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Metal Ride Fest IV : Nancy fut plus que jamais l’Orient de la France


Ça y est, l’été est loin derrière nous, et avec lui sa période faste en concerts et festivals en tout genre. Mais la trêve hivernale n’est pas du goût de tous, et l’association nancéienne Metal Ride a courageusement choisi le mois de novembre pour organiser la quatrième édition du Metal Ride Festival.

Au programme : deux scènes, un format « journée unique » et surtout neuf groupes (et non des moindres) prêts à en découdre pour réchauffer cette atmosphère hivernale. En ce samedi froid et brumeux, nous avions donc rendez-vous avec Myrath, Kryzees, S.U.P, Wheelfall, Orphaned Land, Insane, Punish Yourself VS Sonic Area, Arkan et Moonspell.

Festival : Metal Ride Fest IV
Date : 26 Novembre 2011
Lieu : Nancy
Salle : L’Autre Canal

Suite à l’annulation tardive de The CNK qui devait remplacer Kronos et à un changement d’ordre de passage, c’est le groupe Tunisien Myrath qui ouvre le bal à 16h45 dans la grande salle. Sur une introduction de musique traditionnelle orientale, une superbe danseuse subjuguera le public quelques (trop courts !) instants avant que le groupe n’entre en scène. Accompagnant la tournée d’Orphaned Land, le quintet distille un metal progressif perfectionné et riche en influences orientales, des nappes de synthé aux percussions, mais c’est surtout la voix et le timbre du chanteur Zaher Zorgati qui donnera cette couleur si particulière au premier concert de la soirée.

Le niveau technique est impressionnant, et les envolées solistes de la guitare spectaculaires. Le bassiste est loin d’être en reste et manie sa six-cordes avec une dextérité et une facilité déconcertantes, à grand renfort de headbangs et autres windmills. Si les paroles sont en anglais, le chanteur s’adressera au public dans la langue de Molière à plusieurs reprises. La réponse des fans est enthousiaste mais il est encore un peu tôt et la salle n’est qu’à moitié pleine, nous rappelant à quel point il est parfois ingrat de devoir ouvrir un festival… Après 45 minutes de jeu et une ultime apparition de la danseuse, le groupe s’incline et remercie chaleureusement le public lorrain pour son accueil et ses applaudissements.

Vous !

Le temps d’atteindre la scène « club » et c’est au tour de Kryzees de faire son apparition. Le groupe High Hopes originaire de Metz joue dans un registre heavy metal oldschool dont les riffs et la voix ne sont pas sans rappeler le répertoire d’Iron Maiden ou de Trust. Une bonne dose d’énergie et de testostérone qui mettra tout le monde d’accord, surtout que le jeu scénique des musiciens est excellent. Incapables de tenir en place plus de trente secondes, les deux guitaristes mettent tout leur cœur à l’ouvrage tandis que le chanteur dans son perfecto de cuir motive un public très réceptif. Sa voix est perçante mais puissante, à l’image de leur musique qui envoie du lourd.

Bref, une excellente découverte.

Encore vous !

Dans la grande salle, S.U.P débarque derrière un épais rideau de fumée qui ne se dissipera qu’à la fin de leur set. Le style visuel donne le ton d’emblée : sombre, oppressant, macabre. Le death metal dans lequel ils évoluent ne laisse place à aucun optimisme, voix gutturales et riffs lourds seront leur ingrédient de base. Le rythme est volontairement lent, tandis que les écrans géants projettent en continu des images morbides. On se sent soudain vidé de toute énergie et on assiste impuissant à l’enchaînement des titres froids et mélancoliques. Les morceaux sont pourtant loin d’être mauvais et rappellent étrangement la période doom des débuts d’Anathema mais on a davantage la sensation d’assister à une messe noire qu’à un concert, et l’ambiance glaciale explique en grande partie le peu de réaction du public.

Une prestation qui restera très réussie d’un point de vue musical.

Il est temps de rejoindre le groupe lorrain Wheelfall (oui, l’affiche sert également à promouvoir les groupes locaux) qui prend position sur la scène Club. Un problème de son viendra éclipser le chant sur les premiers morceaux, mais on découvre rapidement que les quatre garçons ont du potentiel. En effet, leur musique tout en lourdeur et en rythmes lents ressemble à un mélange de Black Sabbath et de Queens Of The Stone Age. La voix est percutante, juste et puissante, et le quatuor High Hopes dégage une énergie à laquelle on n’était pas préparé en pénétrant dans la salle. Le sol et les murs tremblent, les baffles crachent et le public apprécie, dommage que les musiciens soient plutôt statiques.

Qu’à cela ne tienne, Wheelfall reste une excellente surprise musicale.

Orphaned Land

Dire qu’Orphaned Land était attendu comme le messie ce soir là serait non seulement un doux euphémisme mais également une métaphore que votre serviteur ne pouvait s’empêcher de placer au vu de la situation : cheveux longs, mal rasé, pieds nus et vêtu de sa tunique, le chanteur s’avance sur scène et bénit la foule d’un mouvement de la main. Il ajoutera un peu plus tard pour clarifier la situation : « Pour ceux qui n’auraient pas compris je ne suis pas Jésus ». Sans blague ?

Le concert est festif et la bonne humeur est de mise, à l’instar du guitariste qui sourira de la première à la dernière note. Un sourire communicatif qui mettra le public en effervescence, d’autant que les Israéliens ont le sens du spectacle ! Comme pour Myrath, une danseuse s’invitera sur scène à deux reprises, accentuant le côté dépaysant de leur metal oriental. Les fans sont au rendez-vous et le chanteur les sollicitera à de nombreuses reprises, tendant le micro vers la fosse ou leur faisant signe de chanter plus fort. Les morceaux interprétés représentent une belle palette colorée de ce dont le groupe est capable : voix death metal alternant avec voix claire, gros riffs électriques laissant place à la guitare orientale, la musique nous transporte dans l’univers d’Orphaned Land et même si on ne comprend rien aux paroles, il règne comme une odeur de sainteté dans la salle ce soir-là.

C’est sur des applaudissements nourris que le groupe se retire après un show d’une heure tout rond.

Insane

Certains ce soir là estimaient que l’affiche du festival manquait cruellement de heavy et de thrash, mais c’était sans compter sur la présence très remarquée d’Insane. Dans un pur thrash des familles, les cinq lorrains déversent leur rage et leur gros son qui tâche dans une fosse qui semble apprécier cette déferlante de watts. Le chanteur bodybuildé à la carrure de boxeur harangue son audience de sa voix grave et puissante, tandis que les guitaristes grattent à s’en arracher les doigts. La batterie n’est pas en reste et arrose tout ce petit monde de son flot d’invectives rythmées. Nous apprenons qu’ils ont joué cet été durant le festival OFF du Sonisphere, tandis que les titres s’enchaînent avec une ardeur bienvenue. Sur le dernier morceau, le groupe invite Kryzees et Wheelfall à les rejoindre sur scène pour un hommage à Pantera, dont ils interpréteront « Walk » d’une main de maître, accompagnés en chœur par la salle pleine comme un œuf.

Un excellent show, qui a eu le mérite de nous recharger les batteries pour la suite du programme.

Punish Yourself VS Sonic Area

Beaucoup de personnes attendaient la prestation de Punish Yourself avec impatience, et il faut admettre que nous en faisions partie. Quiconque a assisté à un de leurs spectacles (le terme n’est pas galvaudé) sait que les yeux prennent aussi cher que les oreilles, pour peu que le groupe soit en forme. Ce qui fut le cas lors de cette date du Metal Ride ! Tandis que les techniciens s’occupent des balances, de curieux cyber-punks tout droits sortis d’un film de science fiction post-apocalyptique investissent la scène et se mettent à régler leurs instruments. L’exercice durera un bon quart d’heure durant lequel les samples électro accompagneront la trame sonore, et nous comprenons que le concert a déjà commencé ! Les réglages ne sont finalement qu’un prétexte pour installer l’ambiance et le DJ du projet « Sonic Area » gère derrière sa console le flot électro-expérimental qui se déverse dans la salle. Les membres apparaissent les uns après les autres, peints en vert fluo de la tête aux pieds, derrière un rideau translucide éclairé par des néons de lumière noire. Autant vous dire que visuellement, ça en jette !

Le metal psychédélique qui a fait la marque de fabrique du groupe, sorte d’hybride entre Ministry, Rob Zombie et Manson, laisse perplexe au début, mais très vite le public s’emballe. Les gros riffs lourds de la guitare ne laissent personne insensible (n’oublions pas que l’audience est exclusivement composée de metalleux), et c’est une claque monumentale que les Toulousains nous infligent. Esthétiquement, rien n’est laissé au hasard : le chanteur déjanté se roule par terre, joue avec le rideau qui semble subitement devenu vivant, va au contact du public, tandis que la chanteuse, tout aussi barrée, se scarifie métalliquement avec une disqueuse électrique, à grands renforts d’étincelles et de mimiques dignes de Frankenstein. Dans une ambiance chauffée à blanc, les premiers rangs du public viennent rejoindre le groupe sur scène pour un ultime morceau où un fan terminera à poil (après avoir réclamé toute la soirée que le chanteur fasse de même, quelle ironie !), et le groupe prend congé avec la satisfaction du devoir accompli : Mr Arco, le DJ, nous confiera que fédérer un public de metalleux est loin d’être un exercice facile, mais que la réponse de la salle a dépassé ses attentes. Vous l’aurez compris, le concert de « Punish Yourself VS Sonic Area » a marqué les esprits, et ce sera pour nous celui qui mérite la palme de la soirée.

Quel sens du spectacle, quel son !

Arkan

Dernier groupe oriental de la soirée, les Parisiens d’Arkan partagent également la tournée d’Orphaned Land. Dans un style plus brutal et moins léché que Myrath, ils envoient du gros son dont les fans de heavy se délectent à grand renfort de pogos. La chanteuse Sarah est dotée d’une voix sublime capable d’atteindre des hauteurs improbables, tandis que son acolyte Florent s’occupera des grunts et des graves. L’alchimie opère et c’est une musique très homogène qui nous est proposée, avec un juste milieu entre sonorités orientales et le son tranchant et lourd des guitares saturées. La présence scénique est irréprochable et les artistes arborent un sourire qui en dit long sur le plaisir qu’ils éprouvent à ce moment-là. La ravissante chanteuse s’adressera régulièrement au public, le remerciant sans cesse de l’accueil et de l’enthousiasme auxquels le groupe a eu droit. Mais ne vous laissez pas tromper par sa gentillesse et sa candeur, elle est la première à headbanguer comme une furieuse dès que l’occasion se présente.

Le concert se terminera un peu trop vite à notre goût mais il est déjà temps de rejoindre la grande salle pour l’ultime rendez-vous de la soirée.

Moonspell

Les Portugais de Moospell étaient ce soir-là en tête d’affiche et le public s’était visiblement déplacé pour eux. C’est donc une clameur sourde qui monte de la fosse lorsque les musiciens entrent en scène, dans une ambiance visuelle sombre et inquiétante, caractéristique de leur identité visuelle. Le death gothique, c’est leur rayon depuis plus de vingt ans et, avec huit albums à leur actif, chacun dans la salle pouvait affirmer connaître au moins un morceau de leur discographie. Les tubes s’enchaînent (« Finisterra », « Scorpion Flower », « Vampiria », « Alma Mater ») et l’ambiance survoltée de la salle monte crescendo. Le chanteur Fernando Ribeiro n’aura aucun mal à se mettre le public dans la poche et fera à lui seul tout le spectacle. Jouant avec son pied de micro ou manipulant des miroirs pour projeter des faisceaux lumineux, c’est lui qui se trouve sous le feu des projecteurs tandis que le reste du groupe reste un peu en retrait. Le set est propre et professionnel, un peu trop malheureusement, ce qui rend la prestation assez lisse au final. Un peu de fun et d’enthousiasme n’auraient pas été de trop mais cela ne semble pas avoir gâché le plaisir du public.

Le groupe se retire après un peu plus d’une heure de concert après une prestation de qualité saluée comme il se doit par le public.

Un mot enfin sur l’organisation : exemplaire. Malgré deux désistements dont l’un quelques heures avant le coup d’envoi, les organisateurs ont su gérer de manière très professionnelle la déconvenue. La restauration et les boissons étaient de qualité pour un prix très correct, l’accueil chaleureux quel que soit le stand, la sécurité compréhensive et pas dans l’excès, comme on peut parfois le voir. Avec une affiche clairement orientale, l’asso Metal Ride a fait un pari qu’elle a remporté haut la main car les fans étaient au rendez-vous et les commentaires positifs quelles que soient les personnes interrogées.

Bravo pour cette quatrième édition qui en appelle, nous l’espérons, beaucoup d’autres.

Live report : Philippe Ehrhart
Photos : Le Duc



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