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Chronique   

Merrimack – Omegaphilia


Ces dernières années, la scène black metal française s’est distinguée sur la scène internationale par son goût pour les hybridations, les expérimentations étranges et les idiosyncrasies très fortes, du black technique, anguleux et métaphysique de Deathspell Omega aux paysages lovecraftiens de The Great Old Ones en passant par les sonorités industrielles de Blut Aus Nord ou encore le black abâtardi de Diapsiquir. Il ne faudrait pas pour autant oublier les gardiens du temple, ceux qui continuent à peaufiner les formules iconiques du black scandinave en vomissant de la négativité sur fond de riffs acérés. C’est le cas de Merrimack, groupe pionnier du black français actif depuis les grandes heures de la deuxième vague du genre, c’est-à-dire la première partie des années 90. Depuis, les musiciens sont allés et venus – Perversifier est le seul rescapé du line-up originel – mais Merrimack reste le même : black metal traditionnel et obsession pour le néant et le pourrissement. Cinq ans après The Acausal Mass, les Parisiens proposent Omegaphilia, un album plus incisif et ramassé que le précédent, sorti pour la première fois de leur carrière chez Season of Mist.

En sept titres et une quarantaine de minutes, les musiciens semblent bien décidés à faire avec ce nouvel opus ce qu’ils font le mieux. Si le groupe avait pu lorgner sur ses derniers albums – The Acausal Mass et Grey Rigorism – vers ce qu’on a pu appeler à l’époque le black metal orthodoxe (assez libre dans la forme, volontiers sophistiqué, revendiquant un satanisme souvent littéral, comme c’est le cas de beaucoup de groupes Norma Evangelius Diaboli), cette fois-ci, il revient à l’essentiel, à une expression plus pure de son art. Au programme donc, pas de grandes surprises ou d’inventions révolutionnaires, mais l’exploration et le perfectionnement d’une esthétique bien établie posée dès les débuts de Merrimack. Entre les incantations tribales qui ouvrent le disque (« Cauterizing Cosmos ») et les chœurs liturgiques à la fin de l’épique « At the Vanguard Of Deception » qui le ferment, s’enchaînent ainsi riffs à la suédoise (comme toujours chez Merrimack, on pense souvent aux débuts de Watain ou de Marduk), mid-tempos malsains et passages trépidants plus black que black. La composition est au poil, sans temps morts, et la production aussi, retranscrivant les visions cauchemardesques du groupe avec beaucoup de clarté – voire peut-être trop, tant un peu de saleté aurait pu servir le propos.

Car là où le groupe se distingue le plus de ses illustres prédécesseurs, et dans Omegaphilia plus encore que dans ses albums précédents, c’est dans sa manière d’aborder les préoccupations angoissées et apocalyptiques propres au black metal : chez Merrimack, le pessimisme et les doutes existentiels ne restent pas dans les sphères des méditations métaphysico-religieuses mais s’incarnent dans la chair pourrissante, quitte d’ailleurs à se vautrer dans un marais de sanies qu’on s’attendrait plutôt à trouver dans du death ou du grind (tout comme sa pochette, d’ailleurs), la meilleure illustration en étant la longue invective en français et en voix claire à base de « potages de smegma et de foutre stérilisés » (!) qui termine « Cesspool Coronation ». Ce long titre lunatique qui passe du chaos le plus complet aux rythmiques les plus lancinantes est sans doute le morceau le plus atypique et l’apogée de l’album – ce qui n’enlève rien aux mérites du furieux « The Falsified Son » avec son introduction irrésistible et son solo possédé, ou du sombre « Apophatic Weaponry ».

Finalement, Omegaphilia s’affirme à la fois comme un retour pour le groupe à sa source primordiale, et comme une célébration de la source en question. Et si, conséquence inévitable d’un tel parti-pris, le disque peine un peu à se démarquer des classiques du style et à s’imposer durablement à l’esprit, on aurait bien tort de se priver du plaisir d’un spécimen aussi réussi du genre – n’oublions pas que de toute façon, « All is fucked, nothing can grow,/Each second cancels a century » [« Tout est foutu, rien ne peut grandir,/Chaque seconde referme un siècle »].

L’album en écoute intégrale :

Album Omegaphilia, sortie le 9 juin 2017 via Season Of Mist. Disponible à l’achat ici



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