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Chronique   

Midnight Odyssey – Biolume Part 1 – In Tartarean Chains


Lorsqu’il entreprend sa représentation du Tartare – profondeurs parmi les profondeurs des Enfers anciens –, le poète allemand Schiller invite préalablement à tendre l’oreille, à écouter « comme le murmure d’une mer courroucée, comme le gémissement d’une onde qui tombe des rocs caverneux, écouter résonner une plainte lourde, profonde, comprimée ». Car c’est dans les sons que, avant toute autre chose, ce lieu, abîme de bannissement et d’exil, s’énonce et se raconte lui-même. C’est dans cette même perspective que Dis Pater construit le troisième chapitre de son projet Midnight Odyssey, Biolume Part 1 – In Tartarean Chains. Premier acte d’un triptyque qui se développera au fil des ans, In Tartarean Chains se veut ouvrir un nouvel horizon, moins digressif, plus franc, une continuation opérant davantage de l’épopée métaphysique que de la fresque cosmique, et proposant une catabase – descente spirituelle et rituelle dans le monde souterrain – à la fois personnelle et universelle.

Conséquence inévitable de la notoriété considérable atteinte par le précédent opus – Shards Of Silver Fade –, ce nouvel album se devait de perpétuer, sinon dépasser, un héritage musical conséquent afin que l’effort déployé ne reste à jamais une acmé inaccessible. Conséquemment, plusieurs années d’élaboration, de maturation et d’épuration auront été nécessaires avant que les premières esquisses de In Tartarean Chains ne germent finalement. Concentré au sein de quelque 72 minutes, In Tartarean Chains est une œuvre qui se déploie progressivement. Chaque piste s’y étend avec une amplitude nouvelle qui, malgré sa longueur conséquente, n’était pas aussi développée sur son aîné Shards Of Silver Fade. Vraisemblablement le panel d’influences mis en œuvre – les accents doom et les atmosphères goths, distillées par les claviers, sont régulièrement perceptibles, comme sur « A Storm Before A Fiery Dawn » et ses chœurs captivants – suscite-t-il une structure interne aux morceaux bien plus élaborée là où, auparavant, la structure de l’ensemble de l’album étayait un squelette mélodique.

Pour Dis Pater, c’est aussi une occasion d’articuler ce que les compositions précédentes ne lui avaient pas permis d’énoncer. Sa longue plongée au cœur des abysses est en effet initiée par une frustration rageuse, l’amertume acide de n’avoir pu – ou de n’avoir su – dire et faire entendre les multiples nuances de ces vérités noires et interdites, ces émanations tapies dans les profondeurs intangibles, loin de toute préhension et de toute compréhension. Les mélodies, volontairement plus directes, ou à tout le moins davantage polarisées, exposent parfaitement cette inflexion. L’album propose de fait des scansions plus appuyées et incisives que ses ascendants. Le titre « Biolume » délaisse par exemple volontiers les rivages atmosphériques pour dérouler une rythmique et une mélodie chargées de véhémence, amplifiée par une batterie qui surnage nettement. Ce morceau, qui agit par ailleurs comme un pont entre la première partie de l’album – encore teintée des hauteurs spatiales – et sa conclusion – imprégnée des ténèbres convoquées –, synthétise admirablement les modulations de Biolume Part 1 – In Tartarean Chains.

Toujours gorgée de delay et de réverbération, les compositions s’enchâssent au cœur d’arrangements délicatement agencés et forment un véritable parcours phonique jusqu’au final « Pillars In The Sky » dépouillé de percussions, et lorgnant définitivement vers le dark ambient. Néanmoins, quoique Dis Pater entende nous mener, depuis les fosses chthoniennes, en terra incognita, les premiers motifs déployés sur « Hidden In Tartatrus » nous rappellent pourtant que nous évoluons toujours en terrain musical connu. Aussi, tandis qu’il explore la relation ambiguë qui noue ténèbres et lumière entre elles, appréhende et communique à son auditeur, tant comme poète que comme musicien, l’essence profonde de ce lien. Une essence non plus seulement conceptuelle, mais liée à une réalité physique, perceptible. La dualité se fonde alors véritablement dans le schisme de ce que l’esprit humain sait appréhender et de ce qui le dépasse fondamentalement et que Midnight Odyssey retranscrit par sa multitude de chants et de voix. Par eux les compositions agissent comme un dispositif de comblement de la disruption thématique et donnent au projet une portée qui dépasse largement le simple voyage musical.

Complète et pourtant fondamentalement inachevée, cette première partie de Biolume est un faisceau de mélancolie dilué dans un océan d’obscurité, un anathème sifflé au visage du réel. Cependant, puisqu’il demeure dans la continuité des travaux précédents tout en étant, paradoxalement, pleinement tourné vers les contingences futures, Biolume Part 1 peine à se trouver une identité spécifique, celle-ci étant trop inféodée à ce que Midnight Odyssey tend à devenir sans l’être encore pleinement. Pour autant l’album se positionne vis-à-vis d’une tradition poétique et stylistique si marquée qu’elle lui permet de s’approprier et de renouveler la texture distinctive de Midnight Odyssey et d’être, à défaut d’une œuvre magistrale, un ouvrage aussi attrayant qu’agréable.

Album en écoute :

Clip vidéo de la chanson « Pillars In The Sky » :

Album Biolume Part 1 – In Tartarean Chains, sorti le 1er novembre 2019 via I, Voidhanger Records. Disponible à l’achat ici



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