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Chronique   

Mikael Åkerfeldt – Clark (Soundtrack From The Netflix Series)


Nouvelle mini-série diffusée par Netflix, Clark agrège de nombreux noms bien connus des lecteurs de Radio Metal : Tobias Forge, Amalie Bruun (Myrkur), Erik Danielsson (Watain), Hank von Helvete et Mikael Åkerfeldt qui apparaît en caméo dans le deuxième épisode et qui, surtout, en signe la bande originale. Ces participations étonnent peu lorsque l’on connaît l’identité du réalisateur, Jonas Åkerlund, qui, lorsqu’il ne travaille pas sur les clips de stars internationales, renoue avec le monde du metal dont il est issu et demeuré proche, en réalisant notamment le film Lord Of Chaos.

La série revient sur le parcours criminel du Suédois Clark Olofsson, passé à la postérité pour avoir été lié à l’identification du phénomène psychologique aujourd’hui appelé « syndrome de Stockholm ». C’est en effet au cours d’un des braquages de banque auxquels il a participé en 1973, suivi d’une prise d’otages, qu’a été observé pour la première fois le développement d’une confiance et même d’une empathie chez les otages vis-à-vis de leurs agresseurs. Le caractère haut en couleur du personnage et son parcours très mouvementé sont propices à une fresque romancée, trépidante et pop. Sans occulter les ressorts les plus négatifs de la personnalité de Clark Olofsson (son absence de tout sens moral et son narcissisme), la série en fait les ressorts de l’humour qui la traverse. C’est également dans cette forme de folie que Mikael Åkerfeldt a puisé l’inspiration de sa transcription musicale.

Le musicien suédois a trouvé dans son travail sur cette bande originale un défi correspondant à ses aspirations créatives. La construction de la série, qui traverse plusieurs décennies, lui offre l’occasion d’exprimer pleinement son goût pour les musiques des années 60 et 70, tandis que les incessants rebondissements de la vie de Clark Olofsson et ses multiples facettes l’encouragent à explorer les musiques les plus variées et une foisonnante richesse instrumentale. L’exercice lui permet plus que jamais de développer son riche langage musical notamment nourri au jazz et on sent le plaisir ludique qu’il éprouve à aborder tant de styles tout en parvenant à maintenir le sien, aussi éloigné soit-il d’Opeth, souvent reconnaissable. Presque exclusivement instrumentale, la suite de trente-quatre courts morceaux embrasse ainsi un vaste champ musical incluant entre autres le rock psychédélique, le jazz, la lounge music, le hard rock, la funk, le rock progressif, la musique orientale, la musique électronique avant-gardiste et le heavy metal.

Suivant l’esprit général de la série, les ambiances sont souvent légères, comme sur « Here’s That Sunny Day », sorte de face blanche d’une pièce dont « Banemannen » sur In Cauda Venenum serait la face noire, où la batterie feutrée, les cuivres et le piano félins composent une ambiance jazzy délicieusement rétro. Les pointes d’émotion ne manquent cependant pas, la première prenant la forme d’un hommage décomplexé à Pink Floyd avec le surprenant et poignant « Wish You Were There ». L’ampleur orchestrale rend certains moments plus saillants : le court « Rags To Riches » et surtout le beau « Ballad Of The Libertine In G Minor », avec ses emphatiques mouvements de cordes, ses chœurs inquiétants et son piano mélancolique. Des claviers analogiques distillant leur ambiance mystérieuse dans la tranquille ballade « Perfect Horizon » aux miroitements de synthés et guitares planants de l’atmosphérique « Ordinary Folks », en passant par la dramaturgie orchestrale d’« Ode To Confusion In A Minor », l’inspiration de Mikael Åkerfeldt picore à de multiples sources. « Lost in San Marino » chaloupe à la manière des explorations funk de Goblins, « Sea Slumber » et « Northern Hemispheres » convoquent un esprit 60’s et 70’s, le premier par des intrications de guitares acoustique et électrique entre folk et progressif, le second par le recours aux sonorités vintage du mellotron, « La Shay » et « Distant Spring » transportent au Moyen-Orient et « Vielleicht Später » ressuscite l’électronique allemande des années 1980 type DAF, Robert Görl ou Kraftwerk, mais version Nintendo.

Si elle n’est évidemment pas à conseiller à ceux qui ont juré de ne plus rien écouter d’Opeth après Watershed, cette bande originale intéressera les plus sensibles à la nouvelle orientation du groupe. A son écoute apparaît comme une évidence combien l’écriture de Mikael Åkerfeldt était vouée à se tourner un jour vers la composition pour l’image : le large panel stylistique, instrumental et émotionnel déployé dans les œuvres d’Opeth et l’aspect cinématographique de certains de ses morceaux trouvent ici un prolongement logique. Des formes musicales avec lesquelles le compositeur n’avait jusque-là aucune familiarité y côtoient de potentiels développements d’éléments extraits d’albums d’Opeth dont elle offre une version à la fois plus légère et parfois plus inventive. La plupart des morceaux sont d’une si bonne tenue que l’on ne peut que regretter qu’ils ne durent qu’une ou deux petites minutes. Leur potentiel progressif et la richesse de leurs arrangements laissent entrevoir la qualité qui pourrait être celle d’un album resserré autour de quelques-uns d’entre eux, plus développés.

Album Clark (Soundtrack From The Netflix Series), sortie le 22 juillet 2022 via InsideOut Music. Disponible à l’achat ici



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