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Interview   

Michael Schenker festoie avec ses apôtres


Après près de 50 ans d’activité musicale, Michael Schenker est fin prêt à entrer de plein pied dans la troisième phase de sa carrière. Cette phase a un nom : Michael Schenker Fest. Un objectif : la célébration. Regroupant certains des chanteurs emblématiques de sa carrière, le projet sort aujourd’hui un premier album au nom évocateur : Resurrection. Mais inutile de chercher plus de mysticisme que cela, Michael Schenker évoque les multiples allusions bibliques comme si elles étaient tout à fait anodines.

C’est dans le cadre de cette sortie que nous avons rencontré un Michael Schenker enjoué, passionné et particulièrement philosophe sur tout ce qu’il a pu traverser durant sa vie de guitariste. Clairement atypique mais aussi intègre dans ses choix et ses démarches dont il nous parle ci-après. L’homme revient non seulement sur la genèse (thématique oblige) du nouveau disque mais aussi sur son parcours, sur ses décisions de carrière et sa façon si particulière de se placer à fois en plein centre et complètement en dehors de la galaxie hard rock.

« C’est une résurrection car je suis parti et j’ai quitté une machine quand j’avais vingt-trois ans. C’est comme quitter son corps. D’une certaine façon, tu meurs. […] Mais c’est une résurrection, nous sommes de retour. »

Radio Metal : Tu as fondé Michael Schenker Fest pour célébrer ta carrière musicale et la vie. Qu’est-ce qui t’a motivé à le faire à ce moment de ta carrière ?

Michael Schenker (guitare) : C’est comme la troisième étape de ma vie. La première étape était ma contribution musicale au monde qui, inconsciemment, a eu beaucoup d’impact sur les générations. Pendant les années intermédiaires, il s’agissait plus d’expérimenter avec la musique et d’apprendre des choses sur la vie. Et maintenant, c’est la troisième étape. Les années entre les deux étaient les plus gratifiantes parce qu’elles m’ont apprises énormément sur la vie. Grâce à elles j’ai compris ce que j’ai fait pendant la première étape de ma vie : je peux en profiter maintenant parce que je peux assembler toutes les pièces du puzzle et comprendre d’où je viens, ce qui est arrivé, etc. Tout se déroule étape par étape. Il n’y a pas de grand plan ; une chose en amène une autre. J’ai joué mes chansons les plus connues pendant plusieurs années avec quelqu’un d’autre au chant, et, à un moment, j’ai commencé à penser « je crois qu’il est temps que je reprenne contact avec ces chanteurs », en tout cas ceux des années 80, Gary [Barden], Graham [Bonnet] et Robin [McAuley]. Nous leur avons demandé et ils étaient ravis de le faire. J’ai essayé de réfléchir à quels musiciens je voulais pour ce projet et ça a été facile : Chris Glenn et Ted Mckenna pour la section rythmique et Steve Mann, qui est un grand musicien et qui connaissait McAuley, comme guitariste et claviériste. Ces dix années et tous les membres actuels du groupe ont d’une certaine façon été combinés.

Ça a commencé avec quelques concerts dans des festivals, puis nous en avons donné au Japon et quand j’ai vu la salle, ça m’a rappelé Budokan et j’ai immédiatement décidé de filmer parce qu’il n’y a jamais eu d’enregistrement vidéo de concert là-bas, seulement audio. Ça m’a permis de boucler la boucle. J’ai décidé de le financer moi-même, j’ai recruté une équipe et tout ce qu’il faut, je l’ai mixé et édité et peaufiné et le rendu final était excellent. Je l’ai vendu à In-Akustic, la compagnie de câbles qui vendait mes CDs ces dix dernières années [petits rires]. Ma situation était plutôt stable avec eux, c’était important à ce moment-là. Mais je suppose que le live Michael Schenker Fest a commencé à tout mettre en perspective. Le monde entier avait l’opportunité de voir à quoi ça ressemblait.

Ensuite, je me suis dit « qu’est-ce que Michael Schenker Fest donnerait en studio ? » J’ai eu cette vision de nous en studio, avec une grande table surmontée d’un festin, avec une maitresse de maison au derrière généreux et portant des pintes de bière blonde, ou quelque chose qui ressemble à une célébration médiévale, où tout le monde mange un morceau d’agneau… [Rires]. Ce genre de choses. Schenker Fest en studio. Mais au fur et à mesure que l’album était en développement, les choses ont commencé à changer ici et là. Ensuite on m’a envoyé une photo avec une grande table mais ça ressemblait à La Cène ! [Rires] Je me suis dit « Attends une minute … » Et Doogie a écrit la chanson « Take Me To Church » et j’ai demandé « Est-ce qu’on utilise Michael Schenker Fest en studio pour le titre ou pas ? Est-ce qu’on attend encore un peu pour voir si on trouve quelque chose de mieux ? » « J’ai quelque chose d’autre : Resurrection. » Tout était en train de se mettre en place. Et d‘un seul coup, on s’est retrouvé avec quelque chose qui avait des airs de Bible !

Les gens me demandent tout le temps : « Pourquoi ‘Resurrection’ ? Tu n’es pas mort ! » Mais quand j’avais 23 ans, j’ai laissé derrière moi une machine, j’ai connu le succès dans son sens le plus large. En gros, je suppose que j’ai été universellement testé, on m’a donné un choix. Le truc c’est que, quand elles commencent quelque chose, certaines personnes veulent vraiment être riches et connues, et elles pensent que ça les rend heureux. Pour moi, tout ce qui importait était de jouer. Je n’ai jamais eu de concept prédéfini de ce que je voulais. Je prenais simplement du plaisir à jouer de la musique. C’est pourquoi j’ai été très surpris quand j’ai plus tard vu l’impact que ma musique a eu sur des groupes tels que Metallica ou Iron Maiden, Def Leppard et d’autres, parce que je n’ai jamais rien fait dans ce but. Lights Out a eu un énorme succès en 1976 avec UFO et d’un seul coup, j’ai eu peur, je pensais : « Oh, oh, ce qui me procurait du plaisir est en train de devenir une obligation et j’ai la pression, etc. ». J’ai réintégré le groupe deux mois plus tard – Pete Way m’en a persuadé – et ça a duré jusqu’à Strangers In The Night. Ensuite j’ai aidé Scorpions pour l’album Lovedrive pour leur ouvrir les portes des USA. Et puis j’ai décidé de… Tu sais, j’ai connu le succès et j’en suis très reconnaissant, et je pouvais désormais prendre une décision honnête : est-ce que je veux rester au sommet ou est-ce que je veux expérimenter avec la musique et avoir une vie plus tranquille, et apprendre des choses sur la vie, etc. Donc j’ai fait un choix. Pour résumer, quand j’ai quitté UFO, j’ai quitté une machine. C’est un peu comme si tu mourrais [rires].

Ensuite, en 2008, tout d’un coup… J’ai eu le trac toute ma vie à l’idée de monter sur scène, et d’un seul coup, en 2008, j’ai ressenti le besoin d’être sur scène. Je ne sais pas pourquoi. J’ai pris ça comme un signe et c’est à ce moment là que j’ai commencé ma collaboration avec une entreprise de câbles, qui a sorti mes albums pendant dix ans. J’avais un peu l’impression que j’étais en train de retourner dans cette machine mais pas totalement ; c’était un entre-deux. J’avais le sentiment d’avoir de nouveau onze ans et de devoir tout revivre, mais bien plus rapidement, à la vitesse de la lumière. Je développais quelque chose tout les ans. Ensuite, le Michael Schenker Fest a commencé, nous avons enregistré un DVD et les gens ont appris que j’allais emmener Michael Schenker Fest en studio donc nous avons commencé à recevoir des offres de la part de différentes compagnies. L’offre la plus attrayante était celle de Nuclear Blast. Mais je ne voulais pas le faire. Je n’arrêtais pas de dire : « Non, non, je ne veux pas. Je préfère rester dans mon petit monde [petits rires]. Je ne veux rien faire d’extravagant. » En fin de compte, mon représentant, Dr. Kaufmann, m’a encouragé à le faire et je me suis mis à y réfléchir. Je ne suis plus la personne que j’étais, je n’ai plus besoin d’autant de sécurité autour de moi. C’est un projet bien plus important que Michael Schenker Fest. Ça demande un soutien bien plus important ! J’ai réfléchi à toutes ces choses ensemble et ça paraissait censé. Il s’agit de professionnels, ils sont fantastiques et aujourd’hui je suis très heureux de les avoir rejoints, parce qu’ils ont ce qu’il faut pour gérer un projet pareil, pour nous soutenir comme ils le font. Je pense que c’était nécessaire. Et puis je suis une personne différente aujourd’hui, donc je ne me protège plus de choses qui étaient là auparavant ; elles ont disparu. Ces choses qui étaient présentes et dont j’essayais de me protéger ne sont plus là. On change. Comme je l’ai dit, d’un seul coup, j’ai eu envie d’être sur scène. Avant j’avais le trac de monter sur scène, les choses ont changé à différents niveaux.

« Ce qui m’aide le plus dans ma vie ? Plus je suis en mesure de dire du fond de mon cœur ‘ainsi soit-il’, plus la vie devient facile. […] Je me rends compte qu’à chaque fois que je m’attends à quelque chose et que je veux prendre le contrôle, c’est dans ces moments que des emmerdes arrivent. »

Je suppose que la première partie de ma vie, je ne sais pas, d’une manière ou d’une autre, inconsciemment, j’ai été placé là pour faire quelque chose dont je n’avais pas conscience, mais je me suis beaucoup amusé. Pendant les années intermédiaires, j’ai expérimenté et appris des choses sur la vie, et… je voulais dire autre chose mais peu importe. Ces années-là étaient les plus gratifiantes, parce qu’il s’est produit quelque chose qui m’a permis d’en apprendre plus sur ce que j’avais fait précédemment et m’a permis de surmonter les choses. C’était une période thérapeutique, pendant laquelle j’ai commencé à apprendre, à comprendre, etc. de façon à pouvoir accéder à la troisième partie de ma vie et en profiter, et reprendre là où je m’étais arrêté quand j’avais 23 ans, mais cette fois de manière consciente et en prenant du plaisir. Je pense que les années du milieu préparaient le terrain pour maintenant.

Tu as fait la remarque suivante : « on dirait que tout le monde célèbre sa vie et sa carrière au même moment. » Est-ce que tu penses que la nouvelle génération a un désir de vivre des moments de l’histoire auxquels elle n’a pas pris part ? Ou est-ce qu’il s’agit plutôt de nostalgie ?

Il y a beaucoup de raisons à cela. D’abord, je reprends là ou je m’étais arrêté quand j’avais 23 ans. Je reprends ça et l’emmène à un tout autre niveau, parce que quarante ans d’AC/DC est suffisant, maintenant on veut plus de détails, et je reviens pour faire ce genre de chose. La nouvelle génération aime bien avoir un aperçu de comment les choses étaient avant. Pour les fans inconditionnels ou pour les fans en général, c’est agréable de revivre quelque chose qu’ils aimaient quand ils étaient enfants ; cela stimule leur mémoire, leurs expériences passées. Et puis, faire un nouvel album ensemble c’est… Je suis un musicien ; je ferais des albums jusqu’au jour de ma mort, donc ce n’est que la prochaine étape parmi d’autres choses à venir. Qui sait ce qui nous attend au tournant ? L’album va sortir début mars. Nous commençons une tournée américaine, avec des shows de deux heures et demie. Et bien sûr j’ai intégré Doogie [White], qui était sur Temple Of Rock, et qui n’arrêtait pas de m’appeler : « Hey Michael, quand est-ce qu’on va faire le prochain album de Temple Of Rock ? » Je lui ai dit : « Doogie, on a sorti le dernier album il y a à peine un an, on a besoin d’un peu plus de temps ! » J’ai ensuite eu l’idée d’ajouter Doogie à la tournée, donc je lui ai expliqué : « Ecoute, comme ça tu pourras chanter, tu as écrit assez de classiques, il y a eu cinq ans de Michael Schenker’s Temple Of Rock » – deux DVDs lives et deux albums studios. Il n’a plus besoin de chanter les chansons des autres, il peut chanter ses propres chansons.

Nous faisons des concerts de deux heures et demie aux Etats-Unis et je ne sais pas si ce sera la même chose en Europe, mais c’est devenu un peu plus compliqué de mettre au point une setlist parce qu’il y a des nouvelles chansons. Il faut que tu décides combien de nouvelles chansons tu vas jouer, est-ce que c’est trop ou pas assez, etc. C’est un équilibre fragile : tu dois jouer des classiques et tu dois jouer des classiques encore plus classiques. Nous avons tous les chanteurs d’origine ; ils disent que c’est très amusant. Qui sait ? Peut-être que le prochain sera l’ultime Michael Schenker Fest avec Klaus Meine de Scorpions, pour la célébration des cinquante ans d’enregistrements – nous avons enregistré le premier album de Scorpions tous les deux quand j’avais quinze ans, et il a sept ans de plus que moi. Ça fera cinquante ans en 2019. Cette année, je crois que c’est le quarantième anniversaire de Strangers In The Night. Donc qui sait ? Peut-être que Phil Mogg fera une apparition sur scène. On ne sait jamais ! Peut-être qu’il chantera sur scène avec nous, ou alors nous enregistrerons un album ensemble. Ce sont des idées un peu improbables, mais au bout du compte, tu demandes et le pire qui puisse arriver c’est qu’ils disent « non » et dans ce cas-là tu n’as qu’à passer à autre chose.

L’existence de Michael Schenker Fest est axée sur la célébration ; comment as-tu abordé cette idée de célébration pour créer les nouvelles chansons ?

Tout d’abord, après le DVD et tout le reste, je me suis dit… Comme je l’ai déjà dit, j’avais cette vision de Michael Schenker Fest en studio, donc j’ai dit : « Ok, c’est parti ! » Tout le monde était prêt, tout le monde était excité, donc j’ai commencé à enregistrer des chansons. Je joue et je découvre ; quand je trouve quelque chose, un bon riff par exemple, j’enregistre quelques secondes de ce riff et je le mets de côté, et quand le moment est venu de faire un album, je reprends ce que j’ai mis de côté et je l’écoute : « Ah, celui-là ! » Je suis inspiré par ce riff et j’écris une chanson entière. J’obtiens dix ou douze chansons, je vais en studio et je commence à mettre les chansons sur une piste rythmique, et j’ajoute la batterie, puis la basse, possiblement du clavier, juste pour avoir une vague idée de la structure pour que les musiciens s’en fassent une idée : est-ce que c’est un double tempo, un tempo modéré ou autre. « Qui va chanter quoi ? » Nous ne savons pas. Nous l’envoyons à tous les chanteurs, et nous attendons de voir qui choisi quoi. Doogie a immédiatement choisi cinq chansons. Je lui ai dit : « Doogie, trois chansons seulement ! Trois chansons chacun ! » [Rires]. Au tout début, je ne voulais pas que chaque chanteur ait trois chansons et c’est tout. Je voulais avoir quelques chansons sur lesquelles tout le monde chante ensemble. J’ai composé la musique d’un morceau et le lendemain matin, Michael Voss m’a dit : « J’ai écrit quelques paroles et quelques mélodies vocales. Ecoute et dis-moi ce que tu en penses. » « Michael, c’est génial ! » Il était inquiet. Je lui ai dit : « C’est génial ! C’est parfait pour tous ceux qui sont impliqués. » Nous avons décidé qui chanterait quelle ligne et nous avons commencé l’enregistrement.

« Warrior » était la première chanson que nous avons terminée. C’est une chanson fantastique. Je peux l’entendre encore et encore, même sans le clip vidéo ; si j’étais un fan, je me demanderais : « Qui est-ce qui chante ? » Ce n’est pas un album ordinaire ou normal. Il y a quelque chose qui le rend amusant. Il y a une dimension supplémentaire qui est distrayante. Pour être honnête, je le trouve moi-même très distrayant, quand je les regardais chanter et s’amuser. Nous avons trois chanteurs et parfois c’est déjà compliqué de s’en sortir avec un seul. Je dis toujours : quand les conditions sont bonnes, ça fonctionnera. Si ça se fait naturellement, c’est que c’est censé se passer comme ça. Quand les conditions pour qu’il pleuve sont réunies, il pleuvra. Il ne pleuvra pas juste parce que tu le veux. Les conditions doivent être réunies. Il semble y avoir un processus et un progrès naturel. C’était la prochaine chose qui devait arriver. Tout le monde est heureux, tout le monde s’amuse. L’enregistrement de l’album était fantastique, et le fait d’avoir une maison de disque comme Nuclear Blast c’est… Comment on dit déjà ? [Parle en allemand avec quelqu’un à côté] La cerise sur le gâteau ! J’ai oublié l’expression allemande ! Elle parle allemand, je me suis dit qu’elle pourrait m’aider mais j’ai oublié comment on dit en allemand… Qu’est-ce que j’étais en train de dire déjà ? Ah oui, Nuclear Blast a complété le tableau. C’était tout simplement génial.

« L’inquiétude et le doute sont un poison dans la vie qui empêche les gens d’aller de l’avant. Tu ressens quelque chose dans ton cœur ? Alors vas-y, sans aucune attente. »

Les chanteurs sont généralement connus pour leurs égos importants. Est-ce qu’il y a eu des problèmes de ce genre en travaillant avec quatre chanteurs ?

C’est ce que je disais : nous avons tous grandi, nous avons vécu tout un tas de choses et c’est comme si tout le monde avait été préservé pour que cela se produise. Je vois les choses de cette façon. Il n’y a vraiment aucun conflit. Si les choses coulent naturellement, c’est que ce que tu fais était peut-être destiné. Parce que tu n’as quasiment pas à faire d’efforts. Pourtant, il s’agit d’un gros projet, qui coute beaucoup d’argent, etc. Mais tout le monde s’entend bien et apprécie la compagnie des autres, donc c’est super.

Plusieurs références à la religion sont présentes : le titre de l’album évidemment, mais aussi les chansons « Take Me To Church », « Salvation » ou « The Last Supper ».

Le titre « Resurrection » m’est venu quand j’ai entendu Doogie chanter sur « Take Me To Church ». Je ne sais pas où il a trouvé ça : « Doogie, qu’est-ce que tu fais ces derniers temps ?! » [Rires] Ensuite, quand j’ai vu l’image de la Cène et quand Michael Voss a écrit « The Last Supper », je me suis dit : « Si Michael Schenker Fest en studio est suffisament bon, peut-être qu’on peut appeler l’album Resurrection ! » Et ce pour une raison : d’une certaine manière, c’est une résurrection car, comme je disais, je suis parti et j’ai quitté une machine quand j’avais vingt-trois ans. C’est comme quitter son corps. D’une certaine façon, tu meurs et quitte l’endroit ou tu t’étais imposé, tu n’en fais plus partie, tu pars vers un autre univers, ou une autre planète. Le fait que le groupe entier, que tous les anciens membres soient tous de nouveau ensemble fait penser que tout le monde était parti, mais c’est une résurrection, nous sommes de retour. Tu n’as pas besoin de mourir pour appeler ça une « résurrection », ça peut être quelque chose qui avait été mis de côté pendant un moment et que tu recommences à utiliser par exemple.

C’est marrant que « Salvation » ait été le dernier titre que j’ai trouvé parce que je cherchais un titre pour une chanson instrumentale, et puisque qu’il y avait déjà « The Last Supper » et « Resurrection », je l’ai simplement appelé « Salvation » pour compléter ! En fin de compte, c’est comme une petite histoire de Jésus, musicalement parlant ; j’ai quitté une machine quand j’avais vingt-trois ans, et il y avait beaucoup de choses qui me font penser à la romance, la trahison, etc. Ces choses sont présentes dans mon histoire personnelle, mais liées à la musique. Quand tu vois toutes les personnes, avec la table et le studio, et tous les titres, ce n’était pas quelque chose de planifié. Chacun a ajouté sa pierre à l’édifice, petit à petit, pour créer cette image [rires]. Je ne sais pas comment ça s’est passé mais voilà comment ça a fini !

Pour en revenir au titre, Resurrection, est-ce que tu penses qu’il y a quelque chose après la mort ?

J’accorde tout mon crédit au créateur de toutes les créations. Je ne suis pas venu au monde parce que je le voulais – je ne me souviens pas de cette partie. Je ne partirai pas quand je voudrais partir. Je pense que je partirai quand il sera temps ! Pour faire simple, toute ma vie, j’ai eu une connexion avec quelque chose de plus grand que moi. Certains l’appellent Dieu, d’autres l’appellent autrement. Je pense simplement qu’il y a quelque chose de plus grand que le soi. Rien que cette idée là – si tu penses au peu de choses que nous savons et à toutes ces choses que nous savons ne pas connaitre, c’est inconcevable. C’est complètement inutile d’essayer d’analyser ou de donner un sens aux choses. Il faut lâcher prise. Ce qui m’aide le plus dans ma vie ? Plus je suis en mesure de dire du fond de mon cœur « ainsi soit-il », plus la vie devient facile. C’est simple. C’est incroyable. Je me rends compte qu’à chaque fois que je m’attends à quelque chose et que je veux prendre le contrôle, c’est dans ces moments que des emmerdes arrivent. Quand tu lâches prise, tu t’amuses, tu profites. D’un seul coup, les choses se font toutes seules. Par exemple, si quelqu’un devait détruire le projet de Michael Schenker Fest, et bien ok, c’est que c’est écrit, ce n’est pas grave ! Tout va bien. Mais il faut profiter du moment présent et ne pas s’inquiéter en se demandant « est-ce que tout ira bien ?! »

Steve Mann, notre guitariste et claviériste, a dit dans une interview : « C’est incroyable ! Tout se passe tellement bien ! Alors que si on y pense, ça aurait pu se passer très mal ! » Il a raison, mais je n’y ai même pas pensé, je n’ai jamais eu une seule pensée négative, je me suis seulement dit : « Ce serait une bonne idée que les chanteurs d’origine chantent mes chansons. » L’inquiétude et le doute sont un poison dans la vie qui empêche les gens d’aller de l’avant. Tu ressens quelque chose dans ton cœur ? Alors vas-y, sans aucune attente. Tu peux toujours demander, ça ne te coute rien. Tu peux faire de grands projets si tu veux, si tu es déçu et que ça ne marche pas comme prévu… Tout ce qui se produit dans ma vie est le résultat de circonstances, comme c’est le cas de la pochette de l’album, des titres, de tout. Les choses se font étape par étape, et personnellement je crois que la vie est faite d’étapes, comme un million de dollars en pièces d’un centime [petits rires]. C’est pareil. Sans ces étapes, et si tu ne profites pas de chacune d’entre elle au lieu de viser le but que tu veux atteindre… Tu ne sais pas ce qu’il va se passer par la suite, tout ce que tu as c’est le moment présent. C’est tout ce que tu as.

La chanson « Salvation » est l’occasion parfaite pour exprimer ta virtuosité : c’est une chanson instrumentale, avec la guitare dans le rôle de la voix. Avec la carrière que tu as, tous les projets que tu as eus, comment est-ce que tu vois ton rôle en tant que guitariste ?

Quand j’avais neuf ans, j’ai découvert le jeu sur une corde et c’est en gros ce que je fais depuis, j’étais inconsciemment incapable d’exprimer ça avec des mots, mais aujourd’hui je peux le faire : j’étais fasciné par le jeu sur une corde et j’ai développé l’art de la guitare solo en tant que pure expression libre. C’est pour ça que j’ai arrêté d’écouter de la musique et de copier les autres quand j’avais dix-sept ans. Je savais, de façon intuitive, que ma passion et mon idée, et ce que je voulais faire, était de m’ouvrir aux autres et les laisser essayer de comprendre ce qu’il se passait à l’intérieur. Tu peux soit copier ce qui existe déjà – certaines personnes décident de faire ça pour suivre une mode ou pour avoir une part du gâteau ou peu importe -, ou tu comprends que tu es un individu et que personne ne sait ce qu’il se passe à l’intérieur – je ne sais pas ce qu’il se passe là-dedans – sauf si tu t’ouvres aux autres et exprimes ce qu’il y a à l’intérieur. Tant que tu ne fais pas ça, le monde ne le saura pas parce que ça n’existera qu’ici [montre sa poitrine]. Si tu utilises ça de manière artistique, si tu es un peintre ou un musicien par exemple, la beauté de la chose est là : tu t’ouvres aux autres, tu répands une nouvelle couleur, ou une couleur qui était inconnue au monde. Si tu continues de faire ça tous les jours pendant des années, tu vas automatiquement, en tant que peintre ou guitariste, développer ton propre style parce que tout vient d’un endroit personnel. Ça ne vient pas de toi, ça ne vient pas de là, mais d’ici. Quand j’étais jeune, je savais que c’était ce que je voulais faire. Je voulais exprimer la façon dont je voyais les choses. Je voulais faire quelque chose de la façon dont je le ressentais, la façon que j’ai d’y prendre du plaisir – les yeux, les oreilles, le nez, tout ça réuni d’une certaine manière, avec ce genre de vibrato et avec ce genre de jeu, avec des mélodies ou je ne sais quel autre élément. J’ai continué à faire ça et, sans même m’en rendre compte, je suis devenu un créateur de tendance ! C’est la raison pour laquelle je n’arrête pas de dire « inconsciemment ». J’ai découvert dans les années 90 que j’avais influencé des « fans » comme Slash, Iron Maiden et tous ces groupes ! Mais je ne le savais pas quand j’étais en train de le faire, parce que c’était récréatif. Je m’amusais et je jouais, c’est tout.

« J’avais peur des Rolling Stones ! Je pensais que si j’intégrais le groupe, je ne survivrais pas plus d’un an [petits rires]. […] Je ne les ai jamais rappelés, et c’était tout. J’avais trop peur ! »

Kirk Hammett apparait sur l’album avec un solo. Lui et James Hetfield font partie des nombreux musiciens qui affirment que tu as eu une influence sur leur musique et leur jeu. Est-ce que tu entends cette influence dans leur jeu de guitare et leur musique ?

Je n’écoute pas de musique. J’ai entendu du Metallica une fois. D’ailleurs j’adore « The Unforgiven », c’est une chanson fantastique. Il y a certaines chansons auxquelles tu ne peux pas échapper, elles te suivent partout [petits rires] ; celle-là en fait partie. Je reconnais la partition classique que Kirk utilise. Je peux m’entendre dans cette partie classique. J’étais dans une boutique, je crois que c’était ici en France, et ils passaient du Metallica. J’étais en train de choisir des vêtements, et j’ai entendu quelques chansons de Metallica, et j’ai remarqué qu’à chaque fois qu’il utilise ce genre de jolie partie classique, qui produit un bon contraste avec le reste de la musique, je peux m’entendre. Son manager, Peter Mensch, m’a dit il y a très longtemps, que j’étais le Père Noel de Kirk. J’ai rencontré Kirk une fois en 1993, quand nous avons tous les deux été mis en couverture d’un magazine qui nous incluait dans les dix guitaristes les plus influents de tous les temps, mais il ne m’a jamais vraiment parlé parce que… C’est pareil pour moi ! Je n’aborderais pas Jeff Beck, c’est un peu la même chose. Mais au final, il voulait faire quelque chose, je crois que Eddie Trunk l’a aidé et a arrangé une rencontre ; nous étions invités à New York au Eddie Trunk Show à la télé, et nous avons joué un truc ensemble. Ensuite, quelques jours plus tard, Kirk est venu à un de nos concerts, et il a joué avec nous sur scène. Il est devenu un ami ! C’est un fan et un ami, et il joue dans le plus gros groupe au monde, donc je lui ai dit : « Hey, viens jouer sur mon album ! » [Rires]. Il était super content. Le management a même payé un vol vers Hawaï pour que notre coproducteur aille enregistrer dans le studio de Kirk. Il voulait vraiment en faire partie, et il nous envoyait des photos de Michael Foss et Kirk, et on peut voir qu’il porte sa tenue hawaïenne décontractée, on ne voit pas vraiment ses cheveux parce qu’il porte une casquette de baseball, et il a un sourire immense sur son visage, on dirait un jeune adolescent ! Je l’ai vu un peu plus tôt, et là sur la photo il avait l’air vingt ans plus jeune. Il est incroyable.

Par le passé, tu as auditionné pour les Rolling Stones et Aerosmith, Ozzy Osbourne t’a invité à rejoindre son groupe, Lemmy t’a invité à rejoindre Motorhead, on t’a proposé de rejoindre Whitesnake, tu as été approché par Deep Purple… Mais tu as décliné toutes les invitations. Beaucoup de personnes verraient ça comme une suite d’opportunités ratées.

Ouais, « Il doit être fou ! » [Rires]

Quel était ton état d’esprit quand on t’a présenté toutes ces opportunités ?

C’est peut-être la raison pour laquelle on m’appelle « the mad axeman »… J’ai connu la gloire et le succès quand j’avais vingt-trois ans. Les gens disaient constamment « Michael Schenker est un Dieu. » Je n’aimais pas vraiment ça. Nous avons eu un hit en 1976. A chaque fois que quelque chose devenait sérieux, je ne voulais pas le faire parce que ça effaçait le côté amusant, ça devenait une obligation : « Tu dois le faire. » Je détestais ça. Quand j’ai fini Lovedrive et que j’ai introduit Scorpions aux Etats-Unis, c’était le moment où… J’ai eu du mal à m’éloigner de Scorpions, parce qu’ils m’ont demandé de les aider mais après ils voulaient me garder. J’ai dit : « Attends une minute, j’ai ma propre vision. Je ne suis pas venu ici pour intégrer un groupe. Je suis venu pour aider, c’est tout. » Ils sont devenus désagréables et ils ont commencé à faire tout un tas de choses bizarres, dont je n’ai entendu parler qu’en 2015. Bref, tout ce dont je me rappelle c’est la difficulté que j’ai eu à me séparer de Scorpions, c’était tellement dur que quand on m’a sollicité par la suite, je me suis souvenu… D’abord, j’ai quitté UFO, je n’ai pas intégré Scorpions, puis j’ai commencé MSG, et Peter Mensch était là, à m’envoyer directement vers Aerosmith. Je venais juste de quitter UFO, j’ai eu du mal à m’éloigner de Scorpions et Peter Mensch m’envoie droit vers Aerosmith ! Il voulait m’envoyer quelque part alors que j’avais déjà pris ma décision : « J’en ai fini avec ça. Je veux faire ma propre musique ». Parallèlement – tout s’est passé de façon très rapprochée, sur une période de deux ans – j’ai reçu un appel d’Ozzy Osbourne au milieu de la nuit qui me demandait de rejoindre son groupe. C’est ça le truc, ça m’a rappelé pourquoi je ne devrais pas aller avec Ozzy Osbourne, pourquoi je ne devrais pas aller avec Aerosmith, pourquoi je ne devrais pas aller avec qui que ce soit, parce que j’ai quelque chose d’autre à faire.

On pourrait appeler ça des « tentations », qui m’auraient fait perdre mon espace de paix. C’est pour ça que j’hésitais un peu à me lier à une maison de disque de ce niveau ; mais voilà ce qu’il en est : si je me regarde, je vois que j’ai changé en tant que personne, et j’ai fait tous ces choix avec mon cœur. Un peu comme… Qu’est-ce qu’une nonne ou un moine font ? Ils renoncent à la vie pour l’amour de Dieu. Ils s’y dévouent mais renoncent à la vie. Ils ne prennent pas part aux plaisirs de la vie. Dieu vient en premier, et tout le reste s’y ajoutera. C’est un peu comme ça. Je ressentais certaines choses quand j’avais vingt-trois ans, et j’ai atteint ce niveau de succès… Lorsque les gens commencent, beaucoup d’entre eux ont probablement une vision des choses : « Oh, je vais devenir artiste, comme ça je serai riche et célèbre. Et je serai heureux. » C’est une possibilité pour certaines personnes qui pensent comme ça. Je suis reconnaissant d’y être arrivé sans le vouloir, mais j’y ai gouté et j’ai pu prendre une décision. Un peu comme « Est-ce que tu restes ici ou pas ? » « Non, je ne vais pas rester, je ne vais pas faire ça. » C’était un choix, et je suis reconnaissant d’avoir pu savoir, parce que quand tu ne sais pas, tu restes à te demander comment ça peut être là-haut. Je savais ce qu’il en était là-haut, donc c’était plus facile pour moi. C’est comme si ça avait été conçu de cette façon pour moi, pour que je puisse prendre une décision sans avoir de regret. Si tu n’atteins jamais cet endroit, tu auras des regrets parce que tu n’auras pas eu l’occasion de le vivre. Ça aurait pu te rendre heureux, mais pour moi, être là-haut et me rendre compte que ce n’est pas fait pour moi a été un choix honnête pour lequel j’ai été récompensé d’autres manières. C’était un rebondissement très intéressant.

« Pour certaines personnes, quarante ans à être riche et célèbre, c’est comme de l’héroïne : ils ne peuvent pas vivre sans ! Ils feraient n’importe quoi pour rester où ils sont. J’ai connu tout ça. Je te le dis : faire demi-tour et aller dans l’autre sens est la meilleure option. »

En ce qui concerne les Rolling Stones, on m’a demandé d’auditionner. Quand j’étais avec Scorpions pour travailler sur Lonesome Crow, je leur ai toujours dit que si un groupe anglais venait à me demander de les rejoindre, je le ferai, peu importe qui ils sont. Quand UFO m’a contacté, je ne l’ai pas fait parce que c’était UFO, je voulais juste aller en Angleterre ! En gros, je les ai transformés en un groupe de hard rock. Avant, c’était un peu un groupe psychédélique. Mais je m’y étais dévoué. Ça ne faisait que six mois que je les avais rejoints, quand j’ai reçu un coup de téléphone de ma propriétaire : « On t’a invité à auditionner pour les Rolling Stones. » Je n’avais que dix-huit ans à cette époque, j’étais très fragile et Brian Jones venait juste de mourir, et j’ai vu des photos d’eux sur lesquelles ils se cherchaient littéralement les poux ! J’avais peur des Rolling Stones ! Je pensais que si j’intégrais le groupe, je ne survivrais pas plus d’un an [petits rires]. J’ai appelé mon frère Rudolf et je lui ai dit : « Rudolf, on vient de m’appeler pour auditionner pour les Rolling Stones, je ne sais pas quoi faire, je suis super stressé. » Il m’a dit : « C’est ta vie, c’est à toi de décider, je ne peux rien faire pour toi. » « Ok… » Je ne les ai jamais rappelés, et c’était tout. J’avais trop peur !

J’avais fait un pas en avant, un grand pas entre l’Allemagne et l’Angleterre. UFO avait déjà un peu de succès, mais j’étais en Angleterre où les gens étaient intéressés. Plus de gens étaient intéressés par ce que je faisais qu’en Allemagne – ils aimaient la musique disco là-bas. Les artistes n’étaient même pas autorisés à avoir un management, c’était étrange en Allemagne à cette époque. J’avais l’impression d’être chez moi en Angleterre, et je pouvais enfin faire les choses que… La musique était un vrai métier là-bas ! [Rires] J’étais heureux d’être là et les gens me demandent : « Est-ce que tu parlais bien anglais ? » Non ! Je ne parlais pas du tout anglais et je suis content que ça ait été le cas parce qu’il était uniquement question de musique ! Pas le temps de discuter ! La musique uniquement. Un associé m’a dit : « Si tu savais ce qu’ils disent sur toi, tu quitterais probablement le groupe. Tu devrais être content de ne pas comprendre. » Je pense que le fait que nous ne pouvions pas communiquer en parlant était une très bonne chose, du coup nous devions nous concentrer sur la musique. Nous avons fait de très bonnes choses grâce à ça.

Par le passé, il y a eu des disputes et des duperies entre ton frère et toi à propos des crédits sur des chansons de Scorpions. Est-ce que cette expérience t’a rendu suspicieux de la manière dont les choses se font dans l’industrie de la musique ? Quelle est ta relation professionnelle avec le monde de la musique aujourd’hui ?

Je me suis lavé de tout. J’ai été trompé, on a profité de moi, on m’a arnaqué, et j’ai appris des choses de cette période de ma vie. Encore une fois, voilà ce que j’en dit : ainsi soit-il. Qu’est-ce que je peux dire d’autre ? Si ça se produit, c’est que ça doit être quelque chose… J’accueille les crises à bras ouverts. Elles nous enseignent des choses. Les crises me permettent d’apprendre et de comprendre des choses nouvelles. Si ça ne te tues pas, ça te rend plus fort. C’est la raison pour laquelle j’ai accepté. J’accepte. La clé est là : accepter. J’ai gardé mes distances avec Rudolf quand j’ai appris ce qu’il s’était passé et que je n’avais jamais su avant. Mais il n’y a pas de raison d’être amer. Si quelqu’un veut te frapper, ou si quelqu’un te brutalises, qu’est-ce que tu fais ? Tu gardes tes distances [rires]. Qu’est-ce que tu peux faire d’autre ? C’est le moins que tu puisses faire. Pour ne pas t’empoisonner à être amer envers certaines choses. Il y a eu tellement d’occasions ou j’ai été trompé et autres, mais ce n’est pas le propos. L’important n’est pas à quel point on s’est joué de toi, mais ce que tu fais de la situation quand ça t’arrive. Comment est-ce que ça t’affecte ? Comment est-ce que tu en ressors heureux ? Si tu y arrives, c’est que tu as géré la chose correctement. Si tu t’y accroches, si tu transformes ça en un problème, tu vas rester coincé au même endroit. Si tu n’en fais pas un problème, si tu laisses partir, ça n’existe plus. Et si ce n’est pas ta priorité numéro une, ça ne vaut pas la pleine de pleurer pour ça de toute façon. Tout dépend de ce qu’est ta priorité dans la vie. Qu’est-ce qui est le plus important ? J’ai été testé ; rester là-haut sur la voie du succès, continuer à être riche et célèbre, et peut-être même devenir stupide ou accro… Pour certaines personnes, quarante ans à être riche et célèbre, c’est comme de l’héroïne : ils ne peuvent pas vivre sans ! Ils feraient n’importe quoi pour rester où ils sont. J’ai connu tout ça. Je te le dis : faire demi-tour et aller dans l’autre sens est la meilleure option, parce que tu récoltes ce que tu sèmes, tu en seras récompensé plus tard. Donc ça va.

Comme Michael Schenker Fest a commencé comme une célébration, à ton avis, quels sont les moments les plus importants de ta carrière et de ta vie ?

C’est comme un livre : chaque chapitre est important. C’est ce qui fait que je suis là aujourd’hui. Si une partie manquait, je ne serais pas là. C’est un grand périple qui m’a mené ici, et je suis heureux là où je suis. C’est tout. A un moment, en 1995, j’étais à mon plus haut : je vivais des choses incroyables, etc. Mais encore une fois, ça fait partie de mon voyage. Cela m’a apporté des connaissances, le pouvoir de surmonter certains aspects de ma vie et de comprendre, d’accepter, et de gérer les choses négatives pour les transformer en choses positives. Tout était très important. Je ne sélectionne aucun moment ; et puis le passé est le passé, le présent est là. Je n’ai pas besoin de revivre quoi que ce soit, même un moment du passé qui était extrêmement plaisant parce que je vais de l’avant. C’est une nouvelle étape, avec de nouvelles circonstances et de nouveaux tests et challenges, etc. C’est un processus en cours : ça ne s’arrête jamais. Mon intérêt principal est ma passion pour la guitare et créer des sensations, des frissons que le monde entier ne comprendra peut-être pas, mais il y a des personnes sur cette planète que ça touchera. C’est une sensation géniale quand tu sais que quelqu’un comprend ce que tu as fait. C’est fantastique.

Interview réalisée en face à face le 4 décembre 2017 par Claire Vienne.
Retranscription : Claire Vienne.
Traduction : Lison Carlier.

Site officiel de Michael Schenker : www.michaelschenkerhimself.com.

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  • Quel melon ! « J’ai entendu du Metallica une fois », le gars doit écouter que ses disques… Super musicien tout de même faut l’avouer

    [Reply]

    lolo

    point de melon chez le teuton….c est juste un gars qui n ecoute pas de musique.. y en à plein

  • Michael Schenker est une icône. Une musicien hyper doué avec un sens hors pair de la mélodie et des solos plus qu’inspirés durant sa période dorée d’ UFO notamment. Le gars était intouchable et en même temps très fragile psychologiquement. Que ce soit Aerosmith , les Stones ou encore Ozzy, son style n’aurait été absolument pas adapté à aucun des 3 combos. Quant à Motörhead , je pense plus à une reflexion de Lemmy plus qu’ à un vrai objectif. Très peu voire aucun point commun , si ce n’est leurs abus de substances illicites. 0 chance de voir quelque chose aboutir de vraiment cohérent. En revanche ,comme beaucoup de musiciens de cette envergure, son égo surdimensionné semble lui jouer des tours. Lorsqu’il a quitté officiellement UFO en pleine tournée de Lights Out , il avait atteint un niveau de paranoïa inquiétant : fuite de la scène en plein concert , rasage complet de la tête…
    Son frère Rudolf lui vient alors en aide en l’invitant pour les sessions de Lovedrive. La stabilité de Scorpions l’aideront à se reconstruire et au final MSG verra le jour. En résumé, 5 solos,un titre instrumental énorme avec Coast to Coast.Pour autant, ce n’est certainement à lui seul que le succès international de Scorpions doit être attribué.D’ailleurs ,Animal Magnetism et Blackout feront de plus gros cartons outre-atlantique comparés à Lovedrive qui a un son bien plus européen.
    Ne pas oublier que son frère sera encore à ses côtés en 2006 et l’invitera sur scène à Wacken alors qu’il est au fond du trou , ne se remettant de son dernier divorce. Le début des années 2000 a été catastrophique pour lui et néanmoins son frère était encore là pour l’aider …
    La manière dont il s’est récemment et à plusieurs reprise attaqué publiquement à Rudolf est simplement inacceptable et égratigne son aura. Quant Il prêtant être conforme aux règles de Dieu en pratiquant l’acceptation des défauts des autres , il semble avoir des gros problèmes de mémoire. Ses dernières déclarations accusant Rudolf d’être une pâle copie de lui-même ne datent que de quelques semaines. Désespérant. D’ailleurs plus généralement tous ses musiciens qui se réclament avoir vu la Lumière en embrassant la Foi (Mustaine et Lawless) me gonflent sérieusement bien que leurs derniers albums soient très bons.

    Pour Michael Schenker ,je préfère donc m’en tenir qu’à ses productions artistiques dont les dernières sont de très haute qualité. Réunir ses 3 premiers chanteurs avec en plus le très bon Doogie White est une idée qui semblait inenvisageable il y a une dizaine d’années.
    Bref, j’adore le musicien , l’homme beaucoup moins.

    [Reply]

  • souvenir souvenir… lovedrive de scorpions , »stranger in the night » d’UFO et peu de temps après « One night at Budokan » avec MSG: 2 live en or gravés tout en haut.
    Schenker est ce musicien guitariste majeur, influent en métal, sans compromission et toujours indépendant dans son esprit: respect monsieur et merci pour toutes les émotions et les mélodies de votre jeu de guitare (doctor doctor..)

    [Reply]

    Labyrinth

    j’avais vu un concert du G3 en 2000 ou 2001 avec Satriani et Rondat. Je connaissais pas trop ce qu’il faisait et j’avais trouvé ça plutot bon. Mais le mec avait fait la gueule tout le set, et s’était barré sans avoir prononcé le moindre mot.. Pour boucler la boucle il n’avait pas participé au jam de fin de show. Un mec sympa quoi

    ear

    tu dois évoquer le concert de 1998 et pas 2000…j’y étais aussi.
    Schenker a fait son show correctement sans plus:à son crédit,il était apparemment malade( interview de Rondat à l’époque sur des médocs à prendre durant la tournée…)
    A mon avis un problème d’alcool ou autres substances à cette période (quel musicos n’en a pas eu y compris dans les groupes stars cf. Metallica…?!) qui ne risquaient pas de le rendre aimable:
    je préfère garder de lui le meilleur c’est à dire un créateur avec un son unique en réécoutant des titres cultes (rock bottom..) qu’il a pu faire.
    Concernant sa mentalité qui est de savoir s’il a un égo sur-dimensionné(comme beaucoup) , je préfère l’attribuer à son indépendance d’esprit comme il le dit dans l’interview (pas comparable avec son frère certainement..)et m’intéresser à ses œuvres plutôt qu’à son caractère qu’on peut juger peu sympathique pour certains mais qui ne sont que des détails ou des rumeurs sans importance des coulisses..

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