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Chronique Focus   

Metallica – 72 Seasons


72 Seasons, ou plus précisément les dix-huit premières années de notre existence qui seront déterminantes pour la suite. Un thème pessimiste – teinté de déterminisme – qui forme la trame de fond du onzième opus du maître de l’Olympe en matière de musique heavy. Metallica a désormais habitué le monde entier à attendre longuement avant d’obtenir un nouvel effort canon, quitte à le faire patienter à coups de nombreuses sorties annexes qui viennent compléter le catalogue des collectionneurs. 72 Seasons n’échappe pas à la règle établie depuis Reload (1997) et pas moins de sept années le séparent de son prédécesseur Hardwired… To Self-Destruct (2016). Si la sortie d’un nouvel album de Metallica va inévitablement constituer un évènement planétaire et nombre de réactions emphatiques à travers le globe, que doit-on attendre désormais de la part du quatuor ? De là découle toute l’appréhension de ce nouvel effort. L’évènement n’implique pas nécessairement l’excitation.

Douze compositions dont aucune ne descend en dessous des cinq minutes, excepté « Lux Aeterna » et « Too Far Gone ». Si le style a varié, Metallica a à peu près conservé sa manière d’écrire des chansons depuis l’époque Load/Reload en ne reculant devant aucune tirade. Surtout, il opère aujourd’hui en interne sans véritable apport du producteur (ici Greg Fidelman qui a été reconduit après l’expérience Hardwired… To Self-Destruct) qui, en d’autres circonstances, n’hésiterait pas à tailler dans le gras. L’opus s’ouvre logiquement par « 72 Seasons » et son introduction qui, au lieu de créer de l’excitation et de l’anticipation, traîne en longueur. Le riffing caractéristique de Metallica est à l’œuvre, profitant des binaires marqués de Lars Ulrich et de la voix, certes, parfois pantouflarde mais efficace de James Hetfield, d’autant qu’on retrouve un peu de grain pour un supplément de hargne. Un démarrage en fauteuil qui bénéficie tout de même de son énergie et brille par la noirceur des thèmes abordés. Le titre profite d’un break abrupt qui rajoute de la dynamique et permet à Kirk Hammett de s’échauffer convenablement. Rien qui ne prouve une baisse de forme ni des coups d’éclat : confort et efficacité sont de mise. « Shadows Follow » emboîte le pas et s’articule autour d’un même riff plombé qui crée une impression d’homogénéité avec son prédécesseur. Les envolées mélodiques de James Hetfield – qui semble confirmer une sorte de regain de jeunesse – supportées par des harmonisations sont à ce titre bienvenues, tout comme sa pré-outro musclée.

72 Seasons fait sourire lorsqu’il laisse transparaître ses mises en place caractéristiques de Metallica aujourd’hui, taillées pour le live et faire grimper l’excitation. « Sleepwalk My Life Away » et son intro à la basse grondante atterrissent sur – à nouveau – un riff mid tempo pesant qui prend de la hauteur via les phrasés mélodiques de James. Le Black Album (1991) n’est jamais vraiment loin. « You Must Burn ! » est lui aussi un petit renvoi à cet amour du heavy plombé – on frôle même le doom, sur la section centrale très sabbathienne aux chœurs inquiétants. Dans l’ensemble 72 Seasons préfère avoir les genoux solides que mettre le pied au plancher. « Lux Aeterna » se dégage ainsi de l’ensemble et en revient à un vocabulaire thrash/punk des premières heures du groupe. Une variation rythmique bienvenue et moins grandiloquente dans son agencement, qui rappelle que les musiciens ont toujours une dextérité indéniable. C’est d’ailleurs la seule véritable modulation de dynamique avant que Metallica ne décide d’en revenir à de longs – trop longs – développements. « If Darkness Had A Son » n’a pas la fougue et la prestance des fresques épiques d’antan, bien que le traitement vocal plus nuancé suscite l’attention. « Room Of Mirrors » et ses allers-retours rythmiques incessants sont plus ambitieux. Le groupe alterne entre accélérations et ralentissements impromptus et James Hetfield se montre plus facétieux. Le morceau a des allures de bazar à peine organisé mais ne cesse de vivre et semble refuser les enchaînements téléphonés. Metallica donne l’impression de s’amuser et prolonge le plaisir avec les onze minutes d’« Inamorata » en guise de conclusion. Un développement centré autour d’un riff lourd et de quelques phrasés mélodiques éparpillés qui laissent place à une accalmie langoureuse avant le classique passage NWOBHM pseudo-épique. Celui-là même qui précède les frasques de Kirk Hammett et une conclusion toujours repoussée.

72 Seasons ne peut en aucun cas être perçu comme une baisse de régime. En réalité Metallica continue de produire des titres honorables qui entretiendront la flamme, même chez ceux qui ne sont pas totalement transis. Le groupe accuse toujours les mêmes excès de longueur et certains développements dispensables. Peu importe : Metallica a gagné le droit de faire ce qu’il veut depuis longtemps. Son aura est telle qu’il parvient à créer l’évènement en étant parfaitement routinier. Le privilège de ceux qui ont joué sur les sept continents en une seule année.

Clip vidéo de la nouvelle chanson « 72 Seasons » :

Clip vidéo de la chanson « If Darkness Had A Son » :

Clip vidéo de la chanson « Screaming Suicide » :

Clip vidéo de la chanson « Lux Æterna » :

Album 72 Seasons, sortie le 14 avril 2023 via Blackened Recordings. Disponible à l’achat ici



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  • Franchement, une bonne surprise.
    Supplante les Load Re-load, death magnetic, même…hardwired sans parler de St Anger.

    En 2023, la sortie de ce disque est une bouffée d’air frais avec quelques saveurs d’antan.
    Pour avoir été au SDF le 19 mai, le premier sentiment c’est oui ils jouent sur leur acquis mais une impression de réelle puissance se dégage. Ils sont là comme pour le black de ’91.
    Une revue de styles depuis Creepin death en ouverture et qui finit sur le sandman.
    3 morceaux extraits de 72 seasons ont été joués ce 19 mai : 72 seasons très retour aux sources, If Darkness Had a son (très rythmique à la JH, gimmik’ envoutant de KH et marteauthérapie de LU implacable) et you must burn( titre qui aurait eu sa place sur le black album vu son rythme lent).
    Ils ont prouvé que même s’ils sont dans un confort de sénateurs, ils restent les patrons mondial du métal. C’est efficace et bien enlevé. Parfois long mais la prestation de titres comme King nothing sorti de load ou moth into flames de …hardwired sur scène emmène la foule avec eux. Ne soyez pas top durs, quant ils ne seront plus là, on sera tous tristes.
    72 nécessite de nombreuses réécoutes pour discerner l’architecture des morceaux et le montage de l’album il est vrai…

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  • Tout à fait banal pour ne pas dire médiocre… et passer à plus d’une écoute devient pas loin du pensum.

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  • Quelle délivrance quand le cd est terminé…

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    Marcel Vincent laizavu

    tu l’as acheté ?

  • riquetharleymetalrock dit :

    album sympa a ecouter point…. apres je laisse les rageux critiquer et aux autres apprecier un bon album de metal…..yeah
    bon metal a tous et toutes

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    jojo

    bien resumé….. metalment votre

  • https://www.youtube.com/watch?v=Xv5Rhp3fX60

    Une vidéo bien sympa de Thomas Lang, apprenant et reprenant Lux aeterna. Facile vu son niveau, mais il fait une bonne analyse du jeux de Lars et du morceau en général. Très intéressant et instructif!

    L’album n’est pas un classique mais on est quand même loin des chutes de jam mal aboutis faut pas abuser non plus…

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  • Album dense qui effectivement demande plusieurs écoutes.
    Trop de titre et certaine longueur, mais l ensemble est honorable.
    A l instar d’ ACDC ou de Maiden, très content de pouvoir écouter un nouvel album de Metallica en 2023.
    Loin d être parfait mais également loin d être mauvais.
    Bref j’adhère.

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  • Les pires fans de Metallica sont les fans de Metallica, quand vous aurez fait autant de monuments que eux, vous pourrez vous permettre de faire la fine bouche ! Metallica a sorti un bon album en 2023. On voit qu’ils se sont amusés, et c’est tout ce qui compte. Arrêter de d’espérer qu’ils vont reproduire master of puppets.

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    Pat

    Exactement l’argument qui m’horripile par définition : « puisque c’est Metallica ( ou AC/DC ou Maiden ou je ne sait qui )et du fait de leur historique, nous nous devons de les respecter en disant forcément que c’est bon, même si le résultat est plus que moyen !! et ils font ce qu’ils veulent, ils n’ont plus rien à prouver , blablabla … » fatiguant . Pour ce qui est de Metallica, j’ai assisté comme d’autre à la sortie de Kill ‘Em All en 1893. J’était hyper fan jusqu’à Masters. Le fait qu’ils soient devenus des légendes est incontestable mais de là à valider toutes leurs nouvelles sorties parce que Metallica est écrit dessus, faut pas pousser. On dirait un réflexe pavlovien ni plus ni moins. Je suis un mordu de musique , en aucun cas un salarié de la Metallica inc. Si le résultat ne plait pas , on a – encore – le droit de le dire sans pour autant enlever quoi que ce soit à leur héritage ni être excommunier, du moins j’ai la faiblesse de le croire . Ils font ce qu’ils veulent ?!? tant mieux , moi aussi et l’album restera dans le bac. Pas de panique les amis, ils vont le vendre par palette avec tous les « yeah yeah (James) » et les « wah wah » (Kirk) habituels et de rigueur. Vive le Metal !

  • Des automatismes, du jus de jams mal abouties, des longueurs, du rabâchage, des clichés… A côté de ce truc tellement peu inspiré, Death Magnetic passerait presque pour un classique.
    Alors j’ai envie de croire que 72 seasons est un mauvais millésime et que le prochain album sera peut-être d’une toute autre envergure.
    Vraiment je ne comprends pas ce qu’il y a à sauver dans ce cru 2023 ni comment on peut se contenter de ça.

    On dirait un Kill’em all coupé à la flotte.

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  • Utilitariste gaulois dit :

    L’album se mérite.
    Les titres sont pour la plupart excellents : denses, lourds, voire étouffants. Les fils conducteurs ne se dévoilent qu’après plusieurs écoutent. Pas de titres commerciaux, sauf pt Lux Aeterna. Ce n’est pas du easy listening.
    Bref, un pure régal pour ma part.

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  • Un véritable supplice à écouter. Entre ce que le groupe a pu produire de très bons, avec des hauts et des bas selon les décennies et les goûts de chacun. Mais là…

    Au risque de lâcher une bombe, même St. Anger est mieux, c’est dire.

    La plupart des titres se ressemblent.
    Le chant d’Hetfield est devenu insupportable.
    Room of mirrors sort du lot avec ses breaks.
    Les titres sont trop longs pour rien (encore). Au bout de 2 minutes c’est l’ennui.
    Le titre de 11 minutes pourquoi ? Quand on veut se lancer dans ce genre de prouesse, il y a pour moi une chanson de référence « Dante’s Inferno » d’ICED EARTH.

    L’album est ennuyeux, mais le clôturer avec Inamorata qui va nulle part au bout de 4 minutes, c’est affligeant.

    Mais bon c’est Metallica il fait ce qu’il veut. Y aura que les die hard fans pour lui trouver des qualités comme les fans de Kanye West. Des génies incompris que seul une poignée d’élus arrivent à comprendre pour se rassurer.

    Bon j’en aurais des choses à écrire, mais en conclusion le groupe devrait rappeler Bob Rock (et une 2ème bombe avant de conclure, mais je le pense).

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    Marcel Vincent laizavu

    je suis assez d’accord avec ce que tu dis mis à part que oui… je trouve certaines qualités à cet album mais de quel droit tu te permets de comparer un fan de metallica… de métal donc avec ce connard de West? Juste pour ce commentaire tu mériterai un grand tatanne de l’espace dans ta face

    Marcel Vincent laizavu

    une grande tatanne*

    Rififi

    L’aveuglement ou surdité dans le cas présent d’un fan n’a pas de genre musical spécifique.

    Pour la tatanne  » 2 heures du mat’ sur l’parking d’Auchan, faudrait qu’on s’voit »

  • Un album étouffant, les bonnes idées sont noyées au sein de chansons souvent interminables. Il faut rajouter à cela une très grande homogénéité des morceaux, qui finalement se ressemblent beaucoup (pas un seul clean, très peu de variations rythmiques). Overkill, qui a sorti également aujourd’hui son nouvel album, s’en sort bien mieux en terme de variété et d’agressivité, même s’il n’aura pas un millième de l’exposition de Metallica. Le privilège des grands, qui peuvent se permettre de sortir des albums moyens (rien n’est fondamentalement mauvais ici, il n’y a juste aucun éclat) tout en continuant à remplir les stades.

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    Thomas

    Complètement d’accord avec ce commentaire.

    Torion

    Encore un grand album bien agressif et technique avec un grand batteur un grand frontman à écouter absolument ! Vivement un concert ! Quel groupe cet Overkill !!

    Dark S.

    L’album d’Overkill est totalement oubliable. Du Overkill de base, efficace évidemment, mais ultra routinier en fait. De toute façon, Metallica ne fait plus du Thrash depuis des lustres (dès Ride The Lightning montrait une volonté de ne pas se laisser cantonner dans un style), donc la comparaison avec Overkill n’a pas lieu d’être.

    Complétement en phase avec ces propos d’Axl.
    Pourtant fan depuis plus de 30 ans… C’est vraiment l’album sans risque, « bouche trou » pour remplir s’il le fallait encore, le porte feuille du groupe.
    Marketing à l’Américaine, tout est efficace mais sans âme.
    Allez passons à autre chose. 🙂

    Nans

    C’est clair que lorsque l’on compare avec les dernières productions de Death Angel, Exodus, Testament, Megadeth et Overkill. Metallica est bien loin de faire du bon trash old school. Perso, Metallica me fait penser à ces groupes comme Five finger machin… Qui font du métal alternatif américain peu inspiré qui cartonne auprès de la masse. Seule différence, Metallica a fait des trucs bien y’a 40 ans! C’est un avis purement personnel et je respecte ceux qui apprécient.

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