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Interview   

Tout le monde cède à Last Temptation


… y compris le public, réputé difficile de Dream Theater. Il faut dire que Peter Scheithauer a pris le temps de bien faire : successeur de Stream, Last Temptation est un projet qui se construit depuis 2010. Il fallait écrire les meilleurs morceaux possible et réunir la meilleure équipe possible. D’ailleurs pour son collègue Bob Daisley, cela aurait pu s’avérer fastidieux tant il est exigeant avec les chanteurs. Finalement tous deux sont très rapidement tombés d’accord sur un chanteur français « jeune, frais et inattendu », un « Ozzy Osbourne qui chanterait juste » : Butcho Vukovic.

C’est principalement ce trio qui est à l’origine de ce premier album, que Peter a eu à cœur d’enregistrer à l’ancienne pour partager avec l’auditeur en ayant une énergie authentique et live.

Entretien avec ce musicien d’origine française vivant et travaillant désormais aux États-Unis et pouvant témoigner des différences séparant les deux pays sur la musique et son business.

« Butcho me renvoie trois titres, qui sont sur Last Temptation. Bob [Daisley] me dit : ‘Voilà, c’est Ozzy qui chante juste !’ [Petits rires] »

Radio Metal : Avant de lancer le projet Last Temptation en 2010, tu avais déjà enregistré un album avec Bob Daisley avec un groupe qui s’appelait Stream. En gros, ce nouveau projet est la continuation directe de Stream. Donc avant de parler de Last Temptation, peux-tu nous parler de Stream ?

Peter Scheithauer (guitare) : Stream, à la base, c’est un groupe français. J’avais commencé Stream quand j’habitais à Strasbourg avec des Français. Ensuite j’ai redeménagé à Los Angeles, et là j’ai fait Stream US. Au départ, il n’y avait pas Bob Daisley. Il y avait David Reece au chant, il y avait déjà Stet [Howland] à la batterie, il y avait Dave Spitz qui était dans Black Sabbath à la basse. Le deuxième album de Stream, ça s’est fait avec Bob Daisley et Eric Singer à Los Angeles. J’habitais à Los Angeles, Eric Singer était mon voisin et nous étions amis – nous le sommes toujours. Nous nous sommes rencontrés avec Bob et nous avons fait le deuxième – ou en réalité troisième – album de Stream là-bas. Quand j’ai eu tous ces riffs que tu retrouves en partie sur Last Temptation, au départ je voulais appeler le groupe Stream mais le label disait : « Non, comme c’est un peu plus frais et nouveau, il vaudrait mieux un nouveau nom. » D’où le changement de nom. Pour l’anecdote, Vinnie [Appice], qui est sur l’album Last Temptation, aurait dû être le batteur sur le Stream. Alors, c’est un peu compliqué : Eric ne pouvait pas le faire sur le premier album, mais sur le deuxième album, il est passé chez moi et il me dit : « Ecoute, j’ai été viré de Kiss. Ils font la réunion avec le makeup. Donc je suis prêt pour faire l’album. » C’est à ce moment-là qu’au lieu de prendre Vinnie, j’ai pris Eric.

Qu’est-ce qui t’a poussé vers ce nouveau nom Last Temptation, en particulier ?

Il y en a qui pensent que c’est biblique ou peu importe, mais non. En fait, c’est une réflexion qu’un promoteur m’a faite. Un jour, nous discutions après un repas. C’était un peu philosophique, le mec me dit : « Imagine que tu en es au dernier souffle de ta vie. Qu’est-ce que tu te dis ? » Tu peux avoir tout fait dans ta vie, tu peux avoir plein de regrets dans ta vie. Et en fait, Last Temptation, c’est : ce regret que tu as, si on te l’offre, si ce que tu as vraiment regretté de ne pas avoir fait, tu peux le faire, même si ça remet toute ta vie que tu viens de passer en question, est-ce que tu vas le faire ou pas ? Si tu as le choix, est-ce que tu le prends ? C’est un peu ça Last Temptation.

Tu as commencé à travailler sur ce projet en 2010 mais la direction musicale a un peu changé en 2015. Tu as voulu partir sur quelque chose d’un peu plus sudiste avec des influences plus à la Black Sabbath. Quelle est l’origine de ce changement d’orientation ?

En fait, c’est plutôt l’inverse. C’est-à-dire qu’au départ, nous ne partions pas sur un Last Temptation. Je partais sur un truc un peu plus « léger » par rapport à la voix de Butcho [Vuković], car je voulais faire un groupe avec lui. Et en travaillant là-dessus, je commençais à avoir des riffs plus comme Black Sabbath, comme Ozzy Osbourne, etc., et je me suis dit : « Tiens, ça serait cool par la suite de faire un album avec Bob à nouveau qui soit dans cette direction. » Bob me dit à un moment donné : « Ecoute, oui, je veux absolument faire un album avec toi, mais il ne nous faut pas un chanteur avec qui on a déjà eu l’habitude de travailler, il faut que ce ne soit pas quelqu’un que tout le monde attend. J’aimerais bien avoir quelqu’un d’un peu plus frais, un peu plus jeune, enfin, d’inattendu. » J’ai dit : « Ecoute, là je travaille avec Butcho, il est français, laisse-moi voir avec lui si ça l’intéresserait. » D’un autre côté, Butcho me disait : « Ecoute, laisse-moi enregistrer ces titres. » Et moi je lui disais : « Oui mais Bob est très difficile au niveau vocal. Il est très critique. » Donc j’ai envoyé des idées de voix d’anciens morceaux à Bob : « La voix, c’est pas mal. Est-ce qu’il peut chanter sur des morceaux que tu as écrits pour ça ? » Je fais : « Ok, je lui demande. » Trois jours après, Butcho me renvoie trois titres, qui sont sur Last Temptation. Bob me dit : « Voilà, c’est Ozzy qui chante juste ! » [Petits rires] C’est un peu ça qu’il m’a dit, sans casser Ozzy, parce qu’on est tous fans d’Ozzy, mais il a dit : « C’est Ozzy, avec un timbre juste. » Donc ça a commencé comme ça en 2015. 2010, c’était tout à fait autre chose, à la base, et c’est devenu ça.

Même si ça a beaucoup changé en 2015, mine de rien ça fait quand même neuf ans entre le moment où tu as commencé le projet et le moment où un album sort. Est-ce qu’il n’y a pas eu une période de frustration par rapport à ça ?

Non. De toute façon, nous voulions prendre notre temps. Bon, peut-être que ça, c’est beaucoup de temps. Nous sommes presque comme le groupe Boston qui prend sept à neuf ans pour faire un album [petit rires], mais… Je voulais prendre mon temps. J’étais dans une phase de changement dans beaucoup de choses, donc je me suis dit que j’allais prendre mon temps pour voir ce qui se passe. Une fois que nous avons eu cette direction, j’estime que ça a été vite. 2015, nous commençons. 2016, nous avons un contrat avec earMusic. Après, c’est une question de réunir tout le monde en même temps pour avoir le temps que tout le monde soit sur les morceaux. Parce que d’un seul coup Vinnie était avec Last In Line, donc il était un peu occupé avec ça, après il n’était plus occupé avec ça… Bob lui prend son temps parce qu’il… Bob prend beaucoup de temps [rires]. Il n’y a rien qui le pousse à être pressé. Il avait d’abord son bouquin à finir, qu’il a enfin sorti. Après il avait une opération du genou à faire. Bref. Donc nous avons dit que nous allions prendre notre temps, jusqu’à ce que nous décidions : « Maintenant, il est quand même temps de finir cet album. » Là, pour le prochain, nous promettons que ça ne va pas mettre autant de temps. Nous sommes déjà en plein dedans, nous avons déjà sept ou huit titres.

« Les groupes français ont un mal fou à capter comment le côté business marche, mais ça c’est notre côté français, c’est notre côté artistique, contrairement aux machines allemandes, sans même parler des Américains où eux il n’y a que ça. »

Tu viens d’évoquer comment Butcho est arrivé dans le groupe, mais peux-tu revenir un peu en arrière et nous parler de ta rencontre avec lui et comment s’est développée ta relation musicale avec lui ?

Etant d’origine française, je voulais toujours avoir un chanteur français. Sans nous comparer à eux, je me suis toujours demandé pourquoi on n’avait pas de Scorpions français ? Pourquoi on n’a pas un Accept français ? Je cherchais un chanteur qui soit comme ça, qui quand il chante – car c’est une question d’accent, il ne faut pas rêver – on ne peut pas vraiment décider s’il est français, américain ou anglais. Et puis, en même temps, il me fallait quelqu’un qui me plaise aussi. Alors je n’ai pas arrêté de chercher. J’étais tombé sur un site où il y avait un répertoire de tonnes de groupes français de hard rock, et d’un seul coup, je tombe sur ce groupe, et je vois le mec, je me dis : « Putain, c’est cool. Je n’ai jamais entendu parler de ce groupe. Je n’ai jamais entendu parler du mec. » C’était Hellectrokuters, à l’époque. Donc j’ai cherché, j’ai trouvé son contact, j’ai commencé à lui parler, je lui ai envoyé des trucs. Il m’a dit : « Ouais mais pour l’instant avec Hellectrokuters, on a peut-être un truc en Allemagne. » En fait ça ne s’est pas fait, donc deux ou trois semaines après, il était chaud pour vraiment travailler à fond. Nous avons développé notre relation comme ça. C’est devenu d’abord une amitié de travail, après c’est devenu une amitié tout court. Et après j’ai appris que c’était le chanteur de Watcha que je ne connaissais absolument pas, je dois avouer [petits rires], parce que moi à l’époque de Watcha, j’habitais aux Etats-Unis, j’étais plus dans la scène américaine, et on n’a jamais vraiment entendu parler de Watcha ou de tous ces groupes et entendu dire qu’il y avait une scène comme ça en France.

La question que tu posais, à savoir pourquoi il n’y a pas de Scorpions ou d’Accept français, est intéressante. Car niveau groupe qui rayonne à l’international, il y a évidemment Gojira, mais ça reste très extrême. Or il n’y a pas un équivalent dans un rock un peu plus mélodique en France. Comment l’expliques-tu ?

Je l’explique très difficilement. Déjà, il y avait une question au niveau du chant, parce que tous ces mecs-là ont quand même un chanteur bien typique et très solide. Et au niveau accent, quand Klaus Maine parle, on peut entendre un tout petit peu l’accent allemand, même quand il chante mais c’est ce qui a fait le côté exotique, et je pense que c’est ce qui nous manquait un moment donné. C’est-à-dire que nous avions de super chanteurs, de super groupes, notamment Sortilège, mais c’était en français. Et pour sortir ça à l’étranger, c’est ultra dur. C’est même quasiment impossible. Alors, tout le monde me dit : « Et Rammstein ?! » Mais Rammstein, sa voix allemande sur une musique industrielle aussi bourrin, forcément ça marche. Chanter autrement qu’en anglais sur Accept ou Scorpions, c’est-à-dire du metal mélodique ou carrément du hard rock… C’est l’anglais, et après il faut trouver les bonnes personnes. Donc je ne l’explique pas vraiment. Des musiciens, il y en a en France. Des chanteurs mélodiques, hard, il y en a déjà moins, voire presque pas. Et à la hauteur, encore moins, parce qu’après c’est un package, il faut aussi le look, il faut comprendre le business, etc. Les groupes français ont un mal fou à capter comment le côté business marche, mais ça c’est notre côté français, c’est notre côté artistique, contrairement aux machines allemandes, sans même parler des Américains où eux il n’y a que ça. Et je pense que ça joue aussi dans la mentalité.

Et il y a aux Etats-Unis une culture de l’entertainment qu’on est loin d’avoir…

Oui. Tout le monde dira que chez les Américains ou les Anglais, c’est leur culture. Aux Etats-Unis, le rock, c’est leur variété. Donc forcément, ils ont déjà un bassin tellement énorme de talents là-dedans, et au niveau du show… C’est aussi quand tu bosses avec eux : ils ont une façon de bosser… Butcho, quand il a commencé à travailler avec nous, il a été vraiment impressionné. Il disait : « Putain, on va jouer au Hellfest, vous avez dit qu’on répète qu’une semaine, il faut au moins deux mois. » Je lui ai dit : « Non, t’inquiète. » Bon, c’est du boulot : tu bosses huit à dix heures par jour, mais c’est une façon de bosser aussi, qui est très différente de la nôtre, il faut l’avouer. Quand j’ai déménagé à Los Angeles, tu apprends très vite ou tu dégages. Ils bossent, quoi ! Le look, le show et tout, c’est après que tout le boulot soit fait. Mais dans les magazines, on va faire l’inverse, on va en mettre plein dans la gueule, tu as l’impression que ça s’est fait en deux secondes, alors que ça n’est pas du tout comme ça. Ils ont vraiment ce côté machine, business, show, c’est clair. Nous peut-être, effectivement, on va privilégier un peu la musique, le côté copain-copain, alors que là-bas, tu deviens pote après avoir commencé à travailler avec les gens. C’est un peu différent. C’est pour ça que tu vois des groupes américains qui sont depuis vingt ans ensemble, mais ils ne se supportent absolument pas, mais ils ont compris qu’au niveau business, leur magie à eux, ensemble, ça marche. Ça, peut-être qu’on n’a pas.

A propos de l’album, tu as écrit toutes les musiques et Butcho a écrit les lignes vocales et les paroles. Peux-tu nous parler un peu plus de l’implication des autres instrumentistes qui sont présents sur le disque ? Qu’ont-ils amené à ce disque, s’ils ont amené quelque chose ?

Bob a corrigé un peu l’anglais de Butcho et donné une ou deux lignes directives à certains textes, parce qu’il est un peu plus politique, dans tout ce qui est conspiration, etc. Donc il y a un ou deux textes où il a un peu dirigé Butcho là-dessus, mais c’est Butcho qui a écrit les textes. Les batteurs, si je prends un mec comme Vinnie, c’est parce que je veux son style, donc il n’y a rien à dire, rien à faire. Si tu veux, à la limite, quand tu le mets sur un morceau, déjà il écrit son truc parce que c’est son style. Après, c’est plus une question de trouver les gens, déjà, avec qui t’es pote et avec qui tu sais que ça marche, et de te dire : « Ah, avec ça, ça sonnerait super bien. » Donc la contribution, c’est : ils font ce qu’ils veulent. A partir du moment où ils ont le morceau, ils ont la structure, ils apportent leur style dans le morceau, ce qui fait un peu la magie. Je ne dirige pas, à moins que vraiment ce soit catastrophique ou que tu te dises : « Ouais, ça, ça ne va pas du tout aller avec le truc. » On écoute, on laisse faire la magie du bassiste, du batteur, du clavier, sauf si à un moment donné il faut intervenir en disant : « Ecoute, ça ne va pas du tout avec la couleur qu’on voulait donner. » Mais je dois avouer que ce n’est pas arrivé sur cet album.

« Quand j’ai déménagé à Los Angeles, tu apprends très vite ou tu dégages. Ils bossent, quoi ! Le look, le show et tout, c’est après que tout le boulot soit fait. Mais dans les magazines, on va faire l’inverse, on va en mettre plein dans la gueule, tu as l’impression que ça s’est fait en deux secondes, alors que ça n’est pas du tout comme ça. »

Le groupe, pour l’instant, a une démarche de line-up un peu flexible. C’est-à-dire que vous avez ajouté des musiciens au line-up pour être sûrs de pouvoir assurer toutes les dates. C’était donc pour des questions d’agenda, mais aussi des questions personnelles, et il y a aussi le problème de genou de Bob qui fait qu’il ne peut pas vraiment voyager ou rester longtemps debout. Du coup, comment penses-tu que ceci va évoluer ? Je sais que, par exemple, vous avez travaillé avec Steve Unger et Stet Howland de Metal Church et apparemment le contact est bien passé…

En fait, c’est eux le corps du groupe maintenant. C’est-à-dire que le prochain album ce sera eux. J’aurais peut-être un ou deux guests au niveau guitare que nous n’avons pas eus cette fois-ci ; je voulais avoir un ou deux potes, niveau guitare, pour partager un solo ou n’importe, et nous allons sûrement le faire sur le prochain album. Et puis Don Airey, je pense, sera quand même au clavier, si nous avons besoin de clavier, car il n’y a pas beaucoup de gens maintenant qui ont ce style qu’a Don. Mais Steve et Stet seront le corps du groupe avec Butcho et moi-même.

Du coup, j’imagine qu’il y aura une dynamique un peu plus de groupe. Comment tu vois ça ?

Avec Stet, ce n’est pas notre premier rodéo. Ensemble, nous avons déjà fait cinq ou six albums. Stet attend que j’écrive la musique. Lui va mettre ses parties de batteries… Alors là, c’est l’inverse, s’il dit : « Ecoute là, Pete, c’est un peu trop long » ou « Ça, ça ne va pas du tout au niveau des enchaînements », il va intervenir à ce niveau-là. Mais il ne va pas ramener de partie musicale à proprement parler. Steve, c’est un peu la même chose. Il attend les riffs et tout. Il écoute les trucs et il va dire : « Là c’est trop long… » Il adore couper, c’est toujours trop pour lui [rires]. Donc lui a plus ce côté arrangeur, en disant : « Le morceau est un peu trop long, il faudrait l’avoir en dessous de quatre minutes. » C’est là où des fois ça fait débat, parce que moi, j’aime bien des fois dire : « Non, on s’en fout que le morceau fasse quatre ou cinq minutes. » De toute façon, nous avons très peu de chances de passer en radio. Le côté quatre minutes, c’est vraiment resté dans la tête de certaines personnes pour la radio, mais malheureusement, pour passer en radio à l’heure actuelle, nous ne jouons pas du tout la bonne musique. Même si nous n’avions que des morceaux de quatre minutes, je ne pense pas qu’on nous entendrait souvent à la radio [rires]. Donc on s’en fout. Je préfère garder la magie que les quatre minutes de radio.

L’idée centrale de l’enregistrement était d’avoir une atmosphère live, que d’ailleurs tu trouves manquer aux enregistrements de maintenant. Du coup, vous avez répété et enregistré en studio, quitte à garder les erreurs. J’imagine que l’idée était de capturer l’atmosphère de la répète et l’ambiance du studio. Comment décrirais-tu cette atmosphère ?

J’adore enregistrer comme ça. Tous les groupes avec lesquels j’ai grandi ont enregistré comme ça, parce qu’en même temps ils n’avaient pas trop le choix technique de couper, etc. Même là, au niveau guitare… Forcément, on enregistre maintenant tout sur Pro Tools et de façon plus digitale, parce que c’est ce qu’il y a de plus facile, et tout le monde est équipé avec ça. Faire ça sur bande, c’est très dur maintenant. De toute façon, après, au niveau du mix, il faudra quand même le changer. Mais en fait, quand nous enregistrons, toutes mes guitares, je les fais en une prise. Si je n’aime pas, je recommence. Je ne veux pas faire du couper-coller. Je n’ai jamais aimé, je n’ai jamais fait ça, parce que tu perds un peu l’esprit, le feeling du morceau. Quand tu joues, ton poignet fatigue un peu, ou pas… Quand je dis « fatigue », ce n’est pas notable comme ça, mais c’est ce qui donne le mouvement au morceau. Même chose pour la batterie. Même chose pour la basse. Et même Butcho : il a balancé ses vocaux et, après, il met des backing, mais il chante. Il faut se dire aussi une chose : quand nous allons jouer live… J’adore ces groupes qui n’arrêtent pas de tout faire en Pro Tools mais après il faut les jouer, ces morceaux, il faut recréer une certaine énergie et une certaine magie qu’on a créées sur l’album, et l’inverse. C’est ce qui manque, pour moi en tout cas. C’est juste une opinion personnelle, mais chez certains groupes ou sur certains albums de maintenant, c’est beaucoup trop stérile. Nous sommes quand même un groupe de hard rock. Nous ne faisons pas de la techno qui est tout en digital. Les imperfections sont, pour moi, bienvenues.

Surtout que refaire une prise en entier si on n’est pas satisfait, ça prend même parfois moins de temps que d’arrêter, de couper, d’isoler le passage qu’on veut refaire, de le refaire, etc.

Oui et puis tu gardes ta magie. Justement, il y a un ou deux morceaux où j’ai dû refaire quatre ou cinq fois une rythmique, et la cinquième fois, j’étais tellement énervé que l’énergie est sortie de ça, et tu l’écoutes : « Ah ouais cool ! » T’as trouvé le feeling de ce morceau. Et des fois, tu le fais en une prise et tu trouves le groove, parce que tu étais tout de suite dans l’ambiance. Et ça, je suis désolé, on peut dire ce qu’on veut, mais tu ne peux pas le recréer avec une machine. Même au niveau du son, je trouve que ça s’entend. Chez certains groupes, c’est vraiment beaucoup trop travaillé. C’est tout à leur honneur de peut-être perdre du temps en studio là-dessus, mais en même temps, je trouve que notre musique est organique, elle ne devrait pas être comme ça. Que ce soit Van Halen, Led Zeppelin ou Black Sabbath, il n’y avait pas… Déjà, ils n’avaient pas beaucoup de temps pour enregistrer. Il y a quand même des pains dedans mais c’est tellement minime, la magie est tellement là, que tu ne les entends pas. Il faut vraiment être très attentif et écouter le moindre petit détail pour dire : « Ça, ça ne va pas. » Non, quand tu écoutes le morceau, tu dis : « Wow, quel morceau ! »

« Je ne veux pas faire du couper-coller. Je n’ai jamais aimé, je n’ai jamais fait ça, parce que tu perds un peu l’esprit, le feeling du morceau. Quand tu joues, ton poignet fatigue un peu, ou pas… Quand je dis ‘fatigue’, ce n’est pas notable comme ça, mais c’est ce qui donne le mouvement au morceau. »

Tu l’as évoqué tout à l’heure : vous êtes déjà dans le prochain album. Il y a déjà des idées musicales et des idées d’invités. Que peux-tu nous dire sur ce qui se profile par rapport à ce disque ?

Ça restera Last Temptation, mais nous sommes dans un côté qui est peut-être un peu plus dark… Enfin, un peu plus heavy, encore plus Black Sabbath et Ozzy. Par contre, il y a plus de relief. Il y aura des morceaux un peu plus rapides, il y aura une ballade – mais très Black Sabbath, pas une ballade Scorpions. Et il sera sûrement un peu plus long parce qu’il y aura un peu plus de morceaux, même si on nous reproche que cet album fasse cinquante-trois minutes [petits rires]. Enfin, je pense, parce que je te parle de ça maintenant… Là, nous avons sept titres en démo. Stet rentre en studio aujourd’hui, et on verra. J’ai énormément de morceaux écrits. Butcho travaille sur énormément de morceaux aussi. Mais je pense que nous allons essayer d’avoir entre douze et quatorze morceaux, mais avec plus de relief, moins uniforme peut-être que cet album. Je sais qu’il y a des gens qui nous ont reproché un peu ça, mais nous voulions déjà imposer juste le style de Last Temptation, donc c’était aussi voulu de notre part de ne pas avoir de ballade, de ne pas avoir de morceau qui se détache du reste.

Quelque part, on ressent déjà un peu cette évolution sur « Hell Is Walking In My Shoes » vers la fin de ce premier album, qui est très sombre et avec du gros son stoner, des guitares très graves…

Oui, pour le côté guitare un peu plus basse, je joue sur sept cordes, donc c’est déjà un truc au niveau du son qui est différent de Black Sabbath ou peu importe, il y a ce côté un peu plus lourd. Je pense que les gens seront surpris de certaines choses. Nous allons dans cette direction, mais il y aura quand même les côtés joyeux de Last Temptation ; Butcho sait écrire des chorus !

Vous avez fait une date avant Dream Theater, et apparemment on vous a conseillé de ne même pas essayer de faire chanter le public parce qu’il n’était pas là pour ça, il était là pour voir Dream Theater et vivre ça de façon très intérieure. Au final, ça ne s’est pas du tout passé comme ça…

Oui. Au départ, ce n’est pas qu’on nous faisait peur, mais on nous disait que c’est Dream Theater, donc leurs fans sont très dans ce genre de musique qui est un peu à l’antipode de nous, même si au niveau du son, nous avons des guitares saturées et tout. L’agent et tourneur de Dream Theater nous a dit : « Ils peuvent être très durs. » « Ok… » Donc nous sommes montés sur scène, nous faisons notre set, forcément nous commençons et Butcho, au départ, il m’a dit : « Ecoute, on va voir ce qu’il se passe. Laissez-moi faire. » « Pas de souci. » De toute façon, Butcho, sur scène, c’est là où il explose complètement. Et au bout du premier morceau, nous voyons les gens qui tapent du pied, qui rigolent, qui sont cool et qui commencent à taper dans les mains. Donc, au troisième morceau, Butcho dit : « Ils nous regardent, laissez-moi faire. On fait ‘I Win I Lose’, je les fais chanter. » Et en fait, ça a super bien pris ! Le morceau « I Win I Lose » a dû durer huit minutes [rires]. Nous avons été agréablement surpris de la réaction. Et l’agent, après, qui est aussi notre agent, a dit qu’il avait été bluffé ; tout le monde a été bluffé sur le truc.

J’imagine que ça doit être une grande fierté de réussir à faire chanter un public aussi difficile…

Il y a ça et, en même temps, même au Hellfest, ils ont aussi chanté. Je veux dire que nous n’avions pas encore sorti l’album à ce moment-là. C’est ça le truc : ils ont commencé à chanter nos refrains alors qu’ils n’avaient jamais entendu parler du groupe. En plus nous jouions le matin, et nous avons quand même eu du monde, ce qui était d’enfer pour le Hellfest. Les gens tapaient du pied, commençaient à chanter les chorus au bout de la deuxième fois. Nous nous sommes donc dit : « Wow, il y a quand même quelque chose de cool. » Je pense que les gens ont compris que nous sommes là pour nous éclater, nous sommes là parce que nous aimons ce que nous faisons. Nous avons eu cette réflexion de certaines personnes : « On sent que vous êtes là pour le fun. » C’est exactement ça. Ça se retranscrit et les gens le réceptionnent, même s’ils ne sont pas au départ dans ce style de musique.

Mais ce que vous avait dit l’agent, il l’avait dit parce qu’il l’avait vu, par expérience, avec d’autres groupes de première partie qui s’étaient plantés avec le public ?

Oui. C’est le tourneur allemand qui a dit : « Effectivement, il y a des trucs en Allemagne où ça s’est mal passé. Les gens n’en ont rien à foutre d’écouter autre chose que Dream Theater. » Il a dit que c’était déjà arrivé, qu’ils sont très snobs. C’était sa notion de ce public, mais bon… J’avais entendu parler un peu de ça, où effectivement, si tu n’es pas dans cette veine… Mais nous, ça s’est très bien passé, nous n’avons pas du tout ressenti ça comme ça.

Interview réalisée par téléphone le 28 octobre 2019 par Philippe Sliwa.
Retranscription : Nicolas Gricourt.
Photos : Charlotte Aleman (1).

Site officiel de Last Temptation : www.last-temptation.com.

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