. D’ailleurs, il serait difficile pour les aficionados de ne pas les connaître, ce groupe est un des piliers de cette catégorie. Et si la musique peut parfois lasser au bout d’un bon moment, reconnaissons qu’il fallait en avoir pour relever le défi de former un tel groupe, et, surtout, qu’ils ont bien mérité les applaudissements couronnant la fin de leur set.


Le sympathique Jean-Louis Costes

Puis c’est l’artiste performer/cinéaste/écrivain/musicien Jean Louis Costes qui prend place. Seul. Et ce mot, « seul », sera peut-être la porte d’entrée pour comprendre ce qui va suivre. Un clavier pour unique complice, qu’il martyrisera tout le long, Costes est déjà une bête de foire. On connaissait ses performances « trash », voilà encore un mot bien réducteur, qui l’avaient enfermé dans l’appellation « artiste contemporain porno-scatophile ». La question est donc : que va-t-il se passer ce soir ?

Son show démarre sur les chapeaux de roues. Le synthé est saturé à outrance. Le son est si crade qu’il ferait passer les enregistrements true black metal scandinaves pour des pubs sophistiquées pour Monsieur Propre. Et le chant…chant mémorable…Nous étions nombreux à penser que Mike Williams, le chanteur de Eyehategod, manquait de technique, qu’il se déchirait à chaque fois quelques parcelles de cordes vocales… Mais comparé à Costes, c’est un véritable ténor. Costes hurle, Costes s’époumone. Ses cris sont hystériques. Ses paroles, vindicatives et pathétiques. Bien-sûr, face à cela, on ne peut que rester dubitatifs, comme nos voisins en rangers se grattant la tête d’incompréhension. Est-ce un musicien raté ? Est-ce là encore un foutage de gueule validé comme artistique par la simple mention « expérimental » ? Encore une esbrouffe reconnue par tous grâce à l’étiquette « art contemporain » usée, usée et abusée?

Eh bien non : il joue véritablement du synthé, ses notes sont simplement peu audibles car le son est sale et même voulu sale. Et ces aboyements font finalement sens : seules des gueulantes primaires et primales pouvaient parfaitement épouser des paroles pareilles

Voilà quelqu’un qui a finalement su aller plus loin que Didier Super dans le style « cynisme du beauf de base par excellence ». Il faut d’ailleurs le préciser, Costes est un vieux de la vieille en la matière, et ce ne serait pas étonnant que certains l’aient ouvertement plagié.

Imité, pas égalé, certes. Mais Costes ne pourra quant à lui que rester underground : ses paroles sont d’un humour terriblement grinçant, et même parfois poignant. Que dire des « je n’suis qu’une merde amoureuse », des « j’peux jouir qu’avec un gode dans le cul (…), on jouit pas comme on veut, on jouit comme on peut » ?

Tout le monde en prend pour son grade dans ce manège des vanités. D’abord sa « pute de mère », puis les politiciens, « ce con de Besancenot qui veut la révolution, mais qui comprend pas que si y’a la révolution, sa baraque elle va cramer » et aussi Segolène Royale, cette « pute de salope ».

Dans ce spectacle presque Grolandais alternant entre invectives au public, ces « branchés bourrés », remarques homophobes et brûlots haineux, le vin rouge est à l’honneur. Costes en prend entre chaque titre comme un revigorant pour quinquagénaire moyen, rongé et bientôt fini.

Et c’est par une poignée de mots, les derniers, que nous comprenons finalement que l’entreprise a sûrement plus de profondeur que nous le pensions. Que sous cet esprit punk, trash à la Irreversible, dans lequel Costes fait une apparition, il y a quelque chose qui (dé)bat. Voici ces mots : « mon père disait que je ne méritais pas de vivre…et il avait bien raison. ».


Chewbacca

L’homme à tout faire Dan Deacon ayant annulé sa tournée européenne pour « raisons personnelles », c’est le combo lyonnais Chewbacca qui a pris la place au pied levé. Bien-sûr deux questions nous assaillent à leur arrivée. D’une part: pourquoi Chewbacca ? Et d’autre part: hein quoi, un duo chant-batterie ?!

Tout s’éclaircit à l’audition de leur set : la technique vocale de Damien, sorte de Human beat-box sorti de son univers Hip-hop pour rejoindre des sons plutôt raves, fait penser aux tribulations du compagnon de Han Solo.

Derrière les futs, on retrouve l’époustouflant Duracell. Ce petit lyonnais, d’origine anglaise, s’est fait un nom dans les sphères électros en plaçant des capteurs tout autour de sa batterie pour produire des sons en tout genre, comme par exemple ceux d’un jeu video. Ses performances over-the-top l’ont plus d’une fois fait finir le set à même le sol, totalement épuisé qu’il était.

Nous avons deux bidouilleurs du son, face à face. L’un fait un bourdonnement piqué de quelques pointes aigues faisant penser à celles d’un didjeridoo. L’autre joue sa batterie d’un style tendu, nerveux et jusqu’au boutiste. Ses blast-beats sont véritablement impressionnants. Nous en restons autant bluffés que les premiers spectateurs à avoir écouté Mick Harris avec Napalm Death en live. C’était le moment le plus expérimental de la soirée, et un plaisir d’enfin voir Duracell en action. Un grand bravo à ce groupe sans prétention.


Melt Banana

Et nous voilà enfin face à la tête d’affiche : les Melt-Banana. Certains d’entre nous ont pu les repérer grâce à leur tournée avec Tool en 2007. D’autres ont pu avoir la chance de les connaître via leurs collaborations avec Fantomas. Ce qui est sûr, c’est que les Melt-Banana ont fait du paradoxe leur raison d’être.

En effet, comme de nombreux groupes de japan rock, comme Mucc par exemple, ces nippons ont la fâcheuse et détestable tendance à singer les pires travers du néo-métal. Une espèce de Kyo japonais en somme…

Mais ce serait commettre une terrible faute que de les renfermer dans cette simple caractéristique : ce n’est pas du néo-metal! Même si ce n’est pas en soi un péché de jouer du néo, il faut bien voir qu’on a là quelque chose qui se rapproche d’une musique bien plus underground.

Oh que oui, nous le proclamons haut et fort après avoir assisté, bouche bée, à leur set sur-excité : Melt-banana, c’est du vieux grind à la Napalm première période, à la Agoraphobic Nosebleed, du punk old-school pour gens énervés à la Discharge, à la Minor Threat. Le tout relevé à la sauce japonaise. Et attention, le Wasabi, on a beau peu en prendre, ça arrache.

Que voyons-nous sur scène? Deux hommes, deux femmes. Plus précisément, un groupe qui a déjà presque 15 ans de carrière, 8 albums dans les bacs, et qui, cruauté du temps, ressemble encore à une bande de gosses. La chanteuse, que l’on voyait quelques minutes auparavant se préparer en faisant quelques étirements, démarre le show avec son éternel « we’re Melt-Banana from Tokyo, Japan ! ». La miss, répondant au doux nom de Onuki Yasuko, Yasuko O. pour les intimes, possède toujours cette fougue vocale sur-aiguë qui achève de charmer les auditeurs.

La salle, à son comble dès le début de la soirée, remue déjà dans tous les sens. Mais ceux qui trônent sur la scène ne peuvent pas tenir en place également, en particulier le guitariste, Agata. Ce dernier est affublé d’un masque de chirurgien, tendance chinois parano se séquestrant les organes respiratoires contre la pollution, car il saigne souvent du nez en live, raconte-t-on. On a problablement là le Tom Morello japonais, vous savez le guitariste de Rage Against The Machine, adulé par sa technique impressionnante avec ses pédales d’effets. Revenons à Agata : John Zorn fut l’un des premiers a reconnaître ses talents. Ce dernier l’a gratifié en sortant sur son label, Tzadik, son album solo de vagabondage sonore intitulé Spike.

Les effets abondent et l’on pourrait parfois avoir l’impression d’être face à de la pure impro, un peu à la Keijo Haino. Tout faux : tout est ici calculé. On n’a d’ailleurs pas trop de mal à s’apercevoir que la bombe tokyoïte nous pilonne de titres de son dernier album, Bambi’s Dilemma. Ainsi vont défiler « Spider Snipe », « Cat Brain Land » où Yasuko martèle une percu électro, et la très mélodique « Green Eyed Devil ».

Bien-sûr on n’a pas pu éviter le tube de leur dernier méfait, « cracked plaster cast » qui fait varier un refrain, et zut il faut le dire, sonnant très néo pour ne pas dire pop, avec des couplets au tempo vif, signature typique des nippons à l’honneur ce soir. Le moment le plus fort de la soirée sera sans doute les 8 courts morceaux…

Mais que signifie « court » chez un groupe dont les titres tournent autour d’une minute trente ? Nos chers excités à plateforme shoes nous en esquissent une remarquable définition: pas plus de 15 secondes, montre en main.

Le concert se clôt sur deux rappels mémorables tant il est rare d’admirer le retour d’un groupe pour une trentaine de secondes, soit la durée de deux morceaux, les deux additionnés…

Cette soirée fut d’un éclectisme sonore qui n’est que trop rarement fréquent, mais nous ne pouvons en cela que féliciter le Grrrnd zero. De plus, ce soir-là fut tumultueux côté public, des bastons ont éclaté, et le staff a fait preuve de responsabilité et a plutôt bien géré les incidents.

Anarchisme ne signifie pas bordel. Et c’est ainsi qu’on peut tirer notre chapeau à cette salle qui, par sa libre initiative, par cette passion pour la musique qui lie ses organisateurs et créateurs, nous rappelle tant notre chère radio…



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