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Chronique   

Ministry – Last Tangle In Paris


Voilà un étrange objet qui pose bien des questions. Last Tangle In Paris est composé principalement, en DVD et CD, du concert de Ministry – supposément – donné à Paris le 28 juillet 2012 au Bataclan (et non à la Cigale comme on le voit parfois). Un show devenu célèbre car écourté à cause d’un malaise du leader Al Jourgensen qui fut transporté ensuite à l’hôpital. Certains ont vu dans ses titubations et son manque d’entrain un excès d’alcool, mais la raison officielle fut la chaleur excessive qui régnait dans la salle, comme on peut d’ailleurs entendre Jourgensen le faire remarquer à l’audience à un certain moment dans le DVD du concert. Au-delà de l’étrangeté du choix de mettre un tel concert sous presse, Jourgensen nous le disait lui-même en interview : « Il faisait 150 degrés Fahrenheit sur scène [NDT : 66°C], il n’y avait pas d’aération et j’ai réussi à faire huit chansons. […] J’étais dans une salle fermée, sans aucune aération, après huit morceaux et cinq semaines de tournée, j’étais très malade. […] J’ai tenu huit chansons avant de m’effondrer. » Huit morceaux. Or le show documenté dans le DVD et le CD principal de Last Tangle In Paris compte une setliste de 12 titres, sans compter qu’en visualisant la vidéo de « Thieves », qui propose des plans éclairés de la salle et de ses balcons, on se rend bien compte qu’il ne s’agit pas du Bataclan. D’autant que, contacté par nos soins, un responsable promo du groupe présent au concert nous dit qu’il n’y avait pas de caméra sur place… Après investigations – aidé par un Jourgensen débutant « Life Is Good » sur le DVD par un « alright Chicago ! » – on apprend qu’il s’agit en réalité, au moins pour certains titres, de captations au Vic Theater de Chicago le 29 juin de la même année. Il y a donc clairement tromperie dans la présentation, et on se demande bien quel était, au bout du compte, le but de la démarche, si ce n’est de profiter du détournement du titre du film de Bernardo Bertolucci, Last Tango In Paris. En même temps « tangle » peut vouloir dire « fouillis », le cafouillage pourrait donc bien avoir été assumé et orchestré comme une taquinerie envers les fans Français…

Ceci étant dit, faisant abstraction de ces « détails », Ministry propose une rétrospective plutôt fournie des dernières tournées du groupe, et en particulier le DeFiBriLaTour, la dernière du guitariste Mike Scaccia décédé en décembre 2012. Et c’est bien sur ce point que l’objet montre sa principale valeur. Le DVD enchaîne le show sans grosse production, mais plutôt des images assez brutes, avec effets de flous, plans larges et plans rapprochés du groupe et du public, qui permettent de rentrer dans l’ambiance suffocante de la soirée (quelle qu’elle soit). Une setliste largement entrecoupée de scènes de vie, de backstages (avec un Jourgensen ronchon avant de monter sur scène), de répétitions et d’anecdotes narrées par le groupe et son entourage. Le pendant CD du show présente un moindre intérêt si l’on s’est procuré Enjoy The Quiet – Live At Wacken sorti l’année dernière et documentant la même tournée, la setlist étant quasi la même, quoi qu’on appréciera davantage le son plus naturel et pêchu du show « parisien ». Et cela reste Ministry : ça tabasse et l’intensité que l’on recherche dans le groupe est au rendez-vous, y compris dans le chant de Jourgensen. Ce qui laisse planer encore de sérieuses questions sur l’authenticité de l’enregistrement… Surtout voyant, par exemple, la prestation fatiguée du frontman sur « 99 Percenters ».

On se déportera ensuite sur les deux autres CDs accompagnant le package : une rétrospective live remontant jusqu’à 2006, avec forcément, encore une fois, beaucoup de redites, seuls « The Last Sucker », « Let’s Go », « Watch Yourself » et « So What », seul rescapé de l’époque pré-90 avec le classique « Thieves », n’apparaissaient pas sur le précédent double live. Comme les autres enregistrements en concert du groupe, on déplorera aussi la faible (inexistante ?) contribution du public pendant les chansons, perdant un peu d’ambiance en route (que l’on retrouve toute fois visuellement sur le DVD). Puis, là encore, en sent l’arnaque pointer le bout de son nez : « Let’s Go » et « Watch Yourself » sont les mêmes versions que celles qui ouvraient le live Adios… Puta Madres de 2009, « Khyber Path » et « Fear (Is Big Business) » ont été récupérés du Live At Wacken 2006… Pire encore, une grande partie des chansons sont en fait les mêmes enregistrements que ceux du CD principal du même package !

Last Tangle In Paris n’est donc pas sans défauts et n’enlèvera pas la sensation de se faire berner sur la marchandise. Mais c’est avant tout un objet à prendre comme une rétrospective de ces dernières années doublé d’un dernier témoignage live de Mike Scaccia, comme une sorte d’au revoir. En ça, le support visuel, avec ses images extra-concert, reste la véritable plus-value de ce produit mi-figue mi-raisin.

Album Last Tangle In Paris, sorti le 8 juin 2014 chez UDR Music.



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  • abraxa zyrkam dit :

    j’étais au live…également au bar juste à coté avant….et Jourgensen aussi, il a fait sa chaise jusqu’au bus tour en cherchant des marche invisibles…..chaleur mes fesses…

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  • Clair que c’est une grosse blague ce dvd, j’y était au concert, et djerv en premiere partie c’était largement mieux que l’espece de bouze en playback du tonton (rien a dire pour les autres musiciens, ils assuraient). En plus il a toujours clamé que c’était la chaleur, sauf que quand t’arrive en titubant dès le début du concert, et qu’en plus les gens t’on vu au bar du bataclan toute l’aprem…

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  • Sincèrement, ça fait des années que Al n’est plus que l’ombre de lui même. Leader d’un groupe en perte de vitesse, de notoriété et de public, il nous inonde avec des albums live, des compilations et des remixes (15 albums non-studio depuis 2000 !), pas étonnant qu’il faille tricher un peu pour que le résultat ressemble à quelque chose. De là à parler de foutage de gueule, il n’y a qu’un pas que je me permets de franchir.

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