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Interview   

MetalDays : faire des festivals autrement


« C’est plus de mon âge les festivals. On dort pas assez, on passe des heures entières debout, on voit tellement de concerts qu’à la fin on ne sait plus ce qu’on écoute et on n’a plus de jus pour la tête d’affiche. » Un tel ressenti peut affecter même quelqu’un ayant une passion forte pour la musique. Et ce n’est pas une critique, c’est un constat et c’est ce à quoi l’on s’engage lorsque l’on part en festival.

Il y a encore quelques années, on aurait pu croire qu’il était inhérent au concept de festival de musique d’être jusqu’au bout-iste dans son déroulement : beaucoup de groupes, des concerts non-stop et parfois même plusieurs en même temps. Mais depuis quelques temps apparaissent des évènements musicaux construits différemment, l’exemple le plus parlant dans le milieu du rock étant les croisières metal.

C’est du postulat de base que l’on peut organiser un festival autrement et de l’envie d’apporter de la nouveauté et de la tranquillité que Boban Milunovic et MH Music Holiday pensent leurs événements au cœur de la ville de Tolmin en Slovénie.

« Nous offrons des vacances et de la musique, ce n’est pas un festival standard. »

Radio Metal : Est-ce que tu peux nous en dire plus sur toi, comment tu as rencontré ton partenaire et ce qui vous a mené à travailler ensemble et produire des concerts et festivals ?

Boban Milunovic : J’ai toujours été un fan de metal, j’ai commencé à en écouter quand j’étais très jeune et j’en écoute toujours [petits rires]. C’était en quelque sorte naturel pour moi d’éventuellement faire ça comme job. En 2007, j’ai rencontré les personnes qui organisaient Metalcamp à cette époque et je me suis retrouvé à m’occuper de l’organisation du festival avec eux. Avec le temps, nous avons arrêté notre partenariat et désormais je suis seul à gérer MetalDays. Voilà comment ça s’est passé.

Quelles sont tes influences et références en matière d’organisation de concerts et de festivals ?

J’essaye de faire un festival différent de tous les autres festivals. J’ai toujours pensé que faire quelque chose qui existe déjà n’est pas vraiment une réussite. Pourquoi faire quelque chose qui existe déjà ? Tu dois faire quelque chose de différent, et avec le temps, notre festival a évolué pour devenir ce qu’il est maintenant. Nous offrons des vacances et de la musique, ce n’est pas un festival standard. Il y a deux rivières sur le site du festival et si tu prends le full package, tu peux nager pendant la journée et voir des concerts le soir, ou tu peux aller faire ce que tu veux en dehors du festival : faire du parapente, du canoé, du rafting. C’est un pack complet, un mélange entre du bon metal et du bon temps que tu pourrais passer en vacances.

Tu produis plusieurs festivals dans des styles différents comme le MetalDays, Overjam Reggae, MotörCity et Punk Rock Holiday. Quel est l’élément que tous ces événements ont en commun d’après toi ?

Ce que ces événements ont en commun est le lieu où ils se déroulent : c’est un lieu unique, et nous gardons la même idée pour chacun de ces festivals. Nous offrons un mélange de musique et de vacances, voilà l’élément commun. En dehors de ça, chaque festival est indépendant l’un de l’autre et ce n’est pas la même équipe qui va travailler sur le MetalDays que sur un autre. Tu as besoin de beaucoup de rigueur parmi l’équipe pour organiser un festival. Tu ne peux pas gérer un festival de reggae avec des metalhead ou inversement. C’est quelque chose auquel il faut faire très attention : ce sont des fans de punk qui s’occupent de Punk Rock Holiday, des fans de reggae qui s’occupent de l’Overjam Reggae, nous organisons le MetalDays et le Winter Days Of Metal avec des fans de metal et nous organisons aussi le MotörCity qui est un festival de blues rock avec des fans de blues rock. C’est très important. Il faut que tu retrouves cet état d’esprit parmi l’équipe.

Et toi, comment fais-tu pour travailler sur des festivals avec des styles si différents ?

La seule façon de le faire, et c’est la nôtre, comme je viens de le dire, c’est d’avoir des gens dévoués qui aiment ces différents styles de musique. Ce n’est pas moi qui m’occupe du line-up de tous les festivals, seulement de celui du MetalDays, Winter Days Of Metal et MotörCity. D’autres personnes s’occupent du line-up du Punk Rock Holiday et Overjam Reggae. Nous sommes amis et nous travaillons ensemble dans le même bureau, donc nous nous voyons tous les jours et nous partageons nos expériences et idées mais lorsqu’il s’agit des décisions finales en ce qui concerne la programmation du Punk Rock Holiday, je ne suis pas impliqué. Je fais confiance à mes partenaires parce qu’ils viennent de ce milieu et connaissant la scène mieux que moi. Je pense que c’est la seule façon d’y arriver. Si j’étais autant impliqué dans le Overjam Reggae que je le suis dans le MetalDays, je ne pense pas que le festival aurait autant de succès parce que je ne connais pas autant ce style de musique que le heavy metal.

Ce qui est intéressant à propos des festivals que tu organises c’est que d’habitude, un gros festival est une expérience épuisante à cause du bruit, du nombre important de concerts et c’est impossible d’assister à tous les concerts. Mais le MetalDays et les autres festivals que tu produis peuvent se révéler être très relaxants car tu ne vas pas forcément voir tous les concerts, d’ailleurs tu peux très bien ne pas voir un seul concert de la journée et te reposer sur les bords de la rivière ou te promener en ville, profiter de la nature. Est-ce que c’était ton but d’en faire une expérience plus relaxante pour les fans de musique ?

Oui, bien sûr, c’était mon projet. Et nous sommes toujours en train de travailler là-dessus. Nous n’aimons pas l’idée d’avoir un festival qui ressemble à la plupart des autres festivals. Ça me fait penser aux aéroports : quand tu vas là-bas, tu n’as plus besoin de réfléchir parce que tout le monde te dit quoi faire et tu te contentes de suivre les règles. Nous ne voulons pas de ça dans notre festival. Quand tu viens chez nous, tu fais ce que tu as envie de faire. C’est censé être amusant, c’est censé être une expérience sympa, un endroit où tu peux te relaxer. Peut-être que parfois ça donne l’impression que c’est anarchique ou que nous ne savons pas ce que nous faisons mais c’est tout le contraire, nous organisons nos festivals de cette façon. Nous aimons l’idée de laisser les gens passer leur temps comme bon leur semble.

D’un autre côté, je suppose qu’organiser des festivals si différents qui proposent autant d’activités vient avec des tas de problèmes de sécurité. Comment tu fais pour gérer ça ?

A vrai dire, je crois que la Slovénie, en tant que pays, est plutôt sécurisée parce que c’est un très petit pays sans importance. Si on regarde la politique mondiale, il y a beaucoup de pays européens plus importants que la Slovénie et il s’est passé beaucoup de choses l’année dernière – des attaques à la bombe, des attaques terroristes – et ça ne se produit toujours pas en Slovénie parce que nous sommes un petit pays pas très intéressant. Du coup, nous ne sommes pas autant inquiets en ce qui concerne la sécurité que d’autres pays européens le sont. Pour autant, des services de sécurité seront présents, la police par exemple, et nous suivons les règles et ce que la loi exige de nous. Je crois que nous avons fourni beaucoup d’efforts et fait de notre mieux pour rendre le festival aussi sûr que possible.

« Tu as besoin de beaucoup de rigueur parmi l’équipe pour organiser un festival. Tu ne peux pas gérer un festival de reggae avec des metalhead ou inversement. […] La seule façon de le faire c’est d’avoir des gens dévoués qui aiment ces différents styles de musique. »

Est-ce que tu penses que c’est important pour un festival de ne pas seulement se concentrer sur les groupes qui y jouent mais également sur l’ambiance qui y règne ?

Oui, je pense que le plus important est l’association de ces deux choses. Il y a beaucoup de festivals dans lesquels tout est à propos de la musique, et où tu n’as rien d’autre que de la bonne musique. Si tu t’y rends pour une journée ou un week-end, c’est cool, tu y vas pour voir plein de groupes et puis tu rentres chez toi. Mais si tu viens au MetalDays, tu es forcément là pour au moins une semaine, donc c’est crucial pour nous d’offrir un bon équilibre entre l’ambiance du festival et la musique. C’est le mélange de ces deux choses qui fait de MetalDays ce qu’il est.

A propos de ce mélange, quand tu organises un évènement comme celui-là avec autant d’activités, je suppose qu’il est assez facile de perdre de vue son objectif. Est-ce que c’est quelque chose qui te préoccupe de ne pas réussir à trouver cet équilibre ?

Oui, évidemment, mais c’est quelque chose dont nous nous occupons toute l’année. MetalDays reste un festival de metal et si tu jettes un œil au line-up, il est aussi bon qu’un autre, nous avons Judas Priest comme tête d’affiche, nous avons un paquet de bons groupes. Ça reste un festival de metal, c’est notre principale préoccupation, et tout le reste est du bonus. Si tu t’en occupes et que tu es prudent, alors ça marchera bien.

Est-ce que tu penses que si tu programmais plus de groupes pendant le festival, cela ne fonctionnerait pas aussi bien ?

Je ne sais pas, je n’y ai jamais pensé. Nous avons beaucoup de groupes de programmés, cent-trente-quatre cette année, c’est bien. A vrai dire, je ne pense pas que nous pouvons programmer plus de groupes sur trois scènes, il nous faudrait installer une quatrième scène. Je pense que ce serait exagéré, trop de musique et pas assez de temps libre pour tout le reste.

Comment parlerais-tu de l’impact économique et touristique du festival sur la ville de Tolmin ?

Nos festivals représentent des événements touristiques majeurs dans cette région et il n’y a aucun autre événement qui se rapproche seulement de ce que nous faisons en termes de chiffres. Je pense que c’est très important pour la ville de Tolmin d’avoir ces festivals, cela accroit chaque année leurs standards de vie et de voir que certaines personnes ont choisi d’investir dans des appartements pour essayer de faire partie de cet événement est la preuve que ces festivals sont très importants.

Comment décrirais-tu la relation que les habitants de Tolmin entretiennent avec le festival ?

Je pense qu’elle est positive. Nous avons récemment fait circuler un questionnaire pour savoir ce que les gens pensent des festivals et les résultats montrent que quatre-vingt-douze pour cent des sondés pensent que les festivals sont quelque chose de très important pour la ville de Tolmin.

Est-ce que tu peux nous en dire plus sur la ville et sur le choix d’en faire le cœur de tous ces festivals ?

Le festival reggae que nous organisons maintenant a été le tout premier festival à se dérouler à Tolmin, je ne me rappelle plus très bien mais je crois que c’était en 2002. Et c’est la raison pour laquelle nous avons ensuite choisi Tolmin : le festival a gagné en importance et nous avons vu du potentiel parce que c’est un emplacement agréable et unique, c’est différent de tout le reste et les étrangers aiment venir ici et visiter le festival. C’est la raison pour laquelle nous avons commencé MetalCamp à cet endroit et avec le temps nous avons investi notre énergie et notre argent dans ce lieu. L’année dernière, les propriétaires du Overjam Reggae nous ont proposé de prendre les commandes parce que c’est un festival qui a eu des hauts et des bas, mais je trouve que c’est sympa et qu’il y a du potentiel pour l’avenir. Et c’est pourquoi nous avons repris ce festival également.

MetalCamp est devenu MetalDays ; est-ce que tu peux nous en dire plus sur la transition entre les deux ?

Nous étions quatre partenaires à l’époque du MetalCamp et au fur et à mesure que le temps passait, nous avions des points de vue différents et nous n’étions pas en accord sur ce que le festival devait être. L’un des partenaires était le propriétaire de la marque MetalCamp, donc quand nous avons chacun pris un chemin différent, ce n’était pas possible de continuer à utiliser cette marque, c’est pour ça que nous avons renommé le festival MetalDays. Mais sinon, le festival est plus ou moins toujours le même.

« Peut-être que parfois ça donne l’impression que c’est anarchique ou que nous ne savons pas ce que nous faisons mais c’est tout le contraire, nous organisons nos festivals de cette façon. Nous aimons l’idée de laisser les gens passer leur temps comme bon leur semble. »

Le MetalDays a un petit frère, le Winter Days Of Metal. En dehors du lieu du festival, quelles sont les différences entre produire un festival qui a lieu en hiver et un festival qui a lieu en été ?

Je dirais que c’est plus simple d’organiser un festival en hiver parce que les concerts ont lieu dans une salle et planifier un concert en salle ne pose pas autant de problèmes qu’un concert en extérieur. La deuxième chose, c’est que dans les festivals en intérieur, il n’y a pas de camping, les visiteurs logent dans des hôtels ou des appartements, et ils vivent leur vie pendant la journée, tu n’as pas besoin de t’occuper d’eux et ils viennent seulement pour les concerts en soirée. D’après moi c’est plus facile à organiser qu’un festival d’été en plein air.

Ce qui est intéressant à propos du concept du Winter Days Of Metal Festival c’est que l’hiver est généralement une période très fatigante pour beaucoup de gens – à cause du travail et tout le reste. Est-ce que c’est un moyen d’offrir aux gens une ambiance estivale mais en hiver ?

Oui, entre autres. Pas seulement cette ambiance estivale, je pense aussi que le Winter Days Of Metal permet aux gens d’échapper à leur vie quotidienne pour quelques jours, de faire une pause et passer du bon temps avec des groupes de metal, à faire du ski, etc. Ensuite, ils retournent à leur vie quotidienne avec les batteries rechargées à fond. Et quelques mois plus tard, l’été revient et tu retournes en festival.

Une question un peu plus personnelle : quelles sont tes influences musicales personnelles ? Et est-ce que tu joues d’un instrument ?

Oui, je joue de la guitare dans un groupe qui s’appelle Stray Train, c’est un groupe de heavy blues rock. Mes toutes premières influences musicales sont en fait le blues rock. Je considère personnellement le blues rock comme étant le parent du heavy metal, c’est ce qui a permis au rock et au metal de se développer et devenir ce qu’ils sont aujourd’hui. J’aime tout ce qui va de Muddy Waters aux plus récents comme Joe Bonamassa, en passant par Gov ‘t Mule et Warren Haynes, ce sont les groupes de blues rock que j’adore. Pour ce qui est du metal, j’aime des groupes comme Tool, Gojira, j’adore Alice In Chains. J’aime le mélange entre l’agressivité et l’atmosphère du metal et une bonne mélodie.

Ici en France, on ne sait pas grand-chose à propos de la scène metal slovène et la façon dont elle est représentée dans les médias. Est-ce que tu peux nous en dire plus ?

La scène metal slovène a récemment bien évolué et il y a beaucoup de bons groupes comme Noctiferia, Metalsteel, Within Destruction. Nous avons aussi un très bon doom/sludge, ça s’appelle The Canyon Observer. Il y a beaucoup de bons groupes et je trouve que la scène metal en Slovénie est de très bonne qualité. Avec un peu de chance, je vois bien certains de ces groupes signer avec de bonnes maisons de disques et conquérir l’Europe.

Comment est-ce que le metal est représenté dans les médias slovènes ?

Ça reste une scène alternative, ça ne fait pas partie de la culture mainstream, donc le metal est représenté en fonction de ça, mais le metal attire de plus en plus l’attention avec les années et le metal est une part importante de la scène musicale en Slovénie, ce n’est plus seulement un style un peu à l’écart, ça a gagné en importance.

Interview réalisée par téléphone le 12 avril 2018 par Philippe Sliwa.
Transcription & traduction : Lison Carlier.

Site officiel de MetalDays : www.metaldays.net.



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