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Chronique   

Ministry – Moral Hygiene


Que Ministry soit toujours là est un soulagement. Pour ce qu’il a apporté au monde de la musique depuis le début des années 80 et parce qu’il est – en tout cas pour certains – peut-être une partie du remède. Suite au décès du guitariste Mike Scaccia en 2012, Al Jourgensen avertissait le monde entier que From Beer To Eternity (2013) serait le dernier méfait du groupe. C’était sans compter sur l’élection d’un personnage haut en couleur qui a ravivé la flamme militante de la tête pensante de Ministry. AmeriKKKant (2018) devait mettre en lumière les déboires de l’Amérique et Al Jourgensen se sentait investi d’une mission. Moral Hygiene est lui aussi un produit de son temps, forcément inspiré des conséquences de la pandémie. Paradoxalement, il est l’album le plus positif du groupe pour Al Jourgensen. C’est bien simple : Moral Hygiene est un appel à l’humanité.

Une année sans tournée, ni aucune autre activité sociale : voilà ce qui a inspiré Al Jourgensen pour Moral Hygiene, réalisé en confinement dans son home studio, à nouveau assisté de l’ingénieur Michael Rozon. L’artiste déplore l’enchaînement de crises sociales, politiques, économiques et environnementales mises en exergue par la pandémie et ce besoin crucial de retrouver une « hygiène morale », un savoir-vivre ensemble qu’il apparente à son concept d’humanité. Un message qui compte des porte-paroles aussi éloquents que Jello Biafra, Arabian Prince, Paul D’Amour, Roy Mayorga ou encore Billy Morrison. Le titre introductif « Alert Level » plonge d’emblée dans les interrogations impératives de Moral Hygiene en nous invectivant sur notre intérêt face à la déliquescence du monde. Un groove ronflant, quelques nappes de guitare et la voix écorchée d’Al Jourgensen tout juste trafiquée pour donner l’impression d’une foule à l’unisson. Ministry embrasse moins la violence crasse et mécanique que les rythmes fédérateurs. L’incipit enlevé de « Good Trouble » laisse place à un groove rock ponctué d’harmonica qui permet à Al de créer un hybride étrange entre indus, blues-rock et punk garage. « Sabotage Is Sex » qui accueille Jello Biafra prend quant à lui des allures de rock électronique déluré, aussi vicieux que ses sonorités de boîtes à rythmes et les assemblages de voix facétieux. L’un des traits principaux de Moral Hygiene reste cet affect pour l’efficacité d’un balancement et la fluidité des compositions à l’instar de « Disinformation ». Le titre agrège parfaitement riffing simple, plages électroniques et samples de voix sans prendre l’apparence d’une superposition de couches.

Moral Hygiene est peut-être subordonné à la clarté du message qu’il cherche à transmettre. C’est ce qui motive Al Jourgensen à ne pas se laisser aller à des instrumentations effrénées et des exercices d’indus pour transe. Ainsi, la reprise du classique des Stooges « Search And Destroy » avec la participation du guitariste Billy Morrisson est légitime et représente parfaitement la vocation de l’opus : rassembler pour autre chose qu’une orgie stroboscopique. Al Jourgensen n’a pourtant rien perdu de sa capacité à faire coexister les styles à sa façon. « Broken System » est une sorte de monstre bluesy à l’agonie et a justement l’allure d’un ensemble dysfonctionnel. « We Shall Resist » prend le contrepoint du titre rassembleur en laissant planer des bribes de chœurs, d’arrangements bruitistes et d’une rythmique aussi lourde en arrière-plan. Comme si la résistance était davantage une affaire de durée et d’endurance qu’un instant d’union éphémère galvanisateur. De quoi embrayer sur le groove dub de « Death Toll » et l’omniprésence du décompte macabre de la pandémie. La frénésie de Ministry se retrouve dans les derniers instants de Moral Hygiene avec « TV Song # 6 (Right Around The Corner Mix) » qui renoue avec les rythmiques hystériques et les structures décharnées. L’image d’un zappeur compulsif à l’esprit corrompu.

Moral Hygiene présente un Ministry qui cherche à accrocher pour s’expliquer. Comme si Al Jourgensen mettait désormais un point d’honneur à faire de sa musique un instrument politique sans totalement l’admettre, au sens premier du terme : un rapport à la société organisée. Moral Hygiene est ainsi plus « accessible » et embrasse définitivement les mid-tempo. De quoi privilégier l’attention plutôt que l’exaltation. Comme si, quelque part, la fête était finie.

Clip vidéo de la chanson « Search And Destroy » :

Lyric vidéo de la chanson « Good Trouble » :

Album Moral Hygiene, sortie le 1er octobre 2021 via Nuclear Blast. Disponible à l’achat ici



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