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Moi, Ozzy : journal d’un clown


Avant de m’attaquer à cet article, je devais m’assurer d’une chose : en suis-je digne ? Après quelques calculs pénibles, l’évidence prenait forme : depuis que je crache mes verbiages dans ces colonnes, plus du quart de mes articles comporte au moins une mention à Ozzy Osbourne ou à Black Sabbath, soit dans des articles entièrement consacrés aux pères du heavy metal, soit comme un exemple parmi d’autres, soit de façon totalement gratuite et futile.

Dans ce cas, deux choix s’offrent maintenant à moi. Primo : m’inscrire aux osbournoliques anonymes. Secundo : me purger de cette manie en pressant le jus de l’autobiographie du Prince of Darkness. Comme je préférerais laisser macérer encore un peu mes confessions de maniaque, je prends la deuxième option.

« Moi, Ozzy » a été publié le mois dernier par les éditions Camion Blanc, un an après sa sortie dans sa langue maternelle sous le titre « I am Ozzy ». Comme cela se fait souvent, l’autobiographie a été co-écrite avec l’assistance de Chris Ayres, reporter de guerre pour le Times. Et il ne fallait sans doute pas moins qu’un journaliste ayant connu l’Irak pour reconstituer l’immense champ de bataille qu’est la mémoire d’Ozzy Osbourne.

« Plein de gens disaient que je l’écrirais jamais, ce livre. Eh ben, ils peuvent aller se faire mettre. Le voici. Maintenant, il ne me reste plus qu’à me rappeler de quelque chose… Fais chier, je me rappelle plus de rien. Enfin sauf de ce qui suit… » Au-delà des dédicaces d’usage, ce sont là les premières lignes de ce livre. Et ce qui suit, c’est avant tout la liste vertigineuse des produits divers et variés, banals ou exotiques qui ont pu altérer sa mémoire. Quoique… Peut-être pas tant que ça car pour un type qui a passé près de quarante ans de sa vie dans les vapes de l’alcool et de la cocaïne, pondre une autobiographie de plus de 550 pages, c’est de l’ordre de l’inespéré.

Première constatation dès ces premiers mots : on est bien loin de l’autobiographie de Gene Simmons, aussi chroniquée le mois dernier par votre humble Animal. Tout à fait à l’opposé du personnage sobre et ambitieux qu’est le bassiste de Kiss, la voie d’Ozzy Osbourne est un parcours chaotique où chaque seconde peut être la dernière. Le Madman a toujours navigué à vue, sans carte et déboussolé. Mais après tout, ce n’est pas non plus une grande surprise.

La vie d’Ozzy Osbourne est loin d’être inconnue du public. Que ce soit pour les metalheads gourmands de littérature musicale qui ont déjà bien eu le temps de se goinfrer des multiples biographies existantes sur notre sujet ou sur l’histoire de Black Sabbath en général ou pour le grand public qui avaient déjà eu le « plaisir » d’assister sur petit écran au mode de vie du clan Osbourne et de son truculent patriarche, le Madman ne risquait guère de nous surprendre ou de nous impressionner.

Mais de là, deux constats. D’abord pour le grand public qui ne connaîtrait que le personnage télévisuel : vous n’avez encore rien vu ! Pour ceux qui auraient déjà pu aiguiser leur science osbournienne, vous vous retrouverez loin de la rigueur journalistique de certaines biographies. Avant tout à cause des sources-mêmes d’Ozzy Osbourne (à savoir lui-même) qui ne sont pas forcément très fiables (cf. trois paragraphes plus haut) mais au moins nous avons là un témoignage de première main, ce qui peut nous changer des conjectures sur les causes de la fin de l’aventure Black Sabbath avec Ozzy et les ressentis (et pas nécessairement « ressentiments ») qui ont suivi, par exemple, ou – autre exemple- savoir comment s’est déroulé l’accident mortel qui arracha au monde l’irremplaçable Randy Rhoads du point de vue d’Ozzy, accident dont on connaissait seulement le déroulement à l’extérieur du bus dans lequel dormait Ozzy et que l’aile de l’avion, dans lequel allait disparaître son guitariste, percuta avant le crash fatal.

Autre chose à extraire des premières lignes de l’autobiographie d’Ozzy Osbourne, c’est le style d’écriture. Amis de la belle grammaire et de la syntaxe parfaite, si vous avez tiqué en lisant ces seules phrases, prenez un antidépresseur (en fait, prenez plutôt le flacon) : les onze chapitres et un épilogue profitent tous de la même patte, celle d’un homme qui n’était déjà pas un habitué de la littérature avant de devoir prendre la plume. En résulte un style très oral, familier jusqu’à nous démanger de prendre un stylo rouge pour corriger nous-mêmes cette permanente et parfois irritante forme.

Ozzy n’a malheureusement pas le même talent pour les extérieurs décomplexés que son ami Lemmy Kilmister avec qui il partage pourtant bien des choses : une longévité surnaturelle malgré des excès hérités des Sixties et qui ont achevé mille et cents autres gars de leur génération (Ozzy parie sur Lemmy comme étant celui qui les enterrera tous, lui compris), leur collection de reliques du Troisième Reich (celles d’Ozzy finissant souvent chez Lemmy ; madame Osbourne descend tout de même d’une famille juive), quelques chansons et une adoration sans faille pour les Beatles (ces deux-là ont au moins un point commun avec Gene Simmons).

Par contre, Ozzy n’a pas le même don avec les mots : là où, dans sa propre autobiographie (« La fièvre de la ligne blanche », 2004), le style familier – voire complice – de Lemmy, ajoutait une certaine malice au récit (celle qu’on retrouve aisément dans le regard du vieux briscard) couplé à une façon bien à lui de faire usage des adjectifs qualificatifs et à un langage de franc-tireur, en comparaison, Ozzy est un raconteur au style assez plat.

Alors, au final, quel est l’intérêt de cette autobiographie puisqu’on y apprend à peu près ce qu’on peut déjà bien apprendre avec assez de curiosité et puisqu’en termes de littérature, ce n’est pas la révolution ? Ce ne sont probablement pas ses idées sur la musique qui vont bouleverser notre appréciation de ses oeuvres en solo ou avec Black Sabbath. L’histoire de la réalisation de chaque album est rarement relatée en plus de deux pages à chaque fois. Son point de vue sur le heavy metal est le même que celui qu’il donne déjà à qui veut l’entendre, à savoir que selon lui, le terme « heavy metal » n’a aucune signification musicale. L’une des rares fois où il donne vraiment son idée sur la façon de réaliser un album c’est quand il raconte la brièveté de l’enregistrement du premier Black Sabbath : « ça ne peut pas nous avoir pris plus de douze heures. […] C’est comme ça que les albums devraient être enregistrés. […] Prendre cinq, dix ou quinze ans pour faire un album comme l’a fait Guns N’Roses, c’est complétement ridicule ». Écoutons tous papa Osbourne.

Alors, si la musique elle-même n’est pas au cœur de cette autobiographie, que reste-t-il ? Il reste le Madman. Ce type qui a commencé à se défoncer aux vapeurs de chlorure de méthylène lors de ses premiers petits boulots dans les usines d’Aston avant d’être cette rock star tellement camée qu’il lui faut une dose de cheval pour l’anesthésier au moment d’une opération. L’essentiel de ce que nous raconte Ozzy, ce sont ses frasques, ses excès surhumains, toutes les choses insensées, toutes les farces, les conneries hors du commun.

Il faut savoir que dans le jargon anglais, « Ozzy » est un nom répandu chez les clowns, comme on dirait Bozzo de ce côté de la Manche. Et depuis tout gosse, sa vocation, c’est avant tout rire et faire rire, d’abord pour survivre à l’enfer de la cour de récré, puis à la prison (quand il n’a pas encore dix-huit ans) et plus tard pour supporter cette mer de requins qu’est le monde du show-biz. Et c’est ce qu’il expliquera des années plus tard à son fils Jack quand il lui posera la question :

« Mais pourquoi p’pa ? Pourquoi tu veux être un clown ?
– Parce que j’ai toujours été capable de rire de moi, Jack. L’humour m’a permis de rester en vie toutes ces années. »

Et c’est surtout de ce côté-là qu’Ozzy Osbourne est intéressant : dans ses rapports humains. Ozzy Osbourne est un homme impulsif et passionné. Et pour exprimer sa passion et son émotion, il n’est pas toujours besoin de grandes formules et de belles phrases alambiquées. Dans ces instants, le langage simple de l’auteur est le plus à même d’exprimer des sentiments simples et bruts. Ce qui ressortira de positif principalement de cette autobiographie, c’est un homme qui aime les siens et ses proches plus que lui-même. Il n’y a pas de frontière entre ses amis et sa famille, l’idée d’en perdre un seul lui est toujours insupportable. Que ce fut au temps des débuts de Black Sabbath quand Tony Iommi faillit les quitter en 1968 pour rejoindre Jethro Tull ou au moment de la perte d’un de ses parents, Ozzy nous montre son désespoir et sa souffrance. Car Ozzy est un homme qui craint toujours de perdre les gens qu’il aime, même quand il n’est plus qu’une loque suant le Hennessy et la bière.

Dans le cas de sa propre famille, c’est quand il nous parle de son premier divorce et du déchirement que cela a été que de devoir être éloigné de ses enfants qu’il est particulièrement émouvant. Il est plus intéressant de lire ses confessions sur la peur d’un nouvel échec familial à cause de la vie qu’il fait endurer à Sharon, l’amour de sa vie, et à ses enfants dont le regard qu’ils portent sur leur père le déchire, plus intéressant que tout ce qu’il a pu faire dans les coulisses de telle ou telle tournée et dont il n’est même plus sûr de la date.

Au final, quand il apporte un ultime point à ce récit, à ce « testament » en décrivant comment il voit l’épitaphe de cette pierre tombale qu’il a si longtemps su éviter : « Ozzy Osbourne, né en 1948. Décédé un jour ou l’autre. Il a arraché la tête d’une chauve-souris. », on laisse ce monument dont on sent soudain la mortalité avec la gorge serrée mais aussi avec un sourire aux lèvres.



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  • TRUE METALHEAD dit :

    2 fois le même commentaire à cause d’une petite erreur de touche de clavier. Bof ! Ah ! AH !

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  • TRUE METALHEAD dit :

    AAhh !! Ozzy !! Notre Pape !! Il faut absolument que j’achète son bouquin et rien qu’en regardant sa photo avec ses yeux grands écarquillés !! Ah ! Ah ! Ah ! x-D

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  • TRUE METALHEAD dit :

    AAhh !! Ozzy !! Notre Pape !! Il faut absolument que j’achète son bouquin et sa photo avec ses yeux grands écarquillés !! Ah ! Ah ! Ah ! x-D

    [Reply]

  • « Ozzy parie sur Lemmy comme étant celui qui les enterrera tous, lui compris »

    Oups

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    On y croyait tous ^^’

  • WhoDoYouThinkIAm dit :

    Question : comment appelle-t-on un mec ivre 24/24 ? Un alcoolique. Ozzy est malade, dans le vrai sens du terme et sa maladie n’a rien de r’n’r. C’est une plaie assurèment pour lui…et pour le lecteur. Dans ce livre, rien d’intéressant à part la vie d’un alcoolique 24/24. Pas une once de musique dans ce livre et vu ce que l’alcool lui a fait commettre, rien n’à glorifier. Sauf que si c’est le pékin moyen qui raconte comment sa dépendance lui a fait perdre sa première femme, laissant ses enfants, lui a fait presque tuer sa seconde femme, là, c’est tout de suite moins fun.
    Le seul truc à rattraper est la simplicité et la sincérité avec lesquelles le récit est relaté.
    Quant à l’accroche sur le dos du bouquin, je la trouverais presque mensongère.

    Je vais aller boire un coup, tiens.

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  • Aux excellentes éditions Camion Blanc, il y a aussi le trés bon du Cauchemar à la Réalité sur le Madman.

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