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Chronique   

Metallica – S&M 2


À nouveau, Metallica devrait susciter quelques débats. En 1999, le groupe avait décidé d’enregistrer un concert avec l’orchestre symphonique de San Francisco dirigé par Michael Kamen. Le concert a donné naissance à S&M, Symphonique et Metallica, qui présentait les compositions les plus célèbres du groupe (et deux inédits) travaillées avec des arrangements d’orchestre. À l’époque et compte tenu du statut de Metallica et de son répertoire, l’entreprise avait tout d’audacieux. Si désormais la conjugaison d’éléments metal et classiques n’effraie plus personne et n’est plus aussi antithétique, la pertinence des arrangements orchestraux est toujours le centre d’inquiétude. Si S&M proposait des moments épiques où l’orchestre apportait une véritable plus-value, le live tombait trop souvent dans l’écueil de la « superposition », à savoir deux partitions qui se jouent en cadence sans vraiment se compléter. Vingt ans plus tard, Metallica a décidé de réitérer l’exercice avec le même orchestre, cette fois-ci dirigé par Michael Tilson Thomas au sein du nouveau stade des Golden State Warriors (et non au Berkeley Community Theatre à l’instar de la première édition). Sobrement intitulé S&M 2, le concert devait proposer de nouveaux arrangements et démontrer à nouveau la capacité d’adaptation de Metallica aux contextes les plus exigeants.

Comme à l’accoutumée, l’orchestre interprète la désormais traditionnelle « The Ecstasy Of Gold » qui annonce l’arrivée des titans américains. Une version plus solennelle magnifiée par le jeu de piano et reprise en chœur par le public. Grandiloquent, oui. Metallica peut. « The Call Of Ktulu » s’annonce et bénéficie grandement de l’alliance des cordes et des cuivres qui embellissent les arpèges de guitare. L’orchestre parvient à amplifier ce que les versions originales véhiculaient en les respectant scrupuleusement. La synergie des éléments est flagrante dès la première écoute, à l’image des élancées de cordes qui suivent la course effrénée des soli de guitare. L’introduction de « For Whom The Bell Tolls » prend une tout autre dimension, à la limite du pompeux. Les véritables moments de grâce de S&M 2 surviennent lorsque l’orchestre réinterprète les introductions de Metallica, à l’instar de « The Day That Never Comes ». Quand Metallica privilégie des titres à la construction moins audacieuse, comme « The Memory Remains » ou « Confusion », l’orchestre prend des allures de simple supplément. La réussite de l’introduction de « No Leaf Clover » (un des titres composés pour le premier S&M, ceci explique sans doute cela) prouve que certaines compositions sont davantage propices à des orchestrations pertinentes.

L’orchestre n’est certainement pas relégué au second plan, bien au contraire. La seconde moitié du live présente le deuxième mouvement de la Suite Scythe de Serge Prokofiev, « Tchoujbog Et La Danse Des Esprits ». Lorsqu’on connaît l’univers de Prokofiev, inutile de préciser que l’interprétation de ses compositions a le don d’installer une atmosphère singulière, au terme d’un crescendo plébiscité par le public. Metallica intervient progressivement en s’intégrant à « The Iron Foundry, Opus 19 », un classique d’Alexander Mosolov et du mouvement de la musique futuriste. La composition fait immédiatement penser aux exercices de reprise classique de Mekong Delta, et finit avec des allures de titre barré, quasi indus, comme la mise en branle d’une machine au pouvoir immense à laquelle participent les toms de Lars Ulrich et les leads de guitare de Kirk et James Hetfield. S&M2 se met presque à subordonner Metallica à l’orchestre. « The Iron Foundry, Opus 19 » aboutit sur « The Unforgiven III ». Il va sans dire que l’orchestre subjugue les notes de piano de l’introduction et confère un cachet dramatique, aidé par les cuivres et les xylophones. Certains arrangements de cordes évoquent les signatures de Joe Isaishi, compositeur japonais connu en Occident pour son travail avec Hayao Miyazaki. James Hetfield se met à chanter seul par-dessus l’orchestre sans démériter, peut-être même davantage poussé dans ses retranchements émotionnels. Cette interprétation de « The Unforgiven III » décide de ne pas faire participer le reste du groupe et contribue à créer de l’anticipation. Les autres musiciens interviennent sur « All Within My Hands », incroyablement plus délicate que l’originale ainsi complètement revisitée en acoustique. À nouveau, Metallica ne désire pas lâcher la bride. Le quatuor laisse la part belle à l’orchestre, se contentant de recréer le groove présent sur la version de St. Anger (2003).

Fait notable, « (Anesthesia) – Pulling Teeth » sera interprété par le contrebassiste de l’orchestre, Scott Pingel, pour honorer la mémoire de Cliff Burton, à la manière dont l’aurait fait un membre d’Apocalyptica. L’interprétation touche par sa gravité et son minimalisme avant de monter en puissance et de paver le chemin pour « Wherever I May Roam ». Metallica regagne ses pénates, tranche dans le vif et fait coexister distorsion et arrangements épiques. Cette synergie entre orchestre et groupe prend une tout autre allure lorsqu’elle s’exprime sur les titres les plus iconiques du groupe, que ce soit « One », « Nothing Else Matters », « Master Of Puppets » ou « Enter Sandman ». Les cordes font écho aux phrasés de guitare mémorable de « One », l’introduction légendaire de « Master Of Puppets » a le même effet rentre-dedans que la première itération de S&M. On regrette néanmoins que « Nothing Else Matters » se contente d’une partition plus discrète de la part de l’orchestre. Les cuivres laissent sur leur faim, trop succincts. Les mouvements d’« Enter Sandman » sont quant à eux recopiés par l’orchestre et les cuivres, justement, faisant naître un aspect festif que le titre n’a jamais cherché à véhiculer. À voir si ces accents légèrement « brass-band » ne risquent pas de refroidir les puristes.

Si la découverte des nouveaux arrangements a indéniablement quelque chose d’excitant et bien que l’effort de synergie (l’expérience aidant) soit palpable, leur apport n’est encore pas toujours éclatant. Les compositions de Metallica n’ont pas été pensées avec une orchestration à leur genèse et certaines ne peuvent éviter cet effet de superposition qui peut laisser circonspect. Évidemment, les hits intemporels emportent l’adhésion et l’orchestre les exalte. Louons également la volonté d’apporter du nouveau (« The Iron Foundry, Opus 19 ») et des revisites pertinentes (« The Unforgiven III » et « All Within My Hands »). Cependant, malgré la renommée de l’orchestre et le talent des musiciens de Metallica parfaitement à même d’évoluer avec un orchestre classique, S&M 2 ne reste la plupart du temps « qu’une » alternative divertissante aux versions traditionnelles, et ce pour énormément de moyens et une démarche qui n’a plus rien d’innovant.

Vidéo live de « Moth Into Flame » :

Vidéo live de « All Within My Hands » :

Vidéo live de « Nothing Else Matters » :

Album S&M 2, sortie le 28 août 2020 via Blackened. Disponible à l’achat ici



Laisser un commentaire

  • Le but n’était pas de réinventer l’eau chaude mais de renouveler l’expérience pour des fans en demande. Ils auraient pu copier coller mais je trouve que les ajouts sur la 2e partie étaient plus pertinents.
    Par contre les nouvelles orchestrations sur les morceaux classiques sont assez pauvres et suivent globalement les lignes du groupe sans se distinguer. À ce sujet, Kamen avait été excellent avec des lignes différentes dans le même thème qui se mariaient étonnement très bien.

    [Reply]

  • une démarche qui n’a plus rien d’innovant, soit je sais bien que dans le rock ou le metal tout semble avoir été dit, mais que pouvaient ils faire? Mettre David Guetta derrière? ou les Petits chanteurs à la Croix de bois?

    [Reply]

    Duncan

    Peut être le choix osé, couillu je dirai même, de ne faire une tracklist qu’avec les titres qui se prêtent parfaitement à l’exercice. Ça ne révolutionne pas l’exercice mais ça le rend plus efficace. Après, je ne l’ai pas encore écouté donc bon…

    black owl

    oui j’ai pensé un peu la même chose, exit Master of puppets aurait été judicieux ainsi que d’autres classiques.

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