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Potin   

Mettre de côté son bonheur pour créer


Certains producteurs ou réalisateurs se sont illustrés pour avoir particulièrement malmené leurs artistes afin d’en tirer le meilleur. L’anecdote la plus connue est celle de Stanley Kubrick harcelant Jack Nicholson, lui faisant volontairement tourner une scène plus d’une quarantaine de fois pour que l’acteur soit tellement hors de lui qu’il ait l’air fou à l’écran. Le résultat, incontestablement génial, on le connaît :

David Lynch avait insisté de manière similaire auprès d’un acteur de la série Twin Peaks, dont il voulait qu’il mange un sandwich de la manière la plus vulgaire et primitive possible. Plus récemment, dans un univers artistique qui nous concerne plus, Mika de My Own Private Alaska nous racontait à quel point les sessions de travail avec le producteur Ross Robinson (Korn, Sepultura, Slipknot…) sont traumatisantes :

« Ross fait exprès de te pousser à bout. Il fait exprès de te déstabiliser et de te fatiguer. C’est la raison pour laquelle beaucoup de groupes ne veulent plus enregistrer avec lui, car il te met à mal. […] Et puis il y a les sessions de « chirurgie mentale ». Il est pendant une heure, lumière éteinte, avec toi pour savoir ce que tu veux dire dans tes chansons, quelle énergie tu veux développer dans tes chansons et pour voir si tous les membres du groupe sont en phase. Le but est de te fragiliser. Car il estime que si tu es fragilisé tu va développer quelque chose de beaucoup plus émotionnel. Il estime qu’on se révèle beaucoup plus dans l’adversité, dans la douleur, dans l’effort que dans la facilité. Si j’avais fait ça il y a huit ans je pense que je ne m’en serais pas remis. »

Filter

Aujourd’hui, c’est Richard Patrick, leader de Filter, qui remercie son producteur Bob Marlette de l’avoir poussé à « mettre de côté son bonheur ». Au cours de l’écriture de The Trouble With Angels, le dernier album, celui-ci lui aurait en effet dit :

« Tu sais, je suis vraiment content que tu sois sobre, heureux, qui tu aies deux enfants adorables, une femme et une belle maison, mais j’ai besoin de ce taré lunatique qui a créé Filter en 1995. Ce type qui écrivait à propos de suicide, du fait d’être drogué, qui écrivait à quel point c’était drôle de détester Dieu. Tu dois abandonner ce bonheur. »

La chanson « Drug Boy » est d’ailleurs issue de la conversation suivante : « Qu’est-ce que ça te faisait d’être sous l’effet de la drogue ? » demande Rob. « Je me sentais surpuissant, comme si j’étais Dieu » répond Richard Patrick. Ce dernier considèrera par la suite que cette réflexion aura mené aux meilleures paroles de chanson qu’il ait jamais écrites.

Bob Marlette

Autant d’exemples qui suggèrent que la quiétude est l’ennemie de la création artistique. D’une part, parce qu’elle n’est pas inspirante et n’incite pas au dépassement de soi et d’autre part parce que c’est à elle que l’être humain aspire plus qu’à l’inspiration.



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  • J’aime beaucoup cet article…

    C’est pas possible c’est Metalo, que m’arrive-t-il ?
    C’est pas possible c’est Metalo, que m’arrive-t-il ?
    C’est pas possible c’est Metalo, que m’arrive-t-il ?

    …et je pense que l’on peut soulever cette question à bien des égards et dans bien des cas. La création est avant tout une oeuvre contre soi de toute façon comme on avance perpétuellement dans la vie contre ses limites, contre ses défauts, contre ses inhibitions, contre tout ce que l’on relativise d’ordinaire… quand on ne créé pas.

    Sur la musique j’imagine que bon nombre de grands albums ont été écrits dans la plus totale quiétude malgré tout.

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