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Live Report   

Mission suicide : Laibach, We Cum in Piss


Lieutenant Blanc, dit « Le Doc » :

« Garde à vous ! Repos.
– Mais… Mon Lieutenant… J’me suis retiré… Pour moi, c’est fini la gu…
– Général Fucktoy, vous aurez en charge d’entraîner la lie de l’humanité : une poignée de déserteurs, conspirationnistes, génocidaires, assassins, et violeurs.
– Il s’agit donc d’une mission-suicide.
– (Regard vide, silence noir du lieutenant)
– Mon lieutenant, quelle est la mission ?
– La mission ? (longue inspiration) …Investir le quartier occupé de la capitale. Pénétrer un bastion de haute sécurité où les instances nazies se sont repliées. Taper un rapport sur l’ennemi. On veut tout savoir. TOUT. Alors variez les perspectives, diversifiez les styles.
– Nous avons un contact sur place ?
– Oui, un photographe sans appareil photo.
– Ah… Où ça ?
– La Machine du Moulin Rouge. C’est pour le 8 avril 2012.
– Alors, c’est bien ce que je pensais (regain patriotique dans le regard) : c’est pour Laibach.
– Tout à fait général. Allez, foncez ! Force et honneur !
– Force et honneur, mon Lieutenant ! »

Bon, après avoir (gentiment) « écarté » ces larbins renégats, nous devons préciser que, dans la critique de concert qui va suivre, les détails les plus infimes vous seront communiqués. Laibach étant par excellence le sujet-écran sur lequel on projette nos fantasmes, il semblait capital de tout révéler. Nous parlerons donc des locaux, des molosses à l’entrée, de Malévitch, de Klaus Kinski, de seppuku, de Shoah, de Gainsbourg, de Dieudonné… Et concernant ce live à la Machine du Moulin Rouge, peu sera évoqué à propos d’Hitler, d’Eva, et des nazis. Pourquoi ? Car ils ont assuré ne pas avoir été présents au concert ce soir là… Ils se sont excusés, ils se sont expliqués : « Bah, comprenez-nous, on peut pas être au four et au moulin. »

Artistes : Laibach
Date : 8 avril 2012
Lieu : Paris
Salle : Machine du Moulin Rouge

Merde.
On est à la bourre.
March on ! March on ! March on !
Direction La Machine du Moulin Rouge.

« Machine du Moulin rouge »… Il en crache ce nom, hein ? Schlack, déjà une image ! Et galopent en trombe machinisme et French cancan, productivisme touristique et slaves robotisées ; ça lève la gambasse, et puis l’autre, c’est frénétique, et les va-et-vient donnent au public, une poignée de costards épileptiques aux culs vissés, un rêve martelant de mécaniques mouillées. « Niquer du bionique » ! Qu’y doivent gémir… Et schlack ! Une autre image ! La Machine du Moulin Rouge, où foulent les planches le carré rose du Moulinex ; la version T1000 et bandogène de la machine à vapeur ; des automates à patate chaude dans la bouche, l’œsophage endolori par le Champagne, le cou par les serpents à plumes, et le sternum par les cravates de notaire. Cuisses à la chaîne, court-circuits sans étincelles, le bon Vaucanson n’aurait jamais pu prédire une telle postérité pour ses pantins sans ficelle. Mais schlack ultime ! Quand vient un expert ès musiques industrielles, le nom du lieu prend un tout autre envol ; l’indus comme ce qui libère l’eau du moulin : ça canalise les rêves, le sang et la merde.

D’où ces quelques mots de Laibach, croix de Malévitch en tête, sur sa catharsis musicale : « Nos concerts ont un effet purifiant, exorcisant et régénérateur. Par la démonstration rituelle de sa force politique et par ses approches manipulatrices, Laibach crée une libido collective sous la forme d’une terreur psychophysique systématique qui représente une thérapie et un principe d’organisation sociale ». Ce qui signifie, en bons bourrins slovènes : « Détends-toi, on va te dérouiller la mécanique au défibrillateur ». Laibach étant là pour présenter le film Iron Sky, un digne rejeton de la nazisploitation, avec également quelques perles piochées dans leur période la plus sombre, on peut s’attendre au pire.

Bastion enfin repéré. On se glisse dans le hall (oui glisser, comme « glisser une quenelle », meilleur verbe trouvé pour décrire le passage obligé entre les gorilles-garous agglutinés face à l’entrée (je remercie au passage leur huile de bronzage et sueur qui ont vaseliné, et donc facilité, notre progression (« huile de bronzage » ? la peau couleur d’ébène peut-elle vraiment être… bronzée ?! (encore une de ces questions typiques aux concerts d’indus))). Derrière le comptoir, planqué comme un lapin poursuivi par la chevrotine, on y découvre Julien aka Prout, vous savez, cet honorable couillon qui avait organisé le concert d’Origin à Lyon. « Tiens. »

Au loin, le morceau « Die Liebe » pilonne l’obscurité. « Chier » ; on est rondement à la traîne… pour tout dire, on n’a pas loupé la guerre, « juste » le déboisage au napalm. Quand je pense que je vomissais ces tocards de journaleux-métaux-lourds qui entamaient leur critique de concert d’un peu professionnel « Iron Maiden a démarré depuis 20 minutes lorsqu’on arrive dans la salle »… et comme un crétin j’me retrouve à faire la même chose ! « Engagez-vous, rengagez-vous qu’y disaient… » Pourquoi ne pas penser à déporter tous ces lamentables scribouilleurs dont je fais partie en Sibérie ? (encore une de ces questions typiques aux rencontres avec l’autre côté du Mur). Allez, j’me sens prêt ! Et puis Dostoïevski racontait bien qu’il y avait trouvé les meilleurs représentants de l’humanité… C’est plié chérie, je pars ! Adieu Coca, adieu démocratie ! Monde de l’éden viril et du caviar glacé, me voici !

Stalinum tremens sur stop. Retour cruel dans le désert du réel : la matrice. Dans l’antre même où retentit le bataillon slovène, une véritable barrière de sécurité nous contraint à faire marche arrière. Toute avancée est définitivement compromise… Autant notre jusqu’au-boutisme et ses Claymore parlent le tout Babel, autant on ne pige vraiment pas un mot à la langue du recul. Je demande donc des informations sur l’ennemi (dans notre jargon à nous : « la salope ») qui nous fait face. Points forts. Points faibles. Point barre. Mon camarade et contact entame des recherches. « Top ! Une division d’iPhone 4 ». La matrice, oui. On ne peut rien imaginer de pire. Ou pas, car maître Fatum fait drôlement bien les choses. J’étais sûr que je devrais à un moment ou à un autre m’expliquer sur les raisons de notre retard…

Flashback : mon hôte parisien, un civil, insistait pour qu’on mange chez lui, histoire de prendre une salade plutôt bien fournie. Descriptif : nettoyez puis coupez les légumes en lamelles. Touillez le tout. Mâchez. Avalez. Le reste se fera tout seul. Temps de préparation : pas long. Temps de cuisson : t’es con ou quoi ? Bref, un plan parfait. Rapide et, comme dirait l’autre : « diététique, sain… et sans hormones de croissance, en ‘culé, va ». Dix minutes au plus pour tout fourcheter, entasser et ingurgiter. Alors… Où est-ce qu’on a merdé ? Où, hein ? OÙ ?!

En fait, j’ai compris bien après qu’il ne faut jamais réunir deux cinéphiles lorsque le timing est serré. Pire que les nourrir après minuit. Parler septième art, ça dilate peut-être la pouffe intello, mais malheureusement jamais le temps. Pire qu’un agglomérat d’alcooliques anonymes : un dialogue de cinochards. Tout y est passé : le nietzschéisme de Belà Tarr, l’avenir du cinéma bis au-delà du Bosphore, une masturbation sur bobines si assidue qu’on en oubliait ce qui venait s’agripper à notre intestin grêle. Salades, tomates, oignons. OIGNONS ! Et pour notre peine, quelques avocats. Mais l’oignon, oui, l’oignon des haleines fétides, l’archange des situations difficiles.

Il va sans dire que l’oignon est un légume newtonien : la force mécanique à l’état pur. Cause-effet. Action-réaction. Attraction-répulsion. En d’autres termes, l’oignon pousse, quel que soit l’orifice. Et alors, et alors ? L’oignon est arrivé ! Sans se presser, la sainte-réminiscence du repas savouré ouvrait bien grand les vannes de mes poumons fétides, et de la salle déjà tiède. J’expulsais alors tout un CO2 salvateur sur le cortège des cinéastes du dimanche. Tout était soufflé, leurs quatruple cons d’iPhone 4 avec. Et…

Enfin ! Nous voilà face à Laibach. Et j’aimerais tant me remettre dans la peau du premier jour, ressentir encore la vieille frousse de qui se frotte aux affiches de bonne famille aryenne (cf. la pochette de Sympathy For The Devil), cette antique et savoureuse gêne face à Laibach. Comme si Laibach, c’était « evil ». Comme si Laibach, c’était ce relent de dégueulasseries néo-nazies balkaniques mais dont les impacts sauvages nous font marcher d’un pas possédé. Comme si Laibach, c’était ce mélange de tiers-mondisme barbare et de fascisme stylisé, avisant d’une voix d’airain, par-delà tous les monts Sinaï : « Toi ! Jeune néophyte qui foule d’un soulier candide le parvis laibachien, sache que tu pénètres un milieu hostile. Très dangereux, oui, du moins pour ton indifférence, ta paresse et ta lâcheté ».

Mais estime-toi (mal)chanceux, jeune troufion de la croix suprématiste, car à toi toutes les solutions (ou presque) te seront offertes. Tu n’auras pas à peser le cas slovène sur la balance idéologique. Tu n’auras pas à voir ton doigt valser avec le doute et le ridicule, comme le firent tant d’autres, avant de placer la reine Laibach sur l’échiquier politique (soit dit entre nous, je vois en effet Laibach comme une reine, et non un roi, les amateurs d’échecs me comprendront : un roi, y’a rien de plus con). Te voilà face à Laibach, du plus de 30 ans d’âge, alors sache le savourer comme il se doit ! Vous trouvez cette comparaison au nectar dionysiaque doucement gratuite ? Et pourtant Laibach a bien repris un vin, et c’est pas d’la Villageoise.

Bien qu’ayant atteint l’âge de raison, avec pour passé une foule immense de « périodes », de genres et de polémiques, tout l’intérêt porté pour Laibach continue de se cristalliser en ce vieux dilemme : « Hey, vous en êtes ? ». Entre nous, sait-on jamais, le « en » ne renvoie pas tant à la confrérie des déserteurs du chemin des dames… qu’au national-socialisme. Groupe totalitaire ? Nazi ? Antisémite ? Laibach s’interroge dans tous les cas sur les relations entre art et politique, soit une longue entreprise de détournement idéologico-musical, délicieusement incorrecte, qui a traversé la mort du maréchal Tito, la guerre froide, les conflits balkaniques, Sarajevo, le World Trade Center, sans oublier la guerre (sainte) contre le terrorisme.

On continue, par conséquent, de réduire trois décennies de philosophie politique au marteau-piqueur, de matière grise et de fumée noire, à la simple question « Laibach = nazis ou pô nazis ? ». Mais là est le paradoxe : d’un côté fasciné par l’art nazi, de l’autre subversif à en éveiller l’esprit critique des plus indolents, Laibach ose continuellement remettre en question les évidences. La force brute de l’indus et des symboles, comme puissant réactif à l’apathie générale. Concrètement, les Slovènes ont su réinstaurer une agora avec le NSK, l’État global et virtuel dont ils font partie. Là où règne soit l’indifférence, soit le pathos, ils ont donc relancé le goût du débat, et même le regain d’intérêt pour l’action politique. Bref, Laibach, toute une histoire qu’il n’est pas inutile de connaître.

À notre arrivée, le morceau « Die Liebe » se finit dans un brio martial digne des premières années du groupe. L’annonce de la sortie imminente de Laibach Revisited, un album de reprises de Laibach, repris par Laibach (!), nous avait d’ailleurs promis un vaste dépoussiérage en règle des vieux matériaux : tenu ! M’entretenant avec des Fräulein à mèches blondes par ci, des crânes certifiés Wilkinson par là, on me parle de « Boji », de « Brat Moj », de « Smrt Za Smrt », autant de morceaux que l’on retrouve dans Rekapitulacija 1980-1984, une compilation laibachienne aussi furieuse que plombante. Vérifiant par moi-même, je retrouve sur YouTube quelques vidéos (offerts par… ces quadruples cons d’iPhone 4) laissant planer que le crétin ayant manqué ces 20 premières minutes, il peut probablement s’la bouffer par les tripes à la mode de chez Anthropophagus !

Dans tous les cas, je laisse le digne et critique et curieux lecteur vérifier par lui-même, notamment pour cette intro, une comptine enfantine rappelant l’entrée en matière de l’album When Did Wonderland End? par Der Blutharsch, relayée par un climat oppressant, à base de voix slaves grésillantes et de hurlements au mégaphone. Quant aux reprises entendues ce soir, elles ont le mérite de voir les extrêmes poussées à leur paroxysme : d’un côté le chant de Mina Špiler, vaste, enveloppant, gémissant parfois, de l’autre la voix si caractéristique de Milan Fras, grave et rocailleuse. On passe ainsi de la gentille ballade aux grondements martiaux de chez Panzer. Le sommet étant définitivement « Leben Heisst Leben », reprise de « Life Is Life » à la sauce teutomane, auquel on reviendra plus tard.

Revenons à « Die liebe », parfait premier exemple de la belle osmose entre les deux voix. L’histoire du couple Mina Špiler / Milan Fras remonte à la reprise (sublime d’ironie) de « Ohne Dich » de Rammstein par Laibach. Rappel des faits : si le puissant Till fredonnait du fond des gouffres « Sans toi je ne suis rien », laissant jaillir tout un pan de romantisme à l’allemande, Laibach avait décidé de faire un clin d’œil à la considérable influence qu’il avait représenté pour Rammstein, en chantant tout simplement : « Sans moi, tu n’es rien »… un doux côté Carmen, les Laibach, quand ils veulent ! À propos des paroles de « Die Liebe », elles consistent en une ligne simple : « L’amour est la plus grande force, celle qui fait tout »… peut-être une référence au film ‘Esclave De L’Amour’ de Nikita Mikhalov, où une actrice nombriliste, indifférente aux exécutions politiques en Russie, devient peu à peu, par amour pour un homme, une authentique révolutionnaire anti-mencheviks. Faire l’amour donne envie de faire la révolution… un ministre de la Stasi, monsieur Mélenchon ? « Oui : Rocco Siffredi ! »

S’ensuit un bon gommage à la potasse avec « Leben-Tod », tiré de l’album Opus Dei. Laibach poursuit donc sa trajectoire entre les extrêmes (« Leben – Tod » signifiant « La Vie – La Mort »). « Ja ! Ja ! » rauque par ci, « Nein ! Nein ! » implorant par là. Et…. « Je n’peux plus » comme disait le divin météorologue… Voilà quelques paragraphes que j’essaie de me contenir, mais là… Putain, j’peux plus… Je-peux-plus ! Tout ça, c’est du grand érotisme ! Voilà, c’est lâché ! Mina ! Mi-na ! Les lèvres se plissent et la langue caresse le palais. Mi-na… Oh oui… Faut l’entendre la Mina…. Lorsqu’elle se cambre, slave mystique, pour souffler son refus lascif… Oh oui, faut tendre l’oreille… lorsqu’elle laisse échapper, comme transverbérée, son « non, non » haletant… Oh oui, faut tendre… Faut dresser… Faut… Oh… Ha… Kira-hu-haoui-oh…. pardon. Pardon… là, j’me sens sale. Vous pouvez me punir.

Voilà qui tombe bien, Laibach poursuit l’examen de toute sa carrière musicale avec « Le Privilège Des Morts », où Laibach reprend ces mots d’Éluard : « Capitale (ou « Kapital » ! ) de la Douleur ». Pour le coup, le visuel projeté sur le fond de la scène est fascinant : Yukoku (en français, Patriotisme) de Yukio Mishima, sous-titré le rite d’amour et de mort. On y contemple le hara-kiri, dans toute son ampleur, du lieutenant Shinji Takeyama, de ses longs préparatifs à la charcuterie solennelle en acte. C’est Yukio Mishima himself qui joue le rôle du lieutenant, dans ce court-métrage, comme dans la réalité, puisqu’il se suicidera ainsi quelques années plus tard. Il laissera alors ce dernier message, qui sert de fronton chez certains : « Dans l’étroitesse de la vie humaine, j’ai choisi la voie de l’éternité »… Beau, non ?

Revenons à nos Slovènes. À la place du « Liebestod » de Richard Wagner, extrait de son Tristan et Isolde, et bande originale du film, on peut donc entendre « Le Privilège Des Morts ». Pour ce titre, Milan Fras lit les paroles, livre à la croix suprématiste grand ouvert et, croyez-moi, notre pharaonique chanteur lit bien le français :

« Quel est le privilège des morts?
L’amour, la vérité, les nuits en lumière
Mais je ne sais pas encore. »

Après ces images pouvant heurter la sensibilité des plus jeunes, comme on dit dans un élan de cocooning paternaliste, Laibach décide d’apaiser les tension avec « Across The Universe », reprise des Beatles et chantée ici par une Mina Špiler habitée. « Nothing is gonna change my world » résonne alors dans la salle et les âmes, avec pour images des cratères gigantesques, contrebalancés par des fusées prises en plein décollage. Doit-on y voir la vanité de toute entreprise humaine ici-bas, des révolutions politiques aux dernières grandes technologies ? C’est vrai, tout ce qu’on fait finit par disparaître. Même toi, lecteur, aussi je-m’en-foutiste, ou intéressé puisses-tu être, aussi prolifique, ou paresseux puisses-tu te penser, tu crèveras. Tu pourriras. Tu finiras en tas de compost. Même les livres que tu laisseras s’effaceront un jour. Le temps finira bien par polir tous les palimpsestes…

Rien ne dure ici. La seule porte de sortie serait alors le grand décollage hors de l’exosphère, la vie loin de la planète Terre – « Walking On The Moon » peut-être, ou bien, « Life On Mars » ? En quelques mots, un départ pour coloniser un nouvel ailleurs et continuer ce fameux « grand pas pour l’humanité ». Ou bien, et là on épuise tout espoir, cette porte de sortie est elle-même vouée à l’échec… et dans ce cas, il ne nous resterait qu’une question universelle, fer de lance du nihilisme cynique, et valant pour tous nos actes : « à quoi bon ? » Bref, un « Nothing is gonna change my world » franchement mélancolique…

Encore un drôle d’enchaînement… On parlait à l’instant de partir sur la Lune, avec ce doux lamento de qui observe un monde voué à l’inanité, l’apathie générale, à la mort du changement… Et alors ? Et alors ? Tonton est arrivé ! Pardonnez ces quelques familiarités d’übermensch sur le déclin, mais l’occasion est en or. En effet, Laibach nous présente non seulement un morceau inconnu, « Take Me To Heaven », mais, qui plus est, illustré d’extraits du film Iron Sky. Écrite et réalisée par Timo Vuorensola, cette digne série B finno-germano-australienne a vu sa bande originale confiée au groupe Laibach. Pour quelles raisons ? Un pitch (un putsch) bien incorrect pour les uns, à s’en péter les cerceaux pour les autres. Jugez-en par vous-mêmes : les Nazis ne sont pas morts. Ils ont atteint leur Ultima Thulè tant cherchée sur la face cachée de la lune. Et aujourd’hui, fin prêts, les États-Unis comme cible du Reich lunaire, ils reviennent pour houblonner du fast-food. La civilisation arabo-musulmane du monde entier peut enfin souffler : 93 minutes durant, ils ne seront plus le principal Axe du Mal contemporain.

Parlant toujours d’Iron Sky : plus que quelques minutes avant le come-back des Nazis sélénites. Assez de temps pour exacerber la vengeance des troupes. Assez de temps pour envoyer… « The Final Countdown » ! Et le public, la rate aussi désopilée qu’une anorexique traitée au Destop, reprend le célèbre refrain d’Europe. Marrant, jouons les musico-psychanalystes : j’m’étais jamais rendu compte que ce « Final Countdown », répété plusieurs fois, n’était pas si anodin. Surtout avec un groupe nommé Europe. Jugez-en par vous-mêmes : l’Europe chantant son ultime décompte, encore et encore. Comme si le continent des Lumières et de la Shoah n’en finissait pas de chantonner son propre compte à rebours, croyant avec tout le pathos du désespoir en une fin, une mort prochaine, ou un nouveau départ… Mais bon, l’après-zéro ne vient jamais ; le mythe du déclin, de la décadence et des crises a la grande vie.

Pour Laibach, et quelques artistes slovènes, le compte-à-rebours sera véritablement final lorsque viendra le NSK, le premier État global de l’univers, comme nous l’affichait le vidéo-clip du « Final Countdown » laibachisé. Et… It’s alive ! Il EXISTE cet État universel ! Depuis peu, ce NSK, ou Nouvel Art Slovène, organise même des « rendez-vous citoyens », où se réunissent des hommes comme vous et moi (avec, pour maigres différences, quelques détails (au sens lepéniste), comme par exemple un certain fanatisme élémentaire pour les pop-stars des 40s). Pour les plus curieux d’entre vous, nous vous renvoyons vers l’interview d’Alexei Monroe, diplomate du NSK, réalisé par le Captain Spaulding’s Bizarre Freaky Circus.

S’il doit y avoir un apogée, le morceau « B Mashina » l’incarne haut la main (non, n’y voyez aucune référence). Jusque-là, la garnison sous pression qu’est le public restait plutôt polie, voire étriquée. Les bidasses savent se tenir… qu’i’ disait. Le début, tout en douceur, offre toute l’apyrexie nécessaire à une bonne tournée, sans grabuge, entre jeunesses laibachiennes. La bière soude les ardeurs, facilite la production de liquide excrémentiel et obstrue les pores de votre peau. En gros : l’endroit se met à fleurer la sueur, la dame-pipi et les champs d’orge. C’est vous dire : les tournées s’enchaînent à vitesse grand V (comme Volk). Mais la salle nous livre un extrait en acte de la psychologie des foules lorsque Milan prononce « We’re leaving the others, we’re going away ». L’appel de l’hyperborée. Le philosophe au marteau, au cœur des guerriers. Bref, chaque blond typique se redresse, quitte à pisser sur la table (le défoncé au malt sait généralement établir une liaison Skype entre sa bouche et son urètre, de sorte que la messagerie entre les deux orifices est instantanée).

Si seulement tout s’était arrêté ici. « The day we all steal, animals we are » continue la voix de Laibach. L’espèce de Papa Schultz devant moi, un format double baril d’urine pétillante, se lève, son tee-shirt trop court laissant couler des vergetures homologuées Bud, Jenlain, et Damart. Dans la fureur inexplicable d’un simple vers écouté, un longue allée de poils bien noirs poussent sur son visage, traçant un rideau de fer, symétrie parfaite entre ses deux hémisphères. Son œil gauche, puis droit, se noient dans l’épiderme. Les lèvres se fondent l’une dans l’autre, le nez tombe, offre à découvert un trou sans fond. Deux blocs de protubérances graisseuses se démarquent sur l’ancienne face, sous une polyphonie de grommellements. Dans l’horreur d’un Cronenberg, dans l’ivresse formelle d’un Bacon, les mains s’agitent, les bras, les jambes se disloquent honteusement. Et puis, un long monolithe de chair sort de son postérieur. Une tête ? On aurait pu croire une tête, mais c’est un groin ! Un groin sort du fondement ! Quant au visage, ce qui naguère était gueule de con, est désormais face de fion. Un porc-garou me fait face ; Moi vs Wild. La salle entière s’est délestée de toute bipédie, parole et critique. Et Laibach chante à ses abominations. Milan Fras Parano.

Un premier stade est atteint lorsque, dans les locaux, résonne le « wings to reach the sky » : le porc-garou saute du balcon où nous étions. Il s’écrase, lamentablement, en une magnifique pluie de confettis de barbaque. Le concert vire à l’actionnisme viennois. Cannibal Holocaust ; tout le monde veut son trophée et les barbares d’aujourd’hui s’enterrent dans la noblesse raffinée de jadis. C’est mon premier exemple de psychose collective ; pour dominer les uns, les autres se réunissent, s’éduquent, fomentent, travaillent, innovent… « Millions of machines on nitroglycerin »… et dans la guerre de tous contre tous, une voix commune finit par s’élever. Dans cet univers qui réunit le gore agoraphobe et la Fonderie d’acier de Mossolov, un chœur digne d’un Carl Orff s’en dégage. Milan Fras et Laibach reprennent la respiration, comme s’il y avait quelque chose qui confinait au génie d’un 2001, d’un Solaris, et lance un cri d’amour dans le champ de guerre.

D’où cet hymne à l’homme, l’increvable maître des arts :

« Machines we are sending to the skies
Above us all
And leave behind those who don’t know
Of the final day
We leave in sleep those who don’t know
(and) we leave at dawn
We are driven by the B-machine
(Wild B-machine – that never stops) »

Après avoir repris mes esprits, et conclut que c’est la dernière fois que j’écoute « B Mashina » les yeux grands fermés, le live reprend de plus belle avec « America ». Sur la toile, de superbes images de yuppies en plein nervous breakdown, un peu de folâtre merdologie sur le très impeccable tableau de l’american-dream. Notez : le tout au ralenti pour bien rendre compte de toutes les déformations faciales. « America » : tout un pedigree en images… American Psycho. American Beauty. American History X. Sans oublier American Ninja… ni l’iconique Melting Pot. Le melting pot, quand on le fait bouillir, y’a toute la crasse qui remonte à la surface. Ce n’était pas de moi, mais paraphrasé depuis les lèvres de Roberto Benigni, dans le magnifique Down By Law de Jim Jarmusch. Quant à la version proposée ce soir, pas de Boris Benko (du groupe slovène Silence) pour chanter en duo avec Milan, comme à la période Volk. C’est donc Mina qui garde sa place dans le couple, et le morceau, comme la plupart, reste très largement scindé en deux styles très nets : beat martiaux / mélopée sirupeuse.

Mina sort encore le coffre et c’est d’une voix proche de celle d’Anneke (Agua De Annique et, bien sûr, The Gathering), qu’elle entame un titre inédit. Votre serviteur apprendra plus tard que celui-ci est baptisé « Under The Iron Sky », alias le dernier morceau venant se caler sur les plans aussi bons que scabreux d’Iron Sky. On a donc droit au générique final, les noms défilant comme à l’accoutumée. On remarque d’ailleurs Udo Kier, toujours en CDI de trogne SS pour nanars téméraires (un exemple ? Wolf Women Of Rhe SS, le faux trailer de l’ami Zombie). On note également la présence de TOUS les producteurs derrière le film, ce dernier ayant été financé, traditionnellement, par quelques équipes de production, ainsi que – et là on touche au moderne – par une horde d’internautes particulièrement avides de nazisploitation. Un style, d’ailleurs, qui peut franchement nous tire-bouchonner, qu’il soit parsemé comme dans les deux OSS de Michel Hazanavicius, ou bien le flacon tombé dans le plat avec Ilsa, La Louve Des SS de Don Edmonds, Le Lac des Morts-Vivants de Jean Rollin, voire avec la carte « Kino der Totten » et ses meutes de zombies nazi, dans le jeu Call Of Duty : Black Ops. Mais la palme d’or du nazi sur bobines revient bien évidemment au divin Klaus Kinski, étouffant par son interprétation de voyeur SS, un brin névrosé, dans le film Fou A Tuer (aka Crawlspace) de David Schmoeller. C’est ainsi qu’Iron Sky nous quitte, son générique faisant penser à une longue liste de « morts pour la patrie », et Mina clôt la cérémonie des adieux.

Silence.
Noir total(itaire).
« Bah alors, c’est fini ? »
Et un « yop ! » nous ramène à l’ordre, suivi d’un second : il est temps de danser avec Laibach ! Pour ceux qui ont regardé le docu cité plus haut, Victory Under The Sun, vous avez pu remarquer combien Laibach n’a jamais été aussi proche de ses premières ambitions avec ce morceau de 2003, « Tanz Mit Laibach ». En effet, Laibach désirait voir les travailleurs couper leurs machines, abandonnant pioches et outils pour danser. Dès lors, les morceaux qui vont suivre sont des valeurs sûres : « Alle Gegen Alle » pour relancer l’attention à grands renforts de « heil » maltés. Puis « Du Bist Unser » et ses expirations érotiques, ainsi que son superbe clip, dans un noir et blanc sale et granuleux, où l’on célèbre un gymnaste aux muscles saillants.

Puis Laibach entame une blizkrieg dominatrice de morceaux moins connus, voire inconnus, avec par exemple « Warme Lederhaut », reprise de « Warm Leatherette » du groupe The Normal. Première fois que je vois un groupe reprendre un morceau composé par (et pour) le patron de son label ! En effet, derrière The Normal se cache Daniel Miller, créateur du label Mutes Records (le label de Recoil, Nick Cave et Depeche Mode). À vrai dire, le morceau n’en est pas à son premier détournement / hommage : Boyd Rice l’a repris, Trent Reznor l’a également joué, tout aussi bien que… Duran Duran. Mais enfin… Laibach deviendrait-il… bourgeois ? Quoique, quand on sait que les paroles font référence au livre Crash de Ballard, sublimement adapté au cinéma par Cronenberg, on peut en douter. Quel gougnafier béotien pourrait bien s’intéresser à des êtres qui joignent Crash Test Dummies et beauté convulsive, tôle froissée et cœur qui saigne, âme de bagnoles et mécanique de l’orgasme ?

Toujours dans le sillage de ses amours maudites, martiales, un peu comme cette « baise-réconciliation » que vante le taulard black dans American History X, celle qui fait « Bang ! Bang ! Bang ! », Laibach va nous offrir le deuxième grand clou de la soirée. Un clou bien épais. Bien enfoncé. Bien senti. D’abord, on entend Milan chanter en français. Les paroles viennent caresser nos pourtours auditifs, jusqu’à pénétrer nos âmes si chastes de ses intentions salaces. De l’obscène, du vice : c’est du bon cochon. Du lard en vinyle. Et le refrain vient très vite, confirmant les doutes de chacun : Laibach joue du Gainsbourg. « Love On The Beat ». Love on the BEAT ! Le titre prend tout de suite une bien nouvelle épaisseur avec pareille interprétation. Pour le coup, envoyons une génuflexion des plus marquées au batteur, efficace et tonitruant, ainsi qu’aux électros, stressants, pénétrants comme un Ducasse.

Faut avouer qu’on connaît tous le pouvoir de la musique sur notre corps ; comme si les pulsations rappelaient le premier des beats : celui du fond des eaux, celui du cœur maternel. Franchement, qui n’aime pas s’endormir sur un bon Sleep ? Lever de la fonte sur du Napalm ? Et Laibach, c’est le classé X. Le sensuel irrationnel ; celui qui fait sursauter toute conscience. De l’érotisme qui pénètre chaque paroi du labyrinthe auditif. Et Ivan Novak, comme ses pairs, ont très tôt compris ce pouvoir. L’album WAT, c’est de la pornographie de phonographe. Du coup de rein sublimé dans la rythmique ; du tanin se dégageant des mélodies. Écoutez. Jugez. Et avant tout, vibrez. Si vous n’êtes pas d’accord, faites donc « un tour sur 360°, et avancez » comme dirait Laibach.

Lorsqu’on entend Milan craqueler, de tout son organe vocal, des vers comme « D’abord je veux avec ma langue / Natale deviner tes pensées ». J’ai l’impression de prendre un chromosome X en plus. Comme une psychanalyse qui glisserait avec la salive. Et lorsqu’il poursuit d’un « Je pense à toi en tant que cible / Ma belle enfant écartelée / Là j’ai touché le point sensible / Attends je vais m’y attarder », alors là… là… LÀ, j’ai envie d’envahir un Sofitel. Ou un Carlton. J’me sens la bête. Satyre du FMI. Prêt à braquemarder l’univers, je suis l’architecte, le tailleur de pierre, et j’érige un Obélisque en mon honneur. Maintenant, dois-je vraiment préciser quoi que ce soit sur les cris de Mina ? Imaginez : « Love On The Beat », et Mi-na… Schalck !… non, cette image, je la garde pour moi.

Le groupe quitte la scène, et le public demande encore son lot de pas cadrés, d’art sans moraline et d’aliénation collective. Les Slovènes ne se font pas prier, et c’est un « Life Is Life » HEAVY AS FUCK qui vient clouer au sol les quelques derniers fabricants de mutinerie. Le volume plus puissant qu’auparavant, le son flirtant entre noise et larsen, ce « Leben Heisst Leben » est une vraie épreuve de force. Et d’endurance. Toute la technique est de souffler pendant que Mina chante ; un moment, à l’inverse, particulièrement insipide. C’est ensuite au tour de la reprise de Bob Dylan, « Ballad Of A Thin Man », un morceau particulièrement impressionnant par sa rythmique et sa mélodie au piano, un peu plus ennuyeux (en live du moins) lors des couplets, où la voix grave et compact de Milan s’accorde mal avec la vitesse du chant demandé. Le morceau étant assez peu connu, voici pour vous camarades, une vidéo non officielle, « directed by » Jérémy Clapin.

Nouveau rappel. Je regarde derrière moi ; j’observe ce bon vieux Ivan derrière les machines. Un air pensif, une attente, un hochement de tête, et l’on peut comprendre que le groupe va revenir. Milan, Mina et les leurs sont de retour, plus penauds que tout à l’heure… Vous savez, c’est ce genre de moment où les gars se disent : « Merde, on n’avait pas prévu ça »… On se concerte parmi le groupe et finalement on entame « God Is God », à un tempo plus rapide que la version présente sur Jesus Christ Superstar. « Hey quoi ? Vous voulez pas louper le dernier métro, c’est ça ? » pensais-je… « God Is God », c’était d’une part leur porte d’entrée dans le milieu metal. Puis c’est devenu, d’autre part, leur faire-valoir de groupe visionnaire, des paroles comme « you should city walls crumble and towers fall » ayant été écrite quelques années avant le World Trade Center.

Pour clore la soirée, la bataille (ou Bataille), et la mêlée d’amour, le groupe conclut en nous proposant sa lecture de notre hymne national : « Francia » de l’album Volk. Encore une fois, l’anticipation laibachienne : Ivan Novak nous avait raconté que, ce morceau enregistré, le groupe avait entendu le soir-même parler des émeutes de banlieue en France. Vous savez, celles parties de Clichy-Sous-Bois en 2005, et, sur le plan international, celles qui nous ont valu d’être compris comme un pays sous domination musulmane… Le morceau fait d’ailleurs d’étranges connivences entre la révolte de 1789 et celles partant des banlieues.

Mais le plus fort restera la dichotomie son/images particulièrement expressive : on parle de liberté, illustrée de quelques guillotines… La vision soft y verra une nouvelle preuve du mensonge des politiques, des mots (comme s’ils DEVAIENT traduire la réalité), et gueulera « Ha, on nous promet bien de belles choses, et on nous la met bien profond ». La vision hard, l’idée que toute révolution s’accompagne (ou pour être plus réaliste : procède) de folies meurtrières, d’élagages de têtes et d’idées, le tout réceptionné par un joli panier en osier. Bref, on fait pas le temps avec de grandes pensées, tout ça ne vient qu’après, comme une justification a posteriori. Ni volonté, ni liberté : seulement des hormones et des masses. Avant le témoignage historique, le témoignage hystérique… et des journalistes de s’étonner des viols et des meurtres en série, comme si les émeutes pouvaient être sucrées. Ah !

Repos.
Messieurs les censeurs, la balle est dans votre camp… Notre prochaine étape ? Pigalle et ses divisions de la joie. Bien sûr, quand on vient d’assister à un Laibach, le premier réflexe, c’est… encore ! J’en veux encore ! Alors on recherche d’autres groupes à se mettre sous les dents, des collectifs intransigeants qui pastichent, travaillent sur la matière politique, composent sur l’aliénation. Et pas grand chose ne vient… Der Blutharsch ? Une beauté viscérale… sans les échos profonds du détournement laibachien. On cherche des esprits dadaïstes, à la John Heartfield… rien. Ou peut-être qu’on ne les voit pas. Les orgelets du politiquement correct nous barrant toute vision. Et si on osait : « Hum… Dieudonné ?
– Non, mais vous rigolez ! Dieudonné n’est ni un humoriste, ni un critique : c’est un homme politique, et qui plus est avec ces idées de merde. Dieudo est nazi, nous rétorque-t-on, assuré.
– Oui, on est donc bien d’accord, un « nazi ». »

Setlist de Laibach :

Intro Koji
Smrt Za Smrt
Brat Moj
Ti, Ki Izzivas
Die Liebe
Leben – Tod
Le privilege des morts
Across The Universe
Take Me To Heaven
B-Machina
America
Under The Iron Sky
Tanz mit Laibach
Alle gegen alle
Du bist unser
Warme Lederhaut
Love On The Beat

Rappel 1 :
Leben heisst Leben
Ballad Of A Thin Man

Rappel 2 :
God Is God
Francia



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  • Smrtzasmrt dit :

    Chronique savoureuse même si le style, parfois jouissif, est aussi parfois épuisant (mais l’un ne va pas sans l’autre, certes).
    J’ai quand même l’impression d’un certain contre-sens sur l’aspect politique, m’enfin, tout sens qu’on donne à Laibach est forcément un contre-sens, par définition. (Pour moi, ce groupe est surtout l’arme ultime et indépassable contre toute forme de totalitarisme, d’idéologie, et autres crétinismes). Je conseille à ceux qui s’y intéressent le visionnage du fabuleux film « Predictions of Fire », en plus on apprend des trucs en Histoire (en tous cas quand on est crasse comme moi). Je conseille vachement moins le film « A Slovenian Film », qui est quand même un peu plus débile.

    Niveau musique, je me retrouve par contre énormément dans cette chronique, les ayant vus sur une autre date (la veille, en fait). Die Liebe magique, même si je pense que c’est surtout le renouvellement d’une vieille blague. À l’époque, ce morceau était une sorte de parodie de pop neuneu : on prend une phrase pas bien maline (certains verront d’ailleurs une similarité avec la comédie musicale postérieure Roméo et Juliette), on la répète à l’infini, et on enrobe ça dans l’indus le plus radical possible parce que c’est lol. Aujourd’hui, pour changer la blague et parce qu’ils ont mûri (quoi que…), ils la jouent encore plus premier degré, dans un morceau carrément pop/new wave (mais en fait excellent, c’est la magie de Laibach, dont les parodies sont mieux que ce qui est parodié, y compris au premier degré), et évidemment sexy, puisqu’il y a Mina.
    Pas de bol d’avoir loupé le début par contre, surtout Smrt Za Smrt, qui lui aussi est chamboulé dans une version particulièrement appétissante, entre film d’horreur de série B et expé ligetiste authentiquement flippante, avec Mina en screaming lady comme il se doit.
    A part ça, ben c’était génial, tout ou presque, ils auront presque réussi à me faire aimer Gainsbourg, ces cons-là.
    Et pas d’accord pour Dylan, j’ai trouvé leur reprise excellente (en plus le morceau leur va bien), en tous cas bien plus qu’en studio, même si le clip non officiel est cool. En même temps, c’était la veille.

    Sinon, pour les amoureux de Mina qui ont envie de l’être encore plus, il suffit de regarder le Dead in Trbovlje, DVD de la tournée Volk; c’est bizarre au début (les gens assis, brrr), mais bizarrement obsédant, et le pauvre Boris Benko était adéquatement malade, sur une bonne partie de la tournée d’ailleurs, d’où son remplacement au pied levé par la belle qui a pour l’occasion (et vu comment elle les a sauvés magistralement, surtout) gagné sa place quasi-fixe (pour autant qu’elle puisse l’être dans un tel « collectif »).

    Bref, c’est quand même le meilleur groupe du monde, en toute objectivité.

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  • ce groupe m’a l’air bien allumé (dans le bon sens du terme). en tout cas très bon article!

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  • Quel article. Quel verbe. Il fallait qu moins ca pour rendre compte d’un concert de Laibach. Merci pour le live report.

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