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Conférence De Presse   

Michael Schenker raconte Immortal


La réputation de Michael Schenker en tant que guitariste n’est plus à faire, et en tant que grand bavard non plus ! Alors quand le musicien convie un panel de journalistes à investir virtuellement le studio de son acolyte Michael Voss pour écouter en avant-première Immortal, son nouvel album sous la bannière du Michael Schenker Group – le premier depuis 2008, même si dans les faits, l’album suit plutôt l’esprit du Michael Schenker Fest –, puis faire la causette, forcément on s’attend à de longues réponses. Mais si on ajoute à ça la fierté évidente de Michael Schenker, les péripéties du projet et le fait que celui-ci ait pour vocation, ni plus, ni moins, de célébrer cinquante ans de carrière, c’est bien simple : on n’arrête plus le guitariste.

Voilà pourquoi nous vous proposons un compte rendu au discours direct de la majeure partie de la conférence de presse, celle où Michael Schenker nous conte le récit de la conception d’Immortal avec quelques détours sur sa carrière et sur des réflexions philosophiques. Un récit qui sera complété ultérieurement par le biais de l’interview en tête à tête téléphonique que nous avons réalisée avec le musicien.

« Je n’étais en compétition avec personne ; je déteste la compétition. Je fais de la musique comme un enfant dans un bac à sable, qui s’amuse à créer. C’est tout. »

« Nous avons fait un album avec Michael Schenker Fest il y a peu de temps. Michael Schenker Fest existe toujours ; le projet viendra faire des concerts à chaque fois que les gens pourront se l’offrir [petits rires], mais l’album Immortal de MSG, c’est pour célébrer les cinquante ans de Michael Schenker. Il peut y avoir n’importe qui dans le Michael Schenker Group. J’ai eu plein de line-up par le passé et on a toujours appelé ça Michael Schenker Group, peu importe qui y officie. Certaines personnes ne savent pas ce que MSG veut dire, parce qu’il y a différentes générations. Elles ne savent pas que c’est l’acronyme de Michael Schenker Group. Donc ayant la Flying V noire et blanche, le logo MSG et Michael Schenker sur la pochette, c’est très clair ; il y a plein d’éléments qui permettent de comprendre ce que c’est. Initialement, le nouvel album de MSG était censé se faire avec un batteur – Bodo Schopf –, un bassiste – Barry Sparks –, le guitariste Steve Mann, le chanteur Ronnie Romero et moi-même évidemment. En fait, j’avais même un autre plan encore avant ça : l’idée originelle était de trouver des fans de Michael Schenker qui soient des musiciens établis et d’écrire des chansons avec eux. Nous avions déjà commencé à travailler là-dessus, d’une certaine manière. Je crois que Kirk Hammett avait déjà commencé à travailler sur quelque chose. Je ne me souviens plus de tous ces nouveaux groupes… La plupart sont des groupes signés chez Nuclear Blast et sont des fans de Michael Schenker. J’ai donc proposé d’écrire avec eux. Ça aurait été une super idée ; peut-être que je ferai ça dans le futur, à une autre occasion.

En fait, ça faisait environ six mois que j’étais accaparé par d’autres choses. Je savais que le cinquantième anniversaire allait arriver et je savais qu’il fallait que je marque le coup. Mais je me suis laissé emporter par le Michael Schenker Fest : nous avions une tournée au Japon avec deux concerts au Forum Hall A, une salle de cinq mille places, avec un set A et un set B. Nous avions prévu de changer de batteur entre les sets, Bodo Schopf devait en faire un et Simon Philips l’autre. Ça aurait été des concerts merveilleux, mais avec le virus et les règles qui ont été instaurées… Les gens me suppliaient : « Michael, ne va pas au Japon ! Le Japon sera très en colère contre toi si tu le fais ! » J’ai dit : « Qu’en est-il de Whitesnake ? Est-ce qu’ils ont quand même décidé d’y aller ? » Finalement, nous avons tous annulé, et c’était une bonne chose. Mais je me suis préparé toute une année pour un programme de cinq heures – c’était exténuant ! Toute une année ! C’est là que j’ai commencé à réaliser… En fait, j’ai dit à quelqu’un : « Je ne peux plus vraiment faire l’anniversaire des cinquante ans, car ça sortira en janvier 2021. » Personnellement, je comptais les cinquante ans à partir du jour où j’ai posé ma première note de musique sur un album, c’est-à-dire en 1970, donc il fallait que ça sorte en 2020. Cette personne m’a fait remarquer : « Mais l’album est sorti en 1972 ! » Il y avait en effet un délai de deux ans : j’avais quinze ans quand j’ai écrit « In Search Of The Peace Of Mind » et que nous avons enregistré Lonesome Crow, mais on était en 1972 quand l’album est vraiment sorti, et à ce moment-là j’étais déjà parti, j’étais déjà dans UFO. J’ai donc dit : « Ah, d’accord, maintenant ça a du sens ! Si ça sort en janvier 2021, c’est bon alors. J’ai suffisamment de temps pour le faire ! » J’ai réalisé que je devais prendre en compte à la fois la date d’enregistrement et la date de sortie, ce qui m’offrait une fenêtre de tir plus large, car maintenant j’avais jusqu’à 2022 ! C’est là que je m’y suis mis sérieusement.

Quand nous avons fait l’album de Michael Schenker Fest – le second, Revelation –, nous avons cherché un chanteur pour la chanson « We Are The Voice » que Michael Voss avait apportée. Je pense que nous étions sous pression, les autres n’étaient pas prêts pour la chanson, c’était devenu un peu compliqué, et alors Michael a dit : « Pourquoi est-ce qu’on n’essaierait pas Ronnie, qui chante avec Ritchie Blackmore ? » J’ai dit : « Ok, tu peux l’avoir ? » Michael l’a immédiatement appelé et ils ont travaillé dessus. C’est à cette période que tout le monde s’est dit que Ronnie Romero pouvait être le futur chanteur de Michael Schenker. J’ai dit oui à Michael Voss, mais je ne savais pas comment Ronnie sonnait ! Mais s’il est suffisamment bon pour Ritchie Blackmore, alors il est suffisamment bon pour moi ! Le contrôle qualité avait déjà été fait par Ritchie Blacjmore ! Je savais qu’il allait être bon. Après avoir autant répété – pendant presque un an – pour le Japon, en ayant Ronnie présent aux répétitions et en l’entendant chanter les chansons de Gary Barden, de Graham Bonnet… Il sonne comme eux ! C’est un très bon imitateur, c’est le mec parfait pour remplacer des musiciens et à inviter. C’est la raison pour laquelle Ritchie l’a embauché ! Il devait chanter des morceaux de Joe Lynn Turner, Ronnie James Dio, Graham Bonnet, tous ces gens ! Donc il y a intérêt à trouver un gars qui est très bon pour faire ça, et c’est le cas de Ronnie. Ronnie Romero peut chanter et sonner comme n’importe qui. Ça a été le point de départ pour constituer le groupe qui célèbrerait les cinquante ans – Ronnie, Bodo, Steve, moi et Bary Sparks, qui a déjà été dans MSG avant et qui n’arrêtait pas de m’écrire : « Michael, je veux faire un album avec toi ! » Un bassiste fantastique, il a joué avec Ted Nugent, Dokken et plein de monde.

Puis avec le virus, ça s’est transformé en véritable périple. J’allais juste écrire des chansons, jouer et célébrer les cinquante ans avec ces cinq personnes, mais ça s’est finalement passé autrement. Tout le monde vit dans des pays différents, il y avait des contraintes à cause du coronavirus dans différents pays et tout le monde avait ses propres trucs à faire. Nous avons dû danser au jour le jour avec les règles des différents pays, avec le coronavirus, avec les restrictions de vie qui nous mettaient des barrières et des bâtons dans les roues. Mais il y a une chanson dans l’album qui s’appelle « He’s A Fighter » ! [Rires] Nous n’avons pas abandonné. Quand je vais partir demain, je vais devoir faire une quarantaine de quatorze jours – pour la seconde fois. La première fois que je suis venu ici, il a déjà fallu que je fasse une quarante pendant deux semaines. La seconde fois que je suis venu ici, j’ai eu de la chance, le Royaume-Uni s’en fichait. Mais maintenant, le Royaume-Uni a instauré de nouvelles règles : si je passe par la Hollande, je dois aller en quarantaine. C’est donc de merveilleuses vacances pour moi : deux semaines tout seul ! Il se peut que je sois obligé de le refaire, car nous avons prévu de faire d’autres clips, de la promo, etc. On peut faire des choses si on accepte les règles de la quarantaine, mais je suis le seul à les accepter. Tous les autres disent : « Oh non, non, pas moi ! » Il faut donc que ce soit moi qui subisse la torture, mais pas de souci ! Je suis le leader du groupe et quelqu’un doit bien en prendre le contrôle, donc je le fais.

« Je ne m’attendais pas à être une star. Je n’avais pas ce genre de rêve ; ça c’était Rudolf. Rudolf avait ces rêves de devenir riche, célèbre et être une star. Pour moi, c’est arrivé tout seul. Je me demande toujours : ‘Qu’est-ce que j’ai fait ?!’ Je n’ai rien fait ! Je n’ai fait que me faire plaisir ! »

Ça a posé problème avec Ronnie, parce qu’à un moment donné, son pays lui demandait de faire une quarantaine, mais il avait un planning chargé, donc il ne pouvait pas se permettre une quarantaine. C’est là que Michael Voss a eu l’idée de faire appel à Joe Lynn Turner. J’ai dit : « D’accord, c’est un plus s’il est intéressé ! » Du coup, lui et Joe Lynn Turner se sont réunis, et ce dernier a dit : « Ouais, allez on le fait ! » Puis, sans crier gare, Brian Tichy s’est manifesté et a voulu apporter sa contribution aux cinquante ans de carrière de Michael Schenker. Il a fini par jouer sur six chansons et il a joué gratuitement ! Il voulait juste célébrer l’anniversaire et y mettre tout son cœur. Bodo vit en Italie maintenant et quand le coronavirus est arrivé, il avait des problèmes – il était peut-être effrayé par la situation, il ne voulait pas prendre l’avion ou faire une quarantaine en revenant. Quand nous avions répété pour les concerts japonais qui n’ont jamais eu lieu, tout le monde était à Brighton, au Royaume-Uni, en studio de répétition. Je pense que grâce à ça, Bodo a été inspiré par la manière dont Simon Phillips fait ses trucs chez lui – il arrive à obtenir un son de batterie fantastique avec son installation. Donc Bodo a décidé de copier Simon et de se construire un studio de première classe rien que pour sa batterie afin de l’aider à faire des sessions, y compris pour l’avenir, sans avoir à quitter sa maison. Il était censé jouer l’intégralité les dix ou onze chansons mais, malgré ça, il a fini par n’en faire que trois, parce que Brian Tichy ne voulait pas s’arrêter de jouer et donnait tout ce qu’il avait, pour me montrer à quel point j’ai été important pour lui et je l’ai inspiré. C’est l’un des meilleurs batteurs au monde. Très original, absolument incroyable. Puis nous avions la chanson « In Search Of The Peace Of Mind » et Michael Voss a dit : « Tu sais quoi ? Ce serait un super morceau pour Simon Phillips à la batterie. » J’ai dit : « D’accord, on fait ça. » Ca a fantastiquement bien marché. Le son de batterie et sa manière de jouer avec moi à la fin, c’est tout simplement phénoménal. Puis il a aussi été suggéré pour « Don’t Die On Me Now », avec Joe Lynn Turner, qui est aussi une très bonne chanson pour lui.

Comme je n’écoute pas de musique, je ne sais pas ce qu’il existe, je ne sais pas qui sont les super chanteurs ou musiciens. Je me contente de créer des choses. J’ai donc demandé à ma partenaire : « Est-ce que tu connais des super chanteurs que je pourrais avoir sur cet album et qui sont potentiellement fans ? » Elle a suggéré Ralf Scheepers de Primal Fear. Elle est elle-même musicienne, donc j’ai confiance en ses goûts. Puis j’ai dit à Michael : « Essaye-le ! » Je crois que Michael le connaissait, parce qu’il est allemand et il est possible qu’il ait déjà fait quelque chose avec lui avant. Ils ont pris contact et Ralf était ravi de contribuer. Nous avons fini par le faire chanter sur deux chansons. Quand j’ai entendu la première chanson, « Drilled To Kill », j’étais absolument choqué par sa voix. C’est réellement incroyable. J’ai envie de rester assez metal et là c’était tellement… Boum ! Enfin, ils chantent tous super bien. Un autre truc fantastique qui s’est fait grâce aux circonstances, c’est que comme Brian Tichy a joué de la batterie, il a appelé Michael Voss et a dit : « Eh, j’ai un pote qui adorerait jouer sur l’album de Michael. Il s’appelle Derek Sherinian. » C’est le claviériste qui a joué dans Dream Theater. Quand j’ai entendu la chanson… Je n’avais jamais fait de bataille guitare/clavier. C’était la toute première fois de ma vie. Je n’arrivais pas à le croire ! J’étais tellement choqué par ce qu’il a fait et sa manière de complémenter mon jeu de guitare. Et pour couronner le tout, j’étais scotché par Ralf. C’est devenu la chanson d’ouverture. Incroyable !

J’ai fait presque tous mes enregistrements ici en Allemagne, dans le studio de Michael. Cela fait treize ans que nous travaillons ensemble ; c’est une relation de travail fantastique. Il sait comment créer un joli son de guitare lead. Il est lui-même guitariste. C’est un musicien fantastique et un super producteur. Il y a environ dix ans, je lui ai demandé : « Peux-tu m’aider avec du chant guide ? » Et finalement, aujourd’hui il se retrouve à chanter une magnifique ballade que personne n’aurait pu chanter mieux que lui. Je lui ai dit : « Michael, il faut que tu chantes la chanson. » Puis il y en avait une autre qui sonnait super bien, et j’ai dit : « Fais ces deux chansons. » Pendant que j’enregistre mes parties de guitares, Michael continue toujours à écrire des paroles et à composer, juste au cas où nous nous retrouvions à impliquer d’autres chanteurs. Il a interdiction de regarder par-dessus son épaule pendant que je joue. Il le faisait au début et je disais à Michael : « Michael, ce n’est pas une masterclass ! Regarde de l’autre côté et produis ! » [Rires] Désormais, il ne regarde plus quand je joue. Il a peut-être trouvé une astuce. Peut-être qu’il a une caméra secrète ou je ne sais quoi planqué quelque part qui lui permet de me voir. Mais bref, tant qu’il se concentre sur la production de la musique et n’est pas distrait par ce que je joue et comment je le joue, ce qui était le cas au début… Car ça détruisait tout de suite ma concentration, donc j’ai dit : « Michael, on ne peut pas travailler comme ça. » Maintenant, il regarde de l’autre côté et ça marche merveilleusement bien. C’est un producteur, il travaille avec plein de gens, il connaît plein de gens, et il sait aussi qui sont mes fans, car il est lui-même fan. C’est une autre raison pour laquelle je travaille avec lui : il sait comment faire et mixer ma musique. Il sait m’écouter. Il comprend instantanément ce que je demande, parce qu’il a grandi en étant inspiré par Gary Barden et Michael Schenker, et évidemment d’autres gens. Nous travaillons ensemble depuis 2007 – la première fois c’était quand j’ai fait un solo sur l’album solo de Gary, Michael le produisait – et ça fonctionne fantastiquement bien. Personne n’aurait été meilleur que Michael Voss pour ça.

L’album s’appelle Immortal parce que la musique nous rend immortels, car ça vient d’un endroit qu’on ne peut pas voir. C’est intemporel, ça vit éternellement. On ne peut pas comparer ça à un corps. Un corps n’est pas immortel. Mais il y a un endroit où l’on est immortels, et j’y puise ma musique et ma créativité. Je l’ai fait durant toutes ces années. Plein de gens savent que ce que je fais, c’est de la pure expression personnelle. Donc quand ils manquent d’idées, ils écoutent la musique de Michael Schenker pour trouver l’inspiration, et alors ils créent quelque chose à partir de ça. Si les gens comme moi n’existaient pas… Il en existe probablement quelques-uns, et ce sont ceux qui continuent d’injecter de nouvelles inspirations dans le monde du rock. Si tout le monde ne faisait que suivre une mode existante, le rock serait mort il y a quarante ans. On l’aurait usé jusqu’à la corde. On ne peut répéter une chose qu’un nombre limité de fois, et ensuite c’est terminé ! Si personne ne propose de nouvelles choses, ça meurt. Je l’ai fait inconsciemment grâce à ma passion dans laquelle j’ai envie de puiser ma musique et créer. Je ne l’ai pas fait pour être riche et célèbre. Je n’avais aucune raison ; je faisais ça en tant que passe-temps. Je ne cherchais pas à marquer des points. Je n’étais en compétition avec personne ; je déteste la compétition. Je l’ai fait comme un enfant dans un bac à sable, qui s’amuse à créer. C’est tout.

Je ne m’attendais pas à être une star. Je n’avais pas ce genre de rêve ; ça c’était Rudolf. Rudolf avait ces rêves de devenir riche, célèbre et être une star. Pour moi, c’est arrivé tout seul. Je me demande toujours : « Qu’est-ce que j’ai fait ?! » Je n’ai rien fait ! Je n’ai fait que me faire plaisir ! Comment se fait-il que j’ai tant de fans ? Comment se fait-il que tant de gens disent que je les ai influencés ? Je l’ai découvert des années plus tard, pas tout de suite, parce que je ne faisais que jouer ma musique. Je ne savais pas ce que je faisais, mais je suppose que les gens autour de moi l’ont compris, parce qu’ils écoutaient avec des oreilles différentes, pendant que je m’amusais comme un gosse dans un bac à sable : pas d’attente, rien.

« Plein de gens n’aiment pas regarder à l’intérieur d’eux-mêmes, parce que ça n’est pas très beau ! C’est inconfortable. C’est très dur de se regarder, ça vaut pour tout le monde. Vous avez peut-être remarqué que les gens préfèrent parler des autres, blâmer les autres et tout rejeter afin de ne pas avoir à s’affronter eux-mêmes. »

Tout d’un coup, quand « Lights Out » est devenu un tube en Amérique, j’ai fui ! [Rires] J’étais là : « Mince, j’ai écrit un tube pour UFO. Maintenant, peut-être que les gens vont avoir des attentes à mon égard et que je vais devoir faire certaines choses pour entretenir ça. » Ca m’a vraiment effrayé quand « Lights Out » est devenu un tube, pour être honnête. Je n’y étais pas préparé. Je suis revenu parce que Pete Way m’a convaincu de revenir dans UFO, et je suis resté pour deux ou trois autres albums. Mais ensuite, je n’ai plus voulu être dans la lumière. Je voulais quelque chose de modeste, je voulais un chanteur sans ego. Rien de spécial. Je voulais faire les choses quand je voulais les faire, comme je voulais les faire, pour poursuivre mon expression personnelle, et avoir un chanteur avec une bonne voix mais avec lequel il est facile de travailler et de s’entendre. C’était Gary Barden. Je n’ai jamais rien cherché de gros après avoir quitté UFO. Scorpions m’a demandé de les aider avec Lovedrive parce que Matthias [Jabs] ne pouvait pas. Après ça, j’ai dit : « C’est terminé. Je retourne dans mon bac à sable pour jouer et m’amuser. » Le problème était que Peter Mensch a appris que j’avais quitté Scorpions, et il m’a persuadé de venir en Angleterre, où il manageait AC/DC, Def Leppard, etc. Je suis resté avec Peter Mensch pendant trois ans, mais il voulait se faire des gros sous. Le premier groupe qu’il a voulu que je rejoigne était Aerosmith, il m’a directement envoyé à New York pour remplacer Joe Perry. Ensuite, il a voulu que je crée un groupe avec Sammy Hagar et Denny Carmassi. Je me suis aussi presque retrouvé à faire un album avec Geddy Lee et Neil Peart de Rush pour mon premier album solo.

Peter Mensch était là : « Eh, la section rythmique d’Aerosmith est disponible ! On part à Boston ! » J’ai dit d’accord. Nous sommes allés à Boston. Il y avait Tom Hamilton et Joey Kramer qui installaient le matériel et jouaient avec moi pour mon premier album solo. Puis un mec avec une barbe est entré dans la salle de répétition. J’ai reconnu le gars, il ressemblait à Brad [Whitford], l’autre guitariste d’Aerosmith. Il a regardé, s’est arrêté de marcher, et sa bouche était grande ouverte. Il a fait demi-tour et a quitté la pièce. Il est sûrement allé voir Steven Tyler à l’hôpital pour lui dire : « Steven, tu dois te rétablir, Michael est en train de nous voler notre section rythmique ! » [Rires] Il s’est d’ailleurs rapidement rétabli après ça et ils ont repris le groupe. Bref, c’était Peter Mensch qui m’a trouvé Simon Phillips. [Pour le second album], j’ai auditionné Chris Glen mais c’est lui qui m’a trouvé Cozy Powell. Peter Mensch était le gars qui a vu des gros sous en Michael Schenker ! Il voulait que je fasse un album avec Mutt Lange et j’ai dit : « Non, désolé, je ne veux pas sonner comme AC/DC ! » Lange était l’un des plus gros et meilleurs producteurs au monde, mais ça ne m’intéressait pas.

Ce que j’essaye de dire, c’est qu’au moins, j’avais fait un pas dans la bonne direction. Au moins, en ayant mon propre groupe, le Michael Schenker Group, je pouvais avancer à mon rythme et faire ce que je voulais faire, m’amuser. Je pense que tous les autres gars qui ont fait Lovedrive étaient en rogne contre moi parce qu’ils avaient de grands rêves de gloire et voulaient aller jusqu’au sommet. Pareil avec UFO : ils comptaient sur moi pour leur donner ce qu’ils recherchaient, mais je ne recherchais pas la même chose. Ce n’est pas ce que je voulais, ce n’était pas ma vision. Pourquoi devrais-je suivre la vision d’autres gens plutôt que la mienne ? Ça n’a aucun sens. Je ne suis pas un tapis. J’aime avoir une vision et faire les choses comme je les vois. D’autres font les choses à leur manière, ils accordent de l’importance à certaines choses qu’ils veulent vivre. S’ils veulent la gloire, avoir toutes les filles ou tout l’argent… Ceci n’était pas important pour moi. Je déteste la compétition, et ceux qui veulent être célèbres, avoir toutes les filles et gagner plein d’argent, ce sont de gros compétiteurs. Pourquoi devrais-je faire la compétition ? J’ai juste envie de m’exprimer. J’ai envie de créer quelque chose qui donne la chair de poule, fait du bien, fait passer le temps et permet aux gens d’être dans un autre monde et de se faire plaisir. C’est plus marrant pour moi. C’était donc ma première étape pour aller dans la bonne direction.

L’étape suivante, c’était en 1990. J’ai quitté tout le monde, j’ai quitté toute la scène. J’ai construit mon propre studio d’enregistrement et j’ai fait des instrumentaux acoustiques, des instrumentaux électriques, tout ce que je voulais. De 1990 à 1995, c’était les meilleurs moments de ma vie car j’ai vécu plein d’expériences spirituelles, qui sont bien plus fortes et incroyables que n’importe quelle gloire ou n’importe quel succès que j’ai physiquement connu dans UFO, Scorpions ou autre. Je ne changerais rien. Pour moi, ces expériences que j’ai eues à mon plus haut sommet spirituel, entre 1990 et 1995, étaient les meilleurs moments de ma vie, et je ne troquerais ça même pas pour un million de dollars.

Maintenant vous allez tous être déçus ! J’ai détruit vos rêves ! Merde ! [Rires] Tout le monde a sa propre idée de la gloire, du succès et tout ça. Je suis allé partout, et tout le monde croit savoir ce que c’est. Je pense que personne n’a raison ; tout ça c’est factice. J’ai été riche et célèbre, j’ai été pauvre et pas célèbre, ou peu importe. J’ai été riche et heureux, et j’ai été riche et triste ; j’ai été pauvre et heureux, et j’ai été pauvre et triste. Je comprends que le bonheur n’a rien à voir avec l’argent. C’est quelque chose qui se passe à l’intérieur moi, afin d’être totalement en phase avec moi-même. C’est une des raisons pour lesquelles « In Search Of The Peace Of Mind » est sur le nouvel album : quand ce morceau est sorti, avec la toute première musique que j’ai écrite de ma vie, c’était presque prédestiné. Comme si toute l’histoire avait déjà existé avant que je ne la vive, si vous voyez ce que je veux dire. « In Search Of The Peace Of Mind », c’est ce qu’a été ma vie depuis le début. Je préfère avoir la paix de l’esprit que me bagarrer tout le temps et avoir toutes les filles ! [Rires] Je préfère être satisfait, me sentir béni et bien, parce que ce n’est pas l’argent qui me donnera ça. La seule chose qui fonctionne, c’est d’être clair à l’intérieur. Quand je ressens une connexion, une complétude en moi, c’est là que je trouve la satisfaction. La satisfaction c’est ce qui importe plus que tout.

Que feriez-vous si vous aviez un manoir à vingt millions de dollars, dix filles qui vivent dans votre maison, et si vous étiez la star la plus célèbre de tous les temps, mais que vous vous battiez avec vous-mêmes, toute la journée, tous les jours ? Qu’est-ce que ça apporterait de bon ? Plein de gens n’aiment pas regarder à l’intérieur d’eux-mêmes, parce que ça n’est pas très beau ! C’est inconfortable. C’est très dur de se regarder, ça vaut pour tout le monde. Vous avez peut-être remarqué que les gens préfèrent parler des autres, blâmer les autres et tout rejeter afin de ne pas avoir à s’affronter eux-mêmes. S’affronter soi-même est l’une des choses les plus difficiles à endurer dans la vie. C’est pourquoi ce n’est pas important pour moi si… J’aurais pu être avec Ozzy Osbourne, avec Deep Purple, etc. J’ai eu toutes ces opportunités et je les ai refusées. J’aurais pu être avec Mutt Lange, j’ai dit non. J’ai dit oui à Cozy Powell et Simon Phillips, parce que c’était une période de transition. A ce moment-là, je ne savais pas dans quoi je mettais les pieds. Il m’a fallu un peu de temps avant de comprendre que Peter Mensch était en train d’essayer de faire des gros sous sur mon dos. Mais tout ça fait partie de la vie. J’ai dû traverser tout ça afin d’être où je suis aujourd’hui. Chaque étape de la vie est une étape qui mène là où on finit, sur la base des choix qu’on fait. Chaque choix que je fais me mènera soit à l’obscurité, soit à la lumière. Chaque choix a une conséquence : une qu’on aime ou une qu’on n’aime pas. Très souvent, on se fait berner en pensant : « Ceci est le bon choix. » Puis on découvre : « Merde… J’ai été détourné. » Auf wiedersehen! [Rires] »

Propos recueillis le 28 août 2020.



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  • Je suis assez d’accord avec Pat, Michael Schenker a été éblouissant avec UFO où il n’était pas le seul patron à bord et si on ne crache pas sur les 4 premiers albums de MSG,il faut bien reconnaître que la suite n’a jamais été au niveau des compositions dans Scorpions ou UFO…le problème de certains guitar-heros c’est qu’ils pensent être de grands compositeurs alors qu’ils sont avant tout des grands instrumentistes,et ce n’est pas la même chose ! En plus,des grands guitaristes « légendaires »,il y en a d’autres bien meilleurs que Michael Schenker, c’est sûr…

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  • Michael Schenker nous fait toujours autant plaisir avec ses riffs ou soli envolées mais son esprit parait toujours aussi torturé pour se justifier de ses périodes de galères (alcoolisées…)ou ses démons
    Seule la musique qu’il nous délivre a de l’importance

    [Reply]

  • Avec tout le respect qu’on doit lui témoigner en raison des albums inoubliables de sa période glorieuse avec UFO, je dirais que je préfère écouter Michael Schenker que de l’écouter ou le lire. Quel égocentrisme exacerbé ! rajouté à ça cette petite note de mépris envers certains musiciens ou certains groupe – y compris Scorpions ! – qu’il ne peut s’empêcher de montrer . Tout est dans les tournures de phrases. Il y a Lui et les autres.Tout tourne autour de lui. Le pompon revient à cette amertume tenace depuis ces dernières années envers son propre frère. Rudolf l’a pourtant aidé par le passé, en 1979 et 2006 notamment. Ne lui en déplaise , ses meilleurs prestations sont sur les albums d’ UFO et non pas MSG. Encore une fois j’adore le guitariste et je resterai la-dessus.

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